‹ Vie et opinions de Tristam ShandyChapitre 331 sur 331 · CHAPITRE CCCXH · texte numérisé non relu

CHAPITRE CCCXH

-r- Qu’i| ail fallu pourvoir à la continuation de la race (l’un être aussi grand, aussi sublime, aussi divin que l’homme, — je suis loin de le njer; — mais la philosophie par|c librement de tout ; c’est pourquoi je persiste à penser et je soutiens que c’est une pitié que cela se fasse au moyen d’une passion qui rabaisse nos facultés, et fait aller à reculons toute la sagesse, toutes les contemplations et opérations de l’âme; — une passion, ma chère, continua mon père en s’adressant à ma mère, qui assimile et égale les sages aux fous, et U°US fait sortir de nos cavernes et cachettes plutôt comme des satyres et des bêtas à quatre pieds que comme des hommes.

Je sais qu’on dira, continua mon père (se servant de la prolepsis), qu’en elle-même, et prise simplement, — comme la faim, ou la soif, ou le sommeil, — c’est une affaire qui n’est ni bonne ni mauvaise, — ni honteuse, ni autrement. — Pourquoi dope la délicatesse de Diogène et de Platon pn était-elle si révoltée? et d’où vient que lorsque nous allons faire et planter un homme, nous soufflons la chandelle ? et par quelle raison se fait-il que tout ce qui en dépend, — les ingrédients, — les préparations, — les instruments, et tout ce qui y sert, soient tenus pour ne pouvoir être présentés à un esprit pur dans aucune langue, traduction ou périphrase quelconques ?

— L'action de tuer et de détruire un homme, continua mon père en élevant la voix, — et en se tournant vers mon ppcle Toby, — yous le voyez, est glorieuse, — et les armes avec lesquelles nous le faisons sont honorables; — nous les portons sur l’épaule en marchant; — nous nous carrons avec elles au côté; — nous les dorons; — nous les ciselons; — nous y enchâssons des pierres ; — nous les enrichissons ; — que dis-je? même un gredin de canon, nous gravons un ornement sur sa culasse.

— Mon oncle Toby posa sa pipe pour tâcher d’obtenir une meilleure épithète, — et Yorick se levait pour battre en brèche l’hypothèse tout entière, —

DÊ TRÎSÎRASi SttAWDY. 58S

Quand Ofaadlah entra brusquement au milieu de la chambre avec une plainte qui réclamait une attention inn médiate.

— Le cas était celui-ci : —

Mon père, soit une ancienne coutume du fièf, soit comme possesseur laïque des grandes dîmes, était Obligé d’entretenir un taureau pour le service de la paroisse ; ët Obadiah avait mené sa vache lui rendre visite en passant, un certain jour de l’été précédent ; — je dis Un certain jour, — parce que le hasard voulut que ce fût lè jour où il épousa la servante de mon père: — de sorte qu’nnë époque rappelait l’autre. Aussi, quand la femme d’Obadiah fut en mal d’enfant, — Obadiab rendit grôceS à Dieu

Allons, dit Obadiah, je vais avoir un veau : et tous les jours Obadiah allait voir sa vache.

Elle mettra bas lundi, — ou mardi, — ou mercredi, au plus tard.

La vache n’en fit rien ; — non, — elle ne mettra bas que la semaine prochaine; — la vache tardait terriblement; — enfin , au bout de la sixième semaine les soupçons d’Obadiah ( qui était bon homme ) tombèrent sur le taureau.

Or la paroisse étant très-grande, le taureau de mon père, à parler franchement, n’était pas en état de suffire à ses fonctions ; il s’était pourtant, de façon ou d’autre, intrus dans cet emploi, — et comme il faisait sa besogne d’un air grave, mon père avait de lui une haute opinion.

La plupart des gens de la ville, sauf votre respect,

dit Obadiah, croient que c’est la faute du taureau.

Mais une vache ne peut-elle pas être stérile? repartit mon père en se tournant vers le docteur Slop.

Cela n’arrive jamais, dit le docteur Slop ; mais la

femme de cet homme peut être accouchée avant terme, ce qui est assez naturel. — Dis-moi, l’enfant a-t-il des cheveux sur la tète ? ajouta le docteur Slop.

Il est aussi poilu que moi, dit Obadiah. — Obadiah

n’avait pas été rasé depuis trois semaines. Quand—

u — u s’écria mon père, commençant sa phrase par

un sifflement en guise d’exclamation ; — et ainsi, frère

Toby , mon pauvre taureau, qui est le meilleur taureau qui ait jamais p-ssé, et qui aurait pu être le fait d’Europe elle-même à une époque plus pure, — s’il avait seulement deux jambes de moins, aurait pu être traîné aux Doctor’s Gommons, et être perdu de réputation; ce qui, pour un taureau de ville, frère Toby, est la même chose que de perdre la vie.

Seigneur Dieu ! dit ma mère, qu’cst-ce que c’est

que toute cette histoire?

Un coq-à-l’âne *, dit Yorick; — et un des meilleurs

en son genre que j’aie entendus.

1 En anglais, a cock and a bull , un coq et un taureau, ce qui, avec une autre équivoque qu’on m’excusera île ne point expliquer, motive la réponse d’Yorick.

[Note du traducteur .)

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