‹ VieChapitre 44 sur 51 · LIBERTE · texte numérisé non relu

LIBERTE

« Peu importe avec qnelle solennltë? Il » a pu être sacrifié sur Vautel de l' escl.v » vage ; 11 n*a pas plutôt touché le sol de » la Grande-BretagDe,que rautel et le Dieu » retombent dans la poussière, et le voilk » racheté, régénéré et délivré de ses «haî- » nés par Virrésistible génie de Témaiici- » pation universelle.

» CimiUK. »

Nous allons laisser pendant un instant Tom entre les mains de ses persécuteurs, pour suivre la fortune de Georges et de sa femme, que nous avons laissés en des mains amies dans une ferme à coté de la route.

]>B VonCLE TOM. Z99

Nous avons laissé Tom Loker gémissant et s* agitant sur le lit le plus propre, le plus immaculé qui fût chez les quakers, et confié aux soins maternels de tante Dorcas, qui le trouvait aussi pen traitable qu'un bison malade.

Imaginez-vous une grande femme à l'air digne et spirituel, dont' le bonnet de claire mousseline ombrage les cbeveux argentés, séparés en bandeaux sur un front large et uni surmontant des yeux gris dans lesquels perce la pensée ; un fichu de crêpe lisse, blanc comme la neige, régulièrement plissé, couvre sa poitrine ; sa robe de ^oîe brune luisante fait entendre un doux frôlement lorsqu'elle va et vient par la chambre.

— Que le diable!... dit Tom Loker, en bouleversant les draps de son lit,

— Je tè dois inviter, Thomas, à ne point te servir d'un tel langage, lui dit tante Dorcas, en remettant le lit en ordre avec son calme habituel.

— Bien, je ne le ferai plus, grand'maman, si toutefois je pnis m'en empêcher, dit Loker; mais comment pourrait-on s'empêcher de jurer par cette maudite chaleur !

Dorcas retira un couvre-pieds du lit, remit les draps en place et les replia si bien que Loker avait l'air d'une chrysalide, puis elle ajouta:

— Je voudrais, ami, te voir perdre l'habitude de jurer et de maudire, et veiller sur toi.

— Et pourquoi diable y veillerais-je? dit Loker ; que je sois pendu si ce n'est pas la dernière chose à laquelle je veuille songer! Et Loker s'agita de nouveau, dérangeant tout, et mettant son lit dans un état terrible à voir.

— CeA homme et cette femme sont ici, je suppose, dit-il avec calme, après une pause.

— Oui, répondit Dorcas.

— Ils feraient bien de passer immédiatement de l'autre côté du lac, dit-il ; le plus tôt serait le mieux,

— C'est probablement ce qu'ils feront, dit tante Dorcas en tricotant "paisiblement.

— Ecoutez, dit Loker; nous avons à Sandusky des correspondans qui gardent pour nous des bateaux Je ne crains pas de le dire maintenant. J'espère qu'ils s'échapperont, justement pour faire enrager Marks, ce maudit chien que je voudrais voir à tous les diables !

■ — Thomas ! dit Dorcas.

— Je vous le dis, grand'maman, si vous bouchez trop une bouteille elle éclatera, dît Loker. Mais pour en revenir à la femme, dites-leur de l'habiller do façon à la déguiser. Son signàlemopt est à Sandusky.

■ *^ KoQB so&genm» à delà, ^ BorûftSt flv«c lo calme qui Ift carActërisait.

Comme bous- allons pretidre ici cougé de Tom Loker, nons ajouterons qu'uprë;» dtre demeuré tnvis aernainea chef les quakers, en proie à un rhumatisme- aigu qui était \ena se joindre à ses autres maux, Tom quitta entin son Ik un peu plus réfléchi, un peu plus sage qu*auparavant« Au lieu de eoDtinuer la chasse. des nègres, il s'établit dans nue des nouvelles colonies, où ses talens purent se développer d*une façon plus heureuse en dressant des pièges aux ours, aux loups et aux autres habitans des forêts. Il se fit mêmA une sorte de renommée dans cette contrée. Dans la suite, Tom parla totgours avec respect des quakers.

-~ Charmantes gens, disait-il ; ils ont voulu me eonvertir, mais ils n^ont pu y parvenir tout à fait. Mais je di>is vous dire; étranger, qu'ils s'entendent admirablement à soigner un malade... et ils savent parfaitement faire le bouillon et autres bajratelles.

Frévenns par Li^er qu'ils pourraient dtre recennue à Sandusky, les fugitifs pensèrent qu'il était prudent de se diviser. Jim et sa vieille mère prirent les devans, et, une nmt ou deux après, Georges et £li2a avec leur enfant furent conduits secrètement à Sandusky. et logés sous un toit hoepitaUer, en attendant le moment ae traverser le lac.

Leur nuit était passée, Tétoile de la liberté se levait pour eux radieuse. Liberté ! mot électrique ! Qu'est-ce que ee mot? Êst-oe antre chose qu'un nom, une flgure de rhétorique? Hommes et femmes d'Amérique, pourqud votre cœur tresaàiUe-t-il à ce mot pour lequel vos pères versèrent leur sang,

rmr lequel vos mères, plus courageuses encore, consentaient voir mourir leurs plus nobles et leurs meilleurs fils? Ce mot glorieux et cher pour une nation est-il donc moins cher et nloins glorieux pour un homme? Qu'est donc la liberté d'une nation, sinon la liberté de tous oeux <|aî la composent? Qu'est ^a liberté pour ce jeune homme assi? devant nous, les bras croisés sur sa large poitrine, l'empreinte du sang africain sur le \isnge, et l'œil enflammé — qu'est la liberté pour Georges Harria? Pour vos pères, la liberté était le droit qu'a une nation d'être une nation ; pour Georges c'est le droit qn'a. un homme d'être un homme et non une brute; le droit d'appeler sa femme la compagne de sou choix, et de la protéger contre la violence .san» frein; le droit de protéger et d'instruire son enfimt; le droit d'uvoir un foyer à soi, une religion à soi, un caractère indépendant de la volonté d'un antre. Toutes ces pensées s'agit«îeiàt et bomllouDaient dans le cœur de Geergee tendis ^% Mail là

DB 1/Ol.OLV TOM. jl^l

punaUii la tlt« aputfjrée daâs 9a ms^n* vegaVdant g» ffimme essayer d'adapter à ses formes gracieuses et sveltes un C08> ttttne d'homme sous lequel on a^mi pensé qu'elle pourrait plus sûrement détourner ies soupçons.

^- Maintenant, & leur tourt dit-elle debout devant la glaoe en faisant retomber sa belle cbevelurp poire et fine coijame la soie. N'est-ce pas une pitié, Georges, ajouta-t-elle 0n en souleTant quelques tresse» d'un ak eujouéi n'est-oe pas une pitié de (aire tomber tout cela ?

Georges sourit tristement et ne répondit pas.

£Hza se tourna ver» la glace, et les dseauz brillèrent à chaque mèche qui se détachait de sa tête.

— Voilà qui sutBra, dit-elle en prenant la brosse à cheveax ; il n'y a plus qu'à mettre la dernière main à ma coiffure. Est-ce que je ne suis pas un joli garçon ? a]outa-t-elie en se tournant vers son mari, riant et rougissant à }a fois. : -^ VoQB aerex toq^ours joUe, quoi que vous fassiez, dit Georges.

-^ Qn'est-ee qui vous rend si rêveur ? dit Eliza s'agenouiilaat devant Geoîrges et posant sa main sur le genou de son xnavi. Nous ne sommes plus qu'à vingt-quatre heures du Canada, disent-ils. Un jour et une nuit seulement sur le lac, et alors... oh{ alors !...

— Oh I Eliza, dit Georges en l'attirant sur sonoosur, c'est cela même qui m'attriste. Toute ma destinée est maintenant flonoentrée sur un seul point. Venir si près, avoir pour ainsi dire le port devant les y^eux... et tout perdre ! Je n*y pourrais survivre, Eliza.

— Ne craignez rien, dit-elle avec la voix de l'espérance. Le bon Dieu ne nous aurait pas conduits si loin s'il n'avait eu rintention de nous faire arriver au but de nos vœux. Je crois sentir qu'il est avec nous, Georges.

— Vous êtes une femme bénie, Eliza, dit- il en la pressant dans une étreinte convulsive. Nos longues années de misère Bont-ellcs finies ? Allons-nous être libres ?

— J'en suis sÛre, Georges, dit Eliza ,en lovant les yeux au ciel, pendant que des larmes d'espoir et d'enthousiasme brillaient sur ses longs cils noirs. Je sens en moi que Dieu va nous tirer de notre servitude aujourd'hui même.

— Je veux vous croii^, Eliza, dit Georges en se levant tout-à-coup. Je veux vous croire Allons, il nous faut partir. En vérité, dit-il en la tenant à la longueur de son bras et la regardant «avec une tendre admiration, vous êtes un charmant petit garçon. Ces cheveux courts et frisés voua vont à merveille^ Mettez votre chapeau, là, un peu plus sur }ê dite, Ja w yam ai jamai» vue si gentille. Mais il ast

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temps de monter en voiture ; je ne sais si madame Sitoytli

s'est occupée du costume d'Harry ?

La porte s'ouvrit, et une respectable dame d'un âge mûr entra tenant par la main Harry habillé en petite fille.

— Oh ! la jolie petite fille ! s'écria Eliza en l'examinant sous toutes les faces. Nous l'appellerons Harriett ; n'est-ce pas que ce nom est bien trouvé ?

^ L'enfant regardait d'un air grave et dans le plus profond silence l'insolite costume de sa mère ; il poussait de temps en temps de profonds soupirs en jetant sur Eliza un regard furtif de dessous les boucles de ses noirs dievenx. •

— Harry ne reconnaît-il pas maman ? dit Eliza en étendant ses bras vers lui.

L'enfant, intimidé, se serrait contre la femme qui veniût de l'amener.

— Allons, Eliza, pourquoi cette obstination à vouloir le caresser, puisque vous savez qu'il doit être tenu loin de vous ?

— C'est une folie, je le sais, mais je ne puis me faire à l'idée de le voir séparé de moi. Allons, où est mon manteau? Ah ! le voilà. Comment les hommes mettent-ils cela, Georges ?

■— Il faut le porter ainsi, dit son mari en le lui jetant sur les épaules.

— Comme cela, n'est-ce pas ? dit Eliza en imitant le mouvement ; puis je dois frapper du pied, faire de longues enjambées et avoir l'air tapageur.

— Ne vous évertuez pas tant, dit Georges. On rencontre de temps à autre un jeune homme modeste ; je crois qu'il vous sera plus facile de soutenir ce rôle-là.

— Et ces gants ! Miséricorde î mes mains se perdent dedans, dit Eliza.

-- Je vous engage à ne les pas (Juitter,'dit Georges. Votre petite main effilée pourrait bien nous faire découvrir tous. Maintenant, madame Smyth, vous êtes confiée à ^los soins, vous êtes notre tante, souvenez-vous en bien.

— J'ai entendu dire qu'il est venu ici des hommes signaler à tous les capitaines de paquebots un honune et une femme avec un petit enfant, dit M"'" Smyth.

— Vraiment ? dit Georges. En bien I si nous voyons ces gens-là, nous le leur dirons.

En ee moment une voiture s'arrêta devant la port*, et tous les membres de la fanîUe amie qui avait reçu les fugitifs se pressèrent autour d'eux pour leur faire leurs adieux.

Les déguisemens avaient été choisis d'après les indicatbns de Tom Loker» M»« Smyth, Respectable dame qxà avait un

DE l'omclb tom. SOS

ôtablifisâm^t au Canada, où Us se rendaient, se trouTant heureusement sur le point de traverser le lac, avait consenti à passer pour la tante du petit Harry, et, afin quMl eût le temps de s'attacher à elle, on l'avait confié à ses solhs pendant les deux derniers jours ; un redoublement de caresses joint à une abondante distribution de gâteaux, et de sucre candi lui avaient complètement gagné l'amitié du jeune gentleman.

Li voiture arriva au quai. Les deux soi-disant jeunes goQs traversèrent la planche du bateau, Eliza donnant ga« lamment le bras à M™» Smyth, et Georges s'occupant des bagages.

Georges était dans le bureau du capitaine pour régler le passage, lorsqu'il entendit deux hommes qui parlaient à coté de lui.

— J'ai examiné chaque personne qui est entrée à bord, disait l'un, et je stds sûr qu'ils ne sont pas sur ce bateau.

La voix était celle du commis du paquebot. L'individu auquel il s'adressait était notre ancienne connaissance Marks, qui, avec cette persévérance précieuse qui le caractérisait, était venu jusqu'à Sandusky à la recherche de sa proie.

La main avec laquelle Georges prenait ses billets et sa monnaie trembla un peu ; mais il se tourna froidement, fixa sur l'homme qui venait de parler ainsi un regard d'une parfaite indifférence, et se dirigea tranquillement vers une autre partie du bateau où venait de s'asseoir en ratten^ant sa chère Eliza.

M™* Smyth, avec le petit Harry, se retira dans la cabine des dames, où la sombre beauté de la prétendue petite fille lui attira de nombreux complimens de la part des passagères.

Georges eut la satisfaction, au moment où la cloche dn paquebot sonna le départ, de voir Marks traverser la plandie et retourner à terre. Un long soupir s'échappa de sa poitrine, lorsqu'il vit que le bateau avait mis entre lui et son persécuteur une.distance infranchissable.

Le journée était magnifique. Les vagues bleues du lac Eriéétincelaient en dansant aux rayons du soleil. Une fraîche brise soufflait du rivage, et le beau navire s'avançait majestueusement sur les flots.

Oh I quel monde inconnu renfermé dans le, cœur humain I A voirOeorges se promenant calme et grave de long en large avec sa timide compagne, qui eût deviné ce qui brûlait dans sa poitrine? Le bonheur extrême dont il se voyait si rapproché loi semblait trop grand pour être zéel, et il tremb&it à

«hafM îwtiUit i^noB dammstanor impréirad M «M le Ui nnrttclnr.

Mais le hatetiu dévorait Vespace, le» faevres fayaicat, «t bwntôt appaporent claîireset distinctes les eôlesbénlésdaC*' nada^eotes douées du pouvoir magique de rorapreyd'm coup de leur baguette, tous les enchamemens de Tesdavage, .en quelque langue ^qu'ils aient été prononcés, par quelque pui8sance quMls aient été confirmés.

George et sa femme se tenaient au bras l'un de Tautre comme on approchait de la petite vii!e d'Amhwstberg, dans le Canada. Georges sentit sa respiration oppressée : un brouillard passa devant ses yeux ; il pressa silencieusement la petite main qui tremblait sur son bras. La cloche retentit — le bateau s'arrêta. .Sachant à peine ce qu'il fusait, Georges examina ses bagages et réunit sa petite compagnie. Ils dépendirent sur' le rivage, où ils demeurèrent immobiles jusqu'à ce que les passagers du bateau se fussent éloignés. Alors le mari et la femme, les y eux baigné» de larmes, se jettant dans les bras Vun de l'autre et pressant sur leur sein leur fils étonné, s'agenouillèrent et élevèrent vers Dii3u leurs coeurs. Comme dit le poète :-

Cëtait ((uelque chose comme le^etoor soadain AelamflctklaMe;

pu suaire de la tgmbfî èi la robe des cieax ;

De la domination du péclië et des luttes de la passiOQ

À la pure liberté do l'âme pardonnée ;

Lor que tous les liens de la mort et de l'enfer sont brisét,

i^oi^le mortel revCt l'immortalit?é,

Lorsque la main de la Miséricorde a tourné la clef d*or

Et que sa voix a dit : « Réjouis-toi, ton âme est libre. »

La petite trônpe fut bientôt guîdéeparM^'Smytb juwju'à la maison hospitalière d'an bon missionnaire que la charité chrétienne a placé là comme un berger pour recueillir le troupeau de fugitifs et de proscrits qui trouvent chaque jour asile sur ce rivuge.

Qui pourra dire le botiheur de ce premier jour de liberté? Ne sommes-nous pas ^oués d'un sens spécial, celui dé la liberté, plus élevé, plus fin qu'aucun des Cinq autres? Se mouvoir, parler, respirer, aller et venir sans contrôla et k Vabri de tout danger I Qui pourra dire les douceurs cU ce repos qui descend sur l'oreiller de l'homme libre protégé par des lois qui lui assurent les droits que Dieu a donnés à l'hom me ? Qu'il était beau fet précieux, pour cette mère, le visage de son enfant endormi, que le 80u\enir des dangera passés lui rendaient plus cher encore ! Comment eu3se|it-il$ pu dormir àan3 l'agitation que leur causait Une telle félieité? Et cepâDdantee^ deux êtoM n'avaient ^8 du iuin» é» tmn k

dernier dollar. Ils hg possédaient rien de plus que les o)â«i)fis dfi Tair et les ôeurs des chi^mps, et cependant la joie les. empdchait de dormir. youa qui enlevez à l'homme 9a li« berté, qu'aureai-votti à répondre quand t)ieu voua ^^ é»XBmh 4ôracom]^t©? ^

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