‹ Vie et œuvres de J.J. RousseauChapitre 49 sur 51 · POSTFACE · texte numérisé non relu

POSTFACE

l'esprit de Rousseau, mfime si elle ne lui est pas directement empruntée.'

Souvent on a associé à ce culte de l'écrivain politique, celui de l'homme sensible; ainsi au thé&tre, dans des pièces comme l'Enfance de J.-J, Rousseau, La ValUe de Montmorency, Rousseau au 5 Paraclet, et surtout Jean-Jacques à ses derniers moments. Dans cette pièce, de Nicolas Bouilly, on voit le bon vieillard confiant au Marquis de Girardin, avant de mourir, le manuscrit du Contrat Social; et M. de Girardin reçoit cet « ouvrage immortel » comme on recevrait une Bible: f On dirait, s'écrie-t-il, 10 que c'est Dieu, oui, Dieu lui-même, qui a dicté cet écrit, pour rétablir l'ordre de la nature et fonder le t^nheur de la société.» — « Ô mon Dieu, gémit-il encore, quand il voit Jean-Jacques défaillir, un pareil être sur la terre est ta plus parfaite image; pourquoi veux-tu nous l'enlever ? Pourquoi ne permets-tu pas que ij le nombre de ses jours égale celui de ses vertus ?» Mais l'heure dernière est arrivée. Entouré de ceux qu'il aime et de ceux qu'il a secourus, . . . Jean- Jacques s'éteint doucement sur une dernière

' Toutefois, il faut éviter tout dogmatisme; et il faut dire ici au moins ced: On a attribué à Rousseau parfois, des théories révolutionnaires qu'il n'avait pas; parce qu'il avait certain»' théories, on lui attribue volontiers toutes celles qu'on veut faire triompher. Ainà, par exemple, celle du Pribunat de la Constitution du Directoire, en 1799, qui, sous apparence de démocraUsme, devait favoriser les lois du Consulat. (Cf. Vaughan, p. Ixxi.) Autre remarque: Parmi les idées proclamées par Rousseau avant la Révolution, il y en a parfois des plus importantes que Rousseau n'avait pas été le seul i, avoir défendues; et alors il est difficile de déterminer la part de Rousseau et celle des autres. Ainsi les principes de \^DédaTaliondts Droits de l'Homme (1791) eux-mêmes sont bien entièrement dans l'écrit de certaines pages du Contrat Social, mais Sa ioo.ta\iSMd3jal'eifint de lB,Déciarationd'lndépeiulance de l'Amériqve (1776). Pour la constitution civile du cierge, il en est de mfime; on peut bien y voir l'influence du chapitre de Rousseau sur la religion civile, mais Voltaire avait réclamé aussi l'emploi d'une religion sans dogmes pour policer au nom d'un Être absolu la vie privée des citoyens. Et la Constitution anglaise contenait déjà l'idée de la séparation des pouvoirs exécutif et légialarif dont on fait souvent honneur k Rousseau. Bref, Il y a en réalité deux Rousseau, le réel, et celui que la légende a créé; et c'est souvent celui de la légende qu'on ai^telle le Père de la Révolution.

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prière: « Que ce jour est pur et serein I Oh ! Que la nature est grande ! . . . Voyez-vous . . . voyez-vous cette lumière immense . . . Voilà Dieu . . . Oui,Dieului-même qui m'ouvre sonsein et m'invite à aller goûter cette paix étemelle et inaltérable que J'avais tant S désirée. » (Cité par Masson, Religion de Rousseau, III, p. 91-02.) En 1799 Napoléon Bonaparte avait ramené extérieurement l'ordre politique en France. Mais ce fut au dépens de la discussion des idées de liberté. Et lorsque, après près de vingt ans, la discussion reprit, il s'était formé une sorte de corps de doctrines

to démocratiques, opposé aux idées pré-révolutionnaires, mais formé d'un amalgame de toutes les pensées progressistes et où il serait difficile de démêler l'action spéciale de Rousseau.

Par contre, grâce à cet ordre rétabli, la discussion des idées de Rousseau reprit dans le domaine moral et religieux. Dans le

15 domaine moral, il faut citer avant tout le nom de Madame de StaËL Elle écrivit de grands romans sentimentaux du genre de la Nouvelle Hiloïse, et elle discute avec une ardeur révolutionnaire la question de l'amour et du mariage; eile est disposée à croire à l'union de passion naturelle de Julie et de Saint -Preux,

îo plutôt qu'à ceUe du mariage raisonnable de Julie et de Wolmar. George Sand devait continuer dans !a même voie ime générationplus tard, quitte à revenir à la réserve et à la prudence de Rousseau dans des romans écrits dans l'âge mûr.

Dans le domaine religieux la discussion fut plus générale. En

25 réalité la tendance à s'éloigner de la « philosophie * pure, * désolante », qui n'a des raisons t; que pour détruire » avait commencé dès 1762; après la Profession de Foi du Vicaire Savoyard on ne pouvait plus parler de Jésus comme Voltaire l'avait fait.' Grâce à Rousseau, les vérités historiques et rationnelles du Christianisme

30 sont considérées comme secondaires, et la vérité morale seule est essentielle; comme telle, ta religion chrétienne est belle et utile. A la veille de la Révolution, en 1788, Rivarol écrivait: « On ne disputait autrefois que de la virile de la religion; on ne dispute aujourd'hui que de son utilité ». (Cf. Masson, op. cit., III, 136,

35 141, 157, 303, 308.) En vérité, Ballauche {Du Sentiment, 1801) • Mais il était temps. Les prêtres même étaient atteints. Sur quarante souscripteurs à VEncyclapédie, tn Dordogne, il y avait vingt-quatre piCtcïs. , ,

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