CHAPITRE CXCVII
Cela s’éclaircira de soi-même, avant peu. — Tout ce que
je soutiens, c’est que je ne suis pas obligé de donner une définition de ce que c’est que l’amour; et aussi longtemps que je pourrai continuer mon histoire intelligiblement, à l’aide du mot lui-même, sans autres idées à cet égard que celles que j’ai en commun avec le reste des hommes, pourquoi différerais-je d’eux un moment avant le temps ?
— Quand je ne pourrai pas aller plus loin, — et que je me trouverai empêtré de tous côtés dans ce mystérieux labyrinthe, — mon opinion alors arrivera naturellement,
— et m’aidera à sortir.
Quant à présent, j’espère être suffisamment compris en disant au lecteur que mon oncle Toby tomba amoureux.
— Non pas que la phrase soit en rien de mon goût ; car dire qu’un homme est tombé amoureux, — ou qu’il est profondément amoureux ; — ou qu’il est dans l’amour jusqu’aux oreilles, — et quelquefois même par dessus la tête, — entraîne une sorte d’implication idiomatique que l’amour est une chose au-dessous d’un homme. — C’est revenir à l’opinion de Platon, laquelle, tout divin qu’il est, je liens pour damnable et hérétique; — mais en voilà assez.
Que l’amour , donc , soit ce qu’il voudra, — mon oncle Toby tomba amoureux.
— Et peut-être bien, ami lecteur, qu’avec une pareille tentation — tu aurais fait de même : — car jamais tes yeux n’ont contemplé, ni la concupiscence convoité, rien au monde de plus concupiscible que la veuve Wadman.