‹ VieChapitre 48 sur 51 · DE L'ONCLE TOM. 4X · texte numérisé non relu

DE L'ONCLE TOM. 4X

Sour Tesclave ; mais, dans sa fureur aveugle, Thomme venrait son âme au diable pour assouvir sa vengeance ; pourquoi voudrie&-vous qu'il fît plus de cas du corps de son pro chain ? ,

— Ah ! dit le lendemain Cassy en mettant la tête à la lucamepour observer ce qui se passait, la chasse va recommencer aujourd'hui.

Trois ou quatre hommes à cheval caracolaient devant la msûson, et des chiens étrangers se débattaient en hurlant 6t en aboyant contre les nègres qui les tenaient en laisse.

Deux de ces hommes sont des commandeurs des plantations voisines, les autres sont des connaissances que Legris a faites à la taverne de la ville, et qui sont venues sejomdre à la chasse comme à une partie de plaisir. Il serait impossible d'imaginer une plus horrible troupe. Legris leur versait de l'eau-de-vie à profusion, ainsi qu'aux nègres ^ui avaient été envoyés de plantations voisines pour ce service, car il importait de faire autant que possible considérer aux esclaves dé semblables corvées comme des jours de fête. .

Cassy plaça son oreille à la lucarne, et, comme le vent soufflait dans la direction de la maison, elle put entendre une partie de la conversation. Un sourire sarcastique passa sur son visage grave et sévère lorsqu'elle les entendit se partager le terrain, discuter le mente des chiens, donner des instructiçns sur la manière "de faire feu, et régler le traitement dès fugitives en cas de capture

Cassv descendit de la lucarne» et, joignant les mains et levant les yeux au ciel, elle s'écria :

— Dieu tout puissant !. nous sommes tous pécheurs, mais qu'avons nous donc fait de plus que le reste du monde, pour que l'on nous traite ainsi ?

Sa voix et son visage avaient une animation extraordinaire.

— Si ce n'était pas Vous-, enfant, je m'en irais au-devant d'eux et remercierais celui qui voudrait bien me tuer. Car à

?[uoi me fervira la liberté? Pourra-t-elle me rendre mes ènàns ou me rétablir dans la position que j'ai occupée ?

Emmeline, dans sa simplicité enfantine, était à demi effrayée de l'air sombre de Cassy. Elle semblait mal à l'aise et n'osa répondre. Elle se contenta de lui prendre là main avec un mouvement doux et caressant.

— Assez ! dit Cassy en s'efforçant de dégager sa main. Je finirais par vous aimer, et j'ai formé la résolution de ne plus aimer rien, ni personne.

— Pauvre Cassy I dit Emmeline, n'ayez pas de ces idéeslà. Si ]£ S^gneur nous donne la liberté, peut-être vpus^n-'

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drart-îl votre fille; datas tous les cas, je suis the fille pour vous. Je sais que je ne dois jamais revoii* ma pauvre mère % je vous aimerai, Cassy, que vous m'aimiez ou non.

Vaincue par ces douces et enfantines paroles, Cassy s'assit à côté d'Emmeline, passa son bras autour du cou de la jeune fille et caressa sa chevelure brune et soyeuse. Ennneîine fut alors frappée de la beauté des yeux de sa oompftgne, dont les larmes adoucissaient l'éclat,

- — Em! dit Cassy, j'ai souffert la faim pour mes enfans, pour eux j'ai souffert la soif, et mes yeux sont obscurcis par les larmes, tant je désire les revoir. Là! là! dît-elle en se frappant la poitrine, tout' est désolé, tout est vide ! ^ Diea me rendait mes enfans, oh ! alors, je pourrais prier.

— Il faut avoir confiance en lui, Cassy, dit EmmeKne ? il est notre père. * - ^

— Sa main s'est appesantie sur nous, dit Cassy ; '51" s^est détourné de nous dans sa colère.

— Non, Cassy ! Il sera bon pour nous ; espérons en hiî, dit Emm^eline, J'ai toujours conservé TespéraTice.

La cbasse fut longue, animée, complète, et cependant n'amena aucun résultat. Cassy, de sa lucarne, vît avec ime joie ironique Legris, barrasse et désappointé, descendre tristement de cheval.

— Maintenant, Quimbo, dit Legris^ s'asseyant dans lo salon, allez chercher .Tom et amenez-le-moi ici à l'instant.* Ce vieux coquin est au fond de cette affaire ; je lui arracherai ce secret de sa vieille peau noire, ou je saurai pourquoi.

Sambo et Quimbo, bien que se. détestant oordialexnAut l'un l'autre, professaient tous deux , la même haine pour Tom. Legriâ leur avait annoncé qu'il l' avait acheté dans l'intention d'en faire son intendant-général en son abs^iœ, et ils avaient conçu tout d'abord contre lui une haine et uns jalousie qui n'tivaient fait que croître dans leur nature rampante et servile aussitôt qu'ils le virent encourir le déplaisir de leur maître. Quimbo partit donc avec la ferma volonté d'exécuter les ordres de Legris.

Tom reçût le xoessage avec le pressentiment de ce qui lui était réservé, car il connaissait le plan d'évasion des fugitives et le lieu de leur retraite. Il connaissait le oaraotère icr rible de l'homme auquel il allait avoir affaire, et son |M>nvoir despotique. Mais il trouvait en Dieu la forée de braTW la mort plutôt que de trahir des femmes sans défense.

Il posa son panier dans la rangée, et, levant les yeux vers Diea, il dit : « Je ttete m<m àm» eiMv^ tieft zha&m S Tu m'aê

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raehôté, ô seignear Dieu de vérité. » Fois 3 sd Uttii tranquillement à Qtiitnbo qui le salflit aTeo brutalité.

— Oui, oui, lui disait le géant en l'entraînant vera son maître, vous allez avoir votre affaire. Maisa vous ménage quelque chose. Cette fois vuus n'échapperez pas, c'est moi qui tous le dis. Vous verrez ce qu'il en coûte de favoriser la fuite*des nègres de votre maître I vouri verrez.

Aucune de. ces sauvages paroles ne frappait l'oreille de Tom; — une voix plus élevée lui disait : « Ne crains pas ceux qui tuent le porps, et qui, après, ne peutenJL plus rien faire ! » Les nerfs et les os de ce pauvre homme vibrèrent au sou de ces paroles comme s'ils eussent été touchés par le doigt de Dieu, et il sentit dans son âme la force de dix mille âmes réunies. Pendant qu'il s'avançait, les arbres, les buissons, les misérables huttes de la servitude, toute cette scène de dégradation, passèrent en tourbillonnant devant ses yeux, comme le paysage passe devant un voyageur emporté- dans un char rapide. Son cœur battait,— il apercevait sa demeure céleste, et il lai semblait que Thenre de sa délivrance allait sonner. •

— Ëh bien ! Tom, dit Legiris s'élançsnt sur lui, le saisis* sant au collet et lui parlant entre ses dents serrées dans un paroxysme de rage, 4avez-vous que j'ai résolu de vous tuer?

— C'est très-probable, répondit Tom avec calme.

— J'ai — ^résolu— de — ^vous — tuer ! Tom , répéta Legris av€fc une inflexion de voix calme et terrible, à moins que vous ne me difeiez ce que voue savel au sujet de ces femmes.

Tom garda le silence.

— Entendez-vous ? dit Legris, frappant du pied avec fnrenr et rugissant comme un lion en furie. Parlez f

— Je n'ai rien à vous dire, massa, répondit Tom d'un ton lent, ferme et résolu.

— Vous osez me dire, vieux chrétien noir, que vous ne savez rien ! dit Legris.

Tom ne répondit pas.

— Parlez ! s'écria Legris d'une voix de tonnerre et en le frappant avec foreur. Savez-vous quelque chose.

-*- Je thm, massa ; mais je ne puis rien dire. Je puis mourir. "

Legris respira longuement, et, réfHnmant sa rage, saisit Tom par le bras, approcha son visage du sien et lui dit d'une voî* terrible ?

— Faites attention, Tom ; vous "pensez que parce que je vous ai épargné déjà, je n'ai pas l'intention de faire ce que je dis ; mai^ o^tte fois ma résolution esttrrévooable, et j'ai cafci^ 0» ^ Mlft tm ocAbem. Vous hi'at^s jiis<{i.'Mi toa-

jours résisté. Cettô fois je vous dompterai ou vous tuerai..^ Tun ou Vautre. Je compterai toutes les gouttes de votre sang, et les prendrid uue à une jusqu'à ce que vous cédiez.

Tom regarda son maitre en face et répondit t

— . Massa, si vous étiez malade, ou dans la détresse, ou mourant, et que je pusse vous sauver, je vous donneraie tout mon sang ; s'il fallait, pour sauver votre âme précieuse, donner goutte à goutte tout le sang de ce pauvre vieux corps, je le répandrsûs volontiers, comme le Sauveur a répandu le sien pour moi. massa, ne chargez paa votre âme de ce terrible péché 1 il vous ferait plus de mal qu*à moi. Faites-moi le plus de mal que vous pourrez, mes maux seront bientôt passés ; mais si vous ne vous repentez pas, les vôtres seront étemels.

Semblable à un mélodieux accord de musique céleste qui se ferait entendre au milieu d'une tempête, cette explosion de sentimens chrétiens fut suivie d'un temps d'arrêt. L^ris regardait Tom d'un air effaré. Le silence était si profond que l'on entendait le tic-tac de la vieille horloge, dont les aiguilles silencieuses mesuraient les derniers i^tans de mis^ ricorde et d'épreuve accordés à ce cœur endurci.

Mais ces instans furent courts. L'hésitation, l'irrésolution ne durèrent qu'une minute ; l'esprit du mal revint avec plus de violence, et Legris, écumant de rage, se jeta sur sa victime et la terrassa.

I«s scènes de sang et de cruauté blessent notre oreille et notre cœur. Ce que l'homme a la dureté de faire, l'homme n'a pas toujours la force de l'entendre. Ce que nos frères dans l'humanité, nos frères dans le christianisme ont à souffrir, nous n'en pouvons supporter le récit, même dans notre intérieur, tant nos cœurs en sont agités. Et cependant, ô ma patrie, ces atrocités s'accomplissent sous la protection de tes lois ! O Christ, ton Eglise les voit presque en silence !

Hais il y eut autrefois un Homme-Dieu dont les souffrances transformèrent un instrument de torture, de dégradation et de honte, en un symbole de gloire, d'honneur et de vie immortelle. Et là où est son esprit, ni les flétrissures, ni le sang, ni les insultes ne peuvent empêcher la dernière lutte du chrétien d'être glorieuse.

Etait-il seul- pendant cette longue nuit, dans ce vieux magasin, celui dont le cœur courageux autant qù'aîm«nt «vait supporté tant d'outrages et d'horribles traitemens?

Non ! il y avait à côté de lui Quelquhm, que lui seul pouvait voir, — et qui ressemblait au Fils de Dieu.

Soa tentateur se tenait aussi à côté de lui, avéu^é par sa

gril hîe;

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fntenr et sa volonté despotique, le pressant à chaque* Instant de mettre fin à son agonie en trahissant rinnocence. Mais ce coeur courageux et fidèle demeura inébranlable sur Tétemel rocher du Christ. Comme son divin Maître, il savait qu'en sauvant les autres, il ne pouvait se sauver lui-même, et les

S lus affreux tourmens ne purent lui arracher que des paroles e prière et de sainte confiance.

— Il est presque mort, massa, dit Sambo, touché, en dépit de lui-même, par la patience de sa victime.

— Frappez-le iusqu'à ce qu'il cède ! donnez-lui en ! donnez-lni en ! vodfera Legiis. J'aurai son sang jusqu'à la dernière goutte, à moins qu'il ne fasse des révélations.

Tom ouvrit les yeux et regarda son maître :

— Pauvre mfdheureuse Créature, ^t-il, voilà tout ce que vous pouvez me faire. Je vous pardonne de toute mon âme. Et il perdit entièrement connaissance.

— Sur mOn âme, je crois qu'il est tout à fait mort, dit Leis en s' avançant pour l'examiner. Oui, il est mort. £h ien ! sa bouche est close, au moins. — c'est une consolation.

Oui, Legris, lâais qui pourra étouffer la voix de ton Sime — de cette âme pour laquelle il n'est plus de repentir, plus de prière, plus désespérance, et que brlUe déjà ee feu qui ne ' s'éteindra j amaîs ?

Cependant, Tom n'avait pas rendu le dernier soupir. Ses admirables paroles, ses pieuses prières avaient ému le cœur des deux brutes qui venaient de se faire les instrumens de la cruauté de leur midtre, et qui, aussitôt que Legris se fîit éloigné, l'eihportèrent, et, dans leur ignorance, essayèrent de le rappeler à la vie, comme si c'eût été une faveur pour lui.

— Certainement nous venons de commettre une grande infamie! dit Sambo; j 'espère que massa aura à en rendre compte, et non pas nous.

£t iU lavèrent les blessures de Tom ; ils lui improvisèrent un lit avec des balles de coton avarié sur lesquelles ils retendirent; puis l'un d'eux, entrant dans la maison, demanda un verre d'eau-de-vie à I/egris, sous le prétexte qu'il était fatigué et en avait besoin pour lui-même. U rapporta et le versa dans la bouche de Tom.

— Tom ! dit Quimbo, nous avons été bien cruels envers vous!

— Je vous pardonne de tout mon cœur, dit Tom d'une voix éteinte. *

— Tom, dites, quj est Jésus, dit Sambo, — ce Jésus qui 8*est tenu à côté de vous toute la nuit. Qui est-il?

Ces paroles ranimèrent le mourant. Il prononça encore quelques phraset énerglgaes »tir rHoiiuae-Iii(ni, —sa vie, sa

mort, tk prlsen(»e en ton* lieux et le ptmtoîj? tiùH a ûé sanver tout le monde.

Et ces deux hommes sauvages pleuraîeût.

^Pourquoi n'âvons-nous jamais eûteudn cclaftuparavanl?

«Et Sambo ; mais je crois î je ne puis m'en empêcher. Seigneur Jésus, ayez pitié de nous !

— Pauvres créatures ! dit Tom. Je supporter aîs sans murmure tout ce que je souffre, si je pouvais vous gagner au Christ. O Seigneur, accorde^-moi encore ces deux âmes, j« ' vous en prie !

Cette prière fut exaucée.

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