‹ Vie et opinions de Tristam ShandyChapitre 241 sur 331 · CHAPITRE CCXXV · texte numérisé non relu

CHAPITRE CCXXV

Ma chère mère, dit la novice, revenant un peu à ellemême, — il est deux certains mots, qui, m’a-t-on dit, peuvent forcer tout cheval, âne ou mulet, de gravir bongré malgré une montagne ; quelque entêté ou récalcitrant qu’il soit, du moment ;qu’il les entend prononcer, il

obéit. Ce sont des mots magiques ! s’écria l’abbesse,

toute saisie d’horreur. Non, repartit Marguerite

avec calme, — mais c’est un péché de les proférer.

Quels sont-ils? interrompit l’abbesse. C’est [un pé-

ché du premier degré , répondit Marguerite , — un péché mortel; et si nous sommes violées, et que nous mourions

sans avoir reçu l’absolution, nous serons toutes deux

Mais vous pouvez les prononcer de vous à moi, dit l’abbesse des Andouillettes. — — Il est tout à fait impossible de les prononcer, ma chère mère , dit la novice; il y aurait de quoi faire monter à la face tout le sang qu’on a dans le corps. Mais vous pouvez me les dire à l’o-

reille, répliqua l’abbesse.

O ciel ! n’avais-tu aucun ange gardien à envoyer à l’auberge au bas de la côte ? — Tous les esprits généreux et bienveillants étaient-ils occupés? n’y avait-il point d’agent dans la nature qui, par quelque frisson courant le long de l’artère qui conduisait à son cœur, pût avertir le muletier et lui faire quitter son banquet ? — Pas de douce musique pour rappeler l’idée charmante de l’abbesse et de Marguerite avec leurs noirs rosaires.

Eveille, éveille-toi ! — mais il est trop tard ; — les horribles mots sc prononcent en ce moment même , — et

comment les dire ? vous qui pouvez parler de tout

ce qui existe sans souiller vos lèvres, — apprencz-le-moi, — guidez-moi 1

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