CHAPITRE XX
— — Comment avez-vous pu, madame, être si inattentive en lisant le dernier chapitre? Je vous y ai dit que
ma mère n’était pas papiste. Papiste! vous ne m’avez
rien dit de pareil, monsieur. — Madame, permeltez-moi de vous répéter que je vous l’ai dit aussi clairement, du moins, que des mots pouvaient, par induction directe, vous dire une pareille chose. — Alors, monsieur, il faut que j’aie passé une page. — Non, madame, — vous n’avez pas passé un mot. — Alors j’ai dormi, monsieur. — Mon amour-propre, madame, ne saurait vous laisser ce refuge. ■ — Alors, je déclare que je n’en sais pas le premier mot. — C’est là précisément, madame, le reproche que j’ai à vous faire; et comme punition, j’exige que vous reveniez sur vos pas à l’instant même, c’est-à-dire, dès que vous aurez atteint le point suivant, et que vous relisiez tout le chapitre. J’ai imposé cette pénitence à celte dame, non pas par badinage ni par cruauté, mais par le meilleur des motifs : je ne lui en ferai donc aucune excuse quand elle reviendra. — C’est pour réprimer un goût vicieux qui s’est glissé chez des milliers d’autres qu’elle, — le goût de lire tout droit devant soi, plutôt en quête des aventures que de la profonde érudition et expérience qu’un livre de cette trempe, s’il était lu comme il doit l’être, communiquerait infailliblement. — On devrait accoutumer l’esprit à faire de sages réflexions, et à tirer des conclusions curieuses chemin faisant, habitude qui faisait
affirmer à Pline le jeune, « qu’il n’avait jamais lu de livre si mauvais qu’il n’en retirât quelque profit. » Les histoires de la Grèce et de Rome, lues sans cette disposition et sans l’application de cette méthode, sont moins utiles, je le proteste, que l’histoire de Parismus et Parismenus, ou celle des sept champions d’Angleterre lue do la sorte.
Mais voici ma belle dame. Avez-vous relu tout
le chapitre, madame, comme je vous en ai priée? — Vous l’avez lu, et vous n’avez pas, à cette seconde lecture, remarqué le passage qui admet l’induction? Pas un mot
qui y ressemble ! Alors, madame, veuillez bien peser l’avant-dernière ligne du chapitre, où je prends sur moi de dire, « qu’il était nécessaire que je fusse né avant d’être baptisé. » Si ma mère, madame, eût été papisto, il n’y avait pas moyen de tirer cette conséquence ».
1 Les rituels romains ordonnent, en cas de danger, le baptême do l’enfant avant qu’il soit ne ; — mais sous celte condition , qu’une partie quelconque du corps de
l’enfant sera vue par celui qui baptise. Hais les docteurs de Sorbonne, par une
délibération tenue entre eux le 10 avril 1733, — ont étendu les pouvoirs des sagesfemmes, en décidant que quand même 11 ne paraîtrait aucune partie du corps do l’enfant , — le baptême lui sera néanmoins administré par injection , — par le
moyen d’uns petite canule. Il est bien étrange que saint Thomas d'Aquin, qui
avait une tète si bien organisée pour nouer et dénouer les nœuds de la théologie scolastique , — après s'être donné tant de peine, — ait dù Unir par abandonner ce point, comme une seconde chose impossible. — « Infantes in maternis uleris existentes ( dit saint Thomas), baptizari possunt nuilo modo.»— O Thomas ! Thomas 1 . Si le lecteur a la curiosité de lire la question relative au baptême par injection , telle qu’elle a été présentée aux docteurs de Sorbonne, avec leur consultation à cc sujet, la voici :