‹ Vie et opinions de Tristam ShandyChapitre 155 sur 331 · CHAPITRE CXXXIJI · texte numérisé non relu

CHAPITRE CXXXIJI

Si ce volume eût été une farce, ce que je n’ai aucune raison de supposer, à moins que la vie et les opinions de chacun ne doivent être regardées comme une farce aussi bien que les miennes, — le chapitre précédent, monsieur, en eût terminé le premier acte ; et alors ce chapitre-ci eût débuté ainsi : —

Ptr..r..ing,— twing, — twing, — prut, — trut ; — c’est un abominable violon. — Savez-vous si mon violon est d’accord ou non ? — trut.. prut.. — Ce devraient être des quintes. — Les méchantes cordes! — tr.. a. e. i. o. u.. — kwang. — Le chevalet est trop haut d’un mille, et la table d’harmonie tout à fait en bas, — autrement, — trut. . . prut. — Ecoutez! ce n’est pas un si mauvais ton. — Diddlc diddle, diddle diddle, diddlc diddlc, dum. Ce n’est rien de jouer devant de bons juges ; — mais voilà un homme là, — non, pas celui qui tient un paquet sous le bras, — cet homme grave en noir. — Morbleu! pas le gentleman qui a une épée. — Monsieur, j’aimerais mieux jouer un capriccio à Calliope en personne, que de donner un coup d’archet devant cet homme-là ; et pourtant je gagerais mon Crémone contre une guimbarde, ce qui est le plus grand avantage musical qu’on ait jamais fait, que je vais à l’instant même me tenir à trois cent cinquante lieues du ton sur mon violon, sans faire souffrir un seul des nerfs qui lui appartiennent. — Twaddle diddle, — tweddle diddlc,

— twidle diddle, — twoddle diddle, twuddle diddle ; —

— prut-trut, — krish, — krash, krush. — Je vous ai tué, monsieur, — mais vous voyez, il n’en est pas plus mal ; — et Apollon lui-même prendrait son violon après moi, qu’il n’en serait pas mieux.

Diddle diddle, diddle diddle, diddlc diddlc, — hum, — dum, — drum.

Vos IForships et vos Rcvcrences aiment la musique, — et Dieu leur a donné à tous de bonnes oreilles, — et plusieurs d’entre eux jouent eux-mêmes délicieusement; — trut-prut, — trut-prut.

Oh ! il y a un homme — que je pourrais rester des jours entiers à écouter, — dont le talent consiste à faire sentir ce qu’il joue ; — qui m’inspire ses joies et ses espérances, et met en mouvement les ressorts les plus cachés de mon cœur. — Si vous voulez m’emprunter cinq guinées, monsieur, — ce qui , en général, est dix guinées de plus que je n’en ai en réserve, — ou vous, messieurs l’apothicaire et le tailleur , si vous avez besoin que je paye vos mémoires, — voici le moment.

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