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CHAPITRE XI

PANS LEQUEL LA PROPBIETlÉ VIVANTE ENTBB BANS UN KAtnrAIS ^TAT D'BBFSIT.

^ Le jour était près de finir, et il tombait une pluie fine lorsqu'un voyageur descendit à la porte d'une petite auberge du village de N... dans le Kentucky. U trouva dans la salle commune une compagnie fort mêlée, que le mauvais temps ftvait forcée d'y chercher un refuge. Cette salle présentait le coup-d'œil qu^offirent généralement de sttnblaUeB réunion» :

DB C'OSCILB TOM. ÎOi'

de longs et^ maigres Kentûckiens, vêtus de blouses de chasse, traihiant leurs membres mal attachés' avec l'aljure nonchalaate particulière à cette race ; des fusils entassés dans un coip, des poires, à poudre, de» carniers, des chiens de chasse et des né^filioiîs, pêle-mêle, formaient les traits caractéristiques du tableau. A chaque coin du foyer était assis uu gentlemstn aux longues jambes, la chaise penchée en arrière^ le chapeau sur la tête et les talons de ses bottes crottées posés superbement sur le manteau de la cheminée \ position (nous en informons nos lecteurs) très-favorable au lourde réflexions en faveur dans les tavernes de l'Ouest, où les voyageurs montrent une préférence marquée pour cette façon particulière d'élever leur esprit *. ■ \ ■

L*hôte, qui se tenait derrière le/comptoir, ressemblait h la plupart de ses compatriotes : haute stature, air .avenant» membres mal attachés, énorme crinière en guise de cheveux sur la tête, le tout surmonté d'un gigantesque chapeau.

Du reste, cliacun dans la salle portait cet emblème caractéristique de 'la souveraineté de l'homme. lie chapeau de feutre et celui de feuilles de palmier, le castor graisseux et le chapeau ne\if reposaient sur toutes les têtes avec une indépendance vraiment républicaine et pouvaient servir à caractériser chaque individu. Les uns le portaient crânement sur le côté, — c'étaient de bons vivans joyeux et sans. gêne ; d'autres le portaient cnfon^ sur le nez, — c'étaient des hommes d'un caractère ferme et résolu, qui portaient leur chapeau parce qu'ils voulaient le porter, et levoulaient porter à leur manière et non autrement. Il y en avait aussi qui le portaient en arrière ; c'étaient des hommes très-éveillés, qui voulaient voir clair devant eux ; tandis que les inÂoucians, qui «e mettaient fort peu en laéine de leurs chapeaux, les laissaient vaciller dans toutes les directions. Cette variété de chapeaux eût certes fourni à Shakspeare un digne sujet d'étude.

Quelques nègres aux larges- pantalons, mais pour qui la. chemise était une superfluité, allaient et venaient continuellement de côté et d'autre, «'autant sans rien faire de précis, parce qu'il n'y avait rien à faire, mais tenant à faire preuve de leur désir empressé de faire tourner toute chose dans la création au prontdu maître et de ses hôtes. Ajoutez à cette pointure un feu. gai et pétillant qiû flambe dans une grande cheminée, la porte et les fenêtres ouvertes et les rideaux de

* Le texte dit understandings^ mot qui signifie r!illel1igence« et qui: se prend aussi pour Icts choses qui sont Ut^ssQttSt ç'est-U-dire lus pieUa, et forme un assez plaisant calembour.

ItKt L

«iilvMt enflés et batjtns psr une hAeèfkmà» et lioimd«, et vous aurez uner idée doB agrémetis d'une taverne dii'Een> tudcy. - t. .-

Le Kentockien d'aujourd'hui est une excellente démonàtr»tion de la- doctrine de transmiesion des fte^ncU et des «ngalarités du caractère. Ses ^res étaient de rudes chasseurs, •*- des hommes qui vivaient dans les bois, dormaient sous U ciel, & lu clarté' des étoiles, et leur descendant, ju»qu'À no» jours, a conservé riiaUtnde deeonsidérer sa œiûsoti comme un £amp ; il ^arde son chapeau à toute ^eure, se lon^e par terre, met ses talons ^ur le dossier des chaises ou sur le n^uiteau de là cheminée, absolument comme ses pères se roulaient sur le vert tapis des lx>iB et appuyaieut leurs pieds sur les troncs d'arbres, tient le» portes ^ les fenêtres ouvertes l'hiver et l'été, pour doîiner un volume d'air suffisant è ses vastes poumons, appelle tout le monde étranger avec une nonohalante bonhomie, et est toot- à^ la ioisil0^]^tis franc, le plus aiséi, le phis jovial des êtres.

C'est dans oette réatmon de compagnons libres et sans flSne que Ktotre voyageur fit son entréet C'était un homme de petite taille, trapu, vêtu avec recherché, à la physiono> mie ouverte et bienveillante^ et portiànt daus toute sa personne quelque chose de singulier et de comique. Il paraissait prondM un soin tout particulier de sa valise et de son paruptluie, les avait apportés de ses propres mains et aviùt résisté à toutes les tentatives ^s- divers<dOHii(estit|«s»'pour Ten ^barrasser. Il jeta autour de la salle des regtu^Sr inquiets, et, se retirant avec ses effets dans le coin le plus chaud, les plaça SOUS' sa chaise, s'assit et se mit à regarder avec une certaine appréhension le personnage dont les talons ornaient le- manteau dft la cheminée, et qui orachaità droite et à f^uohe avec un entrain et une énergie bien faits pour alarmer tm gentleman nerveuX' et sUBceptiUe.

— Eh bien ! étranger, comment vous portez-vous ? dit le

ritleman cinlessus nommé au nouvel arrivant, en lançant son Q6té, en maifière de salut, et coimn» pour lui faire honneur, le jus de sa chique.

— Très-bien, je crois, répondit l'autre, reculant effirayé devant l'honneur q«ille menttçait^

— ^ Quelles nouvelles ? reprit le premier, tirant de sa po« che un rouleau de tabae et un couteau de chasse.

— Aucune, que je sachey dit le nouveau venu^ >

— Chiquez-vous ? reprit le premier en offrant au vieux gentleman un morceau do son tabac d'un air û'atemel.

— Non, merc)| cela me fait mal, dit le petit homme en se recul nnt,

BIS Vmmm i^oM. IM

— N<»|, «h l »epri* le premier en partant à sa propre bouche le mer^au q\i,'il veaftit d'offrir, afin d'en obtenir un supplément de jus de tabac, pour le plus grand agrément delà société. : '■ ' ■

• . Lt| yieuit g^nijemait tressaillait involontairement ohaque fois^qoe Aon fr^e,fta« longs ^ano faisfût feu dani sa disectiosiL, m >qui fut remarqué de oe dernier^ qni^ par un effet de spnbon z^atuiiel, tourna sq»i artill«)ri9 sur uii autre quartier et^se mH ^ bcHti^ardetnn deàohenala avec une justesse et un talefbt militaires qui eiisae&t so£& pour réduire une place.

— QufeslHceqUe eela? idit 4e vieux gentleman en voyant que quelquesruna de la eompagniô s'étaient formés en groupe aptour d'une grande alficbe.

•^ Un nègre signalé, dit Un des assistans.

M. Wil^on, dar tel était lor nom du vieux gentleman, se leva, et, après avoir soigneusen^ent ajusté sa valise et son parapluie^ tira ses lunettes, les plaça sur son nez, et, cette opération terminée, se mit a lire ce qui suit:

Il S'est enfui de ches le soussigné mon mulâtre esdave )» .Creorget. Inédit Georges, haut de six pieds, très-peu foneé « en couleur, cheveux bruns bouclés ; il est très-intelligent, » parle fort bien, sait lire et éorire. Il essaiera probablement >» dd te faire passer pour un blane ; il a de profondes cioa- » trices sur le do4 et les épaulei. Il a été marqué dans lu » maifL droite ds la lettre fi.

V Je donnei'ai quatre cetits dollar^ à qui me le ramènera » vivant, et la même somme à qui fournira tme preuve sait tisfaisante qu'il a été tué. »

Le vieux gentleman lut l'avis d'un bout à l'autre à vmx basse, o(»nm« s'U l'eût étudié..

Le vieux routier aux longues jambes, qui, ainsi que nous l'avons dit, VenaSt de faite le ûége des dienets, quitta sa position, abaissa ses pieds, et, dressant son grand corps, alla droit à l'affichf,- et trèsHléHbét^éiiient la couvrit d'une vraie dé<^orge de jus de tabac.

— Voilà mon avis là dessus, dit-il brièvement. Et il alla se rasseoir.

— Pourquoi donc, étranger, faites-vous cela ? dit l'hôte.

— J'en ferais autant au sîp:nataire de co papier s'il était ici, dit rhomn*e long en se remettant froidement à couper son tabac. Tout homme qui a un gntçon comme celui-là et qui ne le traite pas mieux mérite do le perdre. Les avw eosnine Qcixà*<3i sont la honte du Kentucky ; voilà ma façon de penser enr cela, si quelqu'un veut la savoir.

w. Bien. Maintenant nous le savons, dit l'hôte en inscrivant une entrée-sur son livre.

101 LACAfia

— J'ai anssî tme bande de nègres, monsieur, reprit rhomme long en recommençant son attaque contre les chenets, et je leur dis : Enfans, décampez si vous voulez, et quand vous voudrez ; je ne vous courrai pas après. YoSlà comme je tiens les miens. La!ssez4es libires de s'enfuir, et ils n'en auront nulle envie. Bien plus, leurs titrée d'émancipation sont signés et enregistrés peur le cas où je viendi*ais à passer l'arme à gauche, et ils le savent. Et je, vous le dis, étranger, il n'est pas un maMre dans le pars ^ni tire' plus que moi de ses nègres. Mes esclates «ont allés à Cincinnati avec une valeur de 600 doilars de poulains, et m'ont ra^pdrté Targent fort exactement. Il était raisemnable de penser qu'ils agiraient ainsi. Traitez-les comme des chiens, ils se conduiront comme des chiens ; traitez-les en hommes, lift se conduiront en hommes.- Et l'honnête marchand de bestiaux, dans la chaleur de son élueubratioh morale, dirigea un véritable feu de joie série foyer.

— tfe pense que vous avez toul à faît rtiJson^ êSt M. Wîlson,et le garçon signalé ici est un remarquable sujet; il ne peut pas y avoir deux avis là-dessud. Il a travaillé ^our moi pendant une douzaine d'années dans ma manufacture de sacs, et c'était le plus habile de mes ouvriers, monsieur. C'est un garçon fort ingénieux aussi ; il a inventé une machine à nettoyer le ehanvre qui est une très-appréeiable invention et déjà en usage dans plusieurs manufactoies. Son maître en a pris un brevet.

— C'est cela ! Il s'empare de l'invention et en tire le bénéfîoe, puis il marque l'inventeur dans la maiil droite ! dit le bouvier. Si j'en trouvais l'occasion, je le marquerais aussi, je vous l'assure, et de façon à ce qu'il ne l'oubliftt^e longtemps.

— Ces garçons intelligens ftont toujours difficiles & mener et insolens, dit du fond de la salle 'un homme de grossière apparence ; voilà pourquoi ils sont marqués et couverts de cicatrices. S'ils se conduisaient bien, cela ne leur arriverait pas.

— C'est-à dire que le Seigneur en a fait des hommes et que c'est une rude tâche d'en faire des , bêtes, ré|ft)ndit sèchement le bouvier.

— Les nègres brUlans ne procurent aucun , avantage à leurs maîtres, continua l'autre, parfaitement inaccessible, dans sa grossière et épaisse obtusité, aux mépris de son adversaire. A quoi servent le talent et toutes choses, sion ne peut s'en servir pour soi-même? Tout l'usage qu'ils en font,-c*e8t de vous faire voir le tour. J'avais- im ou deux.de ces gaillards-là, et je me suis empressé de les vendre pour le bas de

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la ilvîère. Je taTaSs que je les perdrais tôt on tard, ti je n*agîssaîs pas ainsi.

— Vous feriez mieux de prier le Seigneur de voua en fabriquer un assortiment de dépourvus d'âmes, dit le bouviei^.

£n, oe moment la conversation fut interrompue par l'arrivée à l'auberge d'un joli petit boghey à un cheval. Un honlme, à la tournure de gentleman et élégamment vêtu, occupait le siège. Un dcmiestîque de couleur conduisait. ,

L'assemblée examina l'étranger avec cet intérêt qu'excite ordinairement dans un groupe de flâneurs, \m jour de pluie, l'arrivée d'un nouveau venu. Il était très-grand, avait le . teint bronzé d'un Espagnol, de beaux yeux expressifs, et des cheveux bouclés d'un beau noir luisant. Bonr nez aquilin, ses lèvres minces et droites et l'admirable contour de ses formes, donnèrent aussitôt aux assistans l'idée qu'ils n'avaient pas devant eux un homme du commun. Il s'avança avec aisance au milieu de l'assemblée, indiqua d'un signe à son domestique rendroit où il fallait déposer sa malle, salua la compagnie, et, son chapeau à la mtûn, se dirigea tranquillement vers le comptoir, se fit inscrire sous le nom de Henry Butler, , d'Oaklands, comté de Shelby. Puis se tournant d'un air in- ' différent vers l'affiche, il la lut d'un bout à l'autre.

— Jim, dit-il à son domes;tâque, il me . semble que noua avons rencontré près de Beman tui garçon qui a quelque ressemblance avec ce signalement, n'est-ce pas r

— Oui, massa, dit Jim ; seulement je ne suis pas sûr en ce qui concerne la main.

— Pour cela, je n'y aï pas regardé, dit l'étrarige? en bail* lant. Puis, s' avançant vers l'hôte, il le pria do lui donner une chambre particulière, ayant quelque chose à écrire è^ l'instant.

L^Ôte se montrait fort obséquieux, et un rélai de ^ ou sept nègres, vieux et jeunes, mâles et femelles, petits et gros, se mîirent à bourdonner comme une couvée de perdrix, s'empressant, s' agitant, se marchant sur les talons, se cul" butant l'un l'autre dans leur zèle à préparer la chambre de massa, tandis que celui-ci, s'asseyant d'un air aisé sur une chaise dans le milieu de la salle, entamait la conversation avec l'homme assis à côté de lui.

Le manufacturier, M. Wilson, depuis le moment de l'arrivée de l'étranger, n'avait cessé de le regarder avec une curiosité troiiblée et inquiète. Il lui semblait l'avoir rencontré et connu quelque part, mais il ne pouvait se rappeler où. Chaque fois ^ l'étranger parlait, • faisait un mouvement, souriait, M. wilson tressfûllait et levait sur lui les yeux, qu*ilbrâ»aitaiiBSitôt,enrenoontraiitse8y6igLbriU8n8etnoirs,

souvenir i)arut illuminer son esprit, car il regarda l'étrftngot aye&un aiv si alimaé et si stupéfait, ^h4 eelui'^i aU& à im :

— M. Wilson, ie eioiftt dit-il, en lui tendaiit la m«iii« Je TOUS demande pardon, je^ne voua a^vaia pas leconnu* Je vois que vous vous souvenes de Hboi-^M». Butler ^'CyOaklandsf comté de Shelby.

^- Oh l oui.,^ ouï, 9ttif monsieur, dit M. Wilson, comme im homme parlant dan». u». rêve. > i :u

J^ VimUuaX un jeune nègre eatra etSASonçat ^aa la tliaml>re de massa était prête, ù , ii ^ j • j .

«^ Jim, veillez aux malles^ dit le gfsntlemàa né^Ugem»* ment. Puis, s^adiressant à. jM. Wilson^ il ajouta : Je ^airerais avoir un moment d'enttetien «iVeo.Y(»aA,iâ)aa3B.inaTcAnm' bre, pour affaire, s'il vous plaît, ni

M. Wilson le suivit, comme un somnambule, et ils se ren* dirent dans une grande chambre rde l'étage supérieur, 4au laquelle pétillait un feu qu!on venait d'allumer, et où a'agitaient encore plusieurs domestiques donnaatla dernière main aux arrangemens.

Lorsque tout fut terminé et les domestiques partis, le jeune homme lerma résolument la porte» mit la def «Uns sa poche, se tourna vers M. Wilson, et, croi&ai:it les bpas eue- sa p<)itrine, le regarda au visage, .< .

— GeorgesTs'éoriaM» Wilspn. >. ^. .• ,, . .

— Oui, Georges, dit le jeune homme. ?

*— Je ne r aurais jamais oru! , i .

— Je sais«8.sis bi€n.dé^î»éo'«»agi»iî» dit Jejeunajhomme avec un sourire ; un peu d'ôoeuee de noyeï.a, ïoidttfW» peau jaune d'ujï jolibrun^ et j'ai teinj; meeÀev^ox eift.n9ir. Vous Ji voyez, je ne répomU plus au signalement-de Tam.

— <^Q6orgeB,. vous joue» là un jeu4j^gareux.. Je ne tous Saurais jamais conseillé. ..

•»-* Je le fait sous ma prc^pre responsabilité, Keprit Georges avec le même fier sourire»

Nous ferons remarquevî «n]pa«M«il *^ qafiXirêatgee«.ds(.«$té de son père, était de race blanche* Sa mère.étaitttne deeet iiafortimées condamnée» par leui . beanté ^ersonoeile à tuh souvir la passion de leur possesseur eira.denwik:n!ièi7ea<d'-e»: ûme qui ne connaissent jamais letir père.. Il ftv^itMrité, d^une des plus orgueilleuses famille» du £^tuek|r, un ensemble de beaux traits em:opéens et un fier et indiogiptable esprit. Il tenait de sa mère une légère teinte jaunâitre «n<< plement compensée par la beauté de aes yeux noim. Un Ic^

« Ce 9Kit sst en frinfaii âan» )a tesl»

DX iJm^fLÉ «rOM. lot

gtr éhKàmoÊmt-dssaê lu. iinàhM éb èb, pèati et la eoùléor dé •as diafWdix avait 8ttfôi'pott¥l& métamorphoser en Espagnol, etjoommé l'aisance de ses monvelne&s et lesmamèfes dlstîngiiéea'hii altraieiit tbt(.jbui!« été parfaitement naturelles, il mJépTofavjnt aae«ae ^^ftetdM'4'jmier lerôleliardi qii*il avait aâapté : celai d*tin gentleman voyageant avec son domestique.

M. Wilson, vieillard bon et' obligeant, mais thnoré et circonspect à Texcèa, parcourait î» chambre de long en large, paraissant; eooflMne dit'Bttnyttn, « porter le chaos dans son esprit, » et partagé entre son désir d*alder Georges et une oartaâne velléité confuse, de* faire i^especter Tordre et les lois. GeqiM) sans ihteiTompre soii iiiquiète promenade dans la chambre, il exprima eomise it iuit :

— Très-bien, Georges; je suppose queVous vous êtes évadé abandonnant votre maître lé^tim». ^•' Je ne m'en étonne

S as; ^- mais en même tembefen s«is ffehé, Geerges. —Oui, écfdémeift, JB dois vxmis dhrar'eela,' Georges ; ô*est mon devoir dévwis^tale»aliifi. ' < < -^ v

— De quoi êtes-vous fftché, monsieur? dit Georges aveo •âlméi

-*■ De Vdiif vMr aillai' vous tt^ttre en oppoëîtion avec let h(l« d« vtitrfe patrie. '

— Ma patrie ! dit Georges avec une» ferme et amëre énergîe ; je n*ai d'autre patrie que la tombe, et'plfet à Dieu que j*y fusse couché. • .

— Ah ! Georges, non, non/nepafleis p^ai aiftsi ; eelangage estodupable, contraire aux' Ecritures. Georges, vous avez un mttître dur, — c'estvrai; il s'est eondoit avec vous d*une mânlèM répréhensible, -^je'tie préteh3<v pas le défendre ; mats vQ«»î«a^re3^<{aBi*angif commandai à Âgar de retourner sttpvèe de ea maîtresse et cte se soumettre à elle, et que l'apôtre renvoya Onésime'à son maître.

— Ne me citez pas la Bibie de cette manière, monsieur Wilson, dit Greorges, l'oeil étinoelant; cat ma fbmme est clirétienne, et j'entends me faire chvétie^ aussi^ si jamais je ]ia!s «rfiver en un pays où je puisse l'^re. Mais me citer la Bible danslw circonstance» ou je 'me trouve, ce serait assez pour* Mi*y faire renoncer. «J*eft appelW^u TofOt^PuIssant ; je suis pi>êt à le faire jâge de mi cause H à lui demander si j^ tert de vouloir md liberté.

--^'Oee sentimeAs sont tout à fait naturels, Georges^ dit lebravèltomme «n sô'^môuehnnt. Oui, ils sont naturels, màif^il eet de mon detoir dei^e pas les encourager en vous. Oui, mon garçon, j'en suis fâclié.pour vous ; votre condition est mauvaise, trèi-mauvaise, mais l'apdtre dit : Quo cfali-

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cnn demeure dans la condition oii il a étéapnelé. Nova devons tous nous soumettre aux indications de la proTÎdenoe, Georges, ne le savez-vous pas ?

Georges se tenait debout, la tête en arrière, les braa énergiquemont croisés sur la poitrine, les lèvres contractées par un sourire amer.

— Monsieur Wilsoni si les Indiens vous faisaient prisonnier, vous arrachaient à votre femme et à vos enfans, et voulaient vous tenir toute votre vie à labourer pour eux, je voudrais bien savoir si vous croiriez de votre devoir de demeurer dans la condition où vous auriez été appelé. Je pense plutôt que vous ne manqueriez pas de voir dans le premier cheval errant qui vous tomberait sous la main une mdication de la providence. N'est-il pas vrai ?

Le petit vieux gentleman demeura les yeux tout grands ouverts devant cette façon d'éclairoir la question ; mais, bien qu'il ne fût pas un profond raisonneur, il était doué de oe bon sens qui ne distingue pas toujours nombre de li^ciens dans les mêmes circonstances — consistant à ne rien dire,Iors« qu'il n'y a rien à dire. Aussi, tout en retournant som parapluie dans SCS mains et en en égalant les jplis avec soin, se çontenta-t-il de dire en manière d'exhortations génér^l^ :

— Vous voyez, Georges — vous savez — J'ai toujours été votre ami, et tout ce que j'ai dit, je l'ai dit pour votre bien. En ce mometit il me semble que vous courez tm terrible danger. Vous ne pouvez espérer réussir. Si vous êtes repris, ce sera pis poux vous que jamais. Us, vous maltraiteront, vous tueront à moitié et vous vendront pour le bas de la rivière. -,

— Monsieur Wilson, je sais tout cela, dit George». Je cours un danger, mais... — il ouvrit son pardessus .et lùssa voir deux pistolets et un couteau : — Voua, dit-il, je les attends ! Je n'irai jamais au Sud. Non, si j'en étais réduit là, je puis me donner au moins six pieds de terre libre, la première et la dernière que je posséderai jamais dana le Ken tucky.

— Oh ! Georges, l'état de votre esprit m'efiraîe! vous vous abandonnez au désespoir 1 J'en buis profondément attristé. Prêt à violer les lois de votre pays î

— Encore mon pays! Monsieur Wilson, vous avez lui pays, vous', mais quel pavs ai- je, moi, ou tout autre comme moi, né de mère esclave ? Quelles lois existent pour noua ? Nous ne les faisons pas, nous ne les acceptons pas, nous n'avons rien de commun avec elles; tout ce qu'elles font pour nous, c'est de nous dompter, de nous tenir à ten'e. N'ai-je pas entendu vos discours du 4 juillet ? Ne nous dites- vous pas

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une fois par au ([uc les goiivernemens ne tirent leur pouvoir, leur vrai titre, que du consentement des gouvernés? Un homme qui entend cela, et qui pense , de telles choses ne lui donnent-elles pas à réfléchir? Ne peut-il rapprocher ceoi et ela et voir ce qui.cn résulte ?

L'esprit do îyl. Wilson était de ceux qu'on peut assez justement comparer à une balle de coton — doux, moelleux, et sans cegsfi en proie à une bienveillante confusion. Il plaignait Georges do tout son cœur, et avait une sorte de vague et nuageuse perception des sentimens qui l'agitaient. Mais il croyait de son devoir de lui parler raison en sens contraire avec une persévérante opiniâtreté. "

— Georges, cela est mal. Je dois vous dire, comme amî, vous savez, que vous feriez mieux de ne pas vous mêler do ce» opinions. Elles sont mauvaises, Georges, très-mauvaises pour des garçons dans votre condition, ouï, très-mauvaises. Et M. WUsou s'assit devant une table (jt se mit à mordre avec une excitation nerveuse le manche de son parapluie.

— - Voyez, monsieur Wilson, dit Georges, s'approchant et s' asseyant résolument en face de lui, regardez-moi maintenant assis devant vous ; ne suis-je pas, de tout point, un homme comme vous ? Voyez mon visage, voyez mes mains, voyez mon corps — et le jeune homme se redropsa fièrement. Pourquoi ne suis-je pas un homme aussi bien que qui que ce sôit? Eh bien ! monsieur Wilson, écoutez ce que je vais vous diire. J'avais un père, un de vos gentlemen kentuckions, qui ne fit pas assez cas de moi pour empêdier que je fusse vendu à sa mort avec ses chiens et ses chevaux pour libérer la propriété. Je vis ma mère mise à l'enchère avec ses sept enfans. Il» furent tous adjugés devant ses yeux, mi à un, tous à dîfFétens maîtres , et j'étais le plus jeune. Elle vint se jeter aux genoux de mon maître, le supplia de l'acheter avec moi, afin qu'elle pût avoir un de ses enfans avec elle ; il la repoussa brutalement do sa lourde botte. Jai vu traiter ainsi ma mère et j'ai entendu ses cris et ses gémisseraens lorsque je fus lié sur le cou du cheval de mon nouveau maître pour être conduit dans son habitation.

— Eh bien l alors ?

— Mon maître trafiqua avec un des acheteurs et acheta ma sœur aînée. C'étîiit une pieuse et honnête fille, de l'église Baptiste, et aussi belle que l'avait été ma pauvre mère. Elle avait été bien élevée et avait de bonnes manières. D'aborl je fus hem*eux de la voir acheter, car j'avais une amie près de moi. J'en fus bientôt désolé. J'étais derrière la porte; je l'entendais fouetter ; il me semblait que chaque coup de

fouet tombât à' ni; 8\ir mon cœur, et Je ne pouvais rien faire pour la secourir ; et elle recevait le fouet, monsieur, parcequ'^e voulait mener une vie décente et chrétienne, une vie que vos lois ne donnent pas le droit à une esclave de mener. A la fin je la vis enchaîner à la bande d'un marchand et conduire au marché d'Orléans — vendue pour ce seul motif— et depuis je n*en ai plus entendu parler. Je grandis, pendant de longues, bien longues années, sans avoir ni père, ni mère, ni âme vivante qui s'inquiétât de moi plus que d'un chien j fouetté, grondé, affamé. Oui, monsieur, j'ai tant souffert de la faim, que i'étws heureux de ramasser ce qu'ils jetaient à leurs ch^ns ; et cependant, quand j'étais petit, et que je passais les nuits en pleurant et sans sommeil, ce n'était pas la faim, ce n'était pas le fouet qui me faisaient pleurer. Non, monsieur, je pleurais ma mère et mes sœurs, je pleurais de n'avoir pas un ami qui m'aim^^eur la terre. Je ne connus jamais ni paix ni bien-^tre; jamais un mot bicnveîllaut ne me fut adressé avant que je vinsse travailler dans votre maimfactiire. Vous m'avez bien traité, monsieur Wilson ; vous m'oves enoonragé à bien faire, à apprendre à lire et à écrire, et à essayer de devenir quelque chose, et Dieu sait combien je vous en suis reconnaissant. ÀXox% monsieur, je rencçmtrai ma femme ; Vous l'aves vue, vous savez combien elle est belle. Quand je sus qu'elle m'aimait, quand je l'épousai, j'avais peine à me croire vivant, j'étûs si heureux 1 et, monfiîetir, elle est aussi bonne qu'elle est belle. Mais voici que mon maître m'enlève à mes trfivaux, à mes amis, à tout ce que j'aime, et me foule aux pieds dans la boue. Et pourquoi? Pafce que, dit-il, j'cd oublie qui je suis \ pour me faire voir, âit-O, que je ne sms qu'un nègre. Puis, pour couronner le tout, il se place entre moi et ma femme, et m'ordonne de l*abandonUer pour vivre avec une autre. Et tout cela vos lois lui donnaient le pouvoir de le faire, en dépit de Dieu et des hommes. Eh bien I voyez, monsieur Wilson ; il n'y a pas une de ces choses qui ont brisé le cœur de ma mère, cCe ma sœur, celui de m« femme et le mien, que vos lois ne. permettent et ne donnent à tout homme le pouvoir de faire dans le Keatncky, et personne ne peut s'y opposer. Appelez-vous cela les lois démon pays? Monteur, je n'û pas de pays, pas plus que je n'ai de père. Mais je vais en avoir un. Je ne demande rien à votre pays, je ne lui demande que de me laisser paisiblement le quitter ; et quand j'aurù gagné le Canada, dont les lois me reconnaîtront et me protégeront, le Canada sera ma patrie et j'obéirai à ses lois. Mais si quelqu'un tentait de m' arrêter, qu'il prenne garde, j'y suis déterminé : je combattrai pour ma liberté jusqu'à mon dernier souffle.

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Vous dîtes que vos pères Tont fait ; si c'était leur droit, c'est aussi le mien.

Ce discours, que Georges prononça ihoîtié assis à la table, moitié parcourant la chambre, ce discours prononcé avec des larmes dans la voix, des yeux étincelans, des gestes désespérés, était plus que n'en pouvait supporter l'homme sensible et bon auquel il s'adressait. Aussi M. Wilson, ayant tiré de sa poche un grand mouchoir de soie jaune, se frottait le visage avec énergie.

— Que le diable les emporte ! dit-il tout à coup. Ne Tai-je pas toujours dit ? Les infernaux vieux maudits ! J'espère que je ne jure pas. Eh bien ! continuel votre chemin, Georges, continuez votre chemin ; mais soyez prudent, mon garçon ; ne tuez personne, Georges, à moins que... bien... vous ferez mieux de ne tuer personne, je crois. Au moins vous savez, moi je ne voudrais tirer sur personne. Où est votre femme, Georges? ajouta-t-il en se levant avec un mouvement nerveux et se mettant à parcourir la chambre.

— Elle est partie, monsieur, partie avec son enfant dans ses bras. Où ? le Seigneur seul le sait. Partie pour l'Etoile du Nord, Quand nous nous rencontrerons, et si nous nous re verrons en ce monde, personne ne peut le dire.

— Est-ce possible ? Quelle étonnante chose I Quitter une si bonne famille !

— Les bonnes familles contractent des dettes, et les lois de notre pays permettent d'arracher l'enfant des bras de sa mère et de le vendre pour payer les dettes des maîtres, dit Georges avec amertume.'

' — Bi^n, bien, dit l'honnète vieillard en cherchant dans sa poche. Peut-être, je le crains, ne suis-je pas raisonnable... Au diable ! je ne veux pas être raisoniiable.., ajouta-t-il vivement. Tenez, dit-il en prenant un paquet de billets do banque dana son portefeuille et en les offrant à Georges.

— Non, mon bon monsieur^ dit Georges, vous avez déjà fait beaucoup pour moi, et cette libéralité pourrait vous causer de la gêne. J'ai assez d'argent, je rospëre, pour me rendre où j'ai besoin d'aller.

— Non pas ; vous devez accepter, Georges. L'argent est d'un grand secours partout, et Ton n'en p^t trop avoir si on se le procure honnêtement Prenez cela, je vous en prie ; allons, prenez-le, mon garçon.

— A la condition, tnonsieur, que je vous le rendrîu plus tard, je l'accepte, dit Georges en preniant l'argent.

— Et maintenant, Georges, combien de temps allez-yous voyager de cette manière ? Ni longtemps ni lom, je pense.

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C'est bien mené, mais trop hardi. Et ce noir qui vous accompagne, quel est-il ? *

— Un homme sûr, -qui a passé au Gaiiada il y a plus d'un an. Il a appris lâ-baîs que son maître, furieux de son cTasion, faisait fouetter sa pauvre mère, et il est revenu pour la consoler et tâcher de l'emmener avec lui.

— A-t-il réussi ?

— Paâ encore. Il a rôdé aux alentours de la place, mais il n'a pu trouver encore l'occasion d'fexc^cuter son dessein. En attendant, il m'accompagne jusque dans l'Ohio pour me remettre entre les mains d'amis qui l'ont aidé, puis il reviendra chercher sa mère.

— Dangereux, très-dungeretix î dît le vieillard* ^ Georges se redressa et sourît dédaigucusenient.

Le vieux gentleman Texamina de la tête aux pii&ds avec une sorte d'etonnement naïf.

- — Georges, il s'est "opéré en vous quelque chose d' étonnant. Vous portez haut la tête, vous parlez et agisscîs comme un autre homme, dît M. Wilson.

— Parce que je suis un homme libre ^ monsieur, dit Georges avec fierté. Oui, monsieur, c'est pour la dernière fois que j^ai dit maître à un homme. Je suis libre î

— Prenez garde ; vous n'Ôtes pas en sûreté ; vous pouvez être repris.

— Tous les hommes sont libres et égaux dans la tomber en ce cas-là, moùaietir Wîlfeon, dît Georges.

— Je suis vraiment stupéfait" de votre hardiesee, dit M. Wilson. Venir ici, dans la plus proche taverne.*.

— Monsieur Wilson, c'est si hardi et la taverne est si proche, qu'ils ne g*îmàgineroïit jamais c^a. Us me feront chercher bien loin, et vous-même ne me reconnaîtriez pas. Le maître de Jim n'habite pas ce comté ; Jim n'est point connu dans ces parages. ly ailleurs, on a renoncé à le poursuivre ; personne ne le cherche, et ijèrsonne ne me reconnaîtra par le signalement de l'affiche, j-e croîs.

— Mais la marque de votre main ?

Georges ôta son gant et fit voir dans sa miain une oicatricc récemment guérie.

C'est une nouvelle marque d'affection de M. Harria, dit-il dédaigneusement. Il y a quinze jours, il lui prit fantaisie de me la donner, parce que, cUsait-il, il croyait que je- tenterais de m'enfuir un de oes jour*. Cela vous paraît intéressant, n'est-ce pas ? dit-il en remettant çon gant.

— Je déclare que rcoa sang se glace dans mes veines lorsque je songe à votre cc édition, aux dangers que vous bravez, dit M. Wilson.

DE L'ÔNCLË TOM. 113

— Le mie» est clônieurê glacé pendant de longues années, monsieur Wilson ; h présent, il est bien près de bouillir, dit Georges. $

— Mou brave monsieur "Wilson, reprit Georges après un instant de silence, lorsque je me suis aperçu que vous m^e^ viez reconnu, j'ai désiré vous mettre aussitôt au fait de la chose, de peur que . vos regards troublés ne me trahissent. Je pars demain matin avant le jour ; demain soir, j'espère reposer en sûreté dans l'Etat d'Ohio. Je voyagerai au gi^and jour, je descendrai aux meilleurs Lôtels et prendrai place à la table des soigneurs du pays. Ainsi, adieu, paonsieur; si vous appr§noz que j'ai été repris, vous saurez que je suis mort.

Georges, debout, ferme comme un roc, lui tendit la main avec l'air d'un prince. Le bienveillant petit vieillard la pressa cordialement, et nprès quelque^ nouvelles recommandations, il prit son parapluie et se dirigea en tâtonnant vers la salle commune,

Georges était demeuré debout, les yeux fixés sur la porte qui venait de se refermer. Une pensée sembla traverser son esprit. H eouîut ouvrir, et •dit :

. — ■■ Monsieur Wilson, encore un mot.

Le vieux gentleman rentra, et Georges, comme la première fois, verrouilla la porte et demeura un instant la tête baissée et l'air irrésolu. A la fin, se redressant par un soudain effort:

— Monsieur Wilson, vous avez toujours agi eçi chrétien à mon égard, je viens vous demander un nouvel acte de charité chrétienne.

— Lequel, Georges ?

— Ce que vous avez dit est vrai, monsieur, je cours de terribles dangers. Il n'est personne au monde qui s'inquiète de ma mort, dit-il d'une voix, entrecoupée et en parlant avec un grand effort. Je puis ê^tre tué et mis en terre comme un chien, et personne n'y pensera le jour après — personne excepté ma pauvre femme. Pauvre âme, elle s'affligera, elle se désolera; et si vous vouliez, monsieur Wilson, tâcher de lui faire parvenir cette petite épingle... Elle me la donna en présent un jour de Noël, la pauvre enfant I Donnez-la lui, et dites-lui que je l'ai aimée jusqu'à mon dernier soupir. Le ferez-vous ? le ferez-vous ? ajouta-t-il avec instance.

— Oui, certainement, pauvre garçon, dit le vieux gentleman en prenant l'épingle, avec les larmes aux yeux et un tremblement dans la voix.

— Dites-lui une chose, dit Georges, mon dernier vœu est qu'elle gagne le Canada, bî elle peut. Peu importe que sa

lu jj^ CÂm

maîtresse soit bonne ; ^xx importe qne la maison où ell0 est née lui soit chère ; coniurez-la de ne point retourner en arrière, car l'esclavage finit toujours misérablement. Dites-lui d'élever notre enfant en homme libre, afin qu'il ne souffire pas ce que j'ai souffert. Dites-lui tout cela, monsieur WUson; le luidirez-vous?

— Oui, Georges, je le lui dirai { mais j'espère que vous ne mourtea pas ; prenez courage, vous êtsS un brave garçon. Mettez votre confiance dans le Seigneur, Georges. Je voudrais de tout mon cœur vous voir en sûreté, quoique... jo^ le désire de tout mon cœur.

— Est-il un Dieu en qui avoir confiance ? dit Georges, avec un ton d'amertume si désespérée qu'il arrêta la parole sur les lèvres du vieillard, Qh ! j'ai vu toute ma vie des choses qui m'ont fait penser qu'il ne pouvait y avoir vai Dieu ! Cependant les chrétiens ne savent pas l'effet que ^^coduisent sur nous ces choses. Il y a un Dieu pour vous, mais en est-il un pour nous ?

— Oh I mon enfant, dit le vieillard d'une voix entrecoupée par les sanglots. Ne parlez pas ainsi ! Dieu existe, n'eA doutez pas, les nuages et l'obscurité l'environnent ; ipaais soii trône est élevé slir la droiture et la justice. Il y a un Dieu, Georges — croyez-le y mettez en lui votre confiance, et il viendra à votre aide. Toute chose sera mise à sa vraie place, si ce n'est dans cette vie, ce sera dans l'autre.

La piété vraie et la bienveillance de cet homme simple prêtSiient en ce moment delà dignité et de l'autorité à &a parole. Georges interrompit tout à coup sa promenade agitée à travers la chambre, demeura pensif un instant, pui^ dit avec calme :

— Je vous remercie de m*avoîr dit cela, moïi bon ^ïJ, j'^ penserai,

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