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CHAPITRE XX

TOPST.

Un matin, tandis que miss Opbélia vaquait à un de ces soins domestiques auxquels elle se livrait avec tant d'ardeur, elle entendit la voix de Saint-Clair qui l'appelait du bas de Tescalier.

— Descendez, cousine ; j'ai là quelque chose à vous montrer.

— Qu'est-ce ? dit miss Ophélia, descendant, son ouvrage de couture à la main.

— J'ai fait une emplette pour vous : voyez I

En même temps il poussait devant lui une petite négresse qui paraissait âgée de huit on neuf ans.

C'était un des plus noirs échantillons de sa race j ses yeux ronds, briHans, chatoyans comme des grains de cristal, se portaient avec un mouvement rapide et continuel sur chaque objet dans l'appartement; sa bouche entr' ouverte par la surprise devant les merveilles inconnues du salon de son nouveau maître, découvrait une double rangée de dents d'one blancheur éblomssante ; une quantité de petites queues tressées dans sa chevelure laineuse se dressaient au hasard sur sa tête dans toutes les directions ; son visage avait une singulière expression de finesse et de ruse que recouvrait étrangement, comme d'un voile, un certain air de gravité triste et solennelle. A peine vêtue d'un simple lambeau do toile d'emballage sale et déchiré, elle se tenait «les mains croisées humblement sur la poitriue ; mais il y avait dans tout pe petit être quelque chose de si bizarre et de si fantastiqui^teelque chose de — si païen, — comme miss Ophélia le déclara plus tard, que la bonne demoiselle en éprouva d'abord un véritable effroi. Et se tournant vers Saint-Clair, " ~ *tdit:

leîle idée avez-vous eue de nous, amener cela ici, Au-

— Mais pour que vous en fassiez l'éducation, cousine, pour que vous la mettiez dans le bon chemin. J'ai cru rencontrer là un assez curieux spécimen de la famille de Jim Crow (de la famille des corbeaux). Ici! Topsy, ajouta-t-ilen

2h i^ACAèft

fiilHant comme pour appeler tm chtéb, cliftnte£-ii6<» une chanson et montrez-non^ votre talent pour la 4anse.

Les yeux de jais de l'enfant étincelèrent d'une sorte fle boufifonnerie màlicîeuse ; et elle entonna d'une voix claire et perçante un de ces airs bizarres qu'affectionnent les nègres ; marquant la mesure des mains et des pieds, pirouettant, frappant des maiuBi entrechoquant ses genoux en cadence, et turant de son gosier, pour soutenir ces mouvemens sauvages et fantastiques, de ces sons rauques et bizarres qui distinguent la musique africaine, elle termina par une ou deux cabrioles plus violentes, prolongea une note finale presque surnatureÛe, comparable seulement au sifflet d'une locomotive, puis retomba tout à coup sur le tapis, immobile, les mains croisées, grave, avec un air de componction vraiment édifiant, s'il n'eût été démenti par les regards qu'elle lançait à l'entour, du coin de ses veux rusés.

Miss OphéHa demeurai! silencieuse : fétonnement Savait paralysée.

Mais Saint-Clair qui, le mauvais plaisant, semblait s'amuser beaucoup de la stupéfaction de sa cousine, reprit en •'adressant; >à> r^fant :

— Topsy, voici votre nouvelle maîtresse.' Je vous donne à elle de ce moment j voyez doue à vous bien conduire,"

— Oui, massa, répondît Topsy d'une voix humble et douce, tout en clignant malioieusemenÇ.les yeux.

— îl ya falloir Oire sage, Topsy, voiis comprenez, fit Saint^lair. .

— Oh ! oui massa. Et Toçsy fît uu ^utre cHgûement d'yeux en conservant la même attitude.

— Vraiment, Augustin, qu'est-ce que cela' ôîgnîfie? dît enfin miss Ophélia. Votre maison est déjà si remplie de ces petites pestes qu'on nV çeut marcher sans en rencontrer sous l§s pîcjs. Le matm, je me lève, et je trouvé une de ces petites créatures endormie derrière ma porte, tandis qu'une autre tête ncnre se montre sous la table, et une troisième sur le paillasson. Après cela, on en voit de perchés sur tous les barreaux, parfont, grimpant, ^imaçant, ricanant;- ^tt se roulant sur le plancher de la çuiaine. Au nom du ciel ! pourquoi nous en amener une de plus ? *

— Pour que vous fassiez son éducation ; ne vous^ ■^as dît, cousine? Vous prêchez tant sur l'éducation fi

m'est venue de vous faire cadeau d'un sujet tout fraîï que vous puissiez vous essjwer la main.

— Avai8-je besoin de celle-ci? Les autres me donnent ( jà plus à faire que je ne 1^ voudrais.

— Vous voilà bien vous autres Ohrôtîenst Votis fbrmez

I>B h'QVCLa TOK. ttâB

un^ fiodét^ ^ j^ropA^aïude, et vous eavojex quelque pauyre ims&ÎQ^naîre passer sa Vie au milieu dé tels païens. Mais que l'on propose à i'un de vous de prendre une de ces créatures dans 'sa propre maison et de travailler personnellement  la convertir j — oh l non ;^quand on en vient là, on trouve qu'elle est sale, désagréable,' qu'il y aurait trop à faire,i et le reste. ^ ' ^ .

— Maîsj Augustin, vous savez "bien que je n*aî pas ITialaltnde de voir la chose par ce côté, répondit miss Ophélia, évidemment radoucie ; oui, cela peut bien être, en effet, une véritable œuvre de missionnaire ! El elle regarda, cette fois, renfant avec une sorte d'intérêt. ^

Saint-Clair avait touché la corde sensible, caria çonscie»ce de miss Ophélia était toujours en éveil.

— Pourtant, ajouta-t-elle, je ne comprends pas encore la nécessité ^de votre nouvelle emplette ; n'y a-t-îl pas déjà dans votre maison assez de sujets sur lesquels je pusse employer mon temps et mon savoir?

— Allons, cousine, dit Saînt-dair en la tirant à part, je devrais vous demander pardon pour toutes mes paroles d'étourdi. Vous êtes si bonne, après tout, que cela ne peut vous atteindre. Tenez, voici le fait; cette enfant appartenait à un couple d'ivrognes qui tiennent une gargotte devant laquelle je suis obligé de passer chaque jour. J'étais fatigué jd'entendre ses cris et de voir toujours ses maîtres la battre

, et jurer apr^s elle ; sa mine éveiUee et comique m'a fait penser aussi qu'on en pourrait faire quelque chose ; je l'ai achetée, et je vous la donne. Maintenant, essayez; donneE-luî une bonne éducation orthodoxe à la mode de la Nouvelle- Angleterre, et voyez ce que vous en pourrez faire. Pour moi, vous le savez, la grâj^e me manqué pour un pareil essai, mais j'aimerais h vous le voir tenter.

— Allons, je ferai ce que j§ pourrai, dit mis^. Ophélia; et elle s'avança vers sa nouvelle pupille de l'air d'uiie personne qui s* approcherait dWe araignée noire dans îé blenveiUfmt dessein de l'apprivoiser.

— Elle eBt affreusement sale et à moitié nue, observftt-elle.

— Faites^a. descendre, répondit Saint-Clair, et ordonnez ^ft^ la nettoie et qu'on l'habille.

' ^ma OphéUa'^ntraSna l'enfant vers les régions de la cu^

— Je ne vois pas le besoin que massa Saint-Clair avait d'ime auti;e négresse, dit Dinah, en examinant la nouvelle venue d'un air ]peu aœîeal ; mais je «mus U«& qu9 je ne yeux paa l'avoir par ici, sous me^ pie^.

:^44 tÀ CABlfi

-r Pouah! firent Rosa et Jane^vec un Bupreme dégoftt, qu^elle se garde de se trouver sur notre chemin ! Qu'avait besoin le maître d'une autre de ces négresses de bas étage : je voudrais le savoir.

— Hors d'ici, vous autres I l^ur cria Dinah, qui prit cette dernière remarque pour une injure personnelle. Pas plus négresse que vous ne l'êtes vous-même, miss Rosa, continnat^lle ; vous semblez vous imaginer que vous êtes au nombre des blancs ; le fait est que vous n'êtes ni une ngire ni une blanche ; moi, j'aime mieux être l'une ou l'autre.

Miss Ophélia vit que personne ne voudrait présider consciencieusement au nettoyage et à la toilette de la nouy^e Ténae, et elle se résigna à le faire elle-même avec Tassistance de Jane, qui ne s'y prêta que de mauvaise grâce et avec une répugnance marquée.

Des oreilles délicates ne sauraient supporter sans ennui le détail de la première toilette d'une enfant josque- là négligée et maltraitée. Le fnit est qu'en ce monde , des multitudes d'êtres humains sont condamnés à vivre et à mourir dans un état tel que d'autres mortels leurs frères ne pourraient pas même en entendre la description sans inconvénient pour leurs nerfs. Miss Ophélia était pourvue d'une bonne dose de résolution fortifiée par la pratique, et elle procéda à ces détails dégoûtans avec une héroïqueintrépidité, quoique, il faut bien le confesser, d'un air assez peu gracieux, la résignatôon étant en ce cas le sentiment le plus chrétien que pussent Jui inspirer ses principes. Mais quand elle vit les épaules et le dos de l'enfant toutes rayées de nombreuses cicatrices , marques ineffaçables du régime sous lequel elle avait grandi jusqu'alors, son cœur commença à s'émouvoir de pitié.

— Voyez un peu , dit Jane en montrant ces stigmates ; cela ne prouve-t-il pas la nature du sujet ? Elle va nous en faire de belles, je le parie. Moi je déteste ces vilaines petites négresses : elles me dégoûtent tellement ! Comment maître a-t-il pu faire cette emplette ?

Le triste objet de ces réflexions conservait en les éo^qtont l'air sérieux et soumis qui semblait lui être habituel, '|Jplement ses yeux mobiles lançaient par interfiille un regard furtif sur les omemens qm se balançaient aux oreilles de Jane. Enfin, quand elle fut décemment vêtue d'un haMÉ-. ment complet, les cheveux tondus à rase tête, miss C^^W déclara avec quelque plaisir qu'elle avait l'air un pS^iis chrétien, et elle commença de mûrir en elle-même oertaînfl plans pour son éducation.

S' asseyant donc devant son élève elle se mit à l'interroger.

— Quel âge avez-TOUS, Topsy ?

DE l^OMOUS TOV. fM

— Je ne sais pas, miss , répondît le petit être avec nne grimace qui découvrit toutes ses dents.

— Comment, vous ne savez pas votre âge? Personne no vous Va-t-il jamais dit ? Quelle était votre mère?

— Je n'en ai jamais eu, dit l'enfant en grimaçant de nouveau.

— ^Pas de mère! Que voulez-vous dire ? Où êtes-vousnée?

— Je ne suis jamais née, poursuivit Topsy avec une autre grimace si diabolique cette fois, que si miss Ophélia eût été nerveuse elle eût pu croire à la présence de quelque noir lutin tout frais échappé du royaume de sorcellerie. Mais miss Ophélia n'était pas nerveuse ; son esprit net allait droit au but, et elle reprit avec quelque sévérité :

— Il ne faut pas me répondre, de cette manière, enfant ; je ne suis pas en train de plaisanter. Dites-moi où vous @tes née, et quels étaient votre père et votre mère ?

— Je ne suis jamais née, répéta .plus fortement la petite créature ; je n'ai jamais eu ni père, ni mère , ni rien. J'ai été élevée par un spéculateur avec un tas d'autres. La vieille tante Sue prenait soin de nous.

L'enfant disait évidemment la vérité ; sur quoi Jane aveo un petit rire :

— ^Hélas 1 miss, il y en a comme cela des masses. Les spéculateurs les achètent pour rien quand ils sont tout petits, et les élèvent pour les révendre.

— Combien de temps êtes-vous restée ctiet vos demieni maîtres ? ^

— Je ne sais pas , missis.

— Est-ce un an, ou plus, on m(^s ?

— Je ne sais pas, missis.

— Hélas ! miss , ces pauvres nègres , ils ne peuvent rien £re, s'écria Jane ; ils ne savent rien de la durée du temps ; ils ne savent pas ce que c'est qu'une année ; ils ne savent pan seulement leur ft^e.

— Avez-vous jamais entendu parlw de Dieu, Topsy ? Xrenfant parut ne rien comprendre et ne répondit que par

,6a'*gHmace habituelle.

î — Savez-wta qui vous a créée ?

— Personne, autant que je puis le savoir, dit l'enfant avec ^Mpe étrange.

j- '^jj lfeette idée semblait l'amuser considérablement, à en jn* g^I^ar le dignottement de ses yeux.

— Je crois que j'ai poussé, ajouta-t-elle, mais je ne pense pas que personne m'ait créée.

->Savez-vou8 coudre? reprit miss Ophélia^ jugeant à pro* pos de descendre à des questions plus faciles.

(M I.A QAtm

— .N<Mi, misfliB.

— Que Bavez-vous faire? à quoi vous employaient VOfl maîtres ?

— A porter de Teaa, laver la vaisselle, frotter les couteaux et garder la volaille.

— Et aient-ils bons pour vous ? ♦

— Je pense qu'ils l'étaient, dit-elle en. lançant un regard pénétrant sur sa nouvelle maîtresse.

■'J||[i8s Ophélia se levant aprës cet encourageant dialognei vit ij^aint Clair appuyé sur le dos de sa chaise.

-r-Vous trouvez là un sol vierge, cousine; semez -y vos idé i ; vous n'en trouverez pae, du moins, beaucoup a ex- ♦'\per.

Miss Ophélia avait sur l'éducation , comme sur tout le reste, des idées très-nettes et très-précises^ de ces idées qui prévalaient dans la Nouvelle-Angleterre il y a une centaine d'années, et que l'on con^rve encore dans certains pays isolés, primitifs, que n'ont pas encore atteints les chemina de fer. Nous pourrions les résumer en très peu de mots : Apprendre aux enfans à être attentifs à ce qu'on leur dit ; leur enseigner le catéclnsnie, la couture, la leetiire ; et les fouetter quand ils mentent. Aujourd'hui , que des flots de clarté ont ét^ répandus sur la matière, ces simples maximes sont naturellement fort dépassées ; toutefois, Ù est un fait incontestable , c'est que nos grand'mères ont formé par ce régime quelques hommes et quelques femmes d'une c^taine valeur, ainsi que beaucoup d'entre nous peuvent se le rappeler et l'attester. En tout cas mi&s Ophélia ne eonnaissait rien de mieux que ces principes, et eïh songea k les appliquer à sa petite païenne avec toute l'activité dont eUe était •eKpable.

L'enfant fut introduite et reconnue dans la famille comme la fille attachée à miss Ophélia ; et comme en ne semblait pas la regarder d'un très-bon œil dans la cuisine, miss Ophélia résolut de lui donner sa propre chambre ppur principal théâtre de ses premiers essais. Avec une abnégation qui aéra appréciée de quelques-unes de nos lectrices, au lieu a9||^re eÙe-même comfortablement son lit , de bal^i^r, de ranger sa chambre, besogne dans laquelle elle avait persisté jusqu'à oe jour, en dédaignant toutes les offres de service de la J" «ue de chambre, elle se condamna au supplice d'inalf Topsy à exécuter ces diverses opérations. Ah! jour dei heur l si pareille chose arrive jamais à l'une de nos lectrices, elle appréciera la grandeur du sacrifice. •

Le matin du premier jour, miss Ophélia emmena Topsy âans sa chambre, et oommenç» eoles^Uewe^t à Uu faii'd

x>a ^ù»çttA. voit. $tfl

pn cou» d*instnictJon aur Tart, Tfat ittjriiénensd» fidve na

lit.

Imaginea donc Topsy bien lavée, la tête débarrassée de toutes ces petites q,ueues en broussailles dont elle avait fait ses délices, vêtue d'une robe pr(^re, avec tm tablier bien empesé, se tenant respectueusement devant miss Opbélia, avec autant de solennité que si elle eût assisté à un enterrement.

— Attention, Topsy. I je vais vous montrer eomment mon lit doit être fait. Je suis très-diffîcile pour mon Ut. Il faut qjao vous appreniez bien exactement la manière de le faire.

-^ Oui, madame, dit Topsy avec un grand soupir, téoidi» que sa figure exprimait une attention douloureuse.

-rJ&iaiutenant, regardes, Topsy : ceei est l'ourlet du drap; ceci en est Tendroit, et ceci Tenvers i vous en souviendrezveua?

— Oui, madame, répimdit Topsy avec un nouveau soupir.

— Bien. A présent, il faut rabattre le drapdedessoua pardessus le traversin — comme cela — ^le border sous le m^telaii ptopsempoti Bans plis — vous voyez ?

— Oui, madaijae, dit Topsy en redoublât^; d'attention.

— Quant au drap de dessus, reprit miss Ophélia* il ftiut rétendre ainsi, et le replier au pied^solidement^ prepreiaiHiti »-«omm« cela — le petit ourlet au pied.

- — Oui, madame, continua Topsy.

Mais, une chose qioe miss Ôp&élia ne vit pas, c'est qu'à un moment où la bonne dame lui toiuniait le <^3 dans l'ardeur deea manipulaticm, sa docile élève réussit à s'emparer d'une paire de gants et d'un ruban, qu'eUe fourra adroitement 4a&s ses mancbes : après quoi) elle se retrouva dans la même position respectueuse , les mains croisées c(»nme devant.

— 'Maintenant, T(^psy, que je vous voie faire à votre tour, dit nûss.Ophélia en s' asseyant après avoir retiré les draps.

Topsy, avec autant de sérieux que d' adresse, se mit à faire la besogne è la complète satisfaction de sa maltresse ; étendant soigneusanent les draps, effaçant jusqu'au moindre plii*déployant une intelligence attentive qui édifia grande ntent son institutrice. Mais, juste au moment de finir, un mouvement malheureux fit sortir de l'une des manches de Tcmsy un bout de rubad qui attira l'attentic»! de miss Ophé-

-Qu'est-ce que cela? dit-elle, en mettant vivement la main sur le rubaQ ; vilaine mauVAise fille, vous atee volé cet objet?

Mais, tandis que le ruban achevait de sortir de sa maii«3id» To|p»y n'eu paritoMt msijfmmok ééfioomrtéei «^ b« mq-

m tkàixÉ

tenttiît de le tegtaàst de Vvàx de la plus grande rarprise et

de la plus naïve innocence.

— Hélas ! n*est-ce pas nn ruban de miss Phélia? ouï. Comment à-t-il pu se mettre dans ma manche ?

— ^Topsy l Tilaine fille, ne me dites pas de mensonge : vous avez volé ce ruban ?

— Oh ! missis, je ne Tai pas fait, je vous rassure ; je ne l'avais jamais vu jusqu'à-ce iour qui nous éclaire !

— Topsy, reprit miss Ophéua, ne savez-vous pas que c'est mal de mentir ?

— Je ne mens jamais, miss Feely, répondit Topsy d'tm aîr convaincu et vertueux. C'est bien la vérité que je viens de vous cfoe, et rien autre chose,

— Topsy, je^ vous fouetterai si vous mentez ainsi.

— Hélas ! missis, vous me fouetteriez tout le jour que je ne pourrais pas dire autrement, répondit Topsy qui commençait à larmoyerf je ne l'avais jamais vu ; il se sera fourré dans ma manche ; miss Phélia l'aura laissé sur le Ut, il sera resté dans les draps , et il se sera mis dans ma manche.

Miss Ophélia fut tellement indignée de l'audace de cet effronté mensonge, qu'elle saisit l'^ifant et la secoua.

La secousse fit tomber sur le plancher les gimts quittaient cachés dans l'autre manche.

— Voirez encore! s'écria miss Ophélia; me soutiendresvous toujours que voua n'avez pas volé k ruban.

Topsy se décida à avouer pour les gants, mais eUepersûsta à nier pouf le ruban?

— Voyons, Topsy, reprit miss Ophélia, si vous avoues complètement je ne vous fouetterai pas, cette fois.

Ainsi adjurée, Topsy avoua le vol du ruban et des ganta, en protestant ardemment de son repentir.

— Ecoutez, maintenant : je suis sûre que vous avez dérobé d'autres choses depuis que voua êtes dans cette maÎBon, car je vous ai laissée rôder nier toute la journée ; ditefr^noi donc ce que vous avez pris, et vous ne serez pas fouettée.

— Hélas l missis, j'ai pria la chose rouge que miss Eva portait à son cou. - ^

— Vous avez pris cela ; méchante enfantj Et quoi encore ?

— J'ai pris les bouclés d'oreilles de Rosa-— les rouges.

— Allez me chercher tout de suite ces objets, t(Mi|'.|p8 deux. ^

— Hélas ! missid, je ne puis pas : je les ai brûlés.

— Brûlés ? quelle histoire l Apportez-les , ou je vous fouette.

Mais Topsy, protestant à grand renfort de cris, de larmesi

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de^anglots, soutint qu'elle ne le ponvofi pM x Th étaient brûlés ; ils Tétaient !

— Et pourquoi les avez*vous brûlés ? demanda ndsa Opbélia.

— Parce que je suis méchante : ouL Je suis m méchante ! si méchante 1 je ne puis pas m*en empêcher.

Juste à ce moment, le hasard faisait entrer dans la chambre Eva, parée de ce même collier de corail dont il était question.

— Dites, Eva, où donc avez-vous pris votre collier? demanda miss Ophélia.

— Où je l'ai pris ! répondit Eva ; mais il ne m'a pas quittée d'aujourd'hui,

— ' Est-ce que vous l'aviez hier ?

— Ouï. Et ce qui est plaisant, ma tante Je l'ai gardé toute la nuit ; j'avais oublié de Voter en me couchant.

Miss Ophélia n'y comprenait j»lus rien. Pour comble, Rota entra précisément, une corbeille de linge frais repassé en équilibre sur sa tête, ei les boucles, d'oreilles rouges se balançant à ses oreilles.

— En vérité, îe ne sais plus comment m'y prendre avec une pareille enfant, dit miss Ophélia découragée. Mais quelle idée avez-vous eue de me dire que vous aviez pris ces objets, Topsy ?

— Mon Dieu ! missis m'avait dit d'avouer ; moi, je n'ai pas trouvé autre chose à avouer , dit Topsy en se nottant les yeux.

— ^Mais, naturellement, je ne vous demandais pas d'avouer ce que vous n'aviez pas fait, dit miss Ophélia; car c'est ausiii bien mentir d'une façon que de l'autre.

— Eh quoi ! est-ce comme cela ? dit Topsy d'un air d'étonnement naïf.

— Bah ! il n'y a pas un seul brin de vérité dans tonte eette créature, eut Rosa en jetant un regard indigné sur Topsy; moi, à la place du maître je la ferais fouetter jusqu'au sang : elle ne l'échapperait pas, pour sûr. ,

— ^Non, non, Rosa, dit Eva, avec un air d'autorité qu'elle savait prendre au besoin ; vous ne devriez pas parler ainsi, Rosa ; je ne puis pas supporter un tel langage.

— Ah I Dieu ! miss Eva , vous êtes si bonne ; vous ne savec ^as du tout comment il faut agir avec ces nègres. 11 n'y a pas d'autre moyen que de les fouetter à outrance : c'est moi qui vous le dis.

— Sîleuce \ Rosa; ne dites plus un seul mot de cette sorte. Et l'œil d'Eva étincelait , et la rougeur lui montait à la joue.

MO %à.eàm

Bon htÔBêm le ton atuBitôt.

— MisB Eva a du sang de son père dans les veiiieB, oela B» Y<Ht : eUe petit parler aux gens tout oomme û c'était loi, dit-elle en sortant delà cbctinbre.

£ta M tenait le regard fixé sur Topsy.

Ainsi se trouvaient en présence, comme deux symboles, ces deux «nfans placés aux deux limites extrêmes de la société : Tune, l'enfant cbatmante et distinguée, avec sa chevelure adorée , ses yeux profonds, son front intelligent et noble, et sa démaiicbe princiëre ; l'autre, l'enfant nègre, fine, rusée, rampante et pénétrante à la fois. Toutes deux personnifiaient uen leurs taoes j l'une cette race saxqnne )iéritière de tant de siècles de civilisation, de puissance, de supériorité physique et morale et de culture intellectuelle ; l'autre ' cette race africaine traînant im héritage séculaire d'oppression, de soumission, d'ignorance, de travail forcé et de vices.

Quelque pensée de ce genre agitait peut-être l'esprit d'£va en moment ; mais les pensées d'un enfant de cet âge ne sont plutôt que des instincts obscurs, indéfinis ; et que de pensées touchantes agitaient, émouvaient £va dans sa noble nature, sans qu'elle eût encore la puissance de les exprimer i

Tandis que miss Ophélia s'étendait sur la laide et méchante conduite de Topsy, Eva la régardait d'un air affligé et pensif.

— Panvre Topsy l lui dârelle avec doiiçeur ; qu'aviez -vous besoin de v(der ? On va prendre bien soin de voua désormûs. Pour moi, j'aimerais mieux vous donner n'importe quoi de oe qui m'appartient, plutôt que de vous voir me le voler.

C'était la première bonne parole que la petite négresse eût jamais entendue dans sa vie; et la voix et l'accent si doux d'Ëva firent une étrange impression sur son cœur rude et sauvage. Quelque chose comme ime larme briUa dans le coin de son œil rond et miroitant; mais, presque aussitôt, elle ^imaçft son petit rire habituel. C'est que l'oreille qui n'a jamais entendu que de durs reproches reste singulièrement incrédule aux divins accens de la bonté. Dans la pensée de Topsy, les paroles d'Eva ne pouvaient être que quel- ,^ue chose de drôle et d'inexplicable: elle ne les crut pas.

Mais comment -s'y prendre avec Topsy? Miss Ophélia trouvait le problème embarrassant ; ses principes d'éducation semblaient être inapplicables dans ce cas. Il £|ttaît donc prendre le temps d'y penser ; et, dans le but de g^ier du temps, comptant sur les vertus mystérieuses que l'on attribue aux cabmets non», miss Ophélia confina Topsy dans nne de ces retraites, jusqu'à ce qa'ett« «ût pu jnsttre ellemême de l'ordre dans ses idées.

DE L'OHeUB CDBC 251

— VindiÉttnt, ^t-élle plus taird à Saint-Clair, je m vmn ancnn moyen de gouverner cette enfant sans la fouetter.

— Alors fouettez-la tout à yotre aise. Je vous donne plein pouvoir d'en agir comme il vous plaira.

— Il faut toujours en venir à fouetter les enfans, reprît miss Ophélia; je n'ai jamais entendu dire qu'on pût les élever sans cela.

— Oh l très-certainement, dit Saint-Clair, faites donc ce que vous croirez le meilleur. Seulement, je vous ferai une observation: j'ai vu cette petite frappée avec un tisonnier, renversée à coups de pelle, de pincettes, de tout ce qui se trouvait sous la main. Or, d'après la manière dont elle a l'habitude d'être corrigée, je pense que vous devrez la fouetter avec une certaine énergie pour produire beaucoup d'impression sur elle.

— Mais alors, que faire? dit miss Ophélia.

— Vous posez là une grave question, répondit Saînt-Claîr, et je désire que vous puissiez y répondre. Que faire avec un être humain qui ne peut être gouverné que par le fouet, — lequ^ ne produit plus d'efifet, — comme il arrive si communément dans ce pays?

— £n vérité, je ne sais ; je n'ai jamais vu un enfant pareil. * »« De tels enfans ne sont pas rares chez nous ; et de tels h(Hs«ies et de telles femmes aussi. Comment faut-il les goavecner?

— A coup sûr, c'est plu» que je n'en puis dire,

— Et moi de même, dit Saint-Claîr. Ces cruautés horribles, ces faits outrageans dont les journaux nous apportent de temps à autre le récit, — l'affaire de Prue, par exemple, — d'où proviennent-ils? En' général, ils résultent d'un endurcissement graduel des deux côtés: le maître devenant cruel de plus en plus, h. mesure que l'esclave s'endurcit, il en est du fouet et des mauvais traitemens comme de l'opium, dont il faut doubler la dose à mesure que la sensibilité s'émousse. Je le compris très-promptement quand je devins possesseur d'esclaves; et je résolus de ne jamais commencer, ne sachant pas oii je devrais m' arrêter: j'entendais au moinb me garantir de l'affaiblissement du sens moral. Il en arrive que mes esclaves se conduisent comme des enfans gâtéiif mais je pense que cela v^ut mieux pour eux et pour moi que si nous nous abrutissions ensemble. Or, cousine, vous m'avez fait de grands discours sur notre responsabilité quant & leur éducation; j'avais besoin de vous voir essayer sur im enfant que je vous ai donné comme le speeimen do vaSUJâffn d^autres enfans parmi nous*

— C'est votre système, c'est Teselavage qtd prodoit de

tels enfuis, dit mias Ophélia.

— Je le sais, mais ils sont produits ; ils existent: Comment en agir avec eux ?

— Vraiment, je ne puis dire que je vous remercie de m'avoir imposé cette expérience. Mais maintenant que j'y vois un devoir à remplir, je vais m'armer de persévérance et faire du mieux que je pourrai. ^

£t, comme elle l'avait dit, miss Opliélia se remit à l'œuvre avec un zèle et une énergie tout à fait méritoires. £lle régla le temps et les occupations de Topsy, et entreprit de lui apprendre à lire et à coudre. ^

Quant à la lecture, Tenfant marcha assez vite. Elle apprit ses lettres comme par magie, et fut très-promptement capable de lire des choses faciles. Mais il y eut de plus grandes difficultés pour la couture: souple oomme un chat, vive comme un singe, la petite créature avait en horreiir une occupation qui la forçait de rester en place. Aussi, elle cassait ses' aiguilles, les jetait furtivement par la fenêtre on les cachait dans les fentes des murs ; elle nouait, cassait, gâtait son fil, ou bien en égarait à dessein des bobines entières. Ses raouvemens étaient d'une Rapidité merveilleuse, sa physionomie aussi impassible que celle du plus exerrcé conspirateur, de sorte que miss Ophélia, tout en comprenant que le hasard seul ne pouvait causer tant d'accidens successifs, eût vune> ment tenté de prendre l'adroite Topsy en. faute, même en perdant tout son tsmpsà la surveiller.

Topsy ne tarda pas à se faire une réputation particulière dans la maison. Elle semblait posséder un fonds de talens inépuisable pour toute sorte de singeries, de grimaces et de pantomimes ; pour danser, grimper, sauter, (manter, siffler et imiter tous les sons imaginables. Quand elle faisait ses exercices, elle avait sur ses talons tous les enfans de la maison qui l'admiraient bouche béante, sans en excepter miss Eva, fascinée elle-même par les diableries de la petite sauvage, comme une colombe par l'œil brillant d'un serpent. Miss Ophélia était fâchée de voir Eva prendre autant dégoût à la spciété de Topsy, et. elle pria Saint-Clair de s'yopposer.

— Bah I laissez l'enfant, dit Saint-Clair, Topsy lui fera du bien.

~^ Une petite fille si dépravée 1 Ne craignez-vous pas qu'elle ne lui apprenne le mal ?

— Elle ne peut apprendre le mal à Eva ; à d'autres enfans, oui ; mais le mal glisse sur l'esprit d'Eva, comme une goutte de rosée sur le calice d'une fleur.

— Ne vous y fiez pas trop, dit miss Ophélia; pour moi,

o'gitizedbyGoC^gle

DE L^ÛNGLK TOH. 25Z

je ne laisserais jamais un de mes enfana jouer avec Topsy.

— Vos enfaus, très-bien, mais mon enfant, c'est autre chose. Si £va pouvait être corrompue, elle le serait depuis des années.

Si Topsy fut d'abord Tobjet des mépris et de la malveillance des principaux domestiques,- ceux-ci furent? bientôt dans le cas de changer d'opimon sur son compte. On ne tarda pas à découvrir que quiconque avait maltraité Topsy, restait sous le coup de quelque désagrément certain : tantôt, c'était une paire de boucles d'oreilles, ou quelque bagatelle aimée que l'on ne trouvait plus, ou un article de toilette que Ton retrouvait gâté sans ressources; tantôt, on allait se heurter, par hasard, contre un bassin d'eau chaude, ou bien, lorsqu'on portait eu grande toilette un déluge d'eau sale vous descendait sur la têtes ^^ jamais, dans ces «occasions, quelle

?[ue fût la promptitude des recherches, on nd pouvait mettre a main sur le coupable invisible. Bien des fois, Topsy fut accusée et passa par tous les degrés de la juridiction domestique ; mais elle soutenait tous les interrogatoires avec le plus grand calme, défendant son imux^ence de la manière la plus émfiante. Personne ne doutait qu'elle ne fût l'auteur de ces mauvais tours ; cependant, comme il était impossible de fournir la moindre preuve à Vappui de toutes les suppositions, miss Ophélia, dans la ngueur -de son éqiûté^ ne m croyait pas en droit de la punir. .

D'ailleurs, le temps était toujours si bien choisi pour ces accidens vengeurs, que l'impunité leur était presque assufée. Aillisi, Rosa et Jane, les deux femmes de chambre, ne se trouvaient jamais atteintes que pendant ces périodes trop fréquentes, où elles étaient en disgrâce auprès de leur mat*^ tresse, alors que toute plainte de leur part ne pouvait pas, naturellement, être accueillie avec sympathie. Sref, Topsy fit bientôt comprendre à toute la maison qu'il serait à propos de la laisser en paix ; et chacun se tint pour averti.

Topsy était adroite et prompte à tous les travaux manuels, apprenant tout ce qu'on lui montrait en ce genre avec une facilité surprenante. Après quelques leçons seulement, elle connaissait si bien tous les détails du ménage de miss Ophé>lia, que la minutieuse dame elle-même n'y trouvait plus nen. à reprendre. Nulle main mortelle ne savait couvrir un* lit plus régulièrement, ajuster les oreillers plus soigneusement, balayer, épousseter et ranger plus parfaitement que Topsy, quand cela iuiconvenait,mais cela ne luioonvenait pas souvent. Si, après trois ou quatre jours de patiente surveillance, miss Ophélia encoiuragée à espérer que Topsy avait enfin pris l'habitude d* bieU faire, la laissMt seule à sa besogne, et

264 LA CASB

%*t^oi^ait pour s^ liVi^ôr elle-même à quelgu» autse oocupajt&Mi| iSl«NI Tè|»J^ Éb âontiaît le passe-temj^ '4*Tine ctmrasion i6«n»at«lé8qâ< peÉtdRiit une beute où deux. Au lieu de faire le |H, ijfàt esemiAe , «Ile s'amusait k livrer bataillé aux oreillers dépouillés de leur taie , jusqu'^ ee que sa tête lai- ^I0iifli M trouvât giMosquement couronnée de phïmes ; elle l^rim^alt U long éës eoloïmes et se Suspendait au (AéL du lit la tête «il %9ê; €^e faisait un pèle mêle des draps et des eoterèktiÊÊ^ «« IraTers de V appartement ; elle revêtait le trarcniA 4«ft vêtti&oiisdeuuit de xmss Ophélîa, et se mettait A iamift lafeoniéâie/chaàtaiit, sifflant, se faisant des grimaces ânn^s la #M«, èû Ub mot, « déchaînant le diable » comme nisi Oi^bâia ^d&priitiAtt.

Un» foift, pftf «me Aé^igeneé très-extraedhiaire de 6a part, vAm O^élia *ni« oublié là def à «a coimuode ; elle irentre, ÉÛa IfouveTirnSf «veo sou plus beau châle en crêpe de Cliine éiaii«tér«aloMt«lf%ftti ti;utour de la tête, se donnant de grani» airs â«vaat la glace en soUvrant à ses improvSdatôons.

«M-ToM^rl *^4«v|a-t^elle, i^dant toute patienee ; qui vous famm k tvêà «a»d«âré aiusi ?

M^e &• MHi pai| iâifilis ; à cause ^ j& 8U3» si mécItaUte !

•te #• fie ^dft plus édlxHBeiit je pourrai m*^ "prendre ftvec

«M*4kb f ttâssb» il faut me fbuettèr : mon anciesine ta&àltresfie tt« ÎOBâiMit Mttjours. Je ne Suis pas habituée à travailla à moins qu'on ne me fouette,

-^ llltiê, Tops^r» jd vo^ârais ne pas yous fouetter. Tous ■éwrw biMi f«fee quand vous le voulez } pouf(|uoî nis U vbubs^vDus pas ?

^ Oh f mis^t Yài riiaA)îlttâe d'astre fouettée ; je croîs que éiU m'est bisn.

MIm Opl|éliA essaya de la recette ; mais, alors, Topsy fallait l&vàriableme&t une seèàe terrible <le cris, de gémisse- 4nB|is, de suppUcal^Ue \ puis, une demi-heure plus tard, on la voyait penshée Sur quelque sailBe du balcon , exprimant au ftot de mi^ifiots qui Tentoulralent son extrême dédain àç touts l'affahre.

«^ Ah t ah ! disait^elie, le fouet âfi miss Fhéliat II ne tueé«H I>M ttn moustique, son fouet. Il fallait voir mon ancien mattva eomme il déehiràit la peau : Oh! celul-îà savait s'j frâiér»!

Tepsy se plaisait toujours à exagérer les énormités qu^elIe avait conaimBes ; ^lô lies regardait évidemment coU^me de . téritfl M os tlttiss d'honneur.

-^ Haas ! vofis autres nègres, disait-elle à ses uuditeui'.s, Mffes-^«iis que udits sommes tous pécheurs ? Oui, yoasrêtes^

Test ; les blancs aussi soât pécheurs; nâëi Fkêlit lé'

'^. ^*s je suppose que les nègres sont les pkis pé<^etiï% |

^ |ir ! il n'y en .a pas un de vous qtiî le soit autaât

A ^ suis si terriblement mécli&nte que personn'fe ne

k bout de moi. Je crois que je suis la plus nré*

re qui soit au monde!

*^ "ne cabriole, Topsy se pavanaft ensuite dans

^ Tj ^ toute glorieuse de ta supériorité qu'eDe s'at-

■^ ^ .tuches , miss Ophélîa mettait beaucoup de zMe fi

.re le catéchispie à Topsy. Oelle-ci était douée à uh depçré de la mémoire des mots ; elle les retenait àved .lie facilité qui encourageait grandement son institutrice.

— ^Quelbien pensez-vous que cela puisse lui faire? demanda Saint-Clair.

* -^Mais cela a toujours été bon aiix, esfans, répondit i&fss Ophélia; c'est ce qu'on leur apprend toujours, vous' savez.

— Qu'ils le comprenneiit ou non ?

— 'Oh ! les énfans ne le comprennent pas d*ttbord ? mafë^ quand ils sont devenus grands , cela leur revient.

— Cela ne m'est jamais revenu à moi, dit Saint-Clair ; et pourtant, je tous reildrai cette justicd*que vous me Pa^rez cônvenaMement enfoncé dans la tète, quand j'étais petit.

•^ Ah! vous appreniez toujours si bien, Attgtistiûl aussf^ j'avais de ^andes espérances pour vous.

— Et ne les avezrvous plus ? di» Saint-Gîttir.

—Je désirerais que vous fussiez aussi bon tnaiiitenant qtt« qtiand vous étiez petit, Augustin.

— ^Et moi aussi, en vérité, cousine. Mais continuez de catéchiser Topsy : il est encore possible que vous en fkssie» qtielque chose.

Topsy, qui pendant cette dîscus^n demeurait immobile comme lii^e noire statue de bronze , les mains modestement croisées, s'availça sur un signe de miss Ophélia.

« — Nos premiers parens étant abandonnés i leur pw^re » volonté , tombèrent de Tétat dans lequel ils avaient été » créés. »

Topsy cligna des yeux et parut voUldr faire une question.

— Qu'y a-t-il, Topsy ? dit miss OjrtiéJîa.

— S'il vous plaît, missis, n'était-ce pas de l'état du Kentuckf ?

— Quel état, Topsy ?

* — L'état d'où ils sont tombés. 'Massa nous disait toujotirs que nous êtiofia descendus du Kentucky,

^ SœntrOlaîr partit d*UB éeiat de tire.

— Vous ferez bien, cousine, de lui donner toujouw i

256 L^ cjsn

kitermr^tatloii, x>vl elle ne manquera pas à*ea trouver une. Que dites-vouB de cette idée d'émigration qui lui est venue ? o'^t une théorie.

— Oh ! Augustin, tenez- vous en paix; dit miss Ophélia ; que puis-je faire de bon, si vous êtes là à rire ?

— Bien ; je ne troublerai plus vos exercices, sur Thonneur.

Et Saint-Clair alla s'asseoir dans le salon avec son journal, jusqu'à ce que Topsy eût fini de réciter sa leçon. £Ue la récitait très-couramment ; à cela près de quelques mots importans transposés de-ci et de là, sans qu'il fût possible de la faire revenir de son erreur. Alors, Saint-Clair, en dépit de ses belles promesses , appelait l'enfant à lui quand il entendait quelque amusant quiproquo , et prenait un malin plaisir à lai faire répéter les passages tronqués.

— Pensez-vous que cet enfant profitera entre mes mainsi si vous contintiez aiivsi} Augustin ? lui disait misa Ophélia avec reproche.

— Oui , c'est très-mal ; je ne le ferai plus , répondah-il ; mais c'est si drôle d'entendre cette drôle de petite fille s'empêtrer dans tous vos 'grands mots.

— Mais vous la confirmez dans ses erreurs.

— Bah 1 Pour elle, un mot en vaut un autre.

— Vous, devriez vous rappeler que vous m'avez den;and6 de lui enseigner ses devoirs ; que c'est une créature raisonnable, et songer aux effets de votre influence sur elle.

— Honte sur nfl)i-, je le livrais. Maie— je suis si méchant, conmie dit Topsy.

Ainsi se poursuivit, pendant un an ou deux ^ l'éducation de Topsy ; miss Ophélia se soumettant, jour après jour, à oette œuvre pénible comme à une sorte de mal chronique, de névralgie ou de migraine , auxquelles certaines personnes finissent par s'habituer à la longue.

Saint-Clair, lui, s'amusait de l'enfant , comme on le fait d'un perroquet ou d'un épagneul. -Topsy, quaad ses méfaits la menaçaient de quelque disgrâce, trouvait toujours un refuge derrière son fauteuil, e.t Saint-Clair , d'une manière ou de l'autre , parvenait à lui obtenir son pardon. Elle savait aussi lui soutirer force pioayunes qu'elle convertissait en noix, en sucreries dont elle faisait aussitôt des largesses aux marmots de la maison ; car, Topsy, rendons-lui cette justice, était naturellement généreuse et libérale, quoique vindicatiTe en cas d'offense.

Mais la voilà convenablement introduite sur notre scène : nous la retrouverons de temps en temps , à son tour, continuant de jouer som rôle panni de plus importans peison-*

CHAPITBE XXL

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