‹ Vie et opinions de Tristam ShandyChapitre 97 sur 331 · CHAPITRE LXXX · texte numérisé non relu

CHAPITRE LXXX

De tous les traités que mon père prit la peine de se procurer et d’étudier à l’appui de son hypothèse, il n’y en eut pas un qui lui fit éprouver un plus cruel désappointement au premier abord, que le célèbre dialogue entre Pamphagus et Codes, écrit par la chaste plume du grand et vénérable Erasme, sur les divers usages et emplois convenables des longs nez. Ah ça, ma chère fille, ne

laissez pas Satan profiler dans ce chapitre de la moindre petite butte pour enfourcher votre imagination, si vous avez aucun moyen de l’en empêcher ; ou, s’il est assez leste pour se glisser dessus, — je vous conjure d’être pour lui un petit cheval indompté, de gambader , de cabrioler , de sauter, de vous cabrer, de bondir, — et de ruer en faisant de longues ruades et de courtes ruades, jusqu’à ce que, pareille à la jument de Tickletoby, vous cassiez une courroie ou la croupière, et jetiez son Honneur dans la boue. — Vous n’avez pas besoin de le tuer.

— Et, je vous prie, qu’est-ce que c’est que la jument de Tickletoby ? — C’est là, monsieur, unequcslion tout aussi déshonorante et aussi illettrée, que d’avoir demandé en quelle année ( ab urb. con.) éclata la seconde guerre punique. — Qu’est-ce que c’est que la jument de Tickletoby ! Lisez, lisez, lisez, lisez, mon ignorant lecteur 1

— lisez, — ou, par le savoir du grand saint Paraleipomenon, — je vous dis à l’avance que vous feriez mieux de jeter là le livre une bonne fois; car sans beaucoup de lecture, par quoi votre Révérence sait que j’entends beaucoup de savoir, vous ne serez pas plus capable de péné-

trer le sens moral de la table marbrée ci-jointe ( emblème bigarré de mon ouvrage! ) que le monde avec toute sa sagacité n’a été capable de découvrir les nombreuses opinions, faits et vérités qui restent encore mystérieusemen t cachées sous le sombre voile de celle qui est en damier.

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