‹ Vie et opinions de Tristam ShandyChapitre 34 sur 331 · CHAPITRE XXIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIV

Si je n’étais moralement sûr que le lecteur meurt d’impatience d’avoir le portrait de mon oncle Toby, — je voudrais auparavant lui prouver qu’il n’y a pas d’instrument aussi convenable pour dessiner une pareille chose, que celui que j’ai choisi.

Un homme et son dada, quoique je ne puisse dire qu’ils agissent et réagissent exactement de la même manière que l’âme et le corps font l’un sur l’autre, cependant, sans aucun doute, ont entre eux une espèce de communication, et je serais assez d’avis qu’elle s’opère plutôt à la manière de l’électricité des corps; — et qu’au moyen des parties échauffées du cavalier, qui viennent en contact immédiat avec le dos du dada, — à la suite de longs voyages et de frottements considérables, il arrive que le corps du cavalier finit par se remplir d’autant de substance dadaïque qu’il en peut contenir ; — de sorte que si seulement vous êtes capable de donner une claire description de la nature de l’uh, vous pouvez vous faire une idée passablement exacte du génie et du caractère de l’autre.

Or, le dada que montait toujours mon oncle Toby était, à mon avis, un dada qui vaut bien la peine d’être décrit, ne fût-ce qu’à cause de sa grande singularité; — car vous auriez pu voyager d’York à Douvres, — de Douvres à Penzance en Cornouailles, et revenir de Penzance à York, sans en avoir vu un autre sur la roule; ou si vous en aviez vu un pareil, quelque pressé que vous eussiez été, vous vous seriez infailliblement arrêté pour le regarder. En effet, son allure et sa tournure étaient si étranges, et il était, de la tète à la queue, si totalement différent de toute l’espèce, que c’était de temps à autre un sujet de discussion de savoir, — s’il était réellement un dada ou

non ; mais comme le philosophe n’employa d’autre argument contre le sceptique qui lui contestait la réalité du mouvement, que de se lever sur ses jambes, et de marcher par la chambre : — ainsi mon oncle Toby, pour prouver que son dada était vraiment un dada, n’employait pas d’autre argument que de monter dessus et de se mettre à courir, — laissant, après cela, décider la question comme on le jugerait convenable.

En bonne vérité, mon oncle Toby le montait avec tant

de plaisir, et il portait si bien mon onde Toby, que

celui-ci s’embarrassait fort peu de ce que l’on en pouvait dire ou penser.

Il est grandement temps, toutefois, que je vous en donne une description ; — mais pour aller régulièrement, je vous prie seulement de me permettre de vous apprendre d’abord comment mon oncle Toby se l’était procuré.

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