‹ VieChapitre 22 sur 51 · DE L*OH0L« TOM · texte numérisé non relu

DE L*OH0L« TOM

îi se mettait tranquillement à dormir on à lire son journal.

Le fait est que mon père était doué de tontes les qualités qui constituent l'homme d'Etat. Il eût divisé la Pologne aussi aisément qu'une orange, et foulé aux pieds l'Irlande aussi tranquillement, aussi systématiquement qu'homme qui vive* En désespoir de cause, ma mère finit par céder. On ne saura jamais avant l'heure du dernier jugement ce qu'ont pu souffrir de nobles et sensibles natures comme la sienne, jetées, sans merci, dans ce qui leur semble un abîme d'injustice et de cruauté dont elles seules peuvent sonder la profondeur. Quelles interminables douleurs ont dû ressentir ces natures d'élite dans notre monde engendré par l'enfer ! Que restaitil à ma mère, sinon d'élever ses enfans dans ses propres sentiméns ? Eh bien ! quoi que Vnn puisse dire sur l'éducation, les enfans restent en grandissant ce que la nature les a faits, et pas autre chose. Depuis le berceau Alfred était un aristocrate ; à mesure qu'il grandit, naturellement toutes ses sympathies, tous ses raisonnemens prirent cette voie, çt le vent emportait toutes les exhortations de ma mère. Ces exhortations au contraire produisaient sur moi l'impression la plus profonde. Jamais elle ne contredisait ouvertement ce que disait mon père, jamais elle ne paraissait différer d'avis avec lui ; mais elle n'en imprimait, elle n'en gravait pas moins en traits de feu au fond de mon âme, avec toute la force de sa profonde et énergique nature, une idée de la dignité et dti prix inestimable de la plus humble des âmes humaines. Je la regardais souvent avec ime terreur eolennelle, lorsque me montrant du doigt les étoiles, elle me disait : Voyez, Augustin, l'âme du plus pauvre, du plus humble do nos esclaves vivra, lorsque tous ces astres auront disparu pour jamais; elle vivra aussi longtemps que Dieu lui-même !

Elle possédait quelques vieux tableaux de mérite ; un entr' autres qui représentait Jésus guérissant un «aveugle. Ces tableaux étaient fort beaux, et produisaient sur moi une profonde impression. Voyez, Augustin, me disait ma mère, cet aveugle était un mendiant, pauvre et fait pour inspirer le dégoût ; aussi, le Christ ne voulut point le guérir de loin ; il l'appela à lui, et luiimposa les mains; rappelez -vous cela, mon enfant. Si j'avais pu grandir sous sa direction, je ne sais à quel degré d'enthousiasme je serais parvenu. J'aurais pu être un saint, un réformateur, im martyr — mais, hélas ! hélas I je fus séparé d'elle à l'âge de treize ans, et je ne la revis jamais.

Saint -Clair appuya sa tête dans ses mains , et garda le silence pendant quelques minutes.. Bientôt il releva la tête et continua :

— Quelle pauvre et misérable chose ^m la vâtti^ luusia\Aâ ! La plupart au temps ce n'est qu'affaire de longitude et de latitude, de position géographique et de tempérament. Pas autre chose bien souvent qu'un accident, un hasard. "Votre père, par exemple, s'établit dans le Vermont, il habite une ville où tous sont égaux et librea ; il devient membre régulier de l'église et diacre, fait partie d'une société d'abolitionistes et nous regarde à peu près comme des païens. Il n'en est pas moins, de l^aveu de tout le monde, par sa constitution et par ses habitudes, l'image exacte de mon père. Cette ressemblance se fait jour de cinquante manières différentes — c'est la même énergie, le ipiême esprit impérieux et dominateur. Vous savez.combîen il serait difficile de persuader à quelques personnes de votre village que le squire Sinclare ne se croit pas au-dessus d'eux. Quoiqu'il soit tombé dans un milieu démocratique, qu'il ait embrassé une théorie démocratiue, le fait est qu'il n'en est pas moins un aristocrate au fond u cœur, autant que mon père qui dominait, sur cinq à six cents esclaves.

Mias Ophélia ae^soitaît fort disposée à critiquer ee portrait ; elle posait déjà son tci#et et allait oammeUcer ^ mais Saint-Clair l'anrdta.

—Oh ! je ëaîs parfaitement tout ce que vous allez trie ^re. Je ne prétends pas qud, dans le fait, ils fussent parfaitement Identiques. L'un tomba dans une condition où tout agissait à rencontre de ses tendances naturelles, pendant que tout favorisait les instincts de l'autre j l'un devint ainsi un vieux démocrate opinjâtre, fier, impérieux, et l'autre un vieux despote également opiniâtre et hautain. Si tous deux eussent possédé des plantations dans la Louisiane, ils se fussent ressemblé aussi parfaitement que deux balles fondues dans le mêrate moule.

— Quel irrespectueux garçon vous faîtes I dit miss Ôphéîîa.

— Je n'ai nullement l'intention de leur manquer de respect, reprit Saint Clair, bien que, vous le savez, la déférence ne soit pas mon fort. Mais pour en revenir à mon histoire : Quand mon père mom*ut, il nous laissa ses biens à mon frère et à moi avec la faculté de les partage» comme nous l'entendrions. Il n'existe pas sur la terre une âme plus noble, un garçon plus généreux qu* Alfred dans tout ce qui concerne ses rapports avec ses égaux ; aussi le partage se fit sans

, contestation, sans un mot, sans un sentiment qui ne fussent fraternels. Nous entreprimes d'exploiter ensemble 1& plantation; et Alfred qui avait deux fois autant qi\e moi CActi-

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vite et d^aptîtude aux affaires; devint un planteur enthou* i^iasto et obtînt d* admirables résultats.

Mais deux années d'expérience me démontrèrent que cette lissociation ne pouvait me convenir. Avoir sous ma direction une troupe de sept cents nègres que je ne pouvais connaître personnellement et pour lesquels il m'était impossible d'é- 5>rouver aucun intérêt individuel, achetés, conduits, logés, nourris et soumis au travail comme du. bétMl, astreints à une précision militaire ; sans cesse chercher le moyen d'entretenir leur force physique aux moindres frais, et en les S rivant des jouissances les plus ordinaires de la vie ; être ans la nécessité d'employer des conducteurs, des surveillans et le fouet, ce premier, dernier, et seul argument avec les esclaves j tout eela était pour moi une tâche dégoûtante ert intolérable, ei lorsque je pensais à la valeur que ma mère attachait à l'âme de la plus humble créature, ce dégoût dev^enait de Tefiroî.

Il est par trop absurde de venir nous dire que les esclaves sont heureux de cet état de choses \ plus heureux que s'ils étaient libres. Les inqualifiables niaiseries que nous débitent quelques-uns de vos gommes du Nord, dans leur zèle pour excuser nos péchés, me font perdre patience. Nous savons pieux qu'eux ce qu'il en est. Qu'on vienne me dire qu'un Aomme est content de travailler depuis le matin jusqu'au ,8oîr, sous rœil vigilant d'un maître et sans pouvoir jamais agir d'après sa volonté, à une tâche arîde,*monotone, invariable, et tout cela pour deux pantalons et une paire de 60u« liers par an, un abri misérable et tout juste assez cU nourriture pour le maintenir en état de travailler. S'il est un iiomme qui pense que des êtres humains peuvent être aussi heureux dans c^te condition que dans toute autre, JQ voudrais le voir à l'épreuve. J'achèterais volontiers le chien, et je le ferais travailler sans le moindre scrupule.

— J'ai toujours supposé, dit miss Ophélia, que vous tous !ci approuviez l'esclavage, et que vous le croyioa légitime, jttstuié par l'Ecriture.

— Quelle plaisanterie 1 Nous n'en sommes pas^ encore réduits à cela. Alfred, qui est bien le pins déterminé despote que la terre ait porté, ne songe pas même à c^ genre de défense. Non, il se retranche, fier et hautain, sur ce terrain respectable et vieux comme le monde '.le droit du plus fort. Il ait, avec beaucoup de raison selon moi, que la conduite du

OB, âme et intelligence, h leur intérêt et à leur ftgrémenl

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personnel. Il défend léà deux systèmes, et selon moi se montre an moins conséquent. Il dit qu'il n'y a pas de hante civilisation possible sans l'asservissement manifeste ou déguisé des masses. Il faut, selon lui, qu'il y ait une classe inférieure vouée au travail matériel et à une existence aniiliale, afin que la classe élevée puisse acquérir du loisir et de la richesse, développer son intelligence et devenir l'âme dirigeante de la classe inférieure. Voilà comme il raisonne, parce que, ainsi que je l'ai dît, il est né aristocrate ; j'.ai une opinion toute différente, parce que je suis né démocrate.

— Comment peut-on comparer deux choses si différentes ? dît miss Ophélia. Le laboureur anglais n'est pas vendiji^ troqué, séparé de sa famille, foiictté,

— Il est aussi complètement à la merci de celui qui l'emploie que s'il lui avait été vendu. Le propriétaire d'hommes peut faire périr sous le fouet son esclave rebelle ; le |apitaj liste peut faire mourir de faim le travailleur. Pour ce qui concerne la sécurité de la famille, je ne saurais dire ce qui est le plus atroce, de voir vendre ses enfans, ou de les voir mourir de faim à c^té de soi.

— ^ M'ais ce n'est pas justifier l'esclavage, que de prouver quMl n'est pas pire que d'autres détestables choses.

— Aussi n'ai-jc point l'intention de le justifier. Bien plus, je dirai môme que de notre côté se trouve la violation la plus hardie, la plus palpable des droits de l'humanité. Aclifiter un homme comme un cheval, regarder à ses dents, faire craquer ses jointures, le faire marcher, puis le payer, avoir des spéculateurs, des nourrisseurs, des marchands et des brocanteurs de corps et d'âmes, c'est exposer l'injustice sous une forme plus palpable à la lace du monde civilisé, bien que cette injustice soit de même nature que celle qui se commet partout : faire servir une classe d'êtres hi^mains à l'usage et au développement exclusifs d'une autre classe.

— Je n^ài jamais examiné le sujet à ce point de vue, dit miss Ophélia.

— J'ai quelque peu voyagé en Angleterre, et j*ai lu de nomBfeux documens relatifs à l'état tfes classes inférieures de ce pays, reprit Saint-Clair^ et je pense qu'Alfred a vraiment raison de dire que ses esclaves sont moins à plaindre qu'une grande partie de la population do l'Angleterre.' Vous ne de», vez pas inférer de mes paroles qu'Alfred soit un maître inhu*,-? main ; car il ne l'est pas. Il est despote, et sans pitié pouç l'hisubordination. H fusillerait un noir rebelle avec aussi peu de remords qu'il fusillerait un chevreuil. Mais, en généra]^ il met une sorte d'orgueil à ce que ses esclaves soient comfortablement nourris et log»'?;. ^

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Lorsque j*étaîs avec lid, j'insistais pour qu'il fît quelque chose pour leur instruction. Pour me faire plaisir, il fit venir . un chapelain pour leur enseigner le catéchisme le dimanche, bien qu'il fût intimement convaincu, je crois, qu'un chapelain eût été tout aussi utile pour ses chiens et ses chevaux. Le fait est qu'une intelligence stupéfiée et hébétée depuis l'enfance par toutes sortes de mauvaises influences, condamnée toute la semaine à un travail abrutissant, ne peut profiter beaucoup pendant quelques heures le dimanche. Les instituteurs des Ecoles du dimanche à l'usage de la population manufacturière de l'Angleterre, et des esclaves de nos plantations , pourraient peut-être constater les mêmes résultats, là-bas et ici. Néanmoins il se rencontre de frappantes exceptions parmi nous, provenant de ce fait que les nègres sont beaucoup plus accessibles aux sentimens religieux que les blancs.

— Et comment avez vous fait pour abandonner l'état de planteur? dit miss Ophélia.

— Nous marchâmes ensemble îttsqu'au jour où Alfred acquît la certitude que l'état de planteur ne me convenait nullement. Il trouvait absurde qu'après avoir'réformé, changé et amélioré toutes choses, d'après mes conseils, je ne fasse pas encore satisfait. Après tout, c'était l'institution ellemême que je baissais, l'exploitation de ces hommes et de ces femmes, la perpétuation de l'ignorance, de la brutalité et du vice — ^le tout pour gagner de l'argent.

D'ailleurs, je me mêlais toujours des détails. Etant moimême le plus paresseux des mortels, j'avais naturellement une trop grande sympathie pour les paresseux ; et quand de pauvres diables mettaient des pierres au fond de leurs paniers de coton pour les faire paraître plus lourds, ou qu'ils remplissaient leurs sacs de terre et garnissaient l'ouverture avec du coton, cela iîie paraissait si parfaitement semblable à ce que j'aurais fait à leur place, que je n'aurais jamais eu le courage de les faire fouetter. C'était la ruine totale de la de la discipline dans la plantation, et Alfred et moi en vînmes bientôt au même point où nous en étions venus, mon respectable père et moi, quelques années auparavant. Il me dit que j'étais un sentimentaliste efféminé , que je n'entendrais jamais rien aux aiîaires; il rtfe conseilla de prendre les fir^a que nous avions en banque et notre maison patrimoréK de la Nouvelle-Orléans, d*aller y faire des rêves et de lui laisser administrer la plantation. Ainsi, nous nous séparâmes et je vins ici,

— - Et pourquoi n'avez-vous pas donné la liberté à vos esclaves?

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— Ma foi I je u*en eos pas le courage. Je ne pouvaîa les garder comme des instrumens pour gagner de T argent, mais dépenser mon argent avec eux ne me paraissait pas tout à fait aussi révoltant. Quelques-uns étaient de vieux serviteurs de la maison auxquels j'étais fort attaché, et les jeunes étaient les enfans des vieux. Tous étaient contons de leur sort. Saint-Clair fit une pause et se promena pensif, à ira* vers la chambre.

— ^11 y eut im instant dans ma vie, reprit-Û, où je formais des plans, où. j*espérais faire autre chose en ce monde que de me laisser notjer à la dérive. J'avais alors Vespoir vague et confus d'être une sorte d'émancipateur, de délivrer mon pays natal de cette tache et de cette souillure. Tout jeune homme a eu , je suppose, de ces accès de fièvre — mais alors... '

— Pourquoi ne l'avez-vouB pas fait ? dit miss Ophélia. Vous n'auriez pas dû mettre la main à la charrue, puis regarder en arrière.

— Oh ! les choses ne tournèrent pas avec moi comme je Tavais espéré, et je tombai, comme Salomon, dans le dégoût de la vie. Je suppose que c'était pour tous deux la con< dition de notre sagesse; mais, quoi qu'il en soit, au lieu de jouer le rôle de régénérateur de la^ société , je devins uoe pièce de bois flottant, et depuis lors je n'ai cessé de me laisser aller à la dérive. Alfred me gronde toutes les fois que nous nous rencontrons, et j'avoue qu'il à sur moi l'avantage ; car il fait réellement quelque chose. Sa vie est le résultat logique de ses opinions ; la mienne est un méprisable uonsens.

^ — ^Mon cher cousin, pouvez-vous être satisfait de cette manière de casser votre temçs d'épreuve ?

— Satisfait I Ne viens-je pas de vous dire que j'abhorre ce genre d'existence ? Mais, pour en revenir à la question, nous parlions de cette affaire d' affranchissement. Je ne pense pas que mes sentîmens sur l'esclavage me soient particuliers. Éeaucoup d'hommes, dans le cœur, pensent absolument comme moi. Notre pays gémit sous ce fléau, et, si mauvais qu'il soit pour l'esclave, il est, si c'est possible, pire encore pour,le maître. Il n'est pas besoin de mettre des lunettes pour voir (jue la {présence ^armi nous d'une nombreuse classe d'êtres vicieux , imprévoyans , dégradés , est un mal mur nous comme pour eux-mêmes. L'aristocratie et les ca^p^ listes d'Angleterre ne peuvent sentir cela comme nous, car ils ne se trouvent pas, comme nous, mêlés à la classe qu'ils dégradent. Nos esolaves habitent dans nos maisons, ils sont les compagnons de nos enfans, et exercent sut leur esprit

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tme înflïieneo plus prompte que la nôtre, car o^est une race à laquelle les enfans s'attachent toujours. Si £va n'était pas un ange elle serait déjà perdue. Nous pourrions avec autant de raison laisser la petite vérole exercer parmi eux ses ravages et penser (jue nos enfans ne la prendront pas, que de les laisser croupir dans l'ignorance et le vice, et de croire que nos enfaiis n^en seront pas affectés. Et cependant nos lois s'opposent à tout système général d'éducation, et avec raison t Instruisez seulement une seule génération, et Tédifice sautera. Si vous ne leur donniez la liberté , ils savaient bien Ia prendre.

— Et comment croysa-vous que tout cela fimra ? dît mîss Ophélia.

— Je n'en sais rien. Il y a une chose certaine , c'est que sur toute la surface du globe les masses s'agitent, et que le Diesirœ viendra tôt ou tard. Le même travail s'opère en Europe, en Angleterre et dans ce pays. Ha mère m'a souvent parlé d'un Millenium * qui devait venir, où le Christ règne* rait et où tous les hommes seraient libres et heureux. Elle m'enseignait, lorsque j'étais enfant, à dire dans ma prière : « Que votre règne arrive. • Parloi», je pense que ce soupir) ce gémissement, ce murmure et -ce mouvement qui se tout parmi les os dessédiés des nations ** prophétisent le prochain

* Altiitfoti Mt 'tégne de mille ans prophétise par TApocalypse, éhcp. XIX et XX, ofa il est dit : « . . . Il n'y aara plos Ik Ai pleurs, Bi cris, ni afllotlmis, parce que le premier état sera passée »

*' Allusion an chap. XXXVII« un Pru^^te Esëchlel, commençant

1. La main Oe Jâiovah s'est posée sur moi, et m'ayant tonebé de Pesprit di/in, elle me déposa an milieu de la valMe qtii était pleine A*os8emeD«.

5. £t elle me mena sar eux tout h. Ventonr , et il y en avait beaucoup sur la surface de la vallée; et ils étaient entièrement secs.

9, Et U me dit : Fils de VHomme, ces ossemens peuvent-ils revivre ? Et je dis : Rigueur DIbu, toi, tu le sais.

4. £t il me dit : Prophétise sur ces ossemens , et dis-leur : Ossemeos desséchés, écoutez la parole de Jéhovah.

6. Ainsi dit. le Seigneur Dieu à ces ossemens : Voici que je feraï venir en vous un esprit, et vous vivrez.

6. Je feria naître sur voua des nerfs; je vous surmonterai de chair; Mtendrai sur vous une peau; et je mettrai en vous un esprit, et >ous *Wrrez, et vous saurez que J[e suis Jéhovah.

7. Je prophétisai comme il m'avait commandé , et lorsque Je prophétisai, il y eut un hruit; ce fut un tremblement, et les os se iftirent en mouvement et se rapprochèrent les uns des autres.

9. Je vis, et il y avait sur eux des nerfs ; ils étaient snnaontéi de

avènement de eô règne de Dieu dont elle avait coutume do me parler. Hais qui pourra supporter U' jour où IL apparaîtra ?

— Augustin, il y a des momens où je pense que vous n'êtes pas loin du royaume de Dieu, dit miss Opnélia cessant de tricoter et attachant sur son cousin un regard plein de sollicitude.

— Je vous remercie de votre bonne opinion ; mais je suis alternativement bien haut et bien bas. En théorie, je m'élève jusqu'aux i^rtes du ciel ; en pratique, je retombe dans la poussière de la terre. Mais voilà que la cloche nous appelle pour le thé ; allons, cousine, et ne dites plus que je n'ai jamais parlé sérieusement une fois en ma vie.

A table, Marie fit allusion à la triste histoire de Prue.

— Vous allez penser, cousine, dit-elle, que nous sommes tous de vrais barbares.

- — Je crois que c'est là un acte de barbarie, dît mîss Ophélia, mais je ne pense pas que vous soyez tous des barbares.

— Je vous assure,^ dit Marie, qu'il est impossible de rien faire d€i ces créatures. Elles sont si méchantes, qu'elles ne méritent pas de vivre. Aussi n'épronvé-je pas la moindre sympathie pour ces sortes de choses. Si elles se conduisaient bien cela ne leur arriverait pas.

— Mais, maman, dit Eva, la pauvre créature était malheureuse ; c'est pourquoi elle a pris l'habitude de boire.

— ^Ue raison ! comme «1 c'était là une excase. Je suia malheureuse aussi, -moi, très-souvent. Je crois, .ajouta-t-elle d'un air pensif, que j'ai souffert de plus grandes épreuve» qu'elle n'en a jamais subi. Mais ils sont si méchans. Il en est parmi eux qu'aucune sévérité ne saurait dompter. Je me souviens que mon père avait uu esclave si paresseux, qu'il se sauvait toujours pour échapper au travail, et qu'îl demeurait caché dans les savanes, volant et commettant toutes sortes d'horribles choses. Cet homme fut repris et fouetté maintes et maintes fois ; on ne put jamais le corriger. Il se traîna une dernière fois hors de la plantation, car U ne gou-

chair, et par-dessus s'était étendue une peau ; mais il n'y avait pas en eux d'esprit.

9. Et il me dit : Propliétise )k l'esprit, prophétise, fils de rhomiâàt et dis k Tesprit : Ainsi dit le Seigneur Dieu : Esprit, Tiens des QUfwë vents, et souffle sur ces morts pour qu'ils revivent.

10. Et je prophétisai comme il m'avait commandé, et l'esprit vint en eux, et ils devinrent vivans, et ils se tinrent sur leurs pieds, nue armée trbs-consldérable.

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vait plus se porter, et monrat dans les savanes. 11 n*avait aucune raison d'agir ainsi , car les esclaves de mon père étaient bien traités.

— Je suis cependant parvenu à dompter un gaillard dont les maîtres et les surveilans n'avaient rien pu faire, dit Saint- Clair.

— Vous I dit Marie ; je sub curieuse de savoir quand vous avez accompli cette prouesse.

—«•C'était im puissant et gigantesque africain, qxd paraissait, posséder à un degré peu commun l'instinct de la nbcrté. C'était un véritable lion du désert. Il se nommait Scîpion. Personne n'en pouvait rien faire. Il avait été vendu d'un surveillant à un autre, jusqu!au moment oii Alfred l'acheta, croyant pouvoir en tirer parti. Un jour il assomma l'intendant et s'enfuit dans les savanes. Je faisais alors une visite à Alfred, car c'était après notre séparation. Alfred était fort exaspéré, mais je lui dis que c'était sa propre faute, et je pariw de dompter le rebelle. Il fut convenu que si on parvenait à le saisir, il me serait donné afin de tenter sur lui l'expérience. On réunit alors Une bande de six ou sept hommes avec des fusils et des chiens , pour lui donner la chasse. Vous savez qu'on peut se passionner pour la chasse aux hommes comme pour la chasse au cerf;, c'est affaire d'habi-' tude. Dans le fait, je me sentais moi-mêmeun peu excité, quoique je fusse là pour remplir le rôle de médiateur dans le cas où if serait repris.

Les chiens aboyaient et hurlaient, nous partîmes au galop et finîmes par lever le gibier. Il bondissait comme un chevreuil , et nous laissa pendant quoique temps fort en arrière. Mais à la fin il fut cerné dans un impénétrable fourré de cannes à sucre. Réduit aux abois, il lutta vaillamment contre les chiens. U les lançait à droite et à gauche, et en avait déjà tué trois à coups de poing, lorsqu'un coup de feu l'abattit blessé et sanglant presque à mes pieds. Le pauvre diable lova sur moi ses yeux pleins de courage et de désespoir. J'écartai les chiens et les chasseurs qui se précipitaient dé^sur lui, et je le réclamai comme mon prisonnier. J'eus bien de la peine à empêcher qu'il ne fût achevé dans Tivresse du succès ; mais je persistai dans mon marché et Alfred me levendit. Je le pris donc avec moi, et au bout de quinze jours 'avais rendu aussi soumis, aussi traitablo qu'on pût le

— Mais quel moyen avez-vous donc employé ? dit Marie.

— Un moyen tout à fait simple. Je le pris dans ma chambre, je lui fis préparer un bon lit, je pansai ses blessures, et le soignai moi-môme jusqu'à ce qu'il fût sur pied. Pendant

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ce temps, j^avaîd fait préparer son aét« d*ai&âtièlilsscment{ je le lai donnai en lui disant qu'il pouvait, aller où il lui plairait.

— Et 8*en alla-t-îl? dit miss Ophélia.

— Non. Le sot déchira le çapier en cbux et refusa absolument de me quitter. Jamais je n*eus un plus brave^ un plus dévoue serviteur — fidèle et franc comme l'acier. Il embrassa par la suite le christianisme et devint aussi doux qu'un enfant. Je l'avais chargé d'administrer ma propriété sur le lac, et il s'en acquittait fort bien. Je le perdis à la première invasion du choléra, bans le fait, il sacrifia sa vie pour moi. J'étais malade, presque mourant, et lorsque la panique avait fait fuir tout le monde, Scipion me soigna sans relâche et me ramena -à la vie. Mais, hélas î le pauvre garçon ftit atteint presque aussitôt, et il fut impossible de le sauver. Jamais perte ne me fut plus sensible.

£va s'était graduellement rapprochée de son père pendant qu'il racontait cette histoire — ses petites lèvres entr'ouvertes, ses yeux grands ouverts exprimant un profond Intérêt.

Quand il eut fiini, elle lui jeta soudain ses petits bras autour du cou, fondit en larmes et se mit à sangloter convulsi* vement.

— Eva, ma chère enfant, qu*avez-vou8 donc? dît Saînt- Clair, en la voyant tremblante et agitée sous la violence de son émotion. Cette enfant, ajouta-t-il, ne devrait jamais entendre de semblables récits ; elle est trop nerveuse. *

— Non, papa, je ne suis pas nerveuse, dit Eva réprimant tout à coup son émotion avec une force de résolution extraordinaire chez une enfant aussi jeune. Je ne suis pas nerveuse^ mais ces choses-là me vont au cœur,

— Que voulez-vous dire , Eva ?

— Je ne puis vpus l'expliquer, papa. Je pense à un© foule do choses. Peut-être un jour je pourrai vous les dire.

— Eh bien ! pensez, mon enfant; mais ne pleurez pas et' ne chagrinez ijas votre père, dit Saint-Clair. Voyez quelle belle pêche i'ai cueillie pour vous,

Eva prit la pêche et sourit, bien qu'on pût remarquer encore un certain mouvement nerveux dans les coins de sa bouche.

— ^Venez voir le poisson rouge, dit Saint-Cl^r, la prenaM par la main et la conduisant vers la verandah. Quelqito»mstans après de joyeux rires se faisaient entendre à travers les rideaux de soie : c'étaient Eva et Saint-Clair qui se lançaient mutuellement des roses et se poursuivaient lim l'autre dans le» allées de la cour.

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Nos lefctetirs peuvent craindre ici que nous ne finissions par négliger notre humble ami Tom, pendant ijue nous nous occupons des aventures de plus hauts personnages; mais s'ils veulent bien monter avec nous à un petit étage au-dessus de l'écurie, ils pourront apprendre où en sont ses affaires. C'est une chambre décente, contenant un lit, une chaise et un petit pupitre grossier sur lequel reposent la Bible de Tom et son livre de cantiques, et où nous le trouvons assis, avçc son ardoise devant lui, occupé à un travail qui semble le plonger dans une grande perplexité. Le fait est que le mal du pays le tourmentait si fort, qu'il avait fini par demander à Eva une feuille de papier ; et, réunissant tout ce qu'il avait pu acquérir de littérature grâce aux leçons de massa Georges, il avait conçu le hardi projet d'écrire une lettre, et il s'efforçait d'en faire un brouillon sur son ardoise. Tom se trouvait dans un terrible embarras , car il avait complètement oublié la forme de certaines lettres et ne se rappelait pas exactement l'usage des autres. Pendant qu'il travaillait de la sorte et soupirait dans sa détresse, Eva vint se percher comme un oiseau sur le dossier de sa chaise, et regarda pardessus %on épaule.

— G Oncle Tom ! (juel singulier griffonnage faites-vou» donc là ?

— J'essaie d'écfîre à ma pauvre vieille femme , miss Eva, et à mes petits enfans , dit Tom en passant le revers de sa main sur ses yeux; mais j'ai bien peur de n'en pouvoir venir à bout.

— Je voudrais pouvoir vous aider, Tom. J'ai un peu appris à écrire. L'an dernier je savais tracer toutes les lettres , mais j'ai peur de l'avoir oublié.

Eva mit sa petite tête dorée à côté de celle de Tom, et tous deux, aussi sérieux , aussi ignorans l'un que l'autre, commencèrent une grave et pénible discussion ; et après unelbule de débats et de consultations sur chaque mot, la composition commença, à leur grande satisfaction, à ressembler beaucoup à de l^écriture.

— Oui, oncle ^om, cela commence réellement à avoir une belle -apparence, dit Eva en regardant leur griffonnage avec r»ili|l§inent. Combien votre femme va être heureuse, ainsi qm^w petits enfans! Oh ! c'est une hcite que l'on vous ait jaifnfis forcé de les quitter. J'ai l'intention de demander à papa de vous laisser retourner auprès d'eux quelque temps.

— Maîtresse m'a dit qu'elle enverrait l'argent pour mo^ dès qu'elle aurait pu en amasser,' dit Tom. J^spère qu'elle le fera. Le jeuHQ xnass^ George» m'a dit qu'il viendrait mo

chercher, et il m'a donné ce dollar comme un ^age. Et Tarn tira de dessoxis ses vêtemens le précieux dollar.

— Oh ! il viendra certainement, alors, dit Eva. J'en serai bien contente.

— Et je voulais leur envoyer une lettre, vous savez, pour leur faire savoir où je suis, et pour dire à la pauvre GMoé que je me porte bien, car elle était si malheureuse, la pauvre âme.

— Hé ! Tora ! dit Saint-Clair paraissant sur le seuil de la porte. •

Tom et Eva tressaillirent.

•— Qu'est-ce que cela ? dit feaintnClair s' approchant et regardant l'ardoise.

— Oh ! c'est la lettre de Tom. Je l'aide à récrire, dit Eva. N'est-elle pas bien?

— Je ne voudrais vous décourager ni l'un ni l'autre, dît Sainf-Clair ; mais je pense que vous eussiez mieux fait de me prier d'écrire pour vous. Je le ferai quand jti reviendrai de la promenade.

— Il est fort important qu'il écrive, dit Eva , parce que sa maîtresse doit envoyer l'argent pour le racheter, vous savez, papa ; il m'a dit qu'ils le lui avaient promis.

Saint-Clair pensa en lui-môme que c'était probablement une de ces consolations quç de bons maîtres donnent à leurs esclaves pour diminuer l'horreur quHls éprouvent à être vendus, sans aucune intention d'exécuter leur promesse. Mais il n'exprima point son opinion, et se contei^ta d'ordonner à Tom de préparer les chevaux pour la promenade.

Lé soir même la lettre de Tom fut écrite dans le style qu'exigeait la circonstance et jetée à la poste.

Miss Ophélia persévérait toujours dans ses travaux de ménagè^'e. 11 était généralement convenu parmi tous les serviteurs de là maison, depuis Dinah jusqu'au dernier marmot, que miss Ophélia était décidément curieuse, terme par lequel un domestique duBud fait entendre que ses supérieur8^|i^ lui conviennent pas. ^ .

L'élite de la domesticité — à savoir Adolphe, Jane etKosa, décidèrent qu'elle n'était pas une dame, les dames ne tn|pfyilant pas comme elle ; qu'elle n'avait point d'air du ta ^gy et ils étaient surpris qu'elle fût de la famille des Saint-8Wfc*, Marie èUe-meme déclarait qu'il était réellement fatigant de voir cousine Ophélia toujours si occupée. Et en effet rac&> vite de miss Ophélia était si incessante qu'on en pouvait l^tre fatigué. Elle cousait et piquait du matin au soir, avecéner-

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f^ comme quélqu'uix <im eût été pressé par le besoin ; puis, lorsque lejourbaissût, son travail plié, elle tirait son tricot de sa poche et faisait aller ses uguilles de plus belle, comme iotnjotirs. C'était réellement une peine de la Toir ainsi.

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