XIHTLHENCE DE ROUSSEAU SUR SES CONTEMPORAINS ET SUR LA POSTÉRITÉ
Les livres de Rousseau ont été lus abondamment. Et si, à cause des condamnations publiques, des mandements, des censures, des attaques de tous genres et des persécutions des premiers jours — attaques et persécutions dirigées par des hommes attachés au passé et qui devinaient les conséquences si Rousseau 5 triomphait — l'action de Rousseau fut longtemps souterraine, elle n'en fut pas moins réelle dès les premiers jours. On le saisit bien en parcourant les lettres et les Mémoires de la fin du XVni"* ^ède.
Ce fut d'abord surtout dans les domaines de la morale et de la 10 religion que cette action fut profonde. Non seulement d'une part, des ennemis et des indifférents de la religion abandonnaient les « Philosophes » et Voltaire pour Rousseau, mais d'autre part des protestants et même des catholiques invoquaient les arguments apportés par la Profession de Foi du Vicaire Savoyard. Depuis 15 la mort de Rousseau, en 1778, qui vint après une longue vie de souffrances pour ses idées, son prestige augmenta encore; on allait en pèlerinage à l'île des Peupliers, à Ermenonville.
Tout à coup la Révolution édala; et alors on se souvmt de l'auteur du Contrat Social qu'on avait presque oublié pour celui de 10 La Nouvelle Héloîse et d'Emile: a C'était autrefois — dit Merder, l'auteur de Rousseau auteur de la Rtoolution (1791) — le moins lu de tous les ouvrages de Rousseau. Aujourd'hui tous les citoyens le méditent et l'apprennent par cœur. » Et tous, amis et ennemis, imputent à Rousseau une part considérable de la responsabihté de 35 ce grand mouvement des écrits. Louis XVI dans la Frison du 37S
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Temple, aurait, dit-on, * douloureusement reconnu • que Rousseau avec Voltaire * avait perdu la France. » Selon Madame de Staël, Bonaparte aurait dit un jour de Rousseau: ( C'est pourtant lui qui a été la cause de la Révolution. » Et le Gavroche de S Victor Hugo chantera:
n est tombé par terre.
C'est la faute à Voltaire; Le nez dans le nÙBseau, C'est la'faute à Rousseau.
Dès 1791, Rabaut Saint-Ëtienne, un des grands orateurs de la Révolution, appelait le Conlrat Social le Code de la Liberté. Et c'est depuis la Révolution, et comme réformateur politique et social que Rousseau reçut d'abord les plus grands honneurs pu-
10 blics. Le 23 juin 1790, un artiste offre à l'Assemblée Nationale un buste de Rousseau qui est placé vis-à-vis des bustes de Franklin et de Washington. Le mardi 21 décembre 1790, l'Assemblée Nationale vota d'ériger une statue à Rousseau (la première qu'elle ait votée) et d'offrir une pension à sa veuve.'
ij Le 7 octobre 1791 l'Assemblée Législative installe le buste de Rousseau dans la salle de ses séances.
' Voici en partie l'extrait du Joumai de Paris relatant cet épisode (le 13 décembre):
L'Assemblée Nationale voulant rendre un hommage solennel à la mémoire de J.-J. Rousseau, et lui donner, dans la peisomie de sa veuve, un témoignage deJa reconnaissance que lui doit la Nation Française, a décrété et décrète:
Art I. II sera élevé, à l'auteur d'ÉmUe et du Conlrat social, une statue portant cette inscription: