CHAPITRE CCXXV1I
Quelle étendue de pays j’ai parcourue ! — De combien de degrés je me suis rapproché du soleil, et combien de belles et bonnes villes j’ai vues, pendant le temps que vous avez mis, madame, à lire et à méditer cette histoire! — J’ai vu Fontainebleau, et Sens, et Joigny, et Auxerre, et Dijon, la capitale de la bourgogne, et Chàlons, et Maçon, la capitale du Maçonnais, et une vingtaine d’autres sur la route de Paris à Lyon ; — et maintenant que je les ai traversées, — je pourrais aussi bien vous parler des villes de la lune, que vous dire un seul mot d’elles. J’aurai beau faire, voilà pour le moins ce chapitre-ci, et peutêtre même le suivant, entièrement perdus.
— Eh mais, c’est une étrange histoire, Tristram !
Hélas ! madame, si c’eût
été quelque mélancolique instruction sur la croix, — sur la paix de l’humilité, ou le contentement de la résignation, — je n’aurais pas été embarrassé; ou si j’eusse songé à l’écrire sur des abstractions plus pures de l’âme, sur cette nourriture de sagesse, de sainteté et de contemplation, qui doit être à jamais la subsistance de l’esprit humain, une fois séparé du corps, — vous en seriez revenue avec un meilleur appétit.
— Je voudrais ne pas l’avoir écrite : mais comme je n’efface jamais rien, — employons quelque honnête moyen de nous l’ôter sur-le-champ de la tête.
Je vous prie, passez-moi mon bonnet de fou: — je crains que vous ne soyez assise dessus, madame ; — il est sous le coussin ; — je le mettrai.
Miséricorde! voilà une demi-heure que vous l’avez sur la tète. — Eh bien, qu’il y reste avec un
Traderi , deri et un traderi , dera et un lanturelu Lire — Ion -fa.
Et maintenant, madame, nous pouvons nous hasarder, j’espère, à continuer un peu notre route.