CHAPITRE CCXCIII
Comme je n’ai jamais eu le projet de commencer la digression pour laquelle je fais toute cette préparation, avant d’être arrivé au 294m« chapitre, — je puis faire de celui-ci l’usage que je jugerai convenable. J’ai en ce moment vingt manières de le remplir. — Je pourrais en faire mon chapitre des Boutonnières , —
Ou mon chapitre des Pouah qui doit venir après, — Ou mon chapitre des Nœuds, au cas que leurs Révérences en aient fini avec eux ; — mais ils pourraient me mener à mal. Le plus sûr est de suivre la méthode des savants, et d’élever moi-même des objections contre ce que j’ai écrit, quoique, je le déclare à l’avance, je ne sache pas plus que mes -talons comment y répondre.
El d’abord on peut dire qu’il existe une piètre espèce de satire thersitique, aussi noire que l’encre avec laquelle elle est écrite — (et, par parenthèse, quiconque parle ainsi est redevable au commissaire général de l’armée grecque pour avoir souffert que le nom d’un homme aussi grossier et aussi mal embouché que Thersite restât sur ses contrôles, — car cela lui a fourni une épithète) — il objectera que dans ces sortes de productions tous les lavages et frottages du monde^ne feront aucun bien à un génie qui s’affaisse, — mais c’est juste le contraire, attendu que plus sale est le drôle, mieux en général il y réussit.
A cela la seule réponse que j’aie à faire, — au moins pour l’instant, — c’est que l’archevêque de Bénévent a écrit son sale roman de Galathée, comme tout le monde sait, en habit violet, en veste et culotte violettes ; et que la pénitence qui lui fut imposée d’écrire un commentaire sur le livre des Révélations, toute sévère qu’elle parut à une partie du monde, fut loin d’être jugée telle par l’autre, rien qu’à cause de ce costume.
Une autre objection contre mon remède, c’est son défaut d’universalité; attendu que comme la partie relative à l’opération du rasoir, sur laquelle on compte tant, interdit complètement, par une loi invariable delà nature, l’usage de ce remède à une moitié de l’espèce humaine , — tout ce que je puis dire, c’est que les écrivains femelles, soit d’Angleterre, soit de France, doivent forcément s’en passer.
Quant aux dames espagnoles, — je n’en suis nullement en peine.