‹ Vie et œuvres de J.J. RousseauChapitre 7 sur 51 · PREMIERE PARTIE ENFANCE ET JEUNESSE DE ROUSSEAU · texte numérisé non relu

PREMIERE PARTIE ENFANCE ET JEUNESSE DE ROUSSEAU

On a souvent dit de Rousseau qu'U était le père de l'individualisme moderne, et qu'il avait t introduit le Mot en littérature. • n doit cette formule surtout à son livre des Coi^esHons.

Nous empruntons la plupart des extraits suivants à cet ouvrage,

Les Confex.ùnns ne so nt pas nrminft^r elles devaient comprendre s trois parties, et nous n'en avons que deux, allant jusqu'à l'année 1765. Conune Rousseau y parlait de beaucoup de personnes vivantes avec autant de franchise que de lui-même, il avait arrangé que le livre serait publié en iSoo. Mais ses sévères recommandations ne furent pas observées. La première partie des Confessions 10 parut en 17S2 à Genève. La deuxième en 1788 à Genève aussi.

U les comment pendant son exil en Suisse (i 763) à l'instigation de son imprimeur Rey et avec l'idée de donner le portrait d'un homme dans « toute la vérité de la nature », — du seul homme qu'il fût sûr de connaître, c'est-à-dire lui-même. Puis, sous is l'impression de pénibles persécutions pour ses opinions philosophiques, il récrivit après son arrivée en Angleterre (le n janv. 1766) — avec cette préoccupation de confondre ses ennemis — l'enfance et la jeimesse déjà rédigées; et il ajouta ^rês son retour en France (le 21 mai i767),ladeuxièmepartieconcemant l'âge mûr. 10 Il alla ensuite à Paris (1770), organisa dans des salons d'amis, des lectures de ces Mémoires justiâcatifs. Ces lectures semblent avoir été interdites après quelque temps par la police, sur la demande de Madame d'Ëpinay, qui avait joué un Me important dans la vie de Rousseau et dont Rousseau parlait. Cette préoccupation 15 de justification n'itéra point le charme du récit, surtout pas dans la première partie; mais elle explique la très fameuse Préface.

^.i.K)^lc

Préface dea Coi\fessions

"^. ." Je foj^iîé çôè-entïeprise qui n'eut jamais d'exemple, et qui

i/n^iyâ fMiin.t.d' imita feûr. Je veux montrer à mes se mblables

•V-J j^Jsji*iéJtten4tôiil'eia vérité de la nature; et cet homme,

S Moi seul. Je sens mon cœur, et' je connais les hommes. Je ne suis fait comme aucun de ceux que J'ai ^s; j'ose croire n'être fait comme aucun de ceux qui existent Sî je ne vaux pas mieux, au moins je suis autre. Si la nature a bien ou mal fait de briser le moule dans lequel elle m'a jeté,

lo c'est ce dont on se peut juger qu'après m'avoir lu.

Que la trompette du jugement dernier sonne quand elle voudra, je viendrai, ce livre il la maîn," me présenter devant"" Te souverain juge. Je dirai hautement: Voilà ce que j'ai fait, ce que j'ai pensé, ce que je fus. J'ai dit le bien et le

iS mal avec la même franchise. Je n'ai rien tu de mauvais, rien ajouté de bon; et s'il m'est arrivé d'employer quelque ornement indifférent, ce n'a jamais été que pour remplir un vide occasionné par mon défaut de mémoire. J 'ai pu supposer vrfii ce que je savais avoir pu l'être, jamais ce que je savais

30 être faux. Je me suis montré tel que je fus; méprisable et vil quand je l'ai été, bon, généreux, sublime, quand je l'ai été: j'ai dévoilé mon intérieur tel que tu l'as vu toi-même. Être étemel. Rassemble autour de moi l'innombrable foule de mes semblables; qu'ils écoutent mes confessions, qu'ils

as gémissent de mes indignités, qu'ils rougissent de mes misères.

» Rousseau avait expliqué dans une Préface aux Confessions qu'il ne publia pas en quoi ses Confessions différaient d'autres autobiographies antérieures à la sienne. Chez Montaigne il voyait un « faux aincÈre qui veut tromper en disant vrai », car il ne parle que de ses « défauts aimables > ; chez Cardan, il ne voit qu'un homme » vain et plein d'extravagance . . . dont on ne peut tirer aucune instruction ». (Cf. Annales J.-J. Rousseau, IV.) Quant aux Confessions de Saint- Augustin, elles sont faussées par la théorie de la corruption, ou méchanceté naturelle de l'homme qui sert de point de départ au grand théologien.

Qiie chacun d'eux découvre à son tour son cœur au pied de ton trône avec la même sincérité; e j puis qu'un seul te dke, s'il l'ose: Je fus meilleur que cet homme^là. •

L'EKFAHT DE GECTËVE

Les extraits des Conférions sont choisis, ou bien simplement

pour le charme du récit, ou bien — surtout — parce qu'ils noos s

découvrent les traits qui expliquent Rousseau, k graad éciivain

I^iilosophique.

Les Parents de Jeui-JacquM Jean-Jacques Rousseau est né à Genève le 2 % juin 171a, de descendants de Français, émigrés à l'époque des persécutions des Protestants. Ses parents, dit-il, étaient « tous deux nés tendres 10 et sensibles » et U pense avoir hérité d'eux cette disposition qui devait faire de lui le « père du Romantisme i. ^

Je naquis infirme et malade. J^e coûtai la vie à ma mère, et ma naissance fut le premier de mes malheurs. ' Je n'ai pas su comment mon père supporta cette perte, 15 mais je sais qu'il ne s'en consola Jamais. H croyait la revoir en moi, sans pouvoir oublier que je la lui avais ôtée; jamais il ne m'embrassa que je né sentisse à ses soupirs, à ses convulsives étreintes, qu'un regret amer se mêlait à ses caresses: elles n'en étaient que plus tendres. Quand il me disait: m f Jean-Jacques, parlons de ta mère, je lui disais: — Eh bien! mon père, nous allons donc pleurer; » et ce mot seul lui tirait déjà des larmes, t Ah! disait-il en gémissant, rendsla-moi, console-moi d'elle, remplis le vide qu'elle a laissé dans mon âme. T'aimeraïa-je ainsi si tu n'étais que mon fils? » 35 Quarante ans après l'avoir perdue, il est mort dans les bras d'une seconde femme, mais le nom de la première à la bouche, et son ùnage au fond du cœur.

Tels furent les auteurs de mes jours. De tous les dons que le ciel leur avait départis, un£(£ur scosible est le seul qu'ils ja

me laissère nt; mais il avait fait leur bonheur, et fit tous les malheurs de ma vie.

J'^taJP "^ prtniqiw-mftHw>.nf; on espéralt peu de me con< server . . . Une sœur de mon père, fille aimable et sage, S prit si grand soin de moi, qu'elle me sauva.' Au moment oii j'écris ceci, elle est encore en vie, soignant, à l'âge de quatre-vingts ans, un mari plus jeune qu'elle, mais usé par i la boisson. Chère tante, je vous pardonne de m'avoîr fait ' vivre. - "

Les Premières Lectures

Eo Te sentis avant de penser: c'est le sort commun de l'humanité. Je l'éprouvai plus qu'un autre. J'ignore ce que je fis jusqu'à cinq ou six ans. Je ne sais comment j'appris à lire; je ne jnp, .souviens que de mesjiicm^res leclutes^ei^ leur effet sur moi: c'est le temps d'oii je date sans interrup-

i^^tion la conscience de moi-même. Ma mère avait laissé dea roman s,' nous nous mîmes à les lire après souper, mon père et moi. Il n'était ques tion d'abord que de m'exercer à la lecture parl es livr er a.T7^^l^q.rl ^^; mais bientôt l'intérêt devint si vif , que nous lisions tour à tour sans relâche, et jiassîons'

ao l es nuits à cette occupati on. Nous ne pouvions jamais quitter qu'à la fin du volume. Quelquefois mon père, entendant le matin les hirondelles, disait tout honteux: «Allons nous coucher; je suis plus enfant que toi, »

• C'est k Tante Suson, dont il parlera plus loin encore, M"" Gonceru, et à laquelle de ses maigres ressources il servit une pension de 1768 jusqu'à ce qu'elle mourût en 1774.

' L'éducation desa mère, Suzanne Bernard, avait été faite par un oncle fort cultivé, le ministre Samuel Bernard (1631-1701). Les romans dont il s'agit étaient les romans précieui du XYTI"" siècle, par Gomberville, Gombault, Desmarets, La Calprenède, et Mlle de Scudéry. Il est fait aUusion plus bas, spécialement à Artamène, le héros du roman du même nom {!0 vol., 1649-53) P'"' Mlle de Scudéry, à Orondate, de la Cassandre de La Calprenède (ro vol., (643-45) et à Julja, de U Clfofitre du mémc auteur (la vol., 1647).

ENFANCE ET JEUiraSSÉ 7

En peu de temps i^cquis, par cette dangereuse méthode, non-seulement une extrême fadlité à lire et à m'entendre, mais ime^intelligence jinique à mon âge sur les pmt«imp ;^ Je n'avais aucune idée des choses, que tous les sentiments m'étaient déjà connus. Je n'avais rien conçu, j'avais tout s senti. Ces émotions confuses, que j'éprouvai coup sur coup, n'altéraient point la raison que je n'avais pas encore; mais elles m'en formèrent une d'une autre trempe, £t me donnèrent de la vie humaine des notions .fciza^^et roma- jf I nesques7dont l'expérience et la ré flexion, n'o nt jama is bien lo jj pu m e guérir. ''

Les romans' finirent avec l'été de 1719. L'hiver suivant, ce fut autre chose. La bibliothèque de ma mère épuisée, on eut recours à la portion de celle de son pèie qui nous était échue. Heureusement il s'y trouva de bons livres; et cela ij ne pouvait guère être autrement, cette bibliothèque ayant été formée par un ministre,* à la vérité, et savant même, ■ car c'était la mode alors, mais homme de goût et d'esprit. "L'Histoire de l'Église et de l'Em pire, p ar Leauem; l e Disamrs de Bossuet sur l'histoire unive rselle; Ics^Hommes illustras ao H p Pliitarqiip - l'Histoire de Fettwc, par Nani; Jg.g Mét^mor-, phoses d'Ov ide; La Bruy ère: les Mondes de F.oflteafiUei. ses ~ Dialogu es des morts,* et quelques tomes de Molière, furent transportés dans le cabinet de mon père, et je les lui lisab tous les jours durant son travail. J'y pris un goût rare et 25 peut-être unique à cet âge. Plutarque surtou t devint ma lecture favorite. Le plaisir que je prenais à le relire sans cesse me guérit im peu des romans; et je préférai bientôt

' Ce ministre était l'oncle, et non le père de Suutmie B. (Cf. Ritter,

Famille el Jeunesse de Rousseau, lol.)

' L'ouvrage de Lesueur est de 1672; celui de Bossuet, de 1681; la traduction des Vies des Hommes illustres, de Plutarque, par Amyot, est de 1559; le livre de Nani, de i66j; Les Caractères de La Bruyère sont de 1680, S™* éd., 1694; les Enlretiens sur la PluTolilê des Mondes, de FonteneUe, sont de t686, et les Dialogues des Morts, de 16S3.

s VIE ET ŒUVKES

'■■(''' i-f'". f '<.'■ i '•/ ■ AgésUas, Bnitus, Aristide, à Orondate, Artamène et Juba.

De ces intéressantes lectures, des entretiens qu'elles occasionnaient entre mon père et moij^ forma cet^ esprit libre et républî^inj__ce caractère indomptable et fier, impatient de 5 joug et de servitude, qui m'a tourmenté tout le temps de ma vie dans les situations les moins propres à lui donner l'essor. Sans cesse occupé de Rome et d'Athènes, vivant pour ainsi dire avec leurs grands homme s, né moi-même ci toyen d'une républiq ue, et fils d'un përe dont l'amour de la patrie était

10 la plus for>p pastinTij je m'en enflammais à son exemple; je me croyais Grec ou Romain; je devenais le personnage dont je lisais la vie: le récit des traits de constance et d'intrépidité qui m'avaient frappé me rendait les yeux étincelants et la voix forte. Un jour que je racontais à table l'aven-

is ture de Scœvola,' on fut effrayé de me voir avancer et soutenir la main sur un réchaud pour représenter son action.

Le Foyer

L'une des théories les plus connues de Rousseau est son refus de croire à la corruption naturelle de l'homme — au dogme du péché originel; l 'homme n'est mauvais que si la société et. le 30 milieu le rendent te]. Rousseau en trouve une confirmation 3ât)s sÎEs souvenirs d'enfance. Jl avait un frère alnê qu'on négU- __ jeait à cauae de lui, Jean- Jacques, maladif et réclamant des soins; ce frère finit par tourner mal et disparut. Lui au contraire, soigné et aimé de tous ne pouvait avoir même l'idée d'être méchant.

' La légende raconte que lorsqu'en 507 le roi des Étrusques, Porsenna, assiégeait Rome, Mucius Scœvola résolut de délivrer sa patrie en tuant le roi. Par erreur il tua un secrétaire. Amené devant Porsenna et menacé de la torture et de ta mort, il montra qu'il ne craignait ni l'une ni l'autre en plaçant sa main étendue sur un brasier allumé et la laissant se consumer sans exprimer une plainte. Porsenna, en témoignage de son admiration pour cet acte d'héroïsme, lui rendit la liberté; et effraya de la déclaration de Mucius, que 300 jeunes Romains avaient juré sa mort, conclut la paix avec Rome. Mucius reçut le surnom de Scœvola (e. à. d. main gauche) à cause de la perte de la main droite.

J'avais les défauts de mon âge; j'étais babillard, gourmand, quelquefois menteur. J'aurais volé des fruits, des bonbons, de la mangeaille; mais jamais je n'ai pris plaisir à faire du mal, du dégât, à charger les autres, à tourmenter de pauvres animaux, 5

Comment serais-je devenu méchant, quand je n'avais sous les veu x que des exemples de douceur, et autour de moi que les meilleures gens du monde ? Mon père, ma tante, ma '"m j p,' mes parents, nos amis, nos voisins, tout ce qui m'environnait ne m'obéissait pas à la vérité, mais m'aimait; et lo moi je les aimais de même. Mes volontés étaient si peu excitées et si peu contrariées, qu'il ne me venait pas dans l'esprit d'en avoir. Je puis jurer que ' jusqu'à mon asservissement sous un maître je n'ai pas su ce que c'était qu'une fantaisie. Hors le temps que je passais à lire ou écrire auprès 15 de mon père, et celui où ma mie me menait promener, j'étais toujours avec ma tante, à la voir broder, à l'entendre chanter, assis ou debout à côté d'elle; et j'étais content. Son enjouement, sa douceur, sa figure agréable, m'ont laissé de si fortes impressions, que je vois encore son air, son regard, son ao attitude: je me souviens de ses petits propos caressants; je dirais comment elle était vêtue et coiffée, sans oublier les deux crochets ' que ses cheveux noirs faisaient sur ses tempes, selon la mode de ce temps-là.

Je suis persuadé que je l ui dois le goût ou plutôt la passion is pour la musiqu e ' qui ne s'est bien développé en moi que

' Terme d'affection que les enfants emploient pour leurs bonnes.

' il s'agit du « maître i Ducoramun, le graveur. Cet « asservissement » est décrit plus bas sous le titre; Années d'ApprenS^sage.

' Boucles de cheveux collés sur les tempes.

* On verra dans la suite que Rousseau a longtemps pensé que sa carrière serait dans la musique, et que les circonstances seules l'ont engagé dans la voie des lettres. Lors de son séjour à Turin, en 1728, il apprit A goûter la musique italienne en allant à la mefise tous les matins. Lorsqu'il fut rentré chez Mme de Warens, en 1 729, il se mit & étudier la mu,-

lO VIE ET ŒtJVRES

longtemps après. Elle savait une quantité prodigieuse d'airs et de chansons qu 'elle chanta it avec un filet de voix fort douce. La sérénité d'âme de cette excellente fille éloignait d'elle et de tout ce qui l'environnait la rêverie et la S tristesse. L'attrait que son chant avait pour moi fut tel que, non-seulement plusieurs de ses chansons me sont toujours restées dans la mémoire, mais qu'il m'en revient même, aujourd'hui que je l'ai perdue, qui, totalement oubliées depuis mon enfance, se retracent à mesure que je vieillis, avec un

lo charme que je ne puis exprimer. Dirait-on que moi, vieux radoteur,' rongé de soucis et de peines, je me surprends quelquefois à pleurer comme un enfant en marmottant ces petits aû^ d'une voix déjà cassée et tremblante? Il y en a un surtDUt qui m'est bien revenu tout entier quant à l'air;

15 mais la seconde moitié des paroles s'est constamment refusée à tous mes efforts pour me la rappeler, quoiqu'il m'en revienne confusément les rimes. Voici le commencement, et ce que j'ai pu me rappeler du reste:

Bique. De 1730 à 1731 il l'enseigna â Lausanne et à Neuchâtel; et en 1733 àChambéry. Ses premières démarches en arrivant à Paris, en 1742, eurent pour but d'obtenir l'autorisation de lire à l'Académie des Sciences un projet sur une nouvelle méthode pour noter la musique. A Venise, en 1743, il reprit l'étude de la musique italienne et s'en pénétra profondément. Loisqu'éclata la querelle sur la supériorité de la musique franjaise ou de la musique italienne, en 1753, Rousseau lança en novembre sa fameuse Lettre sur la Musique Française, qui fit date dans cette polémique passiormée. De ses ceuvres musicales originales, la plus connue est Le Dema du Village, représenté avec un grand succès, à Fontainebleau, devant leurs Majestés, les 18 et 25 oct. 1752, et à Paris, par l'Académie Royale de musique, le 1" mars 1753. On a souvent contesté qu'il eût écrit la musique de Pysmalion; qui fut représenté à Lyon en 1769. L'oeuvre critique la plus CMisidérable est son Dictionnairt de Musique, qui parut i. Genève en 1767. Jusque dans ses derniers jours Rousseau copiait de la musique pour gagner sa vie, et sa passion dura jusqu'à la mort. > Rousseau avait, quand il écrivit cela (en Angleterre) environ 55

Tiicis, je n'ose

Écouter ton chalumeau

Sous l'ormeau;

sans danger;

Et toujours l'épine est sous la rose.'

Je cheix:he où est le charme attendrissant que mon cœui trouve à cette chanson: c'est un caprice, auquel je ne comprends rien; mais il m'est de toute impossibilité de la chanter jusqu'à la fin sans être arrêté par mes larmes. J'ai cent fois projeté d'écrire à Paris pour faire chercher le reste des paroles, 5 si tant est que quelqu'un les connaisse encore. Mais je suis presque sûr que le plaisir que je prends à me rappeler cet air s'évanouirait en partie, si j'avais la preuve que d'autres que ma pauvre tante S usop l'ont chanté.

Telles furent les premières affections de mon entrée dans la 10 vie: ain^ commençait à se former ou à se montrer en moi ce cœur à la fois si fier et si tendre, ce caractère efféminé, mtus pourtant indomptab le, qui, flottant toujours entre la faiblesse et le courage, entre la mollesse et la vertu, m'a

trop ï'en-ga-gBr a ■ vec im ber.gar,el

la VIE ET ŒUVBES

jusqu'au bout mis en contradiction avec moi-même, et a lait que l'abstinence et la jouissance, le pla isir et la sagesse, m'ont éga lement échappé. ~ ' "

Page 1