TROISIEME PARTIE LES GRANDES Œm^RES
Rousseau vécut malade,'- mais assez tranquille à Mont -Lo uis, avec Thérèse, son ch ien et son chat, de 1757 à 1762.
Il copiait toujours delà "musique, et voyant le succès de ses livres, il songea à vivre aussi du produit de leur vente. Il travaillait alors à ses trois grands ouvrages, La Nouvelle Biloise, : Emile, Le Contrat Social.^
Il.jiréférait.Ja compagnie des gens simples; par exemple, le mafon Pilleu. Mais sa célébrité, et les livres qu'il écrivait le forçaient à rester en même temps en rapport avec le grand monde. Il vivait en excellents termes avec Monsieur le Maréchal de n Luxembourg et Madame la Maréchale, Il accepta même, pendant qu'on faisait des réparations à son appartement de Mont-Louis, d'occuper un logement dans une maison de leur parc de Montmorency, et qu'on appelait le Petit Château. Il y alla le 15 mai i7Sg; et même après son retour à Mont-touis, en août suivant, i il conserva toujours une clef du parc et la faculté de revenir faire
' « La force extraordinaire qu'une effervescence passagère m'avait donnée pour quitter l'Ermitage m'abandonna sitût que je fus dehors . . . Je tombai bientâl dans les plus cruels accidents. Le médecin Thierry, mon ancien ami, vint me voir et m'éclaira sur mon état ... La belle saison ne me rendit point mes forces, et je passai toute l'année 1738 dans un état de langueur qui me fit croire que je touchais à la fin de ma carri^ », Confessions. X.
' C'était là quelque chose de nouveau. Au XVIII"" siècle encore, un homme qui voulait se vouer aux lettres, ou bien était riche, ou bien vivait de protections et pensions du roi ou des grands. Voltaire et Rousseau vécurent de leurs livres; Voltaire, grice à son génie des affaires, qui lui procura une grande fortune, Rousseau grâce k une stricte économie. Voir l'article — du reste non sans erreur — du Vicomte d'Avenel, dans la Revue des Deux Mandes, 15 novembre 1908, Les Honoraires des Gens de Lettres. Aussi (dans «Smith Collège StudiesB, igji, 2-3:) E. Poster, Dernier Séjour de J.-J. Rousseau d Paris, 1770-1778, Chap. III.
VIE ET ŒtrVRES
lu Petit Château. Il allait parfois au Grand I lire des passages de La Nouœlle HÉloise, et plus tard, V 760, il fit de même pour ÉmUe.'
LA NOXTVELLE HÉLOÏSE
Ce long roman passionné est né en grande partie de l'imagina- S tion de Rousseau parcourant les bob de Montmorency. Il raconte au Livre IX des Confessions comment tous les beaux souvenirs de sa jeunesse formèrent la base de ce rêve d'un monde de bonheur simple et profond. Mesdemoiselles Gaffney et de Graffenried, Madame de Warens et plus tard Madame d'Houdetot 10 — sans compter Clarisse Hailowe (car le rôiïian de Richardson l'avait ravi) — toutes contribuèrent quelque part à la composition du personnage de Julie sous ses divers aspects d'amante, d'épouse, de ménagère, de raisonneuse dévote. Pour Saint-Preux, le héros du livre, il s'inspira de lui-même, avec ses qu^ités et ses 15 défauts. Four y placer ses personnages, il choisit tes rives du I^ Lém aji, ■ ce lac autour duquel son cœur n'a jamais cessé d'errer », et particulièrement Clarens, « le lieu natal de ma chère maman *.
C'est dans ce livre surtout que la postérité aime à retrouver les ao grands thèmes du Romantisme futur: amour, nature, mélancolie, religiosité.
La NouveUe Hiloîse est d'abord un «roman» par lettres; mais, à côté de l'histoire d'amour, tout a sa place: non seulenient la nature et la jeligion ^(thèmes romantiques encore), mais politique as et éducation,httérature et musique, comparaisons des caractères,, anglais et français, modes de vêtements et usage du vin, duel^et . suicide, question des domestiques et jardinage, agriculture, etc. — j c'esL une sorte d'entjclopédie des opinions.. île Pniiflgiaii mv
qua ntité de problèmes, discutés de sûn-l£fflps. 30 Le titre 3u roman — qui était d'abord Julie — vient de ce que l'amoui de Saint-Preux et de JuUe naquit comme cdui d'Ab^aid et ' Madame la. Maréchale lui fit offrir de le faire nonuner à l'Académie Française — où l'on recevait un salaire. Rousseau refusa; comme il refusa l'offre de M. de Malesherbes d'entrer à la rédaction du Jottmal; il craignait que les obligations attachées à de telles situations ne missent une entrave à la libre expression de ses idées.
LA NOUVELLE HÉLOlSE 127
dlléloïse (au XII™ siècle) des rapports de m aître (Saint-Preux) à élève (Juiiel. Mais la Nouvelle Héîoïse — Julie — après avoir succombé à l'amour, rachète son erreur de jeune fille par sa vertu —comme femme mariée.