‹ Vie et travaux de Joseph Charles Hippolyte CrosseChapitre 2 sur 9 · ŒUVRE SCIENTIFIQUE · texte numérisé non relu

ŒUVRE SCIENTIFIQUE

L’œuvre scientifique d’Hippolyte Grosse, remarquable à la fois par son étendue et par sa solidité, est une de celles que le temps respectera; elle répond à ce qu’on pouvait attendre d’un savant de premier ordre, qui a consacré près de cinquante années de son existence à l’étude méthodique et persévérante du sujet qui le passionnait.

Merveilleusement doué et travailleur infatigable, il aurait pu prétendre aux plus hautes situations; mais les sciences naturelles, dont l’étude le captivait dès sa jeunesse, exercèrent un tel empire sur son esprit qu’il renonça de bonne heure à une brillante carrière pour se livrer entièrement à ses recherches favorites.

Au cours d’un voyage fait en compagnie de Cotteau dans le midi de la France, en Italie, en Corse et en

Sicile, H. Crosse fit d’intéressantes obserTations sur des mollusques rares habitant les côtes de ce dernier pays. A son retour en France, il publia le résultat de son étude dans le deuxième volume (1851) à\x Journal de Conclvyliologie ^ recueil scientifique qui venait d’être fondé, l’année précédente, par un naluraliste de grande valeur. Petit de la Saussaye. Ce dernier ne se doutait probablement pas que son nouveau et jeune collaborateur devait, quelques années plus tard, assurer définitivement l’existence du Journal et consacrer ensuite à son développement la plus grande partie de sa carrière scientifique. Après la retraite de son fondateur et directeur Petit de la Saussaye, retraite qui fut suivie d’une interruption de deux ans, le Journal fut repris en 1856, par P. Fischer et Bernardi; mais au bout de peu d’années, en 1861, la mauvaise santé de Bernardi l’obligeait à renoncer à toute occupation : la question financière se posait donc de nouveau. C’est à ce moment que, par la généreuse intervention de H. Crosse, qui vint mettre à la disposition du Journal son talent scientifique etles ressources budgétaires indispensables, tout obstacle à sa réussite fut définitivement écarté. J1 fallait ensuite maintenir le Journal au premier rang parmi les publications similaires; H. Crosse n’épargna aucune peine pour arriver à ce but, et, avec la collaboration de P. Fischer, sut lui donner une importance exceptionnelle, que nul ne conteste, dans cette branche de la zoologie; résultat d’autant plus méritoire que ce recueil n’a jamais été l’objet d’aucune subvention officielle, et qu’il a subsisté par ses propres ressources.

La prospérité d’une revue scientifique de cette na-

ture, où les études faunistiques tiennent une place prépondérante, est subordonnée à Fentretien de relations incessantes avec les explorateurs des différentes parties du monde. H. Grosse sut admirablement diriger et encourager l’effort de ces intrépides et dévoués chercheurs, dont les noms viennent, trop souvent hélas! grossir la liste funèbre publiée au commencement de chaque volume. Ces officiers, ces missionnaires, ces voyageurs étaient en partie récompensés de leurs peines par le soin avec lequel leurs précieuses récoltes étaient conservées et décrites.

Les collections réunies grâce à ces explorateurs, ainsi que par voie d’échanges, ne tardèrent pas à prendre un développement considérable : en dehors des richesses enfouies dans un petit nombre de musées, on trouverait difficilement une aussi belle série d’espèces marines et terrestres des pays les plus divers, représentées par des échantillons de provenance certaine. A côté de ces matériaux rassemblés en vue de l’étude, les plus grandes raretés conchyliologiques y figurent.

A force d’habiles et patientes recherches, H. Grosse était parvenu à constituer de toutes pièces une bibliothèque conchyliologique probablement unique au monde, et qu’il accroissait chaque année, grâce à ses relations universelles, de presque tout ce qui était publié sur cette partie de la science; il possédait des ouvrages maintenant introuvables, que les conchyliologues français et étrangers étaient heureux de pouvoir consulter chez lui.

On voit avec quelle intelligence et quelle conscience H. Grosse s’acquittait de la partie scientifique de sa

tâche; l’exécution matérielle n’était pas moins soignée : il s’astreignait, dans le but de donner au fonds solide de sa publication une forme élégante et impeccable, à revoir lui-même les manuscrits d’auteurs, les épreuves, les planches, s’imposant ainsi un travail qui eût suffi à absorber toute l’activité d’un secrétaire particulier. 11 s’occupait personnellement de l’administration et des comptes du Journal^ où régnait un ordre parfait; l’attention qu’il apportait aux plus petits détails était chez lui poussée à l’extrême, et les nombreux travailleurs qui lui communiquaient temporairement des collections ou des échantillons en ont toujours ressenti les heureux effets.

Depuis l’époque où H. Grosse prit possession du Jour^ nal^ trente-huit ans se sont écoulés. En feuilletant cette longue série de volumes, on s’étonne que la seule initiative privée ait pu produire un tel résultat, bien encourageant pour ceux, malheureusement trop peu nombreux, qui désireraient mettre au service de la science leurs ressources et leur intelligence.

Tous les conchyliologues ont vivement apprécié cet effort désintéressé : les nombreuses espèces et le genre dédiés à Grosse par des savants français et étrangers sont un témoignage durable de leur reconnaissance et de leur profonde estime.

H. Grosse a publié presque tous ses travaux dans le Journal^ qu’il a ainsi enrichi d’un véritable trésor scientifique.

On n’y compte pas moins de 355 notes ou mémoires originaux, dont une centaine écrite avec la collabora-

tion de P. Fischer ou d’autres auteurs. Il faudrait encore ajouter à ce chiffre une quantité innombrable d’analyses bibliographiques, nouvelles, etc., qui renferment souvent des observations importantes.

Ces divers travaux ont fait connaître près de six cents espèces inédites : les genres Ampullaria^ Bulimulus, Bulimiis^ Choanopoma, Conus, Ennea, Helicina^ Helix^ Murex, ont été particulièrement enrichis par cet appoint. Un bon nombre de ces espèces, s’éloignant des formes connues, ont été groupées dans des genres nouveaux, parmi lesquels je mentionnerai les suivants :

Geostilbia (1867), Semperia (1867)^ Leucorhynchia (1867), Xanthonyx (1867), Eucalodium (1868), Pereiraea (1868)^ Strebelia (1868), Petenia (1868), Berendtia (1869), Acroptychia (1870), Diplomphalus (1872), Guestieria (1872), Cœlocentrum (1872), Tomocyclus (1872), Baçenia (1873), Leucoptychia (1878)^ Pyrgophysa Amphi-

cyclotus (1879), Godlewskia (1879), Habropoma (1880), Berthelinia (1883), Heudeia (1885), Neocyclotus (1886), Quadrasia (1886), Colob ostylus (1888), Livinhacia (1889).

L’orientation des recherches de Crosse se dessine nettement dans ses premières notes qui furent, comme la plupart de ses travaux ultérieurs, consacrées à la faune conchyliologique de diverses régions géographiques.

Les pays étudiés se répartissent sur presque toute la surface du globe, ainsi qu’on peut en juger par la liste suivante :

Europe. France (Corse), Espagne, Gibraltar, Sicile, Garniole.

Asie. Détroit de Behring et Océan Arctique, lac Baïkal, Chine, Japon, Péninsule indo-chinoise (Tonkin, Annam, Siam, Cambodge, Poulo-Condor, Perak), îles Philippines.

Afrique. Côtes d’Algérie. Afrique occidentale : côtes du Sahara, île du Prince, San-Thomé. Afrique orientale : Usagara, lac Tanganyika.

Océan Indien. Mayotte, Madagascar, Nossi-Bé, Nossi- Comba, île Rodriguez, îles Kerguelen, île Socotora.

Océanie. Australie, îles Palaos, Nouvelle-Guinée, Nouvelle-Bretagne, Nouvelle-Calédonie, îles Loyalti, îles Hawaï, îles Viti et Samoa, îles Gambier.

Amérique du Nord. Mexique, Guatemala.

Antilles : Haïti, Saint-Domingue, Porto-Rico, Cuba, Sainte-Lucie, Curaçao, Guadeloupe, Trinité.

Amérique du Sud. Amazone, Para, Equateur, Pérou.

La comparaison de ces faunes est d’un très vif intérêt pour les conchyliologues, auxquels H. Grosse a rendu un très grand service, en réunissant tous les documents épars sur ces questions, et en y ajoutant de nombreux faits nouveaux.

Citons les travaux suivants, parmi les plus importants dans cet ordre d’idées :

Liste des Mollusques terrestres et fluviatiles du Japon actuellement connus (1860).

Note sur la Faune malacologique de Gochinchine, comprenant la description des espèces nouvelles ou peu connues (en collaboration avec P. Fischer) (i863).

Études critiques sur les Bulimes auriculiformes de la Nouvelle- Calédonie et des terres voisines (i864).

Catalogue des Cypræa de la Nouvelle-Calédonie et description d’espèces nouvelles (1869).

Faune malacologique terrestre et fluviatile de File Rodriguez (1874)-

Description de Nudibranches inédits provenant de la Nouvelle-Calédonie, avec le catalogue des espèces actuellement connues (1875).

Distribution géographique et synonymie des Bulimes auriculiformes de l’Archipel Viti (1875),

Faune malacologique des îles Kerguelen (1877).

Catalogue des Mollusques qui vivent dans le détroit de Behring et dans les parties voisines de l’Océan Arctique (1877).

Faune malacologique du lac Baïkal (en collaboration avec P. Fischer) (1879).

Faune malacologique du lac Tanganyika (1881).

Contribution à la faune malacologique de Nossi-Bé et de Nossi- Comba (1882).

Faune malacologique terrestre et fluviatile des îles Socotora et d’Abdel-Goury (i884).

Nouveau catalogue des Mollusques terrestres de l’île San-Thomé (1888).

Faune malacologique terrestre et fluviatile de l’île de la Trinité (Antilles) (1890).

Faune malacologique terrestre et fluviatile de Tîle de Cuba (1890).

Faune malacologique terrestre et fluviatile de Tîle de Saint-Domingue (1891).

Faune malacologique terrestre et fluviatile de l’île de Porto-Rico ( 1 892).

Faune malacologique terrestre et fluviatile de la Nouvelle-Calédonie et de ses dépendances (et additions) (1894-1898).

H. Grosse a fait la révision complète d’un grand nombre de genres, avec l’étude critique des espèces dont ils sont composés ; la liste suivante, comprenant la plupart des genres étudiés, peut donner une idée de l’étendue de ces ouvrages qui comptent parmi les plus indispensables aux travailleurs :

Bathyhembix^ Bornella^ Gancellaria, Conus, Couthouyia, Guestieria, Holospira, Hybocystis, Leucoptychia, Lyrid, Meroe, Microtina, Opisthostoma, Parmacella, Pirena, Placobranchus, Pleur ot omar ia, Pomatias, Bapa, Bhodea, Bisella, Voluta, Xanthonyx,

De nombreux articles ont été consacrés aux Pleurotomaires, mollusques connus depuis longtemps à Fétat fossile, mais qu’on avait crus définitivement éteints, jusqu’au moment où une espèce vivante fut signalée aux Antilles en 1856, par P. Fischer et Bernardi. Une deuxième forme était bientôt rencontrée par H. Grosse, dans la collection du Gommarmand, où elle gisait ignorée. La curiosité scientifique éveillée par ces découvertes fut telle que le gouvernement américain entreprit des explorations à grande profondeur, d’ailleurs couronnées de succès , pour étudier la faune abyssale de ces régions. La question des Pleurotomaires a été posée par le Journal de Conchyliologie ^ et H. Grosse a grandement contribué à en montrer toute l’importance. L’intérêt de ce genre réside dans sa haute antiquité : apparaissant dans les premiers terrains fossilifères connus, il se perpétue avec les mêmes caractères jusqu’à nos jours.

Quelques-uns des ouvrages de Grosse traitent de paléontologie conchyliologique : citons sa description du nouveau genre Pereiraea, plusieurs notes sur les fossiles de l’Algérie, de Madagascar, son étude du curieux genre nouveau Berthelinia, du bassin de Paris, retrouvé plus tard vivant sur les côtes de Nossi-Bé, par M. Schlumberger, etc.

IQ

Il me reste à mentionner des travaux qui n’ont pu trouver place dans les colonnes du Journal de Conchyliologie ,

Plusieurs notes sur des mollusques terrestres de la Nouvelle-Calédonie et sur divers mollusques marins ont été publiées, de 1855 à 1859, dans Revue et Magasin de Zoologie.

Un important travail sur l’histoire naturelle des mollusques de Madagascar a été commencé, en collaboration avec P. Fischer, mais est resté inachevé.

L’œuvre la plus considérable de H. Grosse après la publication de son Journal est sans contredit VEtude sur les Mollusques terrestres et fluviatiles du Mexique et du Guatemala, commencée avec P. Fischer en 1869, et dont le premier fascicule parut en 1870. L’ensemble forme deux gros volumes in-4®, comprenant chacun environ 700 pages et 35 planches. Nombre d’espèces nouvelles et de genres nouveaux sont décrits dans ces pages, où l’on trouve aussi des recherches anatomiques inédites, et des aperçus lumineux sur la distribution géographique des mollusques. Malheureusement Grosse n’eut pas la satisfaction de voir paraître le dernier fascicule, qui sera prochainement publié, mais dont l’impression n’était pas achevée lorsque la mort vint l’arracher à ses travaux.

Les œuvres de H. Grosse se font remarquer par un style très personnel, où les qualités du fin lettré s’allient à la rigueur scientifique du naturaliste.

fl. Grosse signalait impitoyablement les termes génériques ou spécifiques d’une latinité douteuse, n’admet-

tant pas qu’un naturaliste eût le droit d’ignorer l’idiome qui était autrefois et devrait être encore la langue scientifique universelle : c’est pourquoi il s’imposa toujours et conseilla à ses collaborateurs de compléter la description détaillée des espèces nouvelles par une diagnose latine précise. On ne peut s’empêcher de reconnaître, si ce système était généralisé, combien les travaux rédigés dans des langues peu répandues seraient plus facilement accessibles.

Fidèle partisan des théories de Cuvier, la notion d’espèce lui apparaissait comme une entité clairement définie : il n’accepta qu’à titre d’hypothèse, séduisante il est vrai, mais dénuée de preuves suffisantes^ les idées de Darwin et de ses précurseurs sur la variabilité des espèces, qui venaient à l’encontre de ses conceptions philosophiques et religieuses ; il citait, comme un fait positif et indiscutable à opposer à la théorie de l’évolution, la persistance de genres apparus dans les terrains les plus anciens, tels que les Pleurotomaires et les Lingules, représentés encore actuellement avec leurs caractères primitifs.

H. Grosse combattit à différentes reprises la tendance de certains naturalistes à pulvériser en quelque sorte l’espèce linnéenne en la remplaçant par un grand nombre d’autres fondées sur des différences de faible valeur, sans tenir compte des formes de passage qui les relient ; ces procédés avaient à ses yeux l’inconvénient de donner une importance trop exclusive aux faits de détail, en reléguant au second plan les comparaisons et les idées générales.

De précieuses qualités secondaient H. Crosse : la simplicité et la droiture de caractère s’alliaient chez lui à une remarquable netteté de jugement, ainsi qu’à une énorme puissance de travail. Ces heureuses dispositions naturelles lui firent acquérir rapidement une vaste érudition, grâce à laquelle les ouvrages les plus rares n’échappaient pas à son examen.

La nature de ses travaux et un commerce continuel avec les savants de tous pays et avec les explorateurs avaient développé chez lui des connaissances géographiques dont l’étendue émerveillait son entourage.

Entièrement voué à ses recherches, qu’une situation aisée lui permettait de poursuivre sans préoccupations étrangères, il trouvait sa récompense dans le plaisir même que lui procurait l’étude ; sa modestie égalait son talent, et pour cette raison peut-être les honneurs, qu’il ne rechercha d’ailleurs jamais, ne lui furent pas prodigués. L’absence complète d’ambition lui permettait du moins une entière indépendance, qu’il défendait avec un soin jaloux : aussi appréciait-il chez les autres leur mérite personnel plutôt que leur situation ou leur influence, et ne cachait-il jamais sa pensée, bien qu’il en atténuât souvent l’expression, ses sentiments généreux le portant naturellement à l’indulgence. Ses critiques les plus vives n’étaient jamais acerbes et ne sortaient pas du terrain scientifique.

Les amis de H. Crosse ont tous pu apprécier son extrême bonté et la délicatesse de son caractère. Son affection n’allait pas au premier venu; mais il gardait,

lors des premières entrevues, une certaine réserve qui disparaissait dès que les relations étaient établies, pour faire place à une franche cordialité.

Il encourageait tout particulièrement les humbles, les nouveaux venus dans le monde scientifique, guidant leurs premières recherches, soutenant leurs efforts avec l’obligeance et la serviabilité qui le caractérisaient dans sa vie privée. Désireux d’acquitter envers sa mémoire une dette de reconnaissance, je suis conduit à mêler à cette notice quelques faits personnels. Depuis l’époque où il m’associa à la direction du Journal^ en souvenir de mon père qui avait été son collaborateur pendant 32 ans, il ne cessa de me prodiguer, avec la plus affectueuse bienveillance, les conseils et l’appui si nécessaires à un débutant. Il combla la mesure en prenant ses dispositions pour me léguer, par une magnifique générosité, la propriété du Journal de Conchyliologie .

Ses dernières volontés devaient malheureusement recevoir trop tôt leur exécution.

Hippolyte Grosse, encore en pleine force physique et intellectuelle, à la suite de deux accidents sans gravité apparente, ressentit les premières atteintes très douloureuses du mal qui devait l’emporter. Il se savait condamné, mais, conservant avec un admirable stoïcisme son entrain habituel, il parvint, pendant près d’une année, à cacher aux siens, déjà si éprouvés par des deuils récents, le nouveau malheur qui allait les accabler. Rassemblant toute son énergie, il multipliait les heures de travail et les veillées, employant ces précieux instants à mettre en ordre et terminer ses derniers travaux. Plu-

sieurs mois avant sa mort, lorsque les forces commencèrent à l’abandonner, il s’entretenait avec son entourage de la fatale et inexorable échéance, reportant sa pensée sur son œuvre et sur ceux qu’il avait désignés pour la continuer, exprimant parfois le regret de ne pas laisser dans sa descendance un héritier de son nom et de ses travaux, qui pût profiter de toutes les richesses scientifiques qu’il avait amassées.

Résigné à son destin, il fit preuve du plus grand courage, endurant ses souffrances sans laisser échapper une plainte, se faisant porter jusqu’au dernier jour dans ce parc d’Argeville où son existence s’était écoulée, rempli de ses souvenirs d’enfance, témoin des heures bonnes et mauvaises de son âge mûr. Il s’éteignit doucement le 7 août 1898, finissant sa belle vie en chrétien et en philosophe, au milieu des siens qu’il laisse dans la plus profonde affliction.

Sa mort enlève à la science un de ses plus fervents adeptes, dont les recherches brusquement arrêtées promettaient encore une riche moisson d’observations intéressantes; elle surprend douloureusement tous ceux qui, en France et à l’étranger, se livrent aux études conchyliologiques. La lecture des recueils spéciaux prouve combien sont sincères et profonds les regrets que cause la disparition d’un des plus éminents explorateurs de ce domaine scientifique.

Voici en quels ternies s’exprime un malacologiste anglais des plus distingués, M. le Rev. A.-H.Gooke, dans le dernier fascicule de The Journal of Malacology :

(c The scientifîc world in general, and inalacologists in particiilar, will hâve learned with profoiind regret the news of the death of M. Joseph-Charles-Hippolyte Crosse, which took place on August 7, 1898, at his country résidence, the Chateaii d’Argeville, at Vernou, near Paris. No inan of his time has doue more, few hâve done as miich, to promote the study of the Mollusca, and in him France has lost one of her inost distinguished

men of science '

(( It is with the Journal of Conchyliologie that Grosse’s meinory will be for ever associated. His name first appears on the titlepage of that periodical in 1861, and it is not too much to say that to hiin and his distinguished colleague, D‘‘ P. Fischer, who, considerably the younger inan, predeceased hiin by nearly half a decade, is due the entire crédit of carrying on for more than thirty years a publication which has consistently maintened the highest standard of excellence in the articles which hâve appeared in its pages

(( Crosse’s knowledge of the Mollusca was not confîned to any spécial group or groups, but was far-reaching and comprehensive. Naturally, his acquaintance with anatomical details was subordinate to his familiarity with other portions ofthe study. The Land Mollusca of New Galedonia and of Mexico are perhaps the two fîelds on which he will be found to hâve left the most permanent traces of his ability

<c He was especially fond of cataloguing the Molluscan fauna of islands. Some of his lists, thus compiled, are invaluable to the student of geographical distribution, remarks upon which generally accompanied the lists....

(( I believe Grosse possessed a spécial sympathy for England and English workers. Certainly bis encouragement of young contributors was charining, and bis courtesy never failed. His knowledge of Englisb was remarkable, and he was capable of transi ating articles from tbat language into French witbout missing tbe smallest point or losing tbe most délicate sbade of meaning. Besides possessing numerous otber titles of bonour, be was a Gorresponding Member of tbe Zoological Society of London, and a Member of tbe Malacological Society of London. Ail Englisb malacologists will unité in a respectful testimony to bis great distinctions. And perbaps no better épilogue could be framed for bim tban tbe words witb wbicb be closed bis own exhaustive treatise on tbe Mollusca of New Galedonia, words of cbaracteristic modesty : a Nous terminons ici « notre travail, dont nous ne nous dissimulons nulle- « ment les imperfections, mais qui aura, nous l’espé- « rons du moins, l’avantage de faire connaître aux na- (( turalistes, que ces sortes d’études intéressent, l’état

(( actuel de la science et de leur servir de point de

(( départ pour de nouvelles recbercbes dans notre co- « Ionie, où il doit y avoir encore bien des découvertes (( à faire pour les explorateurs. »

M. le professeur H. -A. Pilsbry, de Philadelphie, directeur de The JVautilus, écrit les lignes suivantes dans le numéro d’octobre 1898 de ce recueil :

(( The death of Mons. J.-G.-Hippolyte Grosse, on tbe 7th of August, removes one more prominent French

conchologist from the ranks. For inany years editor of the Journal de Conchyliologie ^ Crosse had become known to malacologists the world over as one of most able and industrious workers on mollusca ; and by inany conchologists to whom he was personally known and esteerned, bis loss will be felt with deep regret. A biographical notice will follow later. »

Les mêmes sentiments se manifestent dans les lettres adressées à la famille d’Hippolyte Crosse peu de jours après l’annonce de sa mort.

M. Walter-E. Collinge, directeur de The Journal of Malacology ^ s’exprime ainsi :

(c 1 am deeply grieved to learn of the recent decease of France’s great malacologist Mons. J.-C.-Hippolyte Crosse. Loved and admired by ail who knew him, how keeply must bis loss be felt by those nearest to bim. »

M. W.-E. Hoyle, secrétaire honoraire de la Conchological Society of Great Britain and Ireland^ écrit la lettre suivante :

(( Je suis chargé par le Conseil de la « Conchological Society of Great Britain and Ireland » de vous exprimer le très vif regret qu’il a ressenti à la nouvelle de la mort de M. J.-C.-Hippolyte Crosse. Il était un des premiers membres honoraires de cette Société dont il a fait partie depuis 1889. Nous nous souviendrons toujours, avec le respect le plus dévoué, non seulement de ses services éclatants comme savant conchyliologue,

mais aussi des talents littéraires qu’il a déployés dans les pages du Journal de Conchj^liologie . »

E.-Edgar-A. Smith, le savant malacologiste du British Muséum, de Londres, s’exprime en ces termes :

(( This morning I hâve received the announcement of the death of my old correspondant M. H. Grosse and I at once hasten to express the sorrow I and other scientific friends in England feel, also to give expression to the sincere sympathy we entertain towards the relatives of our late friend.

« M. Crosse was a true gentleman for whom we ail entertained the greatest respect, not only for his eminent scientific attainments , but also on account of the great courtesy we hâve always experienced from him, both personally, and in his correspondence. We shall ever remember with gratitude his dévotion to our spécial branch of science, and the great service he lias rendered to the advancement of Malacologie. »

M. le D*" A. Petter, directeur du Stàdtisches Muséum Carolino-Augusteum de Salzbourg (Autriche), écrit ces mots :

(( Die Linterzeichnete Direction des Muséum Garolino- Augusteum in Salzburg erlaubt sich dem innigsten Beileide über das Hinscheiden Seiner Hochwohlgeboren des Herrn Joseph-Gharles-Hippolyte Grosse hochachtungsvollst Ausdruck zu geben. »

Ges regrets unanimes, qui vont au cœur de tous les siens, sont la fidèle expression des sentiments de ses

amis et de ses collaborateurs, ainsi que de tous les savants qui ont été en relation avec lui.

Si Hippolyte Crosse n’est plus, son œuvre au moins demeure intacte : la continuation du Journal de Conchyliologie^ en perpétuant le souvenir de son nom et de ses travaux, ainsi que de sa vie, si simplement et si bien remplie par l’étude, sera un constant et pieux hommage rendu à sa mémoire.

Henri Fischer,

Docteur ès sciences,

Directeur du Journal de Conchyliologie.

DISCOURS

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