‹ VieChapitre 5 sur 51 · LA. GA8B · texte numérisé non relu

LA. GA8B

possible, X*accë8 en est interdît aux încnreiona vagabondes du petit peuple. C'est le salon de l'établissement. Du côté opposé est un lit de moindre apparence. Le mur au-dessus de la cheminée est orné d'images colorées représentant des sujets tirés de l'Ecriture, et d'un portrait du général Washington dont le dessin et l'enluminure auraient fort étonné ce héros, s'il lui était arrivé de se trouver en face de cette singulière peinture.

Sur un banc rusUque deux jeunes enfans à la tête laineuse, aux yeiix noirs brillans, aux joues luisantes'*ét rebondies, sont assis et surveillent les premiers pas d'une toute jeune enfant. Chaque tentative nouvelle de celle-ci, consistant à mettre un pied devant l'autre, reçoit de bruyans encoura^emens*, et ils rient de bon cœur aux culbutes de la petite, qu'as ont l'air de prendre pour de charmantes espiègleries.

Sur une table un peu boiteuse, recouverte d'une toile et placée devant le feu, des tasses et des assiettes aux vives couleurs aimoncent le repas du soir. A cette table est assis le meilleur ouvrier de M. Shelby, l'oncle Tom, dont nous iJlons donner le portrait au lecteur. ■ L'oncle Tom est un homme grand, puissamment constitué, à la poitrine large* au visage d'un beau noir, et dont les traits franchement africains ont une expression de grave et ferme bon sens uni à la bonté et à la bienveillance. L'ensemble de sa personne a un air de dignité naturelle, de simplicité humble et confiante.

En ce moment il s'efforce avec beaucoup, d'attention et de lenteur de tracer quelques lettres su^ une ardoise placée devant lui, sous la mrecticm de Greorges, jeune et vif garçon de treiae ans qui remplit avec beaucoup de dignité ses fonctions de péda^c^çue.

— Pas comme ça ! dit-il vivement en voyant l'oncle Tom tourner péniblement à l'envers la queue d'un g. Pas de ce côté ! vous voyez que cela fait un q,

— ^Vraiment ! dit l'oncle Tom, en regardant avec admiration son jeune professeur qui, pour son édification, traçait d'uno main rapide une série de g et de q. Puis, reprenant le crayon, il recommença patiemment.

— Comme ces blancs font bien les choses I dît tante Chloé, qui, sur le point de firotter son gril avec un morceau de lard qu'elle tenait au bout d'une fourchette, s'arrêta pour regarder Georges avec admiration. Comme il sait lire et écrire, maintenant I et dii^ qu'il vient ici passer ses soirées et répéter ses leçons ! que c'est donc d'un bon cœur I

— Mais j*aî bien faim, tante Chloé. Est-ce qne ce gâteau

DE L'ONCr-B TOM. 21

qui est dans la tourtière n'est pas bientôt cuH ? dît le jeune garçon.

— Bientôt, Gçorges, dit tante Cliloé, soulevant légèrement le couvercle. Quelle magnifique couleur ! ïl n'y a que moi pour cela ! Maîtresse a, permis l'autre jour à Salïy de fajre un gâteau, seulement pour apprendre, disait-elle. Oh ! laissez-moi tranquille, madame, lui dis-je, èeli me fait peine de voir ainsi perdre de la bonne nourriture. Le gâteau était levé d'un seul côté et n'avwt pas plus de forme que mon soulier. Fîdonc!

Et sur cette expression de mépris pour l'ignorance de Sally, tante Chloé enleva le couvercle de son four et découvrit une tourte que le meilleur pâtissier d'une ville n'eût pas désavouée. Cette tourte étant évidemment la principale pièce du régal, tante Chloé 6'occupa vivement des apprêts du souper.

— Allons, vous. Moïse et Pierre ! ôtez-vous d© là, mes petits noirs. Et vous aussi, PôUy, ma chérie. Tout à l'heure maman donnera quelque chose à sa petite fille. Et vous, massa Georges, enlevez vos livres et asseyez-vous là avec mon vieil homme t Je vais servir les saucisses, et dans un instant les crêpes seront sur vos assiettes.

— Us voulaient me faire souper à la maison, tante Chloé, 61% Georges, mais je savais trop bien ce qui m'attendait ici.

— Vraiment, vraiment ! mon coeur,- dit tante Chloé en em^çilant les crêpes fumantes sur l'assiette de Georges. Vous saviez que votre vieille tante C^loé vous garderait le meilleur moroeau. Oh ! laissez-la faire, allez !

Et lii-dessus la vieille tante donna à Georges une tape en jouant d'un air facétieux, puis retourna vivement à son gril.

Les crêpes expédiées, au gâteau, maintenant, au gâteau, s'écria Georges, en brandissant im énorme couteau sur l'article en question.

Miséricorde ! massa Georges, dit tante Chloé, en lui saisissant le bras, est-ce que vous .allez le couper avec ce couteau l Vous allez le réduire en miettes. Attendez, j*ai là un petit couteau aiguisé pour cet usage. Voyez comme c'est léger et comme ça coupe finement. Mangez maintenant, et vous m'en cUrez des nouvelles. Il n'y a que moi pour ces choses-là.

— Tom Lincoln prétend^que sa Jenny est meilleure cuisinière que vous, dit Georges, la bouche pleine.

Ces Lincoln ne sont pas grand' chose en comparaison t^e nos maîtres, clit avea mépris tante Chloé. Ce sont des gciis assez respectaUes pour leur position ; mais ils n'ont aucune idée du monde. Comparer M. Lmcoln à M. Shelby, y pen-

eez-voQs! St M"* làni^lxu estrce qu'elle sait sepr^njber dan» un salon comme M"** Shelby, si majestueusement ! Ne me parlez plus 4e ces Lincoln. Et tante Cl^oé secoua, la tête avec Tair d'une personne qui sait son paonfle,

— Cependant, dit Georj^es, je vous ai entendu dire <j[uô Jenny est assez bo^^im cuismière,

— C'est possible, t*ai pu dàre cela. Jen^y est une ^onne cuisinière ordinaire. Elle réussit assez "bien une fournée de pain, cuit assez proprement des pommes de terfe. Mais sortie delà, que sait-elle faire ? Elle fait des pâtêa, certainement elle eij fait, mais quelle croûte out-ils ? Vous fera-t-èlle de cette pâte moelleuse qui fond 4aiis.l9. bouche et s'enfle comme un ballon. Je suU allée la voir quand Miss Mary §'est mariée. 'Elle m* ^ fait voir les pâtés de la noce. Jenny ot moi sommes d'anciennes amies, vous le gavez. Jq ne lui ai pas dit ma façon de penser. Mais, massa Georges, lè n'aurai^ pu dormir .de longteçips si j'avais eu le malheur ae faire des pâtés pareils. Ds ne valaient rien du tout'.

— Je pense qyie Jenny les croyait de presçuère qualité, dit Georges.

— Assurément. Elle les ipontrai^i avec tant d'innocence! Cela prouve qu'elle ne sait ce que c'est. Cette famille est si peu de chose ! que peut-on exigcf de Jenny ? Ce n'est pas sa faute, la pauvre fille. Ah ! massa Georges, vous ne connaissez pga tous les privilèges do votre ffonille. — Ici, tante Chloé soupira et lev^ les yeux au ciel avçc émotion,

— Croyez bien, tante Chloé, dit Georges,^ que j'apprécie à mervciflemcs privilèges de pâtè^ et de puddings. Demandez à Tom Lincoln si j^ ne }ui ei^ remplis pas les oreilles en toute occasion!

A cette saillie 4e çon jeune maitré, tante Çhloé, se^ renversant sur sa chaise, se livra à un accès de fou rire si fort et si prolongé, que de grosses larmes sillonnèrent ses joues noires et luisantes. Vous pie tuerez, vous me tuerez certainement un jour, lui disait-elle en lui lançant des coups de coudes dans les côtes. Puis les accès redoublaient, à tel point que Georges se prit à croire que ses plaisanteries étaient trop dangereuses, et résolut d'être plus sobre, d'esprit à l'avenir.

— Ain^i vous dites cela à Tom? Dieu ! de quoi ces jeunes gens vont s'occuper ! Il en rabat les oreilles à Tom. Oh i massa Georges, vous feriez rire un hanneton.

— Oui, dit Georges, je lui ai dit : Tom, je voudi'ais.que vous vissiez les pâtés de tante Chloé ! Yoîlà de vrais pâtés I

— Quel malheur qu'il n'en puisse goûter, dit tante Uhloé, dont le coeur plein del^onté s'attristait à la pensée de la condition obscure do Tom. Vous devriez l'inviter à dîner quel-

BE VGSCTM TOM. 2S

que jota:} ce serait fort bien de votre part. YoxiS saveas, massa Georges, qlio bou^ ne devons nous croire au-dessus de personne par nos privilèges ; les privîKges nous viennent d'en haut, ^ouven^-voûsren toujours, dit tante Chloé.

— Eh bienl je Taînèneraî dîner un jour de la semaine prochaine. "Shnâ .touà distinguerez, tante Chloé. Quels yeux il va ouvrir î Nous le ferons manger pour tffnnze jours.

—Certainement, dit tante Clilôé, vous verreî ! Dieu ! quand je pense à quel(me|-tius de nos repas! Vous souvenez-vous * ce beau pâté Mjpoulet que je fis lorsque nous donnâmes à dîner au geùéral Rnox? maîtresse et moi nous fûmes bien près de nous quereller au sujet de la croûte, Je ne' sais quelles idées ces dames se mettent parfois dans la tête. Elles choisissent toujours le moment où vous avez la plus grande responsabilité, pour venir tourner autour de vous et se mêler de votre besogne. Ce joiir-là, madame me disait de faire comme ceci, de faire comme cela.' Finalement, je perdis patience. Madame, lui dis-je, regardez vos belles mains blanches, vos doigts effilés, étinceïans de' bagues, comme ines beaux lys blancs lorsqu'ils sont couverts de rosée ; regardez maintenant mes grosses pattes noires. Ne pensez'vous pas que le Seigneur in*a faite pour pétrir les croûtes de pâté comme vous pour figurer au salon ? Oui, j*cus l'impertinence de M àiTù cela, massa Georges.

— Et que répondit' ma' mère ? dit Georges.

— Ce qu'elle me répondit? Avec un joH sourire dans ses beaux grands yeux, elle me dit": C'est bien, tante Chloé, c'est bien, je crois que vous avez raison.^ Et elle rentra au salon. Elle eût dû me briser la tête pour mon impertinences Mais que voulez-vous? je ne 'puis rien faire quand j'ai de, dames à la cuisine.

— Votre dîner ce jour-là fut excellent. Je m'en souviens! c'était l'avis de toUt le monde.

-— N'est-ce pas? Ce jour-là j'étais derrière la porte de la saUe à manger. N*ai-je' pas vu le général passer trois fois son assiette pour redemander de ce même pâté! Vous avez une excellente cuisinière, madame Sholby, dît-il. Mon cœur faillit éclater. Et le général se connaît en cuRîne, dit tante Chloé en se rengorgeant ; il est d'une des premières familles j de la Virginie. Il s'y connaît aussi bien que moi, le général. Cependant Georges était arrivé à un moment où, même pour un garçon de son âge, il eût été impossible d'avaler une boucïéc de plus. Il put donc remarquer, à l'autre bout de la table, deux têtes crépues aux yeux brillaiis, lançant des regards affamés sur les plats du festin.' Holà ! Pierre, Moïse, dit-îl en Ifiiir jetant quelques débris du repas,, vous

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▼oiil«z quelqtie chose, n'est-ce pas? Tante Chloé, faites-leur, donc cmre quelques crêpes.

Georges et Tom s^ assirent confortablement an coin da feu. Tante Chloé, qui venait de faire une nouvelle ]^e de crêpes, prit sa fille sur ses genoux et se mit à souper, remplissant alternativement sa bouche et celle deTenfant. Moïse et Pierre, qui avaient reçu leur pitance, la dévoraient en se roulant sous la table, se chatouiUant et venant de temps à ' autre tirer les doigts de pied de la petite" fille.

— Vous ne resterez donc pas tranqtâU^ ! disait la mère en leur allongeant de temps à autre une petite correction | sous la table. Vous ne pouvez pas avoir un peu de décence lorsque des blancs viennent nous voir ! Quand massa Georges sera parti, gare le fouet I

La menace produisit fort peu d*e£Eét. -^«^

— Us sont si vifs, dit Toncle Tom, qu'ils ne peuvent rester tranquilles.

Les petits noirs sortirent en ce moment de dessous la table, et, la figure et les mains barbouillées de muasse, vinrent embrasser T^ifant.

— Voulez-vous bien vous en aller ! leur dit la mère en repoussant leurs têtes laineuses ; vous ferez si bien que vons ne pourrez pas vous décoller. Allez vous laver à la fontune. £t elle accompagna cette exhortation d'une tape vigoureuse qui n'eut d'autre résultat que de les faire rire plus mrt.

— Avez-vous jamais vu de semblables petits gamemens ? dit tante Chloé. Fuis, prenant une vieille serviette. destinée à cet usage, elle se mit à laver et à frotter le visage et les mains de Bébé, qu'elle plaça ensuite sur les genoux de Tom, pendant qu'elle enlevait les restes du souper. L'enfant s'amusait à tirer le nez du bonhomme, luiégratignait le visage et passait ses petites mains dans ses cheveux crépus.

— N'est-ce pas, qu'elle est gentiUe? dit Tom en l'élevant pour la mieux voir. Puis, l'asseyant sur ses larges épaules, il se mit à danser, à gambader avec elle autour de la chambre. Georges l'agaçait avec son mouchoir, et les deux négrillons, qui veimient de rentrer, se mirent à hurler autour d'elle comme des ours. Tante Chloé avait beau dire qu'ils lui rompaient la tête : la fatigue seule put mettre un terme aux cris, aux danses et aux gambades.

— Là ! j'espère que c'est fini, maintenant, dit tante Chloé, qui venait de tirer de dessous le lit un coffre grossier servant de couchette aux enfans. — Pierre et Moïse, entrez là-dedans, car nous allons avoir le meeting,

— Oh ! non, mère, nous ne voulons pas nous coucher, nous voulons assister au meeting. C'est si beau, le fMeting !

BS L'OSrCLB TOV. 25

» AllcAS, tante OKbé, laîseez^es 'debcmt, remettez cela à sa place, dit Georges en poussant dn pied la rude machine.

Les apparences satttées, tante Ohloé n'étiût pas fôchée de resserrer la caisse. — Qtd sait ? dit-elle, cela leur fera peut- Itiuàtibîfen.

ïîîiis oh s'occupa en comité des préparajî^ du meeting.

— Comment ferons-nous avec si peu âjô ch4îises ? Je déclare que je n'ensais. rien, dit. tante CUqé.

Maî$ comme ;;4f. meeting avait lieu chez Toncle Tom chaîne semaine, depuis un temps infini, avec le même nombre le chaises, il y avait lieu d'espérer qu'on se tirerqjit d'fllTaire cette fois comme les autres.

— Le vieil oncle Peter a cassé deux pieds de la vieille chaise la||emaine passée, observa Moïse.

— > Je n'en crois rien, dit tante Chloé. C^est bien plutôt vous qui les aurez cassés en jouant>

— Hle peut servir encore, dit Moïse ; il n'y a qu'à l'ap-r puyer coatre le mur.

-^ Oui, mais il ne faudra pas qne Toncle Peter s'asseye dessus ; il gesticule trop en chantant. L'autre jour, dans ses oontorsions, il est allé se cogner à l'extrémité de la chambre. «

— Au eontrake, laissez-le s'y asseoir, dit Moïse ; quand il entonnera : a Saints et-péûhewrsy venti m'enîendre^ v patatra ! £t Moïse, imitant le ton nasillard du bonhomme, se laissa choir pour figurer la catastrophe prévue.

— Allons l soyez décent, si c'est possible ! N'avez-vous pas honte ?

Georges, cependant, partagea l'hilarité du délinquant et déclara que Moïse était décidément fort drôle. L'admonestaticm maternelle manqua ainsi soii effet.

— Allons^ mon vieil homme, dit tante Chloé, il faut arranger vos tonneaux.

— Les tonneaux de maman sont comme ceux de la veuve dont Georges lisait l'autre jour l'histobre dans le'6on livre : ils ne manquent jamais, dit Moïse à son frère Pierre.

— Cependant il y en a un qur s'est défoncé la semaine ♦ dernière au milieu de leur chant. En voilà un qui a manqué, dit Pierre.

Pendant cet a parte entre Pierre et Moï^, deux tonneaux vides avaient été roulés au milieu de la pièce et assujettis avec 4ds pierres. Des planches furent placées dessus. Des seaux et des baquets renversés, joints aux chaises, complétèrent les préparatife.

-«• Mftsfta Georges est nn si habile lecteur à présent, que

as TA OàSB

'fesp f fa^il vwxàia, U&Kk mater pomt nottfl fiUre la leetnre, dit tante Chloé.

Georges oûBaentit de bon eœur. Les enfan» sont toajoars prêt» à faire ce qiû peat leur donner de rimpartanee.

La chambre ne tarda pas à se garnir d'une foule bigarrée, depuis le patriarche octogénaire jusqu^au jeune garçon et à la jeune mie de quinze ans. lies commérages commencèrent, commérages fort iimocens d'ailleurs : on racontait que la tante Sally avait acheté un moudbioir rouge ; que Madame avait promis une robe de mousseline à fleurs ; que M. Shelby avait Tintention d'acheter tm poulain alezan qui ajouterait au luxe de sa maison. Quelqués-unB des fidèles appartenaient à des habitations du voisinage; chacun apportait son petit tnbut de propos sur la maison ou la plantation à laquelle il était attaché, et tout enfin se passait là comme dans les cercles de la hante société. Tuttù il mondo è fatto corne la nostra fami§lia, dit Arleqnm danft xmb comédie itàlieime.

Après quelques instans, les chants commencèrent. lies intonations nAs^ardes ne détruifiaâent poiAt VeSkt âfy yoiz iLaturellement belles, d'airs à la fois samyages et expressifs. QuelqnesHms de ces chants étaient empruntés anX hyttines ^chantées dans les églises du» voisinage ; d'autres, plus sauvages, avouent été vecaeiUis dans les meetings. Le ekmtsr siiî- Tant Alt exécuté aveo antact d'onction que d'énergie*

Mourir sur I0 champ de hataiUe,

Mourir sur le champ de t>atiiiU«,

Gloire de mon âme!

Un autre chant favori ^saît ;

Je suis en chemin ponr la gloire, ne roulez-vons pas venir avec moi ? Ne voyohvons pa» Ica anges qui A*appellent et me montrent la voie ? Ke Toyez-Toufl pas la Cité d*or et le Jour qui ne doU pus finir?

: Jl y en avait d'autres où étaient incessamment rappelés les bords du Jourdain^ lee champs de Chanaan^ et la 'fwuveile

'Jérmif^m ; car Timagination impressionnable et passionnée des iD^rs s'attache partâculièremsnt aux hymnes pleines des yives images .de la nature biblique. 'Pendant les chants, les

. pdl pleuraient àS joie, d'autres oriiûent, d^axitres se ecr-

f raient ks raainé en signe de bonheur, comme s^s v^aîent

• réellement de traverser le fleuve sacré.

. Des exhortations, des récits divers s^ntremêlaient avec 4es chants. Une vieille femme à tête Idanche, qui d.et>tiis longtemps avait atteint VM^ du i^[K)s, at ({oe Vw retirait

DB ^^mnm tom. m

ixa son bâton, et dit :

.. ^^esenfaos^ jesiûaUenlietireiiBe de toos vois tt dd vous eEten^i'Q encore one fois. Je ne saÎB quel joar je ]^aitU raî potir Xa séjout de gloire, mais je sois toute prètei, enfans ; et 4 me ^mble que^ mon paquet sur le dos; mon chapeau de voyage sur la tête, j'attends la voituite qui doit me conduire, ^elquefbi», la nuity il me semble entendre le bruit dès roues, et jj^itends tonjontïi. Yotss aufisi, enfans, devet ètrejffêt%, oaçj.je von» le.dis, igouta-t-ellé en frappant la terre %yee son bâton, c'est une merveilleuse chose que la patrie céleste } c'est là la gloire^ enfans, et vous n'en douteie pas l . . . . ,

£t la bonne femme s'aœit tout émue, en venant des larmes, taiidis que toute rassemblée en chœur répétait :

Chsinaan 1 U beUe diânaan f

Je pan pour la terre de Chaïuuui!

G&oxg^ k la^mande générale, Int leé derniers chapitres de là J^yéjAÛçn^ souvent interrompus par des exclamatîons. ^mme celle» ci : Ëst-oe possible! Ecoutes donc! Quand on y songe ! Il est certain que tout cela arrivera.

GeorgQS, gaciçon plein d'intellige&ce et que sa mère avait parfaitement instruit des choses religieuses, se voyant Vob • pet 03 l'attention géifërale, donnait de temps à autre avec un sérieux et une gravité fovtiauable» des exnlications qui lui attirfdent l'adnwatibn des jeunes et la bénédiction des vieux. On admettait généralement qu'un ministre n'eût pas mieux fait. . . '

L'oncle Tom était une sorte de patriarche en matière re* , ligieuse pour les nègres des environs. Doué d'tme organisation où le sens moral prédconmait fortement, d'un esprit plus cultivé que cdui de ses compagnons d'esclavage, il était l'objet de lem: profond respect^ et considéré par eux comme un ministre. ïja style âimple, cordial de ses exhortatione eût édifié des personnes plus instruites. Mais c'est surtout dans la prière qu'il excellait. Rien n'égalait la siujplicité enfantine de ses prières toutes pleines du langage de TËcriture,. dont il s'était si fort pénétré qu'il était devenu comme le sien propre et s'échappait de ses lèvfes sans qu'il if en fi-pet^çÛt. Comme disait tin vieux nègre i « Ses prières allaient^ directement en haut, »

Pendant que ces choses se lassaient dans la cas^ de r^^ Tomj iitie,ecène d'un tout àutro genre otaitUea danà

38 tX OJkfiî

D«m la BftUe à munger do&t nous avons parlé, le marchand et M, Shelby étaient assis à nne table coa*verte de papiers et-de tout oe qu'il faut pour éoriTei. K. âielby étût oQOupé à compter des liasses de billets qu'U passait ensuite au marchand^ qui les comptait également.

— Tout est en lè^le, dit cdm-oi; il n'y manque plu» que la signature.

M. Shelby s'empara rapidement des contrats de vente, les signa de la façon d'un homme qui a hâte de $e débarrasser d'une affaire désagréable, puis les repoussa avec l'argent vers le marchand. Haley retira d'une vieille valise ub parchemin, l'examina un moment, puis le tendit à M. Shelby qui s'en empara avec un geste de vivacité mal dissimulée.

— Eh bien I voilà qui est fini, dit le marchand en se levant.

— C'est fini I àk M. Shelby d'un ton rêveur ; puis, poussant un long soupir, il répéta.: c'est fini 1

-^ Vous aveE l'air de n'être pas trèa-cont^t, dit le marchand.

•^ Haley, dit M. Shelby, j'espère que vous vous souviendrez de la |)romesse que vous m'avez faite, «ur votre honneur, de ne jamais vendre Tom sans savoir en queUee^mains il tomberait. ...

— Eh l mais, voua venez de faire juste le contraire, répondit lemaKchand,

— Les circonstances m*y on forcé, vous le savez bien, répondit M.^helby avec hauteur.

— EhlMenl elles peuvent m'y forcer ausftî^ dit le marchand ; néanmcùns, je ferai tout mosi poasible pour procurer à Tom une bonne place. Quaîit à le maltraiter, vous n^avez pas à craindre cela de moi. S'il y a une chose dont j'aie à remercier le ciel, o^est de ne point m'avoôilr fait oroél^

Après l'exposé des principes d'humanité que le marchand avait fait quelques heures auparavant, cette déclaration ne rassurait guère H. Shelby. iSais comme la circonstance n'admettait pas d'autre oonsoladon, U n'ajouta pas un mot, laissa partir Haley et se mit à fumer solitairement ua cigare..

CHAPITEE V.

. ou l'on voit les SEÎÏTIMENS DB la FBOPBIl^T^ VIVAKTB EN GHANOBANT DE F0SSXS8BXIB.

M, et M"" Shelby s'étaient retirés dans leur «hambra & coucher. M. Shelby, étendu dazu tm ohaise losgoe, par-

conraît qoeknes lettres smrées par le courrier du soir, pendant 4ae M»* Shelby, debout devant sa glace, s'occupait à déâdieeUe-mdme les tresses compliquées et les boucles de ses(âuTenx } car, remarquant la pâleur et les yeux hagards d'ElJza, elle l'avait dispensée de son service pour ce soir- là et Tavaiteiivoxée se coucher. Cela lui repiit tout naturellement en mémoire sa conversation du matin avec son esclave, et, seftoumant vers son mari, élie lui dit, sans sérieuse préoeec^ation toutefois : '

-^ A propos, Arthur, quel est donc cet homme mal élevé que vous avess admis à dîner à notre table aujourd'hui ?

— Il: se nomme Haley, dit Shelbyen se retournant avec embarras sux^sa chaise, sans lever les yeux de dessus la lettre qo'il examinait.

— Haley ! quel est cet homme, et qu'a-t-il à faire ici ?

— C'est un homme avec lequel j'ai traité quelques affaires à mon voyage à Natchez,-dit Shelby.

->• Et cet honmie est venu sans façon vous demander à dîner?

— Je l'avais invité ; j'avais qudques comptes à régler avec lui, dit Shelby*

— âeralt-oe un marchand d'esclaves? dit y-^* Shelby^ remarquant quelque embarras dans la contenance de son marL

— £h ! ma chère, qui vous a mis cela dans la tête ? dit She&y<en levant les yeux au plafond.

— Rien. Seulement Eliza est venue ici après le dîner, dans une grande agitation, pleurant et se désolant ; elle m'a dit que vous étiez en conférence avec un marchand d'esclaves et qu'elle loi avait entendu vous faire des offires pour son fils, la ridicule petite-sotte ! *

— Vraiment ? dit M. Shelby, jetant de nouveau les yeux rar ga lettre, et faisant semblant de la Hre avee une grande attention, sans s'apercevoir qu'elle était tournée à l'envers.

11 faudra qu'elle- sache tout, se dit-il à lui-même, un peu' pins tôt, un peu plus tard ; autant vaut que cela soit tout de snito.

— J'ai dit à Eliza, poursuivit M"« Shelby en continuant à brosser ses cheveux, qu'elle était une petite sotte de s'alarmer et que vous n'aviez jamais rien eu à faire avec ces sortes de gens. D'ailleurs, je savais que vous n'aviez jamais eu l'intention de vendre aucun de vos serviteurs, surtout à im pareil honune.

— £n effet, Emilie, j'ai toujours pensé et senti amsi ; mus meaa&ires sont dans- une situation telle, que je me vois ^^ontinBtde veoto qnelquesHio» d« mes «sdaves»

-7- A cet homme !. c'est impodpible ! Moâaleiir &aAhfi toub ne parles pas sérieusement?

— Ce n'est maThenreuBementqtie trop "vrid, dit M. Shôlby. Je me suis décidé à vendre Tom.

-r Quoi I notre Tom, cette bonne et, fidèle, créatture qni nous ser^ depuis son enfaJioe. Oh ! monsisur Shelby, mais vous hii aviez promis la liberté ; vous et moi lui en avons parlé cent fois. Oh! je peux, tout oroÎTe mamtenant; je peux vous croire capable de vendre le petit Harty^ renfaat de notre pauvre EUza I dit M"*' Shelby d*un ton mêlé de douleur et d'indignation.

--Eh bien I puisque vous devez, tout savoir, c'est vrai. J'ai consenti à vendre Tom et Harry, et je ne «vois pas pouvquoi je serais considéré comme un moxistre pour aweir fait ce que chacun fait tous les jours.

— Mais pourquoi entre tous choisir ces denx-là ? dit M'n* Shelby. Puisque vous étiez iotcé de v^idre, n'en pouviezvous yendre dWtres ?

— Parce qu'ils valaient davantage, voilà pourqud. J'en pourrais choisir un autre^ si vous M vouliez. Le marchand m'a offert un bon prix d'Eliza ; je la lui vendcei, si vons l'aimez mieux. V

r-r Le misérable ! s'écria; avec indignation M"*' Shelby-

— Par égard pour vous, je n'en ai pas voulu entendre parler. Ainsi, vous deve* m'en savoir gré.

— Mon ami, ditTVI"» Shelby en se remettait, pardonnezmoi., Je me suis laissée emporter. J'ai été surprise & cette nouvelle, je n'y étais point préparée. Mais vous me ponnettrez d'intercéder pour ces mameureuses créatures. Tom est noir, mais c'est un noble cœuret un fidèle serviteur. Je suis assurée qu'il ferait au besoin le sacrifice de sa vie pour sSaur ver la vôtre.

— Je le sais, j'en suis certain. Mais à qndi bon tout cela ? Je n'y peux rieUi

— ' Pourquoi ne pas faire un sacrifice pécuniaire ? J'en sup- Jwrterais volontiers ma paart. Ohl M. Sheiby, je me suis efforcée, comme toute femme chrétienne doit le :&ire, d'accomplir mes devoirs envers ces pauvres et malheureuses créatures. Pendant de longues années j'en ai pris soin, je les ai instruits, j'ai veillé sur eux, j'ai partagé leurs joies'et leurs peines. Comment oserais-je encorna lever là tête parmi eux, si pour un misérable gahi nous vendions un serviteur aussi fidèle, aussi excellent, aussi confiant que ce pauvre Tom, et lui arrachions ainsi en xax instant tout ce qiie nous lui avonf» appris à aimer et à respecter ! Je leur al eiraeigné lu devoirs de la fanûii», de père et ^efilsrd'éfonjc etd'éyouse;

DB lIÙSOUÉ TOM. 31

Htnogf» hxa af«pr»iclrioti9 que taes devoirs, .çe3 liend, quel*

2 ne sacrés qu'ils soient, ue soiit rien pour nous, comparés l'argent ! J'ai parlé à Ëliza de ses devoirs envers son enfant, comme mère chrétienne. Je lui ai recommandé de veiller sur lui, de prier pour lui, de l'élever chrétiennement ; que lui dirai-je, si votis le lui enlevez pour le vendre, corp$ et âoiQv à un honune impie, &a.n$ moralité. Je lui ai dit qu'une senlé âme était plus pr^ieuse que tout l'argent de. la terre. Comment me croira-t-elle si nous le lui arrachons, si noiis le vendons, peut-être pour la ruine de son corps et îa perte de son âme ?

•—Je suis désolé de vous voir prendre ainsi la chose, Kmîlie, dit M. Shelby; je respecte vos sentimens, hien que je n'aie pas la prétention de les partager entièrement. Mais, je vous le répète de nouveau, je n'y puis rien.

Je n'avais pas l'intention de vous dire ceci, Eipilie ; mais il n'y a pas de ndUeu : il faut vendre ôes deux esclaves ou vendre tout le reste. Haley est venu en possession d'une hypothèque sur moi qui m'a mis entièrement à sa> discrétion ; si je UB l'avais immédiatement remboursé, il m'eût totalement exproprié. J'ai réuni toutes mes épargnes, ^*ai emprunté, normis mendier j'ai tout fait; seul le prix de ces deux esclaves pouvait faixQ la balance et me tirer de ses moins; et j'ai dû les abandonner. Hajey s'était entiché de l'enfant; il ne voulait transiger qu'à oondition que^e le lui abandimnerais, en aucune façon autrement. J'étais en son pouvoir, l'ai été obligé de cédeiv Si la vente de ces deux esclaves vous attriste si fort, auriezrvous été consolée si je m'étais vu forcé de les vendra tous ? i

M"* Sfaelby demeura comme pétrifiée. Enfin, se tournant vers sa toilette, elle appuya sa tête dans ses deux mains et poussa un gémissement plaintif.

— Oh ! malédiction sur Tesclavage, cette amère et détestable chose l malédiction sur le maître ! malédiction sur l'esclave 1 J'étais folle de croire qu'il fût possible de tirer quelque chose de bon de ce mal mortel. C'est Un péché que de posséder des esclarvessocfes des lois comme les ndttes. J'en al toujours ûu la pensée depuis mon enfance ; je l'ai eue surtout depuis que je suisentrée dans mon église. Mais j e m'étais flattée qu'à lajœ dô bonté, de soins et d'instruction, je parviendrais à améliorer la condition de ces pauvres créatures et à la rendre en quelque sorte préférable à la liberté. Folle que j'étais!

—• Ma femme, vous devenez tout à fait abolitionniste.

— Abolitionniste I Ahl s'ils savaient ce que je sais sur rMcIavagOi ils pouxraâent parlw. Qfoe ponnraidnt-ils no^iM

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apptéûcb'e? Vons savez c^ne je n'ai jamaîspeMé qtie Tesclavage fût tpe chose légitime, je n*ai jamais dëôiré posséder des esclaves.

— Eh hien l vous différez de beaucoup d'hommes sages et pieux; vous rappelez-vous le sermon qu'a prononcé' M. B... Fautre dimanche ? •

— Je ne me soucie point de tels sermons , et je ne désire pas voir M. B... prêcher de nouveau dans notre église. Lés ministres, pas plus que nous, ne peuvent guérir ce mal incurable ; mais qu'ils le défendent ! cela révolte mon bdn sens. Je crois que vous aviez alors sur ce sermon la même optmon que moi. ^ ' -

— Assurément, dit M. Shelby, je dois avouer queues ministres poussent quelquefois les cnoses plus loin que nous, pauvres pécheurs, n'aurions le courage de le faire. Nous, nommes du monde, pouvons fermer les yeux sur bien des choses qui ne se justinent pas parfaitement ^ mais nous n'aimons pas que des ministres et des femmes discourent là-dessus à tort et à travers, et se montrent beaiicoup plus décidés que nous dans ces questions de morale et d^humanité. Maintenant, ma chère, j'ose espérer que vous reconnaîtrez la nécessité de ce que j'ai fait et me rendrez justice.

— Assurémerit, assurément! dit M"* Shelby, en tournant entre ses doigts sa montre^ d*or. Je h'ai point de' joyau de prix, ajoutât-elle d'un air pensif, mais cette montre ne pourrait-elle servir à quelque chose ? Elite a bouté' autrefois tort cher. Si je pouvais au moins sauver l'enfant d'Elîza, Je ferais volontiers le sacrifice de tout cef que je possède.

— Je suis désolé, ma chère Emilie,* je suis désolé qtié cela vous tienne tant à cœur. Mais ne vous fkîtes pas d'illusion ; l'affaire est tjonchie ; lés contrats de "Vente sont ' éignés et entre les mains d'Haley ; vous devez vous estimer heureuse que le mal ne soit pas plus grand. Cet homme acvaît en main de quoi nous ruiner totalement y m'en voilà débarrassé ! Si vous connaissiez comme moi le personnage, vous verriez que nous l'avons échappé belle.

-^ Est-il donc si cruel ?

— Cruel, non pas précisément * maïs c*e8t un hùrttttte de cuir, ne respirant que le trafic «t le gain, froid, sans hésitation, impitoyable comme la mort et le sépulcre. 11 vendrait sa mère s'il en trouvait un bon prix, sans vouloir autcun mal à la pauvre femme.

— Et ce misérable possède notre bon, notre fidèle Toori et l'enfant d'Eliza! '

— Ah ! ma chère, cette affaire m'afflige terriblement ; j'ai horreur d'y penser. Haley veut actïv'er les choBes'et ©ntrei

en pos8feffilo& demftîn. J0 monterai à cheval de bonne heure et m*en irai. Je n*aurais jamais le courage de revoir Tom. Vous feriez bien de trouver quelque moyen d'éloigner £liza, afin oue la chose se passe en son absence.

— Non, nonj je ne me rendrai nullement complice de cet acte de barbarie. J«irfid voir le pauvre Tom, que Dieu l'assiste dans sa détresse I Us verront au moins que leur maîtresse peut soufinr avec eux. Quant à Ëliza, je n'ose y penser ! Que Dieu nous pardonne ! Qu'avons-nous donc fait pour méritpr une telle épreuve?

Cette conversation avait un auditeur dont H. et M"*" Shelky ne soupçonnaient pas la présence. Un grand cabinet^ dont la porte ouvrait sur le corridor, communiquait avec Tappartement. Lorsque .ËHza avait été congédiée par sa maîtresse, son imagination fiévreuse et surexcitée Im avait suggéré 1 idée de se blottir dans ce cabinet, et l'oreîQe appliquée à iine fente de la doiaon, elle n'avait pas perdu un mot de l'entretien. Lorsque tout fut retombé dans le silence, elle se leva et s'échappa sans bruit. Pâle, firémissante, lea traits bouleversés et les lèvres contractées, on n'eût pas re* connu la douce et timide créature que nous avons dépeinte. £lle se dirigea avec précaution le long du couloir, s'arrêta un moment à la porte de sa maîtresse, lova les mains au ciel, comme pour lui faire un muet appel, et se glissa dans 8a chainbre. C'était une petite pièce propre et tranquille a,u même étage que l'appartement de sa maîtresse, éclairée au soleil levant par une fenêtre où elle s'était souvent assise jour coudre en chantant ; là, sur les rayons d'une petite biroliothèqne étaient rangés, avec des livres, divers objets de fantaisie, reçus enétrennes aux jours de Noël; là un cabinet et des tiroirs contenaient sa modeste garderobe ; là, en un mot, était son intérieur, son chez soi, 011 jusque-là elle avait «■'té si heureuse. En ce moment son enfant dormait tranquillement sur le lit d'un sommeil paisible, les boucles de ses cheveux encadrant capricieusement son gracieux et innocent visage, sa bouche rosée entr'ouverte, ses petites mains potelées étendues sur la couverture^ un doux sourire s'épanonisaant sur ses traits comme un rayon de soleil.

— Pauvre garçon ! pauvre petit ! ils t'ont vendu, dit-elle ; mais ta mère saura bien te sauver.

Aucune larme . ne mouilla l'oreiUer. Dans une teUe angoisse, le cœur n'a pas de larmes à donner ; il n'a que du sang, et H saigne en silence. Elle prit une feuille de papier et écrivît à la hâte :

« Oh ! maîtresse, chère maîtresse, ne m'accusez point d'ingratiteile ; ne méjugez pas trop sévèrement. J'ai enten-

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du tout ce qui» youi «rex dit oe aoû yonfl et itMm ti^dtra. Je

vais tenter de sauver mon eofant, youb ne m'en blâmeres pas ! Dieu vous garde et vous récompense de tontes vos bontés! »

A]prës avoir vivement plié le billet et écrit V adresse, elle ou^t un tiroir, fit des v^temens de son enfiWt un petit paquet qu'elle attacha fortement aveo un mouchoir àntotir de sa ceinture. Ses sentimens de mère la dominaient à tel point que, malgré sa terreur, elle n'oublia pas de glisser dans ce paquet un ou deux jouets favoris de l'enfant, mettant ^ part un perroquet peint de vives coulei/rs pourramuser h e<m réveil. £llo eut quelque peine à le tirer de son tranquille sommeil. Mais, après quelques efforts, il ouvrit les yeuic et se mit à jouer avec son oiâean pédant qu'elle mettait soû bonnet et son châle.

— Où allons-nous, maman? dit-il la voyant s'ayancer vers le lit avec sa petite cotte et son chapeau.

Sa mère s'approcha, le regarda avec tant de fixité, qu'il eomprit à l'instant qu'il se passait ^tielque chose d'extraordinaire.

— Silence, Harry ! nous ne devons point parler haut ; ils nous entendraient, un méchant homme devait venir prendre le petit Harry et l'enlever à sa mère pour l'emporter dans les ténèbres ; mais sa mère ne T abandonnera pas. Elle va lui mettre sa jjetite cotte et son chapeau et se sauver avec lui, afin que le vilain homme ne puisse le prendre,

. Disant cela, elle avait boutonné le simple vêtement de l'enfant, et le prenant dans ses bras elle lui répétait à voix basse d'être tranquille ; puis, ouvrant la porte qui conduisait à la vérsîndah, elle s'échappa furtivement.

C'était par une belle et froide nuit tout éUnoelante d'étoiles. L'enfant, en proie à une vague terreur, étreignait le cou de sa mère qui l'enveloppait aveo son châle.

Le vieux Bruno, grand chien de Terre-Neuve, qui dormait au bout du vestibule, se leva avec un sourd grognement en la voyant approcher. £lle l'appela doucement par son nom, et l'animal, son ancien camarade de jeux, agita la oueue, et se mit en devoir de la suivre, tout en paraissant rénéohir profondément, dans sa tête de chien, à ce que pouvait signifier une telle promenade nocturne. Une idée vague de'l'înconvenance de cette action paraissait le tourmenter beaucoup ; car il s'arrêtait souvent pendant qn'Ëliza. s'éloignait avec rapidité, regardait alternativement Êliza et la maison ; puis, rassuré sans doute par sa réflexion, poursuivait son chemin à la suite de Isk fugitive. Kn quelques mixaitea Ha ar-

rivèriBt au Mtts(|^ de l'oncle Tom, et EUza se mit à frapper doucement aux -vitret de la fenêtre.

la diant des hymnes avait prolongé le meeting jusque fort tard, et comme, après le départ des assîstans, roncle Tom s»*étfûjb donné le plaisir d^exécuter plusieurs solos, il en était résulté que, bien qu'il fût entre minuit et une heure dtt matin, lui et sa compagne n'étaient point encore endormis»

— Ciel l qu'estKîe que cela? dit tante Chloé se levant en Boxsaat et tirant précipitamment le rideau. Sur mon &me je crois que c'est Lizzj. Habillez-vous donc, mon vieil homme. Voil le vieux Bruno aussi qui gratte à la porte. Que se passe-^n donc ? Je vais ouvrir.

Joignant l'action à la parole^ elle ouvrit aussitôt, et la chandelle que Tom venait d'allumer vînt éclairer les traita bouleversés et les yeux hasards de la fugitive.

— Ah ! ciel ! vous m'effrayez, Lizzy. Ktes-vons malade ? Que vous estril arrivé?

—Je m'enfuis avec mon enfant, ongle Tom et tante Chloé. Mon ntiflitre l'a- vendu.

— Il Ta vendu l s'écrièrent ensemble Tonde Tom et tante Chloé en levant les mains au cîel avec épouvante.

— Oui, il Ta vendu, répéta Eliza fermemQnt. M'éfanjj glissée ce soir dans le eabinet attefiant à la chambre de ma maîtresse, j'ai entondn notre maître lui dire qu'il a vendu mon Harry et vous; oncle Tom, à un marchand d'esclaves ; qu'il allait monter à cheval et s'éloigner demain matin au moment où cet homme ehtreraît en possession.

Pendant ce discours, Tom était demeuré immobile, les mains élevées au ciel, les yeux grands ouverts, comme un homme en proie à utte hanucînatîon. Lorsqu'il comprit le sens dea paroles d'Eliza, il s'affaissa plutôt qu'il ne s'assit sur sa vieille chaise et laissa tomber sa tête sur ses genoux.'

— Que Dieu ait pitié de nous ! dît tante Choé. Oh ! est-il possible que ce soit yrai? Qu'urt-ildonc fait pour que massa le vende ?

— Il n'a rien fait, ce n'est pas pour cela. Maître ne voulait pas vendre, et maîtresse est toujours bonne. Je l'ai entendue plaidw et supplier pour vous. Mais il lui a répondu que c'était inutile^ qu'il était le débiteur de cet homme et que s'il ne le payait à l'instant, il pouvait faire vendre rhabitation et tous les nMrs. Oai, je lui ai entendu dire qu'il n'avfût pas lechoi:^ ; qu'il était dans la nécessité d'en vendre deux ortt de les vendre tous. Maître disait qu'il était bien fïdié ; mais maîtresse 1 si vous aviez pu l'entendre! si ce n'est p«»4kr «ma dttéliieBJU», nn ange, il n'en exista jamais.

36 lA CASfi

Je Btdâ JXM xn&llieiireiise de la quitter ainfii ; maàs je ne pais faire autrement. £Ue>-inêiiie^ a dit qu'ui^e âme^ a plus de prix que le monde entier; et cet enfant a Aine âme; si je le laisse enlever, qui sait ce que cette âme - deviendra^. Je; crois avoir raison ; mais si j'ai tort, que Dieu me pardonne, je ne peux faire autrement, ; • ' - ' . • ' > ' ;

— Eh bien ! mon vieil . homme, dit tante Chloé, pourquoi ne partez-vous pas aussi? Attendrez-vous que l-on vous emmène dans le bas de la rivière, où Ton tue les nègres à force de travail et de- privations?' «Taimerais mieux mourir que d'y aller jamais. Il est temps de fuir. Partez avec Lizzy. Vous avez une passe pour aller ■ et venir en tout temps ; allons, hâtez-vous, je vais réunir vos effets.

Tom releva lentement la tête^ jeta autour de lui un regard triste mais calme, et dit :

— ^Non, je ne partirai pas ! Qa'Eliza parte, c'est son droit. Ce n'est pas moi qui le lui contesterai. Mais vous avez entendu ce qu'elle a dit. Si mon malheur peut empêdier la vente de tous les nègres du domaine, eh bien ! que Ton me vende. Je suppose que je suis aussi capable de apporter cette épreuve que qui que ce soitj ajoutaî-t-îl, pendatit que quelque chose comme un sanglot et tui soupir ébranlaient sa lude fct large poitrine. Massa m'a toujours preuve au poste, il m'y trouvera toujours. Je n'ai jamais abusé de sa confiance ; je ne me suis jamais servi de ma passe contrairement à ma parole, je ne le ferai jamais. Il vaut mieux que je me sacrifie pour sauver tout le monde. Massa n'est point a blâmer, Chloé, il prendra soin de vous et des pauvres.

Il se tourna vers la grossière couchette remplie de petites têtes ci^pues, et son cœur se brisa. Il s'appuya sur le dossier de sa chaise, et se couvrit le visage de ses larges mains. Des sanglots bruyans et profonds ébranlaient sa chaise, de grosses larmes tombaient à travers ses doigts sur le plancher ; des larmes, monsieur, comme vous en avez versé sur le cercueil de votre fils aîné ; des larmes, madame, pareilles à celles que vous ont arrachées les cris de votie petit enfant à l'agonie ; car, monsieur, c'était un homme, et vous n'êtes qu'un homme ; et vous, madame, tout habillée de soie et couverte de bijoux que vous soyez, vous n'êtes qu'une femme, et les grands malheurs, les poignantes afflictions de la vie o;it la même amertume pour tous.

— J'ai vu mon mari seulement cette après-midi, dit Eliza debout sur le seuil de la porte ; je ne me doutais pas de ce qui allait arriver. Ils l'ont poussé à bout, et il m'a dit aujourd'hui qu'il avait l'intention de s'enfuir. Tâchez de lui parler. Djtes-lui comment je suis partie et pourquoi je s^îs partie ;

DE l'oncle TOM. 37

dites^lui que jo vais m*efforcer de gagner le (yanada i assurezle de ma texîares^e, et, si je ne devais jamais le revoir...

Elle se détourna un moment, puis repri<rd'ane voix entrecoupée par les sanglots i Dites^lui d'être toujours bon, afin de me retrouver dans le royaume des oieux.

— Appele'z Bruno, ajouta-t-elle ; fermez la porte sur lui. Pauvre animal ! il ne faut pas qu'il me suive.

Quelques mots mêlés de larmes, de simples adieux et des bëuédietions furent encore échangés ; puis, pressant dans ses braa son fils sorpria et effrayé, elle s'éloigna «ans faruit.

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