‹ Vie et opinions de Tristam ShandyChapitre 66 sur 331 · CHAPITRE LI · texte numérisé non relu

CHAPITRE LI

Tandis que mon oncle Toby sifflait à mon père le Lillabullero,— le docteur Slop frappait du pied, jurant et sacrant contre Obadiah de la manière la plus effroyable.

Cela vous aurait fait du bien de l’entendre ; cela vous aurait guéri pour toujours, monsieur, de l’ignoble défaut de jurer. C’est ce qui me détermine à vous raconter toute l’affaire.

Quand la servante du docteur Slop eut remis à Obadiah le sac de serge verte avec les instruments de son maître dedans, elle l’exhorta fort sensément à passer la tête et un bras dans les cordons, et à l’emporter en bandoulière. Défaisant donc la rosette, afin d’allonger pour lui les cordons, sans plus de difficulté elle l’aida à le passer. Cependant

ceci, jusqu’à un certain point, découvrait l’entrée du sac; craignant que, du train dont Obadiah menaçait de s’en retourner, le galop n’en fît sauter dehors quelque chose, ils furent d’avis de l’ôter de nouveau ; et dans la grande sollicitude et précaution de leurs cœurs, ils prirent les deux cordons et les attachèrent ferme ( après avoir plissé en bourse l’ouverture du sac) au moyen d’une demidouzaine de nœuds serrés que, pour plus de sûreté, Obadiah tira et retira l’un après l’autre de toute la force de son corps.

Ceci remplissait toutes les intentions d’Obadiah et de la servante, mais ce n’était point un remède contre certains maux que ni lui ni elle n’avaient prévus. Les instruments, à ce qu’il paraît, tout serré qu’avait été noué le haut du sac, avaient au fond tant de place pour y jouer (la forme du sac étant conique), qu’Obadiah ne put lui faire prendre le trot sans un carillon si terrible et du tire-tête, et du forceps, et de la seringue , qu’il n’en eût pas fallu davantage, si l’hymen était allé faire un tour de ce côté-là, pour le chasser d’effroi hors du pays; mais quand Obadiah accéléra son mouvement, et que d’un simple trot il essaya de lancer son cheval de carrosse au grand galop, — par le ciel ! monsieur, le carillon fut incroyable.

Comme Obadiah avait une femme et trois enfants, — la turpitude de la fornication et toutes les autres mauvaises conséquences politiques de ce carillon ne lui vinrent pas une seule fois à l’idée; — il y trouvait pourtant à redire, par un motif tout personnel et qui avait du poids pour lui, comme ç’a été souvent le cas avec les plus grands

patriotes. « Le pauvre garçon, monsieur, ne pouvait

pas s’entendre siffler. »

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