CHAPITRE VI
DEGOUTBlRTE.
M. et M"* Slielby, après leur longue diseussion de la nuit, ne s'endormirent pas immédiatement ; naturellement ils s'éveillèrent le lendemain matin un peu plus tard que de coutume.
— Qui peut donc retenir Eliza dit M"** Shielby, après avoir plusieurs fois agité sa sonnette.
M. Sbelby , debout devant sou miroir, repassait son rasoir, lorsqu'im jeune domestique de couleur entra, apportant Veau chaude pour la barbe. : '
— Andy, lui dit sa maltresse, allez frapper à la porte d'Eliza, et dites-lui que voilà trois fois que je la s^ne. Pan* VT6 fille l aiouta-t-elle en elle-même avec un soupir.
Bientôt Andy revint, l'air tout effaré.
^— Ah ! mon Dieu I maîtresse, les tiroirs d'Eliza sont ouverts, ses (^ets sont épais çà et là ; je crois qu'elle est partie.
La vérité traversa oon^me un éclûr V^esprit de M. et de M— Shelby.
— Elle a eu des soupçons et elle a fui, dit M. Sbelby.
— Dieu soit loué ! dit M"* Shelby. Puissieas-vous dire vrai!
— Etes-vous folle , ma femme, pour parler ainsi ? Si c'était vrai, je me trouverais dans la situation la plus embarrassante. Haley a remarqué mon hésitaticm à lui vendre l'enfant, il pensera que j'ai été de connivence avec Eliza pour le faire disparaître. Cela touche à mon honneur. Et M. Shelby sortit avec précipitation de l'appartement.
— Un instant après, il y eut grande rumeur dans la maison ; on poussait des exclamations, ou ouvrait et fermait les portes ; par ei, par là, se montraient des figures de toutes couleurs. La seule personne qui eût pu jeter quelque lumière
dbyGOOgI
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eur cette affaire se renfermait dans un complet silence. O'é^ tait tante Chloé, la ctÙBÎnière en chef. Sans prononcer une parole, un nuage de tristesse répandu sur sa figure na^ère si joyeuse, .elle préparait les biscuits pour le déjeuner^ comme si elle eût été étrangère au tumulte qui se faisait autour d'elle.
Bientôt une douzaine de jeunes diot^lotins noirs copomo des eorbe^ui; se ^rchërent sur les grilles de la verandah, 86 disputant à qui le premier apprendrait sa cL^convenue au maître étranger..
— • Je parie qtf il en deviendra fou, dîs^t Andy,
— Comme il va iurer l disait le petjt Jack. ,
— Oh ! pour cela, c'est son habitude, dit à son' tour la petite Mandy. Je l'ai entendu hier pendant le dîner.». J'étais cachée dans le petit cabinet où maîtresse place les grands vasetf) j'^Mitenan jusqu^ïiu déplier mot. — Et Masi^, que de s» vie n'avait ooxnpris plu3 qu'un chat noir la signification d'u)} mot, se, mit f^ prendre des airs.d'iniportance^tà se pavaner, oubliant d'ajouter que, bien qu'elle mt cachée panai les grands vases, elle avait ^(ma\. pendant tout .Le temps.
^lAnd enfin Haley parut, botté et éperonné, il ftit salué 4e toutes parts par rannonoe de son nialheur« Les petits ' dia4)lotins de la vérandah ne furent pas. désappointés dans leur attente. Il se mit à jurer avec une volubilité, une. énergie qui |eé réjottît beaucoup. 11$ tournaient et, cabriolaient autotir de lui, en ayant som de Be tenir hors de la porti^ de son fouet ; puis, poussai^ ensemble un immense éclat ^c roe, ils'«e ptôcipkèrent sur le gazon au devant de la véraadahy èii ÎU continuèrwt, par leurs culbutçs,.l$^u^s gestes et leurs cris, à exprimer toute leur satisfaction.
-*- Ob ! si je tenais ces p^rtâts diables \ mupiiuyait, Haley entre ses dents.
— Mflâs tous ne les tenez pas, dit Andy avec un geste toiemphant, et faisant au malheureux nip:cha(ikd«^ aussitôt qu'il eut le dos tourné, une série d'indescriptibles et grotesques gtimaees, en ayant soin de se tenir hors de sa portée.
•—Voilà uue singulière aff^rc^ monsieur Shelby, dit Haley, entrant brusquement au salpQ. H p^aU que laipar ' teronne est partie s^vec son enfant.
— Monsieur Halëy, vous êtes en préiienoe de Qiadame Shelhy, dit M. Shelby.
«— Je vous demaode parden, madame, dit Haley en s'indinant légèrement^ avec un hideux froncement de spureils. Mais Toilà, je le répète, une singulier^ aouye^le. Ëstn^e
DE L*ONCLB TOM. 39
^ Monsieur, dît M, Shelby, si vous voulez conférer avec moi, veuillez observer les çonvecanoes et vous conduire ea sentlemau. Audy,^déb^rxafi3ez monsieur de son ehapean et de son fi;>uet. Preneîç un fûége» moi^sieur.^ Je vai» désolé, monsieur, â' avoir à voua dire qu'en effet la jeune femmâ, ex^ citée par des rrunet^rs, ou ayant peut>êta:e entendu notre conversation, a fui pèiidant la nuit en emportant son enfant.
— Je m'attendais je l'avoue, À ce qu'on agirait fraaehemeut avec moi.
— Que signi^e cette rf^nwque? répondit aigrement M. Shelby on se tournant vers le murohand. Lprequ'un homme met ^questioif mo^ jionneur» je n'ai qu^une réponse à lui fairéY' ,. ■''-*/
^ A oette menace, H.aley changea de tpn et se contenta de dire qu'ayant conclu loyalement un marché, il lui était dur de se voir ainsi mystifié.
— Monsieur ^aley, dit M. Siielby, si je n'avais compns la juste cause de votre désappointement, je n'aurais point tdlé» ré votre façon grossière et inconvenante de- vous présenter dans mou salon tout à l'heure. Cependant, quelles que pui»sent être les ^^pparenoes, je ne souffrirai aucune insinuation tendant à établir de ma part une connivenGe peu honorable avec la fugitive. Je suis prêt, d'aiUeurs, à mett|p h votre disposition mes çjïevau^ mes serviteurs, et k vous, aider dft tont mon pouvoir à recouvrer votre propriété. Ainsi, H^ley,^ djt-il, quittai|t le ton de froideur et dé, dignité qu'il avait conservé jusque-là-,' et reprenant l'air franc et ouvert qui lui était habituel, ce que vous avez de mieux à faire pour vous tenir en belle humeur, c'est de djéjeuner. Nous verrons ensuite ce qu'il y a à faire.
Madame Shelby se leva* s'excusa sur des eugagemens qui rempêchaîent de leur tenir compagnie, et, chargeant . une respectable mulâtresse de servir ^le café, elle quitta le salon»
— La bonne danie n'a pas l'air d'aimer beaucoup votre hnmblc serviteur, dit Haley en a'efforçant maladroiteineat de prendre un air dégagé.
— • Je n'ai point l'habitude d'entendre parler de m& femme avec TiTie telle liberté, dit sèchement M. phelby.
— Je vous demande pardon. Je voulais plaisanter, dit Haley avec un sourire contraint. - . ^
— Il est des phuBanteries peu agréables, et ceUe-ci es£'du nombre, répliqua M. Shelby.
— Comme il est fier, maintenant que j'ai signé ; que le diable l'einporte ! Comme il a changé dQ ton depuis hier, monuara Hal^ tout \tM eutite «e» d!»ot«. .
Jamftis chate de prômier nùnistre ne produisit autant de sensation à la cour que Id iiotivelle de la vente de Tom n'en produisit patsai ses compagnons do servitude. C'était le sujet de toutes les conversations. A la maison, aux champs, on ne faisait autre <^hos6 fue d'en discuter les résultats pro* bables; La fuite d'Ellea, chose inouïe dans la ploiltaâon, venait encore ajouter à l'excitation générale.
Sam-4e-Noir, comme on l'appelait communément, parce qu'il était d'une couleur trois fois plus foncée que ses.camar rades de la plantation, était en train de réfléchir sur eette aventiure ; il en appréciait les phases et les conséquences probables, dans leurs rapports avec son intérêt personnçi^'avec une profondeur de -rues, une sûreté de coup -d'œilc^ eussent fait honneur au politique blanc le plus exercé <fe Washington,
— Un mauvais vent souffle de ce côté, c'est un fait, dit-îl sentmicieusementen remontant son pantalon et remplaçant par un clou un bouton de bretelle avec un effort de génie qui paraissait hautement le réjouir. Oui, un mauvais vent Bovim^ de ce côté, répét»-t^il. T<msl est partî» voilà une place pour un autre. Et pourquoi ne serais-je pas cet autre? C'est une idée l Tom s'en allait par le pavs, bottes cirées et passe en poche '^^est un fort agréable métier. Pourquoi ne le ferais-je pas aussi bien que lui ? C'est ce que je voudrais savoir.
— Holà! holà! Sam, massa désire que vduë attrapiez Bill et Jerry, s'écria Andy en interrompant ce soliloque.
— ASe ! Qu!y a-t-U don© de nouveau, mon petit ?
— Quoi! vous ne savea pas? Eliza a pris la elefdes champs, emportant son marmot.
— Vous voulez en remontrer à vtytre grand* mère, reprit Sam avec un air de mépris. Je le savais avant vous. Nègre pas si bête!
— Bien. Dans tous les cas, massa vous ordonne de préparer BUl et Jerry. Vous et moi devons accompagner massa Haley à la poursuite d^Eliza. '
— Bon ! voilà le moment, dit. Sam. Ils s*«di«aeent à moi, je suis leur hopame. Vous verrez si jo no l'attrape pas. Massa verra ce que ]q sais faire.
— Vous ferez bien d'y réfléchir à detx fofe, wprit Andy. Maltresse ne. veut pas qu'ËUza soit reprise ; ainsi, gare à votre laine ! -,
-^ Aïe ! dit Sam, écarquillant le» yeux ; comment savezvotts œla ?
— Je le lui ai entendu dire moi-même ce matin eh apportant à maitre l'ean povr la baiiie* Klle m'avait envoyé dise
DB lV»vclb tom. 41
À lix^y de vonir Vhabiller. Quand je lui ai appris sa i^te,
elle s'est écriée : Dieu soit loaé ! Massa était comme enragé. Il a dit à sa femme : Vous parle? comme imelblle» Mais elle lui fera entendre raison ; je sais oeqn'il en est^Il vaut mieaz se mettre dacôté de maîtresse, croyes^noi.'
Pendant ce dialogue, Sam4e-Noir grattait sa tête laineuse, qui, bien qu^eUe ne Venlermât pas ime grande dose de sagesse, n'était pas dépourvue de ce bon sens vulgaire commun aux politiques de tout MBite etde totrt; -{Mys^ qui consiste à savoir par&ûtement «de qooL o$té le pain est beurré. » Aussi, tout pénétré de cette grave eonsidératioa, il doQUa une nouvelle secousse à son- .pantidoii, ce qui était sa iù^ôdé ordinaire de s'^assifter ^ans ses pev^^eiSftéfl d^^sprit. jh • '-
— On n*68t jamais sûr de rien en ce monde-ci, dît-U enfin.
Sam appuya particulièrement sur ee densier mot, oomoie s'il eût eu une grande expérience des averses sortes de mondes.
— J'aurais cru que maîtresse mettrait tous ses servîtenrs sur pied pour rsliotiver EBkb, ajouta^t41 d'un air pensif.
— Assurément elle le ferait, reprit Ajidy. Veus ne comprenez rien; vous ne verriez pas à tuavers une échelle, nègre stupide ! Maîtresse ne veut pas que massa Haley puisse s'emparer de l'enfant de Liz^.YoSàœ qu'il en est» ' '
— Aie 1 exclama Sam avec une intonation indicible, eonnue seulement de ceux qui'ont habité parmi les noirs.
— Je vous dirais bien autre chose encore, reprit Andy, mais je vous engage à vous bâter d'aller eheroher^lbft' chevaux. J'entends maîtresse qui vous appelle. Vous avez assez bavardé.
Là dessus Sam se mit sérieusement à la besogne, et un instant après on le vit arriver an grand çalop avec Bill et Jerry ; sautant lestem^t à t^rre avant qu'ils eussent la pensée de s'arrêter, il les fit approcher d'un poteau et les y at^ tacha. Le cheval d'Haley, jeune poulain fort ombrageux, ruait et bondissait, tirant fortement sur son licou.
;— Ho ! ho ! disait Sam, vous êtes chatouilleux ! Et son noir visage s'illumina d'un éclair de joie inaligne. Je vais bien tous faire demeurer tranquille, dit-il.
Un grand hêtre ombrageait cet endroit ; des faînes aiguës joncludent le sol. Sam en ramassa une, s'approcha du poulain, se mit à le caresser et à le flatter, paraissant fort occupé d'apaiser son -agitation. Sous prétexté d'ajuster la Mlle,'il glissa adroitement dessous la petite faine aux arêtes
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trsnâiMHtMf ûè fn^n qw^U mdndre^ ptAàa devait ttattuéllr raept irriter la «nsêeptiMlbê nervense de ranimai, sans lais* wr de trace ni de blessure visible.
— Voilà comme je les apaise ! dit-il en reniant ses yens d*nne façon significative.
En ce moment) M"" Shelby parut an balcon et lui fit signe d'afyproobet. Sam s'avança, anssi déterminé à fairç sa oonr qne le peut être mor soUicitenr de 'Saint-> James oti de Wflahin^oQ.
— Pourquoi ave9*-v«u0 tarie si longtemps, Samt J'avais envoyé Andy vous dire de voua bâter .•
— Dieu von» bénisse, mahresse ! dît f^am, les chevmas^e 86 laissent pas ainfei prendie en ime inimité. Us étai^^iies* cendus jusqu'aux pâturages du sud, el> Dieu $mt si c^estprèa d'idi
— Sam, combien de fois ne voua ai>je pas recommandé de ne point dire à tout propos *. Dieu vous bénisse ! Dieu sait, etc., eto. ? œla^st vuà.
— Ob l Dieu bénisse mon âme, maîtresse I je l'avais œtblié ; je ne le dirai ploa.
— Mais, vous ve&ez de le dire enoore !
— L'ai-je dit? ob l Dieu î... Je n'en avaii pas rintention.
— Voue devez y prendre garde^ Sam.
— > LaissesHiioi yespircr, maîtresse, et je votis promcte do fare attention.
— Sam, vous ailes suivre M. Haley, pomr lui montrer le chemin et l'assister dans ses recherohee \ ayez bien soin des chevaux, Sam ^ vous savez que Jorry boitait un peu la semaine dernière ; nt hs féitn va» êUer trop vite:
M"* Shelby prononça ces demlefe mots d'un ton phia bas et en appuyant sur chaque cQrUabe.
— Comptez sur moi pour cela ! dit Bam en. rouhmt.acB yeax d'une façon pavtlêtdière. Dieu soit... ÂSe f... Je n'ai pas dit cela, dit*il«i arrêtant tout à coup sa respiration avec une démonstration de terreur ei camiqUA que M***^ Sbelbj ne put s'empêcher de rfre en dépit d'elle-mime. Oui, maîtresse, j'aurai aem des chevaux.
— * Maintenant, Andy, dit Sam en retournant au hêtre, je ne serais pas surpris du tout que le cheval du gentleman fttun saut lorsqu'il voudra le monter. Les ehevanxfent quel* quefois de'ces choses-là, vous savez. Et il accompagna œs mots d'un oenp de coude dans les côtes d'Andy.
'-< Aie 1 a'éeria Andy^ qui eut l'air de comprendre parfaitement.
— ' Décidément, Andy, maîtresàe vent gagner du temps ; cela est évident peur un obeervateur des plus, ordinaires. Je
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f^ftl quelque chMe peor elle. Dét«ehe« les c^ran^ et làld- 8«z4e8 courir dans le boia là-bas,^ je ▼otw assure que massit ne partira pas de sitôt.
Andy semîtàrâe.
— Vous savez, Andy, vous savei ; si la i^Uf de tn^tfêa Hiiley fait desdMBcnltés pour se laisscf monter, Yous et mol quittons aussitôt les nôtres pour l'aider. Oh î comme nous V aiderons ! Là-deelsu» Sam et Andy, renversant leurs têtes sur leurs épaules, se livrèrent à des rires immodéréis, faîr sant claquer leurs doigts et pirouettant sur leurs talons avec beaucoup d'agrément.
Ea ce moment, Halev pamt sous la vérandah. Quelqueë tasses id'esLoellent café ravalent adouci ; il riait et causait ef
Paraissait d'une bumeur charmante. Sam et Andy, oocupéd arracher quelques feuilles de palmier dont ils avaient l'habitude de se ooiifer en guise de chapeau, coumrent à leurs montures afin d'être prêts à aider massa.
Le couvre-chef de Sam n'affichait pas grande prétention. De ses bords fort peu tressés s'échappaient et se dressaient des feuilles pointues qui lui donnaient un air de fierté eft d'indépendance que n'eût pas désavoué un chef F^«e, Celui d'Andy ik*avait mus de bords, mais, d'un tout* de main fbr^ adroit, il en enfonça ce qui restait sur sa ^té, parut enchanté de cette coiffure, et avait l'air de dire: Que Ton viemaenrétendre que je n'aipas de chapeau î
•^£m bien ! enfans, dit Haley, bâtons-nous^ po^ n'avons pas de temps è^ perdre.
— * Pas une minute, massa, dit Sam, lui mettant les rêne« dans les mains et tenant les étriers, pendant qu'Àndy détachait les deux autres chevaux.
Haley n'eut pas plutôt touché la seQe, que son cheval fil tua bond si brusque qu'il Tenvoya tomber de tout son long à ââx. pas de là, sur l'herbe douce et sèche. Sam, poussant des eris ai|ÇD8, se précipita pour saisir les rênes, mais ne réussit qn'à chatouiller la tête et les yeux de l'animal avec les p<»nte8 de son chapeau de palmier, ce qui ïe rendit tout ^ fait indomptable II renversa violemment Sam, et, poussant deux ou trois hennissemens, il s'élança .vers lé bâfe de la prairie, suivi par Bill et Jerry, qu'Andy n'avait pas manqué de lâcher, selon leurs conventions, en les stimulant paf ses exclamations. Une scène de confusion subcéda à cet incident. Sam et Andy couraient et poussaient des crîs ; les ohiens aboyaient de cOté et d'autre ; Mtke, 'Moïse, Mandy, Fannv, tous les petits noirs de rhabitation, mâles et femelles, se précipitaient sur leurs talons, hurlant, battant des mains et montrant un «èle fort peu de saison. Le cheval d'Haley,
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trë«*vlf «I trèsMaitB3HgaBlv*P>'^^st^^^^^/^^^ infinîtoeiit de plaisir dans^es^srit deéeÊte soèfne. Ayant pour thé&tare de ses ébats une pâouse de-fêè^ dPim nûilê^de long bordée de ohaqfteo^pfur on bois, ilpr^fid un inalm plaisir à TOir jnsqWà quelle oistaace il peut. se laisser approober, et, quand on est près de le saisir^ il fait un bond, f^Gwuse un hennissement et s'enfuit dans quelque aQée du bois. Rien de plus héroXquQ que l^s efforts coe Sanl poiii? qu'aneun des chevaux ne fût repris en temps. utile. Comme Tépée de Richard Cœur-de*LyoUt quibsiUaitrtonjonrs aujdus fort de la mêlée, les feuUles. de palmier du chapeau de ^m flottaient partout oit, nu des <^eYaux..oourait quelque danger d'être saisi.- Il s'écriait alors : Ia Toi(n I attrapéz-le I attrapes-le ! de façon à , le fairefuiiT infailliblement.
Hal^y^^Qurfut de çà, de là, jur^nt^ maugréant, frappant du pifid^ il. Stelby . s'efforçait en vaûi d'envoyw des orares (ka naut du bakon, et M"* Shelby, de la fenêtre de sa chambre, revenue de sonétonoement, riait de bon coeur, oomprenant ce qu'il y avait au fond de toute cette confusion.
A. la jSn» vers midi, Sam apparut triomphant, mcmté isur jerry et conduisant le cheval d'Haley, ruisselant de sueur, mais dont les yeux étincelans, les narines dilatées, montraient aasea que ses instincts d'indépendance n'étaient point ^mpj^és^
— n est pris, s'écriùt Sam d'une manière triomphante ! Si je u' avais pas été là, Ils n'eu auraient pu venir à bout ; mf^s je l'ai attrapé.
•<- VoifUi l grpmméla Haky, d'un ton fort peu gracieux. Sau» TOUS, tout oect ne fût. point acrrivé.
— Pieu vous bénisse, massât dit Sam d'un ton profondément obligé; moi qui viens de courir au point que la sueur dépoule de tout mon corpal
^-C'estbien, c'est bien ! ditHaley, vous m'avez fait perdre trois heures aveo vos sottises. Maintenant, en route, et plus de folies.
— Ah ! massa, s'écria Sam d'un ton suppliant, vous Voulez donc nous tuer tous, bêtes et gens. Kous sommes sur le point de tomber d'épuisement, et ces pauvres créatures missèlent de sueur. Il est impossible de songer à partir avant le dîner. Le cheval de massa a besoin d'être pansé, voyez comme il est éclaboussé ; Jerry boite aussi. Pensez-vous <|ue maltresse voudrait nous laisser partir de cette sorte ? Dieu vous bénisse, massa ! nou^ rattraperons le temps perdu. Lizz y n'a jamais été une grande mardieuse.
M"* Shelby, qui, à sa gprande satisfaction, avait entenda cette conversation de la vérandah, résolut déjouer son rôle.
Elle B^ftta&ÇA ver» Hale^r, hn exprima ses regrets de raocideut qui Tenait de lui arriver, efe le pressa ^e prendre part aa dîner, ajoutant que Von allait' flerrir.
Après queues iUfttass d'Kéfiitation,.HaiBy, grimaçant un sonriie, se dirigea vers le parloir, tandis que Sam, roulant derrière lui les yeux d'tme façon încBcH>le, conduisait lentement et gravement les chéfvsnx ii Fétable.
— L'avez- vous vu, Andy, Tavez-vous vu? dit Sam, aussitôt qa'il eut atta^^ le ofaeval. Dieu ! cela v«lait nn meeting de le voir sauter, rouler, jurer après nous." L'arez-vons entenia? Jure, rjune, vîeoik coquin-, medisais-je en moi-même. Tu auras bientôt ton cheval! attends que je te l'amène. Dmt'Andy, il ine semble encore le voir ! Et, s* appuyant contre le mur, Sam et Andy riaient k se tenir les côtes.
— 'Avez-^vosoA VQ qiAels regards furieux il m'a lancés lorsque je lui ai am^i le obeval, ? Dieu ! je crois qu'il m'aurait tuë, s'il l'avait iisé. Et moi qui paraissais s! innocent, si humble.
— «J^veasaivu, Sam. Un vieiix singe ne vous taûdrait pas en semblable occasion/
— Je le crois. Et mattresae, l'avez-vcms vue cotnme elle riait à sa lenêtare d'en haut?
— Je n'ai rjen vu, dit Andy, je courais si fort.
— Voyes>vo»s, AiMly^ reprit Sam en lavant le* cheval d'Haley, j'ai ce qu'ils appellent l'habitude de Yobier^)ation, C'est une fort importante chose, And^ ; je vous recommande de la cultiver pendant que voua êtes jeune. — Levez ce pied de derrière. Voyez, Andy, c'est Vob$ervation qtd fait toute la différeae» d'u* nègre à un autre. N'ai-je pas vuqud vent soufflait ce matin ? H'ai^je pas compris le désir de maîtresse, bien qu'eUe ne me l'aitpoiat manifesté ? Voilà ce que c'est que Vobttrvaiiw»^ Andy. C'est assurémeoit ce que l'on peut appeler une faculté. Les facultés ne sont pas les mêmes chez tous les hoBomes, mais en les cultivant on peut aller loin. -^
-- Il me semble qud si je n'avaâs un ^wu aidé ce matin à votre o&«eroal«on, vous n'auriez pas aussi facilement trouvé votre ch«aain« reprit Andy. '
— Aadyy voue êtes ua gaarçon qui promet, cela ne fait pas de doute.. J^ai xme easeellente opinion ■ de vous, et ne rougis pas da aoivre vos ooiiweils. On hs doit faire ft de personne, Andy, car le plus rusé troove souvent son mftître. Allons à la maison maintenant, oà nuaHrésseï j'en 8fds sûr, nousré- 8^ve^«n bon xaoroeaio.
. CHi^HTRE Vn.
lAt T&lVSB»D'UllKieBB&
H est impossible de se représenter une craatui'e humaine plus désolée, plus malheiûreuse qu'£Hza lorsqu'elle quitt« U case de Toncle Tom,
Les souffrances de son mari, les périls auxquels fl allait se trouver exposé, le danger qu'elle courait elle-même avec son enfant, tout cela se couibndait dans son esprit avec les regrets qu'elle éprouvait de quitter la seule maison qu'elle eût jamai» connue, de renoncer à la protection d'une personne chérie et vénérée. Puis elle se séparait de. tous les objets qui lui étaient familiers : le lieu où elle avait grandi, les arbres sous lesquels elle avait joué, les allées où elle se promenait si souvent, le soir, dans.des temps plus heuteux, au bras de son j«une mari. Tous ces objets, dans cette claire et. froide nuit, semhlaîent prendre une voik pour lui reprocher sa fuite, et Jl«i4enaiir der comment elle pouvais les quitter.
Mais l'amour materael, porté jusqu'il la frénésie par la considération du danger, l'emportait sur tout cela. -Son enfant était assez grand pour marcher h ses côtés \ dans toute autre circonstance, elle se fût bornée ^ le oondaire par lu main. Kh bien l la pensée seule de le raetti?e à terre la faisait frissonner, et elle le serrait sur son soin d'une étreinte convulsive, taudis qu'elle dévorait rapidement l'espace.
Le sol glacé craquaiit sous ses pas, et elle tremblait À ee bruit. Le plus léger frissouhem^^t^ des feuilles, l'ondulation des ombres lui faisaient reÛuor le sang vers le cœus et accéléraient sa marche. Ello s' étonmut elle-même de la force 4ont elle se sentait douée. Sou enfant lui semblai). uusëi Irgor qu'une plume, et chaque accès àfi frayeur semblait aocroiti» lapu&-> sauce surnaturelle qui la poussait eu avaut^ti^ndia ^«e de «es pâles lèvres s'échappait cette invocation à l'ami qui e«t en haut : Seigneur, aidez-moi ! Seigijour sauve«-moi 1
Si c'ét;iït votre Harjv, tendre mère, on v>otre ^latit Will, qui dût vous être ravi duniain matin par un marchand brutal *, si vous aviez vu cet homme et appris que les eMUrats étaient signés et échangés, et que vous n'aviez qse d^^uia mmuit ju4>qu'au matin pour fuir, avec quelle vitesse n'eussiez vous pas marché ? Combien de niUl^ u' auriez- vous pas parcouru dans ces quelques heures, avec l'enfant sur votre sein, sa petite tête endormie sur votre épaule, ses deux petits bras jetés avec confiance autour de votre cou.
Car l'enfant donnait, Dabord la nouveauté et Ja crainte
]>E vmmM *sou. 4r
Fa^idflfit Igao ifèSlé; maift ea mère réfAsoêt ni tfmnent jmqm'au moSn^ébre bniH de sa re5pîratî0B, elle lui avait tant répété ' que «*il demenrait tranqtdlle efle le satirerait, qu*iï s'était doucement suspendu à son cou, seetmtentant de demander ayant de fenner leà yenx t
— Ma Dïère,' i« n'itô pasbesmrit'dè «elhciiil** ï5Veî!lé/tfeà» eepa»?- ■ ' " • ■^"^''-" '-'•' ■'.^■'■' "•' ^
— Non, mon chéri, dormes si vônsTOciefe. ' -'-
— Mais, ma mère, «i je m'endors-, vons ké me ïfiiÎBêfeté« pas emporter ? - i» • • * - ;•'
— Ntjn, ]^o«i*yii due Dieu mt sbft feh Mdel dftr la ïùèrè en pftîiesftat, et ses grands yeux noirs hiSUant dHuiplns vif éclat.'^' V f - -^ .r *-
— Vous en êtes sûre, n'est-ce pas, mère ? ' " ' '
— O»!, géré, dit !a mère d'ime Voix ^nrïafefotiblfl Vnsque dsftift ses ea:^a!Ues, car efife semblait veiSr <!Pnn éspm intérieur quîné ftiîsaît point piirtié d'cîle-mime. Ktl^enfatit' lalsea tomber sa petite tête fatiguée surTépauîë de sa mère et s'endormit. "-''" ' -^'^-'i ■ ' '' • ^' ' •' " ■"'
La pression de ses petits brais di's^uds, 'th' dàucfe t«spîrati(«i qui venait cbatouîHer le «ou d*Elî^ë^lÂccrbissaîent son a3<deur ; • chaque mouvement de ce petit être endoVro^ et ctmftasft -agissait Sur elle comme lin courairt éfectrïque. Biibiime enQ^ré de l'e^xrit sijr là jnatîère, .qui peut" rendre la cHaîr inêeusible, changer les nerfs eii acîer et donner une teïîe pîihsAnee aux faibles. '- . ^ . . ~
Les Sttrîtés delà ferme, le bosquet, îe petit bols passaient à cdté d'elle comme dani un totiÂtilon- i inesttre qu'die avançait, et néanmoins elle allait toujoùi-s, perdant de vue l'un aptes l'^u^re chaqée otj«t familier, jfie ralentissant p&s sa eecupse, ne s'arr^tant pas, jusqu'à ce cj^ue le^ prërtàèrès lueftrt deFaurbire là trouvassent sur tegrand chemin, à plusieurs miEes' de (Kertance dé tout ce qu'elle connaissait. ■' '
Elle était souvent allée , avec sa mattresse, visiter qt^elqnes ébnnaissances au 'petit village de T..., non loin du . neuve Ohio, et connaissait parfiiîtethent la routé; Arriver là, pafi8€ft*rOhs6, telle ftit la première ébauche de son plan d'évasion; à^èi cela, elle ne pouvait qu'espérer en ï)îeu.
Quand les chevaux et les voitures commrencèrent à se mouvoir sur la route, avec cette vivacité de perception inséparable d'ane grande excitation elle comprît que son pas précijflté, son air effaré pouvaient attirer sur elle les rém arques et les -soupçons. Elle mit donc son fils à terre, rajusta son bonnet et ses vêtemens et continua de s'avancer aussi vite qu'elle le pût en sauvant les apparences. Elle avait dans son petit paquet une provision de gâteatix et de pommes.
4A, ' 'UkJB,ms -
Elle a*aiâ8«,;{>Q«r «làmuler la vitaue âetoaentot, de-finirô rouler à qttelij^utftpftsdsvaiit lui uuapomm^ qu'il courait ra« xnas9âr. Ç^t^ ruse «omvsnt répétée lui fit paaroomrir rapiâe-
Au bout d» quelque tempst ilB-aRÎTèrent à va bo» épaû aatn^yew duquel eoulait-dn munnunuBit cm ciair ruifiBeau. L*enfaut se plaignant alors de la faim et de la soif, elle pats» avec; lui par«des»M lakaie, et,B'asieyant'derri^w\m roolier qui la dérobait à la vue des passans, elle Itd donna un ^^éjenûer tiré de aes petites provisions. L'eîifuit s'étoimait et s'affligeait, de no la point, voir manger, et quand, lut entourant le co^ de. ses petits .bras, il essaya de lui faire entier quelques morceaux de son gâteau dons la boudie, il lui sembla- qu'elle allait suffoquer.
— ^on, non, Harry, mon eofant chéri^ votve mère ne po«ura rien «uwger avant que vons soyez en sûreté. Il nous faut allett aller, jusqu'À ca que nous arrivions à la rivière. Fuis elle Tentraina sur laxoute et s'efforça de aauveau de marcher d'un pas -assuré et régulier.
DéjàeUe avait dépassé de plusieurs milles tout voieinsige où elle fût personneUeïoaent connue. Elle réiiohissait ^d'ailleurs que si le hasard l'amenait en présence de quelqu'un de eonnaissance, la bienveiUaiice mar(|uée avec laquelle eUe avait toujours été traitée dans la famille SheJiby éloignerait tout spupçon de fuite. Comme ^e était assez blanm pour qu'on ne pût s'apercevoir de son origine métisse sans l'e^a» miner de pfj^s* comme scm fils était égalemeoat Idane, il lui était l^auooup plus f s«ile de passer sans êtce. remarquée.
Sur cette présomption, eile s'arrêta à midi dans une petite ferm? pour prendre un peu de repos et acheter quelques allmei^s pour eUie et sou enfant. Le. danger, d'ailleurs^, dwninuait avec la distance ; la suresoitation de son svstàme nei^ veux s'était apaisée peu à peu, et die ooiaanençait à ressentir les atteintes de la fatigue et de la faim.
La bonne fermière, bienveiHantct et un peu bavarde, n'étaîl pas fâchée de trouver avec c[ui jaser ; elle accepta sans examen les déolarations d'Ëliza, qui lui dit « qu'elle allût à quelque distance de là passer une semaine chez des amis, » ce qu'elle espérait bien, dans son dodva:^ devoir être exactement vrai.
Une heure av.ant le coucher du scdeil, elle entrait dans le petit village de T...,. sur rOhio« harrassée, les pieds meurtris, mais le cœur encore plein de courage. Son premier regard se porta sur le fleuve, qui s'étendait, comme ,1e Jourdain, entre elle et la Chanaan de liberté qui lui apparaissait sur la rive opposée.
DB L'eSdLB «OM. 40
Oitétaît-àla ^ âerhîrer, etrOhîo était gonflé et ta-
mQlta6iix.{ de grands blocs de glace flottaient et se balançùent lourdement stir ses eaux botorbenses. Par snite de la configuration de ses rives du côté du Eentucky, où la terre s'avance en coudes saillans dans les eaux, d'énormes amas de glace s'étaient amoncelés là, obstruant l'étroit canal où est resserré Id fleuve en cet endroit^ et y formaient une sorte de grand radeau flottant couvrant presque toute la surface des eaux, d'une rive à l'autre.
Sii^a s' arrêta itn instant, contemplant ce défavorable aspect des choses, qui devait, elle le comprit aussitôt, interrompre la oirôulation habituelle du bac, et se dirigea vers une petite auberge située sur le bord du fleuve pour prendre quelques renseignemens.
L'hôtesse, occupée de diverses opérations culinaires pour le rspas du soir, s*arrêta, la fourchette en main, en entendant la voix douce et plaintive d'Ëliza. *
— ^'est-ce que c'est ? demanda-t-elle.
— N'y a-t-il pas un bac ou un canot pour passer à B..»? ditEHsa.
— Non , répondit rhôtesse ; les bateaux ne marchent plus.
L'air d'inquiétude et de consternation d'Eliza firappa lliôte886, qui' lui dît :
— Vous- avez besoin de passer ? Vous avez quelqu'un de malade pevt-ètre ? Vous paraissez bien inquiète.
•^ J'ai UB eoDfent qui est en danger, reprit Eliza. J'en ai reçu la nouvelle seulement hier au soir, et je suis venue jusqu'ici sans m'arrêter, dans l'espoir d'y trouver le bac.
— Ceat malheureux, dit rhôtesse^ dont la sympathie était vivement excitée* J'ea suis réellement oonstemée. — Sàlo- Qum ! ft*écria-t-éUe de la fendtre.
Un bonmie en tablier de cuir et avee des mains très-sales parut à la porte.
— Eh bien I Sol, est-ce que cet homme va passer les tonneaux ee soir ?
— Ha dit qu'il essaierait, pour peu que cela fût possible selon la^ianidenoe, répondit l'homme.
— Il y a un homme ici,près qui a Fintention de passer cette nuit des marchandises, s'il l'ose. H doit souper ici ce »>ir. Vous feriez bien de vous reposer un peu en l'attendant. Vous ave^ là un charmant petit garçon, ajouta l'hôtesse en offrant un gâteau à l'enfant.
Mais celui-ci, tout à fait épuisé, pleurait de lassitude.
— Pauvre petit ! il n'a pas l'habitude de marcher, et je l'ai fait aller si vite ! dit Eliia.
--^^h Uml «ttÉnenAe-tle danB cette 0liiite%i«, ait 11i(^teaBe en ouvrant une petite chambre à coucher dans liiiquelle se trouvait un boa lit)
EH«ft déposa l'enfant sur ce Ht et prît sesr mains dans les fi^enjieè jusqu'à ce qu'il fàt endormi. Pour eMe fl n^était point de repos. Sans cesse obsédée par la pensée qu'elle était pour- Buivie, elle jetait des regards impatiens sur ces eaux agitées qui la séparaient de la liberté.
Mai» il nous'faut la quitter un moment' icî> potir revenir à ses poursuivans.
Bien que M"^* Shélby êût promis que le dîner serait ^romptement servi, on vit bientôt, comme on l'a vu souvent, qu'A , faut étrfe plus d'tin pour conclure un marcHé. Ainsi, quoique l'ordre en eût été doimé en présence d'Haley, et porté à tante Gbloé par une demi-douzaine de jeunes messagers, cette dignitaire, grotnmelarit et secouant la tête pour toute réponse, se mit à procéder à, ses opérations avec uo, calme et une lenteur qui ne lui étaieut pas habituds,
D'aflléurs, Une impression semblait généralement r^giiear parmi les dp|»estiq9«» : c'est qœ mfidame m ser*âjt point contrariée du retard ; et on ne saurait se faire une idée da nombre d'aetiideft* qui vinr^t^ coup sur çouç entray^r le cours deà choses, tîn infortuné garçon eut le paàlheur de renverser la sauce ; t#ntè ChW fyt> s>\>U^ d^ la^regoiîtimencer, ce qu'elle fit avèGjboiitle #ojn voulu,. U eurvelUant-çt 1» tournant av^ une précision calculée, et repondant hrièvei?ierit, lorsqu'on rinvitait à se hâter, qu'elle ne ferail; jamais servir sur la table .de sauce mal faite^ fdt-cé pour aider
?uelqu'un à faire vçfi& bonne capture ; Tun fit la culbute avec eau et dut retbuimer ^ 1% fontaine .{lui autre jeta le beurre sur le plancher ; de temps à autre 04 ^ppwtajt ^n j3C£CD>ant à la cuisine la nouveUe que maasa Haley était fort ennuyé, qu'il ne pouvait tenir en place, qu'il ne faisait q»' aller et venir d'une fenêtre à l'autre et à travers le vestibule.
— C'est bien fait ! disait avec indignation, taata Chloé. Un de ces jours il lui arrivera pis qued'^ne mal à son aise, s'U ne s'amende. Son maitoe l'enverra chercher et npus verrons quelle jwine il fera !
— Il ira en enfer, bien sûr, dit le petit Jaek.
— Il le mérite, dit tante CMoé d*un air farouche ; il a brisé bien des eœarsi bien des cœurs ! Je vous le ^s à tous, dit-elle en s' arrêtant et en élevant en l'air sa main année d'une fourchette, vous vous rappelez ce que massa Oeorges nous lisait l'autre soir dans le livre des Révélations : « Les âmes crient- sous l'autel ; elles demandent vengeance imSei-
]>B ^mCîM TOM. a
gMMr^ « M 1» Sortir 1«B «ntmârfr } «nrttiSileiâ^ti/ 3 les eotendraî
Tante Chloé, fort ▼énérée dans la cuisine, étaîU éeontée be^che biéantç ;. Bt comme le dîner RTait (fini par être «erri;, teate la. çnif ise exrt Je yomt d^ jaser *"¥ec -«lie et d'écowte? 6e!| ©V^çïVfttiotBSv
— Us brûl^Dpstt: powr ti«iio«rB, ^%x «ûr, -n'gst ee'pos ? dit Andy. i ( •
— Je serais l»en oo«tent de le^ yoir, je fOB* ,en ïrépoUds, dit le petit Jack.
— Énfans ! dit aine voix qui le^ Çt tous Irefisaillir. . C'était celle de Toncle To^a, .qui venait d'enj;rer et qpiî
avait çntendu leur conversation sur le seuij de }a pointe.
— Énfans, i*eprit-il, ]e crains que Vous ne sacjïiez.pas ce que vous dites. Pour toujours est un terrible niot, cnfans ; cela faît frémir d'y penser. Vous ne devriez ^ociait^r eela à aucune créature humaine, , . .,
— Nous ne le souliaitons à personne qu'aux rnarchands d'âmes, dit Andy ; on ne peut s'empêclier de le le.uf sçuhaiter : ik sont si aureçieût méchniiis 1 '
— ^ Est-ce que la tistture elle-même ne se révolte pas contre eûjc f dit tàtite Cîiloél Est-ce qti*ife n'arraclient pas î^s petit enfant du sein de sa mère pour le vendre t* Ces pauvres petits, qui crieitt et s'^^ttachett fint v^tenîeïis 'de leiir mëre, ne les e^. arrachent-ils pas do forcé pour les mener a;c^ inardié ?'Êst-ce qu'ils ne séparent pas l'époux et ï' épousé,' ce qui est Térjtablenient le^r Ôter la vîe ? continua-t-elle en pletirant. EprôUvcnt-ûs Iç moindre sentiment ? Ne boiventfls pas, ne niment-ils pas, ne sont-ils pas à Taise en faisant de pareiïles choses ? "Sciçneur ! sî le diable ne les prend pas, à quoi sert-îl? Et tante Chloé, se couvrant le visage avec son tablier à carreaux, comnlëriçâ à sangloter toijt de
— rt Mez pôttr 'èfeîik \u\' votiè '^ersécûtérit, » dît'ie Bon Livre, répliqua Tom.
— Prier pour eux ! Sei^^^t*, (f ètet ti^j). dtti'^ ^'ùe peux pas prier pohr eux, dit tante Chlclé. '
— Cest lanatTire, CMoé, et la natirfè^cst^fbrtte, dSt"*rom; mais la grâce du Seigneur est plus forte. D'ailleurs, vous deveî penser dans quel état est l'âme de ceux qui fbnt ces choses ; vous devez remercier Dieu de ne leur pas ressem- Wer, Chloé, Certes, je préférerais être vendu dix mille fois l^titdt que d'»voèr à répondre de tovtt ce qu'a fait ce mal-
eureux homme.
— Moi pareillement, dit Jaclc. Et toi, Andy?
Andy haussa les épaules et siffla en signe d'assentiment.
53 hkHàMM'
— * Je snk content qoa maisa ne B<ût poiat i^rti cemaliB, comme il eu avait VînteolÂOn, dit Xom. Cela m'eût fait {i^ua de mal que d'être vendu. C'était pe^t^^tre poi^ lui une chose toute naturelle, mais c'eût été bien dur pouf moi, qui l'ai connu au berceaiu. Maintenant, j'ai vu massa, et je commence h me résigner à la volonté de Pieii. Mas8»a ne pouvait s'empêcher de faire ce qu'il a fait ; il a bien fait. Mais je crains que les choses n'aillent guère bien ici.lorsque *e n'y serai plus. On ne peut a4tendre de n^assa qu'il ^it l'œil sur tout çpmme je l'avais, et de mener tout à bonne fin. Les jeunes, gens oaide bonnes intentions, naais ils sont terriblement négligcns. Toilà ce qui me tourmente. , .
La sonnette se lit entendre, et Tom fut appelé au salon.
-~ Tom, lui dit affectueusement son maître, je voue fais remarquer que je me suis engagé envers monsieur à un dédommagement de mille dollars si vous n'êtes pas présent lorsqu'il aura besoin de vous.* Aujourd'hui, il va s'occuper de son autre affaire, et vous pouvez di«iposer de la journée; Allez où vous voudrez, mon garçon.
— Merci, massa, dit Tom.
— Faites-y attention, lui dit le trafiquant, et n*allez pas jouer à votre maître un de vos tours de nègre. Je lui prendrai jusqu'au dernier centime si vous n'êtes pas ici. S'il voulait m'écouler, il ne se fierait point à vous^ qnî glissez dans les mains comme des anguilles.
— : Massa, dit Tom en se redressant, favaia Imit ans quand vieille maîtresse vous plaça la première fois dana mes bras, et Ton» n'aviez pas un an. ■ — Tom, me dit-elle, voilà votre jeune maître ; ayez bien soin de lui. Et maintenant, massa, je vous le demande, vous ai-je jamais n^anqué de parole, et airje en quoi que ce soit agi eontre votre vakmtéf surtout depuis que je suis chrétien ?
M. Shelby était fortému; les larmes lui 'viiix»nt aux yeux.
— Mon bon garçon, dit^U, le Seigneur aait que voea ne dites que la vérité, et, ti c'était eh mon pouvoir, je ne vous vendrais pas pour tout l'^or du monde.
— Ht, aussi sûr que je suis une femme chrétienne, dit M"*^ Shelby, vous seraz racheté aussitôt que j'en aurai ra»< semblé Tes moyena. Monsieur, dit-elle à Haley^ pienez «ote de la personne à laquelle vous> le vendrez, et utitea^la moi connaître. ...
— C'est facile, dit le marchand. D'ailleurs, je pn» voua le rameuer dans un an sans qu'il aoit trop usé, et voob le re^ vendre.
— Je traiterai avec vous alors, et à votre avantaffe. dit M'"« Shelby.
DS l'omibB TOM. 63
— Je fit deobttiâè pss ânAos, fiiadaixie. Pea tn'iaipoaptfr 4 qui je vende "ma snaidiaaidisef en bànt ou en. bas, pourra que je ùam> tine boixne affaîie» Totttceqtie je demande, c'est de4g4^i!^ ma tî^, — comme tout le m«îide, je enppose.
M. et M»« SheBy se sentaient f atîf^éé et hïDniliés de cette impudente familiarité, et tônsden» eotnprenaieiW^ftftt était absolument nécéssaii^ de se contenir. Plus il ^ montrait sordide et însetatsîble, plti^ M** Sfeettç- redoutait de te voir réussir à reprendife Eiiza et son entant, et plus ôile s'efforçait de le retïJiiir pàaf tenté» -giJrtesd'artifijee fômînina. Elle lui souriait gracîettseme^ti, FajSprouTait, Ifîhisaît femilièiement ayec lui,' et faisait teut ' ce qtfeBe pouvait' po«r qu'il ne a' aperçût pas de là fuite du tem|»s. '
A deuxbctlres, Sam et Anây amenèrent le^ chevatttt, que . l'escapade du matin paraissait av6iir rendus encore plus vift et plus vigoureux*
Sam, que le dîner avait réconforté',' se tndntf ait pfeîii de
ïèleetdebon vouloir. Quand Haley s'approcha, Sam se
' vantait à Ândy, en termes pompeux, du succès' assuré de
l'opération, maintenant qu'il y donnait franchement son
concours.
— Votre maître n'a pas dé çlûens, je supppse dît JBTaley d'un air préoccupé, comme il se apposait à monter & cheval.
— n en a beaucoup, au contaraire, cUt Sam d'un ' air triomphant. Bruno, par exemple, voilà un aboyeur ! Pe plus, nous autres nègres, nous avons ^acon im chien d'es> pèce ou d'auiare.
! — Penh ! dit Haley { et il ajouta aa sujet des cbi^i» ; quelques mot» désobligeans auxquels Saon répliqua :
— Je ne vois pas pourquoi les mandiare^ en. tout oas.
. — Votre mettre, j'en suis eàr^ n'a pas de cihiens deBsaés h
I la chasse aux nègres 7
I Sam avait parfaitemefnt . iComtpris,^. maie il se eonteaita do
dire, avec une naïve et désespérante simplicité : i •— Nçs chiens ont le flair excellent* Je les «rois.d'e la
bonne espèce, bien qu'Us n'aient jamais été exegrcés. Ce *8ont de f^eux chiens, une fois lancés à la poursuite, de
quelque chose. Ici, Bruno l s'écria-t-il en simant le chien
ûe Terre- Neuve endormi, qui s'éveilla en sursaut et bondit
tnmukueueement vers eux.
— Allez vous faire pendre! dit Haley se mettant en selle. Allons ! à cheval, maintenant !
En sautant à cheval, Sam trouva adroitement le moyen de chatouiller Andy, qui partit d'un éclat de rire, à la
64 laoun •
grtcaà^ l^^^mlfiett «l*Haley; ^«1 kd atimigM tm eoop de
fouet.
— Votre condtiite m'étonne, Andy^ dît S«n ftTec ttue dignité iiii|»ert«irbàble. €edi est use affaire aérieixeef Andj ; vous ne ^vejs p4».ep. faire u», jeu^ Ce n'est pas (te cette manière que vous devec - AÎdear massa»
. T- Je vais marcber droit au ûfxwe, dit Haieyv Icmqu'iU furent aprivés à Pea^trésBit^ du domaiae ; c'esl le cèiemin qu'ils prennent tous.
«— L'idée ^ mass»eât«xo6UeDte4UMRiréiBMit« dit 80m ; mais il y a deu^'Voutee'qui eootduifimt au ^enve } Ut bonne et la mauvaise. Laquelle massa a>t>il envie de prendre ?
Andy leva sur Sam eee yeii:K étoukée, fort surfaris d*app^iijdr^ oett6^.^%puve)X9 fUfticuXfuntè géogr.apl4qiie $ mais il ;^liâta d^ \a cpnfirmer ppr des signée réitérés. :
— Je sais tenté de croire qu'EJûa a pria la eucnvaisef /ppn^me étftnt la pioins fréquentée.
ll^jilay étc"4t un. vieil oiseau, ua^rellement dé£ant de la pipée ; néanmoins il se rangea de l'avis de Sam.
— Si vous n'étiez pas tous deux dô.si fieffés menteurs, ditil en s' arrêtant un moment d'un air rêveur.
lie ton grave gt T-éûéchi avec leqq^lil prononça ws paroles parut amuser prodigieusement Andy. H se retira na peu en arrière, et se livra à un accès de rire qui» faillit le faire tomber de cheval, pendant que le visage de Sam CQUservait la plus impassible gravité.
— P' ailleurs, dît Sam, massa est libre de faire ce qu'il voudra. Il prendra la route directe, s'il le juge convenable. Cela nous est tout à fait égal» Après y avoir réfléchi, je crois que la route directe est décidément la meiUenre.
— Elle aura naturellement préféré un chemin écarté, dit Ha^cyi pensant tout haatf et ne faisant point attention à la remarque de Sam.
— Ce n'est ]pas sûr, dit Sam ; les femmes sont singulières. Elles ne font jamids ce qn*on croit qu'elles feront; très- SQuvént elles font le contraire. Les femmes soixt naturellement contrariantes. Si vous pensez qu'elles ont pris une route , vous fwez bien d'en prendre une atitce. Vous serez & peu près certain de les trouviïr» Maintenant, mon opinion perhonnelle est que Lizzy a pris la route de traverse ; ainsi, nous ierions bien de prendre, la route directe.
Cette vue profonde sur le sexe féminin ne parut pas disposer beaucoup Sidey à prendre la route directe ; il annonça que décidément il suivrait Fautre, et demanda à Sam quand ils y arriveraient.
-'- L'espace est petit & parcourir, dit S«m en faÎMat un
DB l/€PlM»yB TOM. * 55
fAf^âaVtÊÊi h ktaSif qpi éindt teveim à «es «Ôtés; et U ajouta gravement : Mais j'ai étudié la matière, et je finis certaia qnarnons ae dewns pas aller par là. Je nV ai jamais été, mtÂ. C«tte loçite n'est nullemeirt fréquentée, nous posrtâoiffi imas égarée^ et Dbu sait où noue irions !
— - N'importe, dit Haley, Virai par là.
— 4f ainteaant, j'y songe, il me semblé «Jue je leur ai entendu aire que èette route étaiît iïmtef^oupéô de haies, n'est-ce pas, Andy?
Andy n'en était pas sûr. Il p,vaît bien entendu piarler de la route, mais il ne r avait janf aïs pattîOumeV'Bref, il n'avait pas d'aVis à donneir. ' -' '
Htàsy, accoutumé à tenir la balance des prcftmbiHtés entre dee mensonges plus qu moins gros, se déëîda pour là route peu firéqueutée. Ildemeufait persuadé qtié Sam lui'^yait, par inadvertance, > inique <iè cneinin, et t^i^ tous les efforts qu'il faisait maintenant potr l'ôtf détbliî*nef' n'aVàient pour bat que âef sauver Eliza. En consé^nenbe, Saîtti ne lui eut pas plutôt' montté cette tov^, qu'il sy J>t*ci{iita, i^uitî de ses deux compagnons. - ' . ■ ^
C'était, en effet, une vieille rbute qui kuti^efôîs conduisait jcsqu'à 'la irivi*r<8, muis qui plusieurs 'ttnhéés auparavant avait 4té «band<m»ée après Pétablisseihent dte la toute ma- Cttdattisée. Otiverte ^ndant éntiiron une hettt-e de toarche, ^ élait-cmipéiel ensuite par des fëttnès et des ^Aôtufes. Sam Bavait parfaitem^t ceîa. I>u reste, elle était fermée dépuis SiloBfi^tomps qu'Andy n'en avait jamais entendu parler. Il la suivait donc avec un air de sdumission obligée, en grognant et briant de teiùps «n temps qu'allié étrfit bien raboteuse et fort mauvaise pour les pieds de Jerry .
■ — Mointeiaiant, . je vous en préviens, dH Haley, je vous ccniuûs ; vous nq m'empêcherez pas de suivre cette tùate, malgré votre vacarme. Ainsi, taisez-vous, Andy:
-^ Massa est libre d0 suirre le chemin qnll veuît, dit "Sam avsc izn ail de piteuse soumission, «n jetant à la dérobée un « up^'flsil sigîèficatif à Andy, dont la joie était bien prèà de £ûve «ocptosion. '
Sam ^était "plein de eèie et d'anîtnrttion ;• il se vantait d'avoir xm eonp*4'oc;il pet^ant; tantôt il diSaît apercevc^t un boimet de ^nnme sur le sommet d'unis éminenee lointaine, tantôt demandait à Andy si ce n'était pas Lizzy'bue l'on veyait là-bas dans un fond; • chcdâSsaiit' lotiijoufs ' f our «se «Lclaimattons l'endroit le pins raboteux, lé' plus escarpé ^ U xonie, oà U était le plus difficile de s*arrêtéi? brusquement, et tenant ainsi Haley dans un état permanent d'agitation.
56 V LA. CàS&
Aprèfl une heofe âe marche, lU opérèrent tQsaulfciMnsément leur descente dans la cour d'une grande ferme. On n'a- peroetait pas une âme. Tout le monde était ooQupé aux tra- ~ vaux des champe. M^s comme les bâtûiieBs occupi^ent le milieu de la routei il devenait clair quede Toya^ était terminé de ce côté.
^ — N<e vous Tavais-je pas dit^ massa? dit Sam avec ua air d'innocence méconnue. Pourquoi un genJJeçtaa étr^oger préfeendril connaître mieux le pays que ceux qui y aont nés et y ont été élevés ? — - ■ -■ > ;- . n
-— Toi, coq&i, tu savais^ tout cela l dit Hal^y.
— Ne vous ei-je pas dit que je le savais;? maïs vcHia n-ave^ pas voulu me croire.. J^ai ^t à .masa^^iiAe l^ route était fermée , coupée de barrières , et que, je- im pensais pas que noua piusîonft Ic^.^vjeç j^§q}ï.'au bou^. Andjr m'a ent<mdu. , ;
. La cbose était trop évidente poi;r prêter à contestation ; le malheureux marchand remit donc son coprroux dans sa poche avec la meilleure grâce possible-; on £t volte face, et on se dirigea du côté de la grande route.
Çes^ divers retards donnèrent à Ëliza le temps de respirer. Il y avait trois quarts d'heure qu'elle avait endormi son enfant sur le lit de l'auberge du Village quand le trio y fit son entrée. Ëliza était à laYenêtre, le regard tourné dans une autre directicm, quand l'çeil perçant de Sam la découvrit. Haley et Andy se trouvaient à quelques pas de distmice. En ce moment critique, Sam trouva le moyen ^e faire ein|M>rter son chapeau par le vent, et poussa une bruyante et caracté^ rîstique exclamation qui donna l'alarme à la pauvre fugitive. Elle se rejeta vivement en arrière, tandis que les trok cavaliers passaient rapidement sotft la fenêtre, se érigeant vers la porte d'entrée.
Ce moment parut à Elizala durée da mille yka. Sa cham» bro avait une porte qui donnait sur la rivière. Elle prit son enfant dans ses bras, descendit précipitamment l'escalier et sortit. Le marchand l'aperçut juste au moment où elle allait disparaître du côté de la berge ; il se jeta à bas de son cheval, et, appelant Sam et Andy-, il se mit à la poursuivre comme un limier poursuit un daim. En ce moment suprême, les pieds d'Eliza semblaient à peine toucher le sol, et en un instant elle se trouva au bord de l'eau. Us étaient tout près derrière elle. Alors, avec une force nerveuse que Dieu donne seulement aux désespérés, et en poussant un cri aigu, elle s* élança et franchit d'un bond le courant bourbeux qui séparait la rive du radeau de glace. C'était un saut inouï que la folie et le désespoir seuls pouvaient tenter, et h, la vue
, BÉ l'oncle tom. 57
duquel Haley, Sam et Andy poussèrent un cri involontaire d'étonnement. •
L'énorme glaçon sur lequel ^e était retombée s'^enfonça et craqua tandis qu'elle y pesait en marchant, mais elle ne fit qu'y passer un moment. Poussant des cris sauvages et avec une énergie désespérée, elle sauta sur un autre bloc de glace,, puis sur un autre, — trébuchant, sautant, glissant, avançant toujours. ËUe n'a plus de souliers, ses bas se sont arracâiés de ses piedsv le sas^ marque chacun de ses pas ; mais elle ne voit rien, ne sent rien. Enfin, elle aperçoit confusément, comme dans un rêve, la rive de l'Ohio et un homme qui lui tend la rnaib et l'«ide & y .monter.
— Vous êtes une brave fille, qui que vous soyez l dit-il avec un juron.
Eliza reconnut la voit et la figure d'un homme qui possé* dait une ferme près de l'habitation de ses anciens maîtres.
— O monsieur Symmea, sauvez- moi î sauver-^noi I cachez-moi ! dit Èliza.
— Quoi I flu'y a-t-il? Je crQÎs vraiment que c'est une fille de Shelby I dit l'homme!.
— Mon enfant, cet enfant, ils l'ont vendu ! là est son maître, dit-elle on étendant la. main vers la rive du Kentucky. Oh! moBfiietar Symmes, v«tua ave^ aussi un petit garçon. . ^
^— Ouï, j'en ai un, dit-il en l'attirant rudement, mais avec bonté, sut U berge escarpée. De plus, vous êtes une fille oonrageuse, et^j' aime l'éne^cgie pwrtout où je la rencontre,
Lor»|u'ils eurent atteint le haut de la berge, l'homme s'arrêta.
-^ Je serais heureux cb powvoîr faire quelq[ue chose pour vous, dit-il, mais je n'ai aucun endroit où je puisse voi^s mettre. Le mieux que- vous puisflie:^ faire est d'aîj^ 1^ bas, dit-fi en lui montrant àd la maia une grande maison blanche itolée au bout de-l'a pritnc&pale rue du village. Allée dans cette maison ; ce sont de braves gens. Ils vous aideront d^uas tonte espèce de dangers, ils sont habitués à cela*
— Que le Seigneur vous bénisse ! dit EUea avec ferveu^^* — H n'y a pas de quoi ! il n'y a pas de quoi l ditThomme,
ce que j'ai fait n'est rien.
— Et... oh ! sûriemoat) monftiear, vous n'en iiea rien dire àporsetme.
*— Allez au diable ! fiUe. Pour qui me prenea-vo^s ? Non assurément. Allez, maintenant, comme une bonne et sensible fille que voua êtes. Vous avez bien gagné votre liberté, et voua l'aurez ai cela ne dépend que de moi.
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£liza pressa son enfant sur son sein et partit d'un pas ferme et rapide. L'homme, debout, la regardait s'éloigner.
— Shelby, dit-il, pensera peut-être que je n'ai pas fait là un acte de trës4)on voisinage. Mais qu'y pouvais-je faire ? S'il rencontre jamais uae de mes esclaves dans les mômes cnrconstanoes, jelui perniets d'a^r de même. Je ne pourrai» jamais voir- auciine espèce de créature haletante et s'elTorçant d^écliapper aux chiens et me tourner contre ^le. I^' ailleurs, je né Vois pas la nécessité de n^e faire c^asseï^ ^^ gibier humain ppur les autres. ' ■ .•
Ainsi pariait^ pàuyre païen du KeÀtuckv, mal in«tpiit
chrétienne; ce qu'il êe serait bien gardé de, taire, sju] doute, s'il eût ^été Inieux plajcé daiis le mbiide et plu éclairé.
Haley, spectateur de cette sbèn'é, était resté comme nétrîfié. Quand Kliza eut disparu, îl se retourna et dirigea vëra Sam et Andy un regard vague et interrogateur.
— ybB«%ne-j6lië'A!fii3rèldît'Sam. " " " * .
— Je crois que cette fille a sept diables dans le corp^, .4ît * Haley. Elle satttaît' comme un chut 6auvage.
— Mahiténant, dit Sàm en se grattant la tête, j'espère que msissa nous excusera de reprendre cette route. Pour moî, je ne me sens pas lè cœur de suivt^ l'autre, dit-il eh partant d'un brtfyrtht éclat 'de rirti. ' ' "
— Vous riez ! dit le marohaa:id avec ^n iprognemeii^t.
— Dieu V0U3 bénisse î massa; j^ ne "puis m'en empéjclier, dit Sam en donnfint un libre cours ik la jpîe.desoi^ âme. C*<5tait si drôle de la voir bondir, sauter, s'élancer, et la f^^i^œ
. qui craquait, et l'eau qui cljipetai^ et réolabf>u«S€^t I.piQu !
comme elle allait I ' ,
Et Sam et Andy riaient aux larmes. . , , , ,
— Jo vais vous faire rire d'une autre façon, dît lo ti^tir .- -chand en leur allongeant quelques çoi^ps de fouet} su^ là tête. . . . ' *
Mais, évitant les coups, ils s'enfuirent en criant et étaieut en selle avant qu'Halev eût remonté la berge. ^
— Bonsoir, massa, ait Sam avec beauootip de gravité'. Jo crois que maîtresse est inquiète de Jerry. Massa n'a |^|ia bosom de nous.. Maîtresse ne voudrait pas q^Mn ût pas&er ce soir les pauvres bêtes sur le pont de Lizzy. Puis, ^Plongeant à Andy un facétieux coup dû coude. dans las côtoe, iis partirent de toute la vitesse de leurs montures, et le mo.r-. chand consterné put entendn, pendant quelque» minutes^ leurs nres et leurs crk.
DE .L'ONOLB TOM. Ô9
cHAprrBi; vnï.
C'est au moment du crépuscule qu'ËUza avait o^té ât^ fuite désespérée à travers le â^uvo« Les- brouUlardU du doijr^ ^û s'élevaient leutement sur iea eaux, la dérobèare^t l?i©»tôt)^! aux regards. Le couraut grossi et le^ glaces âottaates met^' talent çiutrf e^le et ^ou, persécuteur upe ix^franchissable bar*- ' rière. Haley, .découragé, s^en retourua çl<^uc leutep^f^è 1»^ petite tavernp,. pour, y réfléchir sur. p^. qu'il y avait a i^-Jee. ■ L'hôtesse riutroduisit da»s uu, pqtît {fcarloir ga?"zii d'au, iapi», mlambeauxj d'une taljîe recouverte jd' une t^ile .<3jLréo d'uR. loir luisant, et de quelques chaises en bois au dossier élev«« Juelques fi^i^res de plâtije jenlijçp^inéea de vives 0<^^ar8 dér îoraient le manteau d.e la cbe^iinée, doul- le. foyer, jetait jm» umée épaisse* Un lo^g. banc de. b.oiâ g^os/û^r s'étendait lu- devant du feu. Haley s^ assit et se prit à méditpa? tfar 'instabilité des oboses humaju^es-^ dubai^u^.eijk^g^îe^al'.
— Qu'avais-je besoin ^ ce maudit petit l^onhomeae, pour Qe faire sîm»! prendre au piège, comme un niais qi^ je jsuis ? It Haley djerchait à #e co.nsoler en s'adre^sant une. litai^je l'imprécations, selon nous pariait^pifiut , Bjiéififeé^; 4î^aja> |ue, par respect pour le bon goût, zioùs rpasseix)nâ- hi aous
^ Il fut tout à coup tiré de ses réflexions par la gco^seï voix iiscordante d'un, bopuxt*^ qui descendait .de (ibeyaj à la,-poi;te lerauberg^. p se précipita, è^.&.i*enjêtjçe,, ,,, ... ., . . ., ;,. ,^ ^ — Par le'diabî§ I voilà un coup de ce qu'on est 0QnY<ei^, l'appeler la Providence, dit -il ; si je ne me trpmpe, o'est 'om Lok^. ^
Haloy sortit précipitamment,, DebQut près du cçmptoirde euait un hômine au tei^t bronzé, aujc f9rm88 musculeuses, laiit de six pieds et gros à l'avenant. Il portait un pardessus ie peau de buffle, dont ]» poil toia*né en deh<»*s lui <tonait lû air do sauvagerie faroucbe parfaitement en rapptort av«c e reste de sa persoime. Chaque linéament de se% traits restait l'expression de la bruta3â,té et de.JUriViojlejaoe développées au plus haut degré. Que nos lecteurs ^se figurent un' Kjule-dogue à l'état d'homme, se promenaat en ha])jt et en liiipeau, et ils auront une parfaite idée de Tenfleml^ du i^^rsonnage. 11 était aj^yi djun compagnes de Toyage qm ormait à beaucoup d'égards un contraste frappant ayec lui. P^tit et nùa«e, ft ayait k» laouvtmons 99Vii4^ ^ ob^li «¥lo
un museau de eouris, et des yeux noirs vifs et ^rçans, dont l'expression d'inqmète curiosité était en parfaite harmonie avec l'air subtil et rusé de son visage. San ne^ long et effîlé semblait toujours en quête de quelque chose ; ses cheveux rares et noîrs étsâsBA lissésr et adroitement ramenés en avant, et toute sa personne annonçait un homme avisé et cauteleux. Le gros homme se versa im verre d*eau-dcvie et l'avala sans dire un mot. Le petit homme, debout sur la pointe des pieds, allongea la tête à droite et à gauche, âaira divers flacons, et finit par demander, d*nne voix grêle et avec un air de circonspection, un julep à la menthe. Quand il lui fut servi, il le prit, l'examina d/un air complaisant, comme un homme coutdht de lui, qui vient, comme on dit, <c de frapper juste sur la tête du clou, » et se disposa à déguster finement la liqueur à petites gorgées.
— Je ne me serais pas attendu k cette chance ! Comment vous portes^vous, Loker ? dit Haley en s'avançant vers le gros homme et lui tendant la main.
— Par le diable ! qu'est-ce qui vous amène ici, Haley ? dit Loker.
L'homme au museau de souris^ qui portait le nom de Marks, cessa de savourer son sirop, et, la tête en avant, se mit à examiner cette nouvelle connaissance, de l'air d'un chat çfli regarde une feuiUe.morte qui remue ou quelqu'autre objet de nature à le préoccuper. -
— Je répète, Tom, que je suis heureux de vous rencontrer. Je me trouve dans un diable d'embarras, et vous devriez bien m' aider à en sortir.
«-Hum! huml grommela Tom^ je comprends. Quand vous êtes content de rencontra quelqu'un, on peut à coup sûr pariw que vous avez besoin de ses services. Voyons, de quoi s'agit^il ? '^
— Vous avez un ami ici, dit Haley en jetant sur Marks un ôoup d'oeil méfiant, un associé peut-être ?
— Précis^ent. Tenez, Marks, voici mon andèn «ssocié de Natchoz.
— Je serai enchanté de faire votre ooDnaîssaQoe, dit Marks en lui présentant sa main lon^e et sèche comme une patte de G<Mrbeau. Monsieur Haley, je crois ?
— Lui-même, monsieur, dit Haley. Maintenant, puisqu'une heureuse circonstance nous réunit, vous me permettrez de vous offrir quelque chose dans ce parloir. Holà ! vieux raccoon, dit^il en s' adressant à l'homme du comptoir, apportez-nous de l'eau chaude, ^e l'ean-de-vie et dos cigares ; nous allons nous en donner.
Les bougie» alluiaées, le îen rsniméi et no6 trms person-