‹ VieChapitre 43 sur 51 · DB I*OK0LB TOH · texte numérisé non relu

DB I*OK0LB TOH

pant à mettre ^elque ordre dans la chambre, il m'est avis que votis devez laisser Tofm en repos.

— Est-ce que cela vous regarde ?

— Moi ? pas 1b moins du monde, assurément. S'il vous plaît de payer douze cents dollars un esclave et de le mettre hors de service pour satisfaire votre dépit, juste au moment le plus pressé de la saison, ce n'est certes pas mon affaire. J'ai fait ce que j'ai pu pour lui.

— Vraiment ! et quel intérêt avez-vous donc à vous mêler de ce qui me concerne?

— Aucun, assurément. Je voyia ai économisé quelques milliers de dollars à différentes époques, en prenant soin de vos ouvriers — voilà le remerotment que je reçois de vous. Si votre récolte arrive sur le marché plus faible que celle des autres, vous ne perdrez pas votre pari, je suppose ? Tomkins ne sera pas le vainqueur, j'imagine ?, et vous ne paierez pas de votre argent, comme une belle dame, hein ? Il me semble vous voir tirer vos dollars,

Legris, comme beaucoup d'autres planteurs, n'avait qu'une ambition, celle d'avoir la plus abondante récolte de la saison ; et il avait plusieurs paris enga^s dans la ville voisine pour la saison présente. Cassy, avec son tact féminin, avait donc touché la seule corde qui pût vibrer chez cet homme.

— Eh bien ! je m'en tiendrai à la correction qu'il a reçue, dit Legris ; mais il faudra qu'il me .demande pardon et promette de se mieux conduire à l'avenir.

— C'est ce qu'il ne fera pas, dit Cassy,

— 11 ne le fera pas ?

— Non, il ne le fera pas.

— Je voudrais savoir pourquoi^ maîtresse, dit Legris d'un air de profond mépris.

— Parce qu'il a eu raison, et qu'il le sait, et '^il ne voudra jamais dire contre sa pensée qu'il a eu tort.

— Qui diable s'inquiète de ce qu'il sait ou no sait pas? Ce nègre dira ce qu'il me plaira, ou...

— On vous perdrez votre pari, en le tenant éloigné des champs juste au moment le plus pressé.

— Mais il cédera, il doit céder. Est-ce que je ne connais pas les nègres ? Il sera rampant comme un chien, ce matin.

— Vous êtes dans l'erreur, Simon, vous ne coraiaissez pas cet homme. Vous pouvez le couper en morceaux, vous n'obtiendrez pas de lui le premier mot d'une rétractation.

— Nous verrons. Où est-il ? dit Legris en sortant.

— Dans la salle abandonnée du magasin, répondit Casser. Quoiqu'il eût parlé si fièrement à Cassy, Legris sortit

de la maison en' proie à une indécision qui ne lui étai^lppas

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faa'bhtiefle. Les nong^^s de H ooit orée^eate^ joisM m«K pndentes siigtirestions de Cnsây, aÉ^f aient eonsîdérableBie&l 80X1 esprit II ne voulut admettre aucun témoin dana> l'entrevue qu'il allait avoir avec Toni, et rés^olot, s'il ne pouvait le faire céder par ses menaces, de différer sa vengeance, et d*attendre pour Ta^souvir nn temps plus opportun.

La solennelle lumière de Taurore, rangéHque éhrté do rétoilo du matin avaient pénétré à traver» la rude fenêtre da hangar où Tom était couché, et semblaient lui avoit apporté avec leurs rayons ces di » ines paroles : « Je soia la tige et le rejeton de David, la brillante étoile du matin » Les mystérieux avertissemens de Cassy, ses insinuations, loiu cl*ab«»ttm son âme, l'avaient fortifiée comme un appel d'en. haut. N'était-ce pas peut-être son dernier jour qui venait de ae lever dans les deux? Son cœur palpitait de joie et de àéws à ridée que ces magnificences qui avaWt si souvent lait l'objet de ses méditations--ce grand trône de lumière environné d'un arc-en-ciel , ces mult>tudes aux vStemeAs d'une blancheur éclatante, ces voix ressemblant aux mumiuFea des eaux — ces couronnes, ces palmes, ces harpes — il les verrait peut-être avant le coucher du soleil. Aussi la voix de .si» persécuteur qui s'approchait ne produisit-elle en lui ni frisson ni tremblement.

— Eh bien ! mon garçon, dît Le^ris, en. le frappant du pied avec mépris, commeift vous trouvez-vous? Ne vous avais-je pas dit que je pourrais vous apprendre une chose ou deux? Comment trouvezwvpns la leç n« hein ? Comment i trouvez-vous que vos plaintes vous réussissent, Tom? Vous | ne me paraissez pas aussi dispos que Mer matin. Ne pour- | riez-vous régaler d'un bout de sermon un pauvre pécheur | comme moi, heiu ?

Tom ne répondit rien.

— Levez-vous, brute, dit Legria en le frappant de nonveau.

C'était une chose difficile pour un homme meurtri de coups et afiTaibli comme il l'était, et, pendant <^e Tom s'oTforçait d'obéir, Legris fit entendre un rire brutal.

— Vous n'êtes guère vif ce matin, Tom ? Est-ce que vous auriez attrappé un rhume la nuit passée 9

Tom était enfin parvenu à se dresser sur ses pieds et se tenait debout devant son maître, le regardant d'un air ferme et impassible.

^ — Diable '. vous avez pu vous lever , dit Legris en l'examinant des pieds à la têie. Je crois que voxis n'en avez pas reçu assez. Maintenant, Tom, mettez-vous à genoosi el demandez-moS pardon peur voi giknaoea d'hiet soir,

-«-▲ gettouxt iSitMit dît Leg^9 em le frappant (t< 6en fouet.

-r Massa Legrîs, répondit Tom, je ne pnîs lé faire. J*ai Agi aeloo ma conscience et j^agirai de même si roccasion 8*en présente. Je ne me rendrai jamais coupable d'une telle enumté, quoi qu'il .arrive.

— Qui, mais vous ne savez pas ce qui peut vous arriver, xnattre Tom. Vous croyez peut-être que ce <Jue vous avez souffert est quelque chose. Je vous prou' erai que ce n'est rien, absolument rien. Que diriez- vous si Ton vous liait à un arbre, pour vous brûler à petit feu ? Tronveriez-vous cela plaisant, Tom ?

— Massa, répondit Tom, ie sais que vous pouvez faire des choses horribles; mais, dit il en se redressant et enjoignant Isa mains, lorsque vous aurez tné le corps, vous ne pourrez plus rien, et, après cette yie, il y en a une antre : Velemité.

L'ÉTERiiiTlé ! ce mot fit tressaillir Tâme du panvre noir et la remplit de force et de lumière ; il produisit sur le cœur du pécheur Teffet de la morsure d'un scorpion. Legris grinça dee dents, mais ^a rage l'empêcha fie narler; et Tom, comme on homme qui vient de recouvrer ia liberté, parla d'une voix claire et sereine.

"^ Massa Legris, vous m^avez acl^eté, et Je sefai pot» vous un servjteur fidèle et ^voué. Je vous donnerai tout le travail de mes mains, tout mon teùips, toutes mes forces \ mais mon âme, je ne la sacrifiera! i aucun miertel. Je m'attacherai au Soigneur et mettrai ses commaodemens au-dessus de tout, qu'il s'agisse pour tnoi de la vie on de la mort, vous pouvez y compter. Massa Legris, je n'ai aucune crainte de la mort. Peu m'importe (}ue je vive on que je meure. Vous pouvez me fouetter, me faire mourir de faim, me brûler vif— y<>^* m'enverrez seulement plus vite où je désire aller.

— Je vous ferai cWer, cependant, avant d'en finir avec vous, dit Legris avec un transport de rage.

^-^ J'aurai du secours, dit Tom. Je ne ferai jamais ce que vous exigez de moi.

— Qui diable pourrait vous secourir ? dit Legris avec ironie.

^ — Le Seîgnenr tout puissant, dît Tom.

-^ Qu'il té damne ! s'écria Legris en terrassant sa victime d'tm coup de poing. •

Une itiain douce et froide se posa en ce moment sur celle de Legris. U se retourna : c'étùt celle de Cassv. Le contact de cette main douce lui rappeja sop rave é» la nuit préoé*

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dente, et toutes les^ effrayantes 'images de cette viàon rhorreur qu'elles lui avaient inspirée traversèrent soudûnemeut son cerveau.

— Etes-vous donc fou ? lui dit Cassy en français. Laîssezle aller ! laissez-moi le soin de le remettre en état de travailler. Ne \ovlA avais-je pas dit vrai?

On dit que l'alligator, le rhinocéros, bien que couverts dVne cuirasse à l'épreuve de la balle, ont tous deux un point vulnérable. Chez les réprouvés farouches, endurcis et sans foi, ce point est la crainte superstitieuse.^

Legris s'éloigna, décidé à. laisser là sa vengeance pour cette fois.

— Eh bien ! dit-il brutalemept à Cassy, faites comme vous l'entendrez. I

— Ecoutez, dit-il à Tom, j'en reste là avec vous mainte* nant parce que la récolté presse et que j'ai besoin de tous ' mes bras; mais je n'oublie jamais. J'inscris ceci à votra i compte, et un jour ou l'autre, je «e paierai sur votre vieille ' poau noire — souvenez-vous en î

Et Legris tourna le dos et sortit.

— Allez! ditCassj, en le suivant d*tin regard sombre; vous aurez aussi un jour votre compte à régler. Mon pauvre garçon, comment vous trouvez-vous ?

— « Le Seigneur Dieu a envoyé son ange, et il a fermé pour cette fois la gueule du lion, » dit Tom.

— Pour cette fois, assurément, dît Cassy ; mais vous vtous êtes attiré sa haine; elle vous suivra jour par jour, elle se pendra comme un chien à votre gorge, sucera votre sang et épuisera votre vie goutte à goutte ! Je connais Thonmie.

CHAPITEE XXXVn.

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