CHAPITRE CCCIÏ
Mistress Brigitte avait gagé le peu d’honneur que possède ici-bas une pauvre soubrette, qu’elle saurait le fond de l’affaire en dix jours; et son espoir se fondait sur un des postulats du monde les plus faciles à concéder ; à savoir que tandis que mon oncle Toby faisait la cour à sa maîtresse, le caporal ne pourrait trouver rien de mieux que de lui faire la cour à elle-même; — » Et je le laisserai faire tant qu’il voudra , » dit Brigitte, « pour savoir de lui la vérité. »
Dfcitiï
L’Amitié a deux vêtements, un de dessus et un de dessous. Brigitte, avec l’un, servait les intérêts de sa maîtresse, cl faisait avec l’autre ce qui lui plaisait le plus : si bien qu’elle avait autant d’enjeu sur la blessure de mon oncle Toby que le Diable lui-même. — Mislrcss Wadman n’en avait qu’un, — et comme ce pouvait bien être son dernier (sans décourager Brigitte, ou déprécier ses talents), elle était déterminée à jouer elle-même son jeu.
Elle n’avait pas besoin d’encouragement : un enfant aurait pirvoir les cartes de mon oncle Toby; il y avait une telle ingénuité, une telle simplicité dans sa manière de jouer les atouts qu’il avait, — avec une telle ignorance du dix et as, — et c'était tellement à découvert et sans défense qu’il se plaçait sur le même sofa que la veuve Wadman, qu’un cœur généreux aurait pleuré de gagner sur lui la partie.
Quittons la métaphore.