LETTRE XI. — DE SAINT-PEEUX A MYLORD ÉDOOABD
. . . Après avoir admiré VeSet de la vigilance et des soins s de la plus respectable mère de famille dans l'ordre de sa maison, j'ai vu celui de ses récréations dans un lieu retiré dont elle fait sa promenade favorite, et qu'elle appelle son Elysée.
Il y avait plusieurs jours que j 'entendais parler de cet Elysée dont on me faisait une espèce de mystère. Enfin, hier après lo dîner, l'extrême chaleiu* rendant le dehors et le dedans de la maison presque également insupportables, M. de Wolmar proposa à sa femme de se donner congé cette après-midi; et, au lieu de se retirer comme à l'ordinaire dans la chambre de ses enfants jusque vers le soir, de venir avec nous respirer ij dans le verger; elle y consentit, et nous nous y rendîmes ensemble.
Ce lieu, quoique tout proche de la maison, est tellement caché par l'allée couverte qui l'en sépare, qu'on ne l'aperçoit de nulle part. L'épais feuillage qui l'environne ne p)ermet 30 point à l'œil d'y pénétrer, et il est toujours soigneusement fermé à la clef. A peine fus-je au-dedans, que, la pwrte étant masquée par des aunes et des coudriers qui ne laissent que deux étroits passages sur les côtés, je ne vis plus en me retournant par oii j'étais entré; et, n'apercevant point de i$ porte, je me trouvai là comme tombé des nues.
En entrant dans ce prétendu verger, je fus frappé d'une agréable sensation de fraîcheur que d'obscurs ombrages, une
' Sur cette discussion, au XYIII"" siècle, louchant la supériorité des jardins artificiels et des jardins naturels ou anglais, voir D. Mornet, Le Senlimml de la Nature de J.-J. Rousseau d Bernardin de Saint-Pierre (1907), II, u, cb, î.