W LA CA8B
le v6tre et lui étiez plus attaché qu'à votre femme et à vos ènfjajis ! Vendre ainsi l'amonr et le sang dn cœur pour se ti^«çç d'embarras ! Le Seigneur les punira.
' — - CHoé, si vous m'aimez, ne parlez pas ainsi, pensez <5[ue c est peut-être la dernière fois que nous nous voyons. Jô vous le dis, Chloé, le ne puis entendre parler mal de massa. Ne l'ai je pas porte dans mes bras lorsqu'il était enfant ? N'est-îl pas naturel qu'avant tout je pense à lui ? On ne peut s'attendre à ce quMl agisse de même poux le pauvre Tom. lies maîtres sont habitués à toutes ces choses, et ils nV font pas grande attention ; on ne peut attendre qu'ils y fessent grande attention. Mais comparez-le aux autres maîtres. En est-il çiui traitent leurs esclaves comme j'ai été traita ? Il n'aurait jamais laissé arriver ce malheur s'il avait pu le prévenir, j'en suis sûr.
— N'importe, il y a du tort quelque pari, çlît tante Chloé, dont un des traits prédominans était un sentiment obstiné du juste et de l'injuste ; je ne peux pas dire exactement où, mais il y in du tort quelque part ; je sms sûre de cela.
— Vous devriez élever vos regards vers le Seigneur j il est au-dessus de tout, et il ne tombe pas un passereau sans sa permission.
— Cela ne me console pas, et cependant il me semble que ça le devrait. Mais à quoi sert de tant parler : je vais pétrir ce gâteau de maSs, et vous faire un bon déjeuner ; car, qui peut savoir quand vous en aurez' \m autre ?
Pour apprécier les soufirances des nègres vendus pour le Sud, il faut se rappeler combien les affections instinctives de cette race sont profondes. Leur attachement pour les lieux qulls habitent est fort teoace. Ils ne sont pas. naturellement h&rdjs et entreprenans,mais affectueux et sédentaires. Ajoutez, à cela toutes les terreurs dont l'ignorance peut entourer l'inconnu ; ajoute2-y encore que la menace d'être vendu pour le^ Sud est, dans les Etats intermédiaires, suspendue sur la t^té des nègres, depuis leur enfance, comme le dernier des cliâtimens. Ce qui leur cause plus de terreur que le fouet ou la torture, c'est la menace de leur faire descendre la rivière. Nous leur avons nous-même entendu exprimer ces senti* mens ; nous avons été témoin de l'horreur naïve qu'ils éprouvent lorsque, dans les heures de repos et de causeries, ils se ra,content de terribles histoires de ce tcw delà rivière qui est pour eux
.... Le pays inconnu Dont aucun voyageur n'est Jamais revenu.
Un missionnaire qui a vécu parmi les fugitifs, au Canada, nous a rapporté que la plupart d'entre eux se confessent
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d*avoîr abandonné des maîtres^ bons et hnmaîns. Près* que tonjours, ce qui leur a fait braver les périls do Vé vasion, c'est l'horreur ^ue leur inspire la crainte d'être vendus dans Ae Sud — destinée qui est constamraent suspendue sur leur tête, ou sur celle de leurs maris, de leurs feitimes ou de leurs enfans. Cette terreur inspire à l'Africain, naturellement patient, timide et peu entreprenant, un courage hé.roïqûe, etluîfaitbraverlafkim,lè froid, la fatigue, les périls du désert, et les périls plus terribles encore qui l'attendent s'il a le malheur d'être repris.
Le simple repas du matin fumait sur la table. M"»*Sh'elby avait dispensé tante Chloé de son service à la grande mai- Bon^ et eue était toute à la case de son mari. La pauvre âme avait dépensé tout ce qu'il lui restait d'énergie pour préparer ce festin d'adieu. Elle avait tué son meilleur poulet et préparé son gâteau de maïs avec le plus grand soin, et tout à fait au g;oût de son mari; elle avait apporté sur le manteau de là cheminée de mystérieux bocaux de conserves qu'on ne voyait apparaître que dans les occasions solennelles.
— Regarde donc, Pierre, quel déjeuner ! dit Moïse en s'emparant d'un morceau du poulet.
Tante Chloé lui administra un soufflet.— Voilà, dit-elle, pour vous apj^rendre à vous jeter sur le dernier déjeuner ^ue votre pauvre père aura à la mtdson.
— O Chloé ! dit Tom avec douceur.
— Ma foi, je ne peux pas me retenir, dit tante Chloé en cachant sa figure dans son tablier ; je suis si bouleversée que cela me fait agir méchamment.
Les garçons restaient muets, regardant d'abord leur père, ensuite leur mère, tandis que la petite fille, s'attachant aux vêtemens de sa mère, se mit à pousser des cris impérieux.
— Là, dit tante Chloé, s'essuyant les yeux et prenant l'enfant sur elle, j'espère que c'est fini. Mangez donc quelque chose ; c'est mon plus beau poulet. Allons, mes garçons, vous en aurez aussi, rauvres petits î votre mère a' été mcchante pour vous. .
Les garçons n'attendirent pas une seconde invitation et se précipitèrent avec avidité sur les comestibles. Et Bien ils firent, car sans cela il n'eût pas été fait grand honneur au déjeuner.
— Maintenant, dit tante Chloé, qui, après le déjeuner, se donnait beaucoup de mouvement, je vais mettre en ordre vos effets. H n'est pas sûr que votre nouveau maître vous les laisse. Je les connais — sordides comme la boue!... Voici dans ce coin des gilets de flanelle pour vos rhumatismes -y
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ayez-^h' ftfen soiii, përsonji© fie vtmè en fera ^\tis; Voîîk Vcfe ' vieilles chemises et voici les neijves. J'avais pris ces bas hier * soir et i'av^s ïrtîs la boule dedans '|>our les^ raccôiïitaoder ; maiè V Sèi^em- ! c[u4 ,Vôus les raccommodera ? Et tante Chlo^, acdfeblée 'de doillenr, peniiha sa tête snr le côt^ de l'a cdsse, et *b -itûi à ââriglotét. Qà^M" j'y' pèn"Se! ^éffebriiie" pour avoir soin de vous, malade ou en santé ! Je ne crois réelleriient 'jJai que je doive être bonne' Ôéâomïais !
Les garçdnë,' ayant mangé tout ëe 4ui était sur ^ia^.ta^e, comnieBcèrent à'eoïioevôir quelque idée cîe la situation,' et voyafirt leu^ fia'ère 'pleurer, leur père fort triste, se Irbirent' à gémir et h poïtôi* lëUrs'iffta'îiis àleûrS yéùxl" !L'6îlùIë'T<Sm " avait pris sur ses genoux la petite fille, qui se livrait sans contarAifttè à ses j6Ux'fa-^orî&, lui égffttignait le. visage, lui. tirait leë'Chévettx, et ëi^rifllaii' Ëoii e(îliteiitetoèîit''pàîf dfe' bruyiantô& et joyeuses e3Cplosion&« "
— Otii, i^éjouis-toi, pauvre çl*éature! dît tante OMoé. Le • temp« viendra aussi pouf toi. TU vivras pour 'voir vendre ton mari> peut-^êt^e pour teVoit vendre toi -même. !Etees garçons, ils voôt ê^re- Vendu», je supposé, aussitôt qu'ils seront bons à quelque' bbose. A qiioi^rt-41 aUx nègr'es d'avoir quoi que' ce soitt ' —•■> - '-». • ■• •
En ce mtometit un des enfkns s'éctia : , *
— Vdîcî' maîtresse qui vient ici. '
-^ Elle ne peut faire aucun bien ; potirquoî vient-elle ? dit tente Ohloé. - r- • .
M'"* Slielby entra. Tante Cbloé lui présenta une <^âise d'une façon décidénient brusqite et .maussade. $Iaië, M"** Shelby n'y fit aucfune feittention. Elle éta^t pâle et paraSss^ * inquiète;'' : » . r* • - '
— ^^Tom, dit-elle, je venais pour... eè s'interrompant STÎbîtement et regai*dant le groupe éileficieux, elle retomba sur sa chaise, se couvrit le visage de son mouchçir et se mit à sangloter.
— Oh '. maîtresse, né pleurez pas! dîi tante Chloé, et à son tour elle éclata en sanglots. Pendant quelques instans tous pleurèrent de compagnie, et dans ces larmes que versaient ensemble le puissant et les humbles, s'évanouissait tout sentiment de colère ou de haine du coeur des opprimés. , vous qui visitez les malheureux, savez-vous que tout ce que votre argent peut acheter, donné avec ui^ visage froid et indifférent, ne vaut pas une Inrme de vraie sympathie?
— Mon bon ami, dit M'"* Shelby, jo ne puis rieii pour vous en ce moment. Si je vous donnais de l'argent, on vous le prendrait. Mnis je vous promets solennellement et devant Dieu que je suivrai vos traces et vous ferai revenir aussitôt
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qne j'anfai téajîftô lu somme nécessaire, .J^flqti^-là, coftfîftjS'" . vous a Ji.ieu. . -
Bjcmiôt les enfans çignalèrent rarriyé© d'Haley, i^uî» d'un ; conp de pied, poussa la porte aans c4réiaonie. Paley, étaiti, ; de fori ma^ivai^e humeur, aytint fait la nuit précédente une .. longue rpute à cheval, et »'éta»t pas eaopre ootiABolé 4§ so/i. ; échec, . , • , .' ' ," i; ■ '.■■.'..>
— Allons, nègre, es-tu„prêt ? Serviteur, madame, dit-il aa Ôtaïkt son chapeau, lors(][u*il eut aperçu M""",. Shftlh^.:; -.^
Tante CpXoé ferm^ la caisse et' l^entçura d'une • corde,' et» : e& se relevant, jeta sur le marchand un «otrahre .rçgajcd ; m9t ■ larmes paraissaient s'être sou^ainejçaent . p^angé^, en étdi^"... . celles' de feu. . < - -i ..,;/
Tom »e leva avec résignation poux, cuivre so|i ^oqye^u, maître çt ch^rjgea sur soçi épaule la lourde, caisse. Sa femme ' prit sa petite mie dans ses hras ^our 1 accompagner à la ym-i i tare, et les., garçons, pleurant toujours* s.^ivaient deririèi:e. . -
M"" âlp^ïlby, allant droit au maTch^nd. l'jarrêta pendant
rlqu^s ^mstans et ïiii parla ay<90 heajjçoup 4e fih^l^iri. tann que toute la famîHp se.TdJr^eait vers la voiture, qui ^ten^/ dait 'to;çit attelée à la porte. Tous les" esclaves de l'hfibMa-. tion, jeunes et vieux, s'étaient réunis pour faire leurs adieux , au vieux compagnon de leurs travaux. Tpm rétejt considéré par tous, non-seulement commç le,pteï)îicr.s€^vjtQur, de M. Shelby, mais comme un guide chrétien^ ç^ sondép^rt;,e^çitait, surtout parmi les femmes, tuf vrai chagrin it mie vjyer \ sympathie. , ' ,;
— Àhl Chloé, vous ayez plus deipa^^çi^e que , niç^^s i^'en, . aurions è^. votre, place, dit une dps'le^înies,, qui vemrit de donner un libre cours à ses larmes, remarquant le calïxie.. somhre avec lequel|tante Chloé se tenait ^ côté d^ la .vojiture^-
^ jTai pljeuré toutes mes larmes, dit-elle ef^ jetant i^ re-^: gard âe travers au marchand, qui les rejoignait.. D'ailieu,rs, , je ne veux pas pleurer devant ce vieux coquin. . .
r^ Montez, dit Haley à Tprn en traversant Ifa foule des esclaves, qui lui lançaient de sonahresreg^ds»;^ ,, -, ;, ,,,
Tom monta dans lavoîturèj et Haley, cirant (de dessctuS; le siège une lourde paire de djaînes, les lui riva autoYir ^e chaque pied. , ^ ; ; , ,
Un lourd grqgn^ment d'ind5gpatipp;jQ9rQuia.4^? l^.fp^le, et M"^ Shclhy s'écria de la verandah • , ■ , ,
— Monsieur Haley, je vous assure que cette précaution est tout à fait inutile.
— Je n'en sais rien, madame. Je viens de perdra ici cinq cents dollars, et je ne me soucie nullement de courir de npuveaux risques,
96 LACASS
— Pouvait-elle attendre autre chose de lui? dît av0e indignation tante Cliloé, pendant que leô deux garçons» comprenant enfin le malheureux sort de leur père, s^attadiaient a iia rohe en sanglotant et en poussant des cris lamentables.
— Je suis fâché, dît Tom, que massa Georges soit absent.
Georges était allé passer deux ou trois jours avec nn camarade dans une plantation voisine, et, étant parti de trèsbonne heure le matin du^oùr où le malheur de /ITom avait été divulgué, il n'en avait point entendu parlef.
— Présentez mes- civilités à massa Georges , dît-p. vivement.
Haley fouetta le cheval, et Tom, attachant jusqu*à la fin sur sa vieille demeure un ifegard fixe et douloureux, fut emporté loin d'elle.
En ce moment, M. Shelby n^étaît point à la maison. Il avait vendu Tom sous la pression d'une impérieuse nécessité, yovLx se tirer des mains d'un homme qu'il redoutait, et son premier sentiment, après la conclusion du marché, avait été celui du soulagement. Mais les représentations de sa femme avaient réveillé ses regrets à demi endormis, et le désintéressement de son esclave avait encore accru l'amertume de ses remords. £n vain se répétait-il qu'il avait eu le droit de faire ce qu'il avait fait, que tout le monde agissait ainsi, quelquefois même sans l'excuse de la nécessité ; il ne pouvait donner satisfaction à ses sentimens, et, pour n'être pas témoin des pénibles scènes de la séparation^ il avait choisi ce moment pour un petit voyage d'affaires dans le paya, espérant qu'à soij retour tout serait terminé.
La voiture qui entraînait Tom et Haley roulait sur la route poudreuse, laissant derrière elle tous les lieux familiers au pauvre noir. Bientôt ils eurent franchi les bornes du domaine, et se trouvèrent sur le grand chemin. Après avoir parcouru environ un mille, Haley s'arrêta tout-à -coup à la porte d'un forgeron, et, prenant une paire de menottes, il entra dans la boutique pour y faire changer quelque chose.
— Elles sont un peu trop petites pour un homme de sa taille, dît Haley en montrant Tom.
— Seigneur ! n'est ce pas là Tom de Shelby ? Est-ce qu'il l'aurait vendu ? dit le forgeron.
— Oui, il l'a vendu, dit Haley. '
— Est-ce possible? qui aurait jamaîâ pensé cela? dit le forgeron. Vous n'avez pas besoin de l'ençhaîmcr ainsi. C'est la fidélité même, le meilleur garçon...
— Oui, oui, dit Haley, mais vos bons garçons sont ceux dont on doit le plus se méfier. Les stupides, qui se soudent
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|)eh âtiltett où fls vont, les însotjcians et le» îyrogne?, qiù no tiennent H rien, se laissent mener et sont contens même de changer de place ; mais ces premiers sujets détestent cela comme le péché. Il n'y a pas d'autre moyen que de les enchaîner. Laissez-leur les jambes, ils s'en serviront, soyez-en BÛr.
— Eh ! dît le forgeron, cherchant parmi ses outils, ces plantations là-bas ne sont pas tout à fait l'endroit où les nègres duKentucky désirent aller; ils y meurej^t passablement vite, n'est-ce pas ?
— Oui, oui, assez vite. Soit le climat, soit autre chose, il en meurt assez pour faire aller joliment le commeroe, dit Haley.
— Pourtant on ne peut s'empêcher de penser que c'est grand dommage de vcor un brave, honnête et fidèle garçon comme Tom aUer se faire enterrer dans une de lei^rs plantations de canne, à sucre.
— Oh î il n'est pas malheureux ; j'a; promis de le bien traiter. Je le placerai comme domestique dans quelque bonne vieille famille, et, s'il peut échapper à la fièvre et s acclimater, il aura une condition aussi bpnne qnW nègre le peut demander.
— 11 laisse ici sa femme et ses énfang, je suppose.
— Oui, mais il en prendra une autre là-b^. Dieu merci l les femmes ne manquent nulle part.
— Pendant cette conversation^ Tom ét^it demeuré tristement assis en dehors de la boutique. Tout àrcoup il entendit derrière lui le pas jprécipité d'im cheval, et, avant qu'il fût revenu de sa surpnse, le jeune massa Georges s'él^oça dans la voiture, jeta tumultueusement ses bras autour de son <^u. et se mit à sangloter et h crier avec énergie :
— Je déclare que c'est une infamie 1 Peu m'importe ce qu'Us diront. C'est une indignité, une infamie ! Si j'étais un homme, ils n'auraient pas fait cela ; non, ils ne l'auraient pas fait ! s'écriait Georges avec une espèce de rugissement contenu.
— O massa Creorges, cela me fait du bien ! dit Tom. Je ne pouvais supporter la jpensée de partir sans vous voir. Vous ne sauriez croire le bien que cela me fait.
Ici Tom fit quelque mouvement de ses pieds, et les yeux de Georges tombèrent sur les fers qui les chargeaient.
— C'est une honte I s'écria-t-il en levant les mains au ciel. 11 faut que j'assomme ce vieux coquin ! Je l'assommerai !
— Non, non, ne le faites pas, massa Georges. Vous ne devez pas parler si haut ; vous ne feriez que l'irriter contre moi.
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tout ignoré. Aussi, je les ai joliitient traités IVl^aë, à ]» maison !
— Je crains que vous n'avez eu tort, massa Georges.
— Je n*ai pu me retenir. Je dis que e*est une îioijte ! Tenez, oncle Tom, dit-il d*un ton mystérieux en tournant le dos à la boutique, je vow ai apporté fnon doThf. \' ^.J
— Oh ! je ne puis le prendre, massa 'Georges, poùt tàtii'aa monde, dit Tom tout ému.
— Mais vous le prendre*, dît Georges. Voyez ; j*aî dît à tante Chloé que le vous l'apporterais, et eUe m'a conseillé d'y percer un trou et 4'y passer un cordoti, afin que vous pussiez le suspendre à' votre cou et le''aérober à la vue ; autrement ce misérable scélérat vous le prendrait. Je vous le répète, Tom, j'ai l^esoin de l'assommer ! cela mç fera du bien. '"'..' \ -
— Non,' ne le faites j^as, massA Georges-; vous ne xne feriez aucun bien, à moi. ^ /
— Eh bien ! non, pour l'amour deVous, dît' Georges en passant vivement le dollar autour du cou de Tom." Maintenant, boutonnez votre habit siir lui, et gardei-le;^ toutes les fois que vous le verrez, souvenez- vous qu'un jour je viendrai vous racheter. Tante Chloé et moi avons parlé de cela. Je lui ai dit de ne rien craindre ; je veillerai à cela et tourmenterai mon père jusqu'à ce que ce soit fait.
— Oh ! massa Georges, vous ne devez pas ainsi parler de votre père! • i -
-r- Mais Je n'en dis pafl 4c mal, oncle Tom.' ' " :
— Et maintenant, massa Georges, dit Tom, soyez iln bon garçon. Rappelez-yôus que vous faites le bonheur de beaucoup de cœurs. Ne vous éloignez jamais dé votre mère. S^mitez jamais ces jeunes fous qui deviennent trop fier^^^nr écouter leur mère. 11 y a bien des choses, massa Georges, que le Scîgpeur donne plusieurs fois; maïs une mère, il ne Vùhh ta 'àSinè qu'ttfie foiS. Vous né yétrei iahiaiî^'tlhë'fémïile pareille à' cellô-là, massa Gé<ïrge8^ quand niême vous vivriez cent ans., Attachez-vous donc à elle, grandissféî^ ^ur être' èa éonsolàtîôn '.'voilà cë'^ùe' Vous dévéi fàù-è, "mon cher
' enfant ; li'est-co pas que ^otts le ferez ?
— Oui, je le ferai, oncle Tom, dit Georges d'un to réfléchi.
— Prenez bien garde ^ vos paroles, massa Georges. I^es jeufies garçons de votre âjge sont quelquefois volontaires ; c'est la nature qui le veut ainsi. Mais un vrai gentleman,
BB Ii*ÇKÇI^.TOM. 91
fflfUmei ya/vit seroVi j^ respère, nela^ej^aîa toQib«r de sesTèyVes \in« parole irrespectueuse pouij ses pareus. Je ne Vous (àfense pas, wassa GeorgQs ? ■
-^ No|i, certaîû^merit, oncle Tom j Vous nj*avéz toujours donné de bons avis.
— Je jpuj» le plus fig^, voy9;4-vçu3.» Geçr^çs, ,dît Tom, eà çi^reeaàtiii de çà. large tùàîn la jolie tête bôuclee dé r«nfant?, d^Une voix,au^8Î douce que celle d'.uué f(^mme j Je vois toutes leë espérances q\^i reposent sur vous.'O massa Creorgeft, vous avez tout, instruction, privilèges, lectpïe, écriturô^— vouf devien'di^ utf j^iir un homme illustre, îtistruît eibofri vous f(ywz la joie et Forgueil de votre père, de votre nière, et de ' .tout le Hiynde ici. ^yep ui^ boil ^Ojialtré, oomme vojtre père, un clùrétiîen, cdinme votre nrèré âôu'veriei-voùs "de Vôtifé Créateur dànal^s ^ou^fe de fotre jeunesse, massa Georges;
-î- 'Je serai réellement bon, oncle Xoni, je vous le prc^ mets, dit Georges. Je v^us être un liomme comme ^vpià dites ; ne vous découragez pas. Vous reviehdreî à la plaritii^ tion, je vous l'assure. Comme je le disais à tante Chloé ce matin, «[uand je serai uii homme, je rebâtirai votre uaaison, et TOUS aurez une chambre pour p^loir avec 'un ta^^is. Ohl vous aurez ^bon temps alors !^ ,^ . .; •.
Haley" ^a'rlit'en ce inomënV ép.i"là' jHïfte',' ïéiiÉLiiii lèô" iàé- Dottee a là main. ' '' ] ' . '-'•
— Faites attention, nionsieur, dljt Geprg^s Avec^un air êk supériorité'; j*in£bnnerai mon père et fàa mè^ dé & fâ^oii dolit Vous traitez Toiicle Tom.
— SoyeîS le bienvenu, dit le mardaand.
• — Yèns devriez être hoàtëux de passer Votre vie à ach«-> ter des hommes et des femmes e^ à les enchalnej' comme dtt bétail. Vous devriez en rotigîr, dît Geot-ges.^^ ;
— Aussilongtemps qv^Ë) vqs grandes^ geiisàchéyronfdeft hommes et des femmes, je croirai 5^6 je les vaux bien, dît Haley ; il n*y a pas, plus de déshonneur ' à vendre qu*îi acheter^ ' . vi
— J^çntejads bien ne faire ni l'un hî l'aube quandje, serai un Jiomme. Je suis honteux aujourd'hui d'aire fentucKÎeû, feèiï qm autrefois m*en faisais gloire. Et Georges se redressant après être remonté sur sônchevalj jetait . autour de lui des regards superbes et semblait convaincu que son opinion pourrait bien être cc^'ptée pour quelque chose par ses concitoyens. '
— ^ieu, oncle Tom, et prenez courage, dit Georges.
— Adieu l Bpassa Georges, dit Tom, lui envoyant un dernier teggtd d'amour et d'admiration. Que le Dieu tout puis* 8»Qt V0U9 béûi^se! Ah ! le KeQtuels^ n'en a ^a» )>eau6oup
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comme youb! ajonta-t-il dans laplénitade de won ooeor,
comme il perdait de vue sa franche et naïve figure.
Le jetine homme s'éloigna rapidement, et Tom le snivit des yeux jusqu'à ce qu'il n'entendît pltts le bruit des sabots de^ son cheval, derniers sons, dernière vue qui lui rappelaient la douce demeure qui lui était si chère. Mais il lui semblait qu'il y avait sur sa poitrine une place chaude à l'endroit où les jeunecr mains de Georges venaient de placer le précieux dollar. Tom y appBqua sa main et le presse fortement sur sa poitrine.
-;- Maintenant, Tom,. dit Haley en s'iipprochantdela voiture et y jetant les menottes: j'entenas bien commencer avec vous, ainsi que je le fais $tveo tons mes nègres; je vous dirai d'abord que, si vous vous conduisez bien avec moi, je vous traiterai de même ; je n'ai jamids été dur pour mes nègres. Je les traite le mieux que je peux. Ainsi, vous ferez tout aussi bien de demeurer tranquille et de n'essayer de me jouer aucun tour ; je connais tous les tours des nègres, et c'est peine perdue de les tenter. Si mes nègres sd tiennent tranquilles et ne tentent pas 'de s'échapper, Ss sont très-bien avec moi ; s'il en est autrement, c'est leur faute^ et non la mienne.
Tom assura Hale^ qu'il n'avait nullement l'intention de s'évader. Dans le fait, rexhortation pouvait paraître superflue à un homme dont les pieds étaient chargés d'une paire de lourdes chaînes. Mais M. Haley avait contracté l'haMtude de commencer ses relations avec sa marchandise vivante par de petites exhortations de cette nature, .propres, il le pensait du moins, à leur inspirer la gaité et la connance, et à prévenir la nécessité de soèhes désagréables.
Nous allons pour le moment prendre congé de Tom, pour suivre les aventures des autres personnages de notre histoire.