CHAPITRE XLV
CONCLTTSIOH.
t)e £v«r9 ^hit» de l'Union, plusîetiw personnes nous ont écrit pour nous demander pi l'histoire que nous venons do raconter est vraie. K«ii8 allons faire ici à ces questions une réponse générale.
Lés inddens divers qui composent ce livre sont en grande partie authentiques et se sont passés sous les yeux de l'auteur ou lui ont été attestés par ses amis personnels. Les caractères qui y sont tracés ont été observés par nos amis et par nous ; les paroles que nous prêtons à nos personnages sont mot pour mot celles que nous avons entendues ou qui nous ont été rapportées.
Le portrait d'Eliza, l'esquisse de son caractère, sont tracés d'après nature. L'incorruptible fidélité, la piété e^i'honnêteté de l'oncle Tom ont, à notre connaissance, plus d'un imitateur. Quelques-unes des scènes les plus tragiques et les pluB romanesques, les inoidens les plus terribles, ont leuts exemples dans la réalité. L'histoire d'une mère traversant l'Ohio sur la glace est bien connue. Celle de la vieille Prue (Ch. XIX) s'est passée sous les yeux du frère de l'auteur, receveur dans une importante maison de la Nouyelle-Orléans, qui a aussi fourni le caractère du planteur Legris. C'est au
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suj et de cet homme, dont il avait visité la plantation dàn» nue de ses totmées, que ce frère nous écrivait : « Il m'a fait tâter » son poing:, q^^i était comme le marteau d'un forgeron oii » comme une barre de fer, en me disanl qu'il était devenu » calleux à force de frapper les nègres. Lorsque je quittai » .sa plantation, je respirai plus à Taise ; il me semblait que » je venais de m échapper de la caverne d'un ogre. »
Quant à la fin tragique de Tom, on a malheureusement vu trop souvent de pareils meurtres, et beaucoup de témoins dans notre pays les pourrait attester. Si l'on se rappelle que dans tous les Etats du Sud c'est un principe de jurisprudence qu'une personije de couleur ne peut porter témoii^nage dans une action dirigée, contre un blanc, on se convaincra facilement que ce cas peut se reproduire tout.es les fois qu'un homme capable de sacrifier son intérêt à ses passions se trouvera en face d'un esclave ayant assez de dignité humaine et d'énergie pour lui résister. La vie de l'esclave n'a d'autre protection que le caractère de son maître. Des ^ctes auxquels on ne peut songer sans frémir arrivent de temps en temps aux oreilles du public, et les commentaires auxquels ils donnent lieu sont plus atroces peut-être que ces actes eux-mêmes. « Il est vrai, jious dit-on, que ces choses arrivent de loin en loin, mais ce n'est pas général. » Si les lois de la Nouvelle-Angleterre étaient ainsi faites qu'un maître pût de temps à autre torturer son apprenti jusqu'à la mort sans qu'il fût possible de le traduire en justice, accepterait-on cela a^ ec autant d'indifférence ? Dirait-on : « Ces c'as sont rares ; on ne les peut «iter comme des exemples de ce qui se pratique généralement ? »
La vente publique et honteuse de jolies filles mulâtresses et quarteronnes a acquis une notoriété publique des incidens qui ont suivi la capture du navire la Perle. Nous extrayons le passage suivant de la pljîiJoirie de^ l'honorable Horace Mann, un des a^■ocats d-r^ déi'eudours dans cette cause: « Parmi les soixnnte-scizc perrioiiues qui tentèrent, en 1848* de s'écliîipper du*di?trict d:\ Colombie sur le schooner ia Perte, dont je fus chargé de déibiidre les ofliciôrs, se trouvaient plûsiqwrs jeunes filles fort belles et douées de, ces attraits de 1 ormes et de visages si luiutement prisés des connaisseurs. Parmi elles se faisait remarquer Elisabeth Russell. Elle tomba immédiatement dans les griffes d'un marchand d'esclaves, et fut destinée au marché de la Nouvelle-Orléans. Tous ceux qui la, virent furent vivement touchées de son miiUieur. Oii offrit jupc^u'à huit cents dollars pour la racheter; quelques-uns offrirent même tout l'argent qu'ils possédaient; mais le satané marchand d'esclaves fut inflexible,
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Elle M expédiée à la Nouvelle-Orléans ; cependant Dieueut pitié d'elle, il lui envoya la mort en chemin. Il y avait aussi deux jeunes filles nommées Edmuudson. Sur le point d'être conduites sur le même marché, leur sœur aînée alla supplier le misérable au pouvoir duquel elles se trouvaient d'avoir pitié d'elle.-^; pour l'amour de Dieu. Il lui répondit en raillant qu'elles aurjucnt de belles robes et de beaux meubles.— « Oui, répondit la sœur cela peut être bien pour cette vie, mais que deviendront-elles dans l'autre? » Elles furent conduites aussi à la Nouvelle Orléans, mais plus tard elles lurent rachetées moyennant une énorme rançon, et ramenées chez elles', v Cela ne prouve-t-il pas la parfaite vraisemblance de l'histoire d'Emmeline et de Cassy ?
La justice aussi nous fait im devoir de constater que la bonté de caractère, la générosité de Saint-Clair ne sont pas sans exemples, ainsi que le prouve l' anecdote suivante:
Il y a quelques années, un jeune gentleman du Sud se trouvait à Cincinnati avec un*esclave favori, qui avait été attaché à sa personne depujs son enfance. L'esclave saisit l'occasion de ce qu'il se trouvftit dans un état libre pour s'affranchir, et s'enfuit chez un quaker connu pour s'occuper de ces sortes d'affaires. Son maître lut fort indigné. Il avait toujours traité son esclave avec tant d'indulgence, sa confiance en son affection était telle, qu'il ne pouvait <}roire qu'il n'eût pas cédé à de coupables suggestions. Dans sa colère, il alla trouver le quaker; mais, comme il avait un caractère plein de franchise et de bonté, il se laissa toucher par les argumens et les représentations du digne quaker. — II n'avait jamais considéré la question sous ce point de vue; il promit de donner la liberté à son esclave, si celuj-ci venait affirmer en sa présence qu'il avait désiré être libre. Une entrevue fut donc ménagée, et le jeune maître demahda h Nathan si jamais il avait eu à se plaindre de la manière dont il avait été traité.
— Non, massa, répondit Nathan,nou8 avez toujours été bon pour moi.
— Eh bien I pourquoi .voulez-vons me quitter ?
— Massa peut mourir, et alors à qui appartiendrai-^cf? J'aime mieux être un liomme. libre.
Après avoir réfléchi un moment, le jeune maître reprit : • — Nathan, à votre place, je penserais tout à fait comme vous. Vous êtes libre.
II fit immédiatement dresser son acte d'al^anchissement, déposa entre les mains du quaker une somme d'argent pour faciliter les débuts de-Nathan dans la carrière d'homme libre, et adressa au jeune homme une lettre pleine de bienveillance
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et d*avls 6«lataireB-4et^ que VatitetMr a éii« «titttt le« fiiiâiM.
L'autear espère avoir rendu justice à la noblesse, à géiiérosité, à rhumanité qui caractérisent de nombreux planteurs du Sud. De tels exemples empêchent de.désespérer de l'espèce humaine. Mais elle le demande à ses lecteurs qui eonnaissent le monde : Est-il une contrée où de semblables caractères soient communs ?
Pendant plusieurs années Tauteur s'était abstenu de toute lecture concernant Tesclavage, considérant oe sinet comme trop douloureux à approfondir, et convaincue, d'aulenrs, que les lumièras de la civilisation ne pouvaient manquer ^en faire justice. Mais, après l'acte législatif de 1850, après avoir entendu avec autant de surprise que de constemation un peuple chrétien et humain recommander la dénonciation des esclaves fugitifs comme le devoir de tout bon citoyen — ^%oyant dans les états libres du Nord des hommes bons, eetiraables et compâtissans se demander avec perplexité jusqu'à quel point cette loi pouvait se concilier avec le devoir d un cnré' tien, elle a dû se dire : Ces hommes, ces chrétiens ne peuvent savoir ce qu'est l'^clavage ; autrement, jamalai ils n'euesent élevé une semblat}le diécussion. Dès lors elle éfpnm* va le désir de dévoiler cet épouvantable Système dans sa vivante et dramatique réalité. Elle s'est efforcée de le peindre loyalement, dans son-bon et son mauvais oôté. Sous le premier aspect, elle a peut-être réussi; mais oui pourra jamiûs raconter tout ce qui se passe dans cette vallée de ténèbtee et de mort qui forme l'autre partie ?
C'est à vous, généreux et nobléb habitans dti Sud -— Yooa dont la vertu, la magnanimité, la pureté du caractère ne sont que plus grands pour avoir réisisté à l'influenoe des exemples de cruauté que vous avez eus sous les yeux — c^est à vous que s'adresse cet appel. Dans le secjret de votre ân^e, dans vos conversations intimes, n'avez-vous pas aeqtiis la certitude qu^les maux et les désastres de ce maudit système sont plus grands que ceux que nous avons décrits, plus grands que nous ne les aurions pu décrire ?^st-oe qu'il peut en être autrement ? Est-ce/ qu'H est possible de confier à rh^nme un pouvoir absolu et irresponsable ? Et le système de l'esclavage, en refusant à l'esclave le droit légal de porter témoignage, ne fait-il pas de chaque maître un despote sans responsabilité ? Qui ne voit clairement ce qui doH rescilter de ces théories mises en pratique? S'il y a, comme nous le re • connaissons, un intiment public parmi vous, hommes d'honneur, justes et humains , n'y a-t-il pas aussi ttoe antre espèce de sentiment public parmi ces scélérats, ces êtres brutaux et dégradés ? Et pourtant la loi ne perme^^^ |mi8 à ces
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soéiénts, à OW ôtr«8 brutaux et dégradés, de )>oftsédœ autant d'esclaTes que les plus purs et les plus vertueux d'entre vous ? Les hommes honorables, justes, généreux et cdmpâtissans forment-ils la majorité dans ce monde? ^
La loi américaine considère maintenant la traite des noirs comme un acte de piraterie -, mais le maintien de Tesclavage donne nécessairement lieu à un commerce aussi suivi, aussi }^8téma^ue que celui qui se faisait autrefois sur les côtes ^Afrique. Qui pourrait en dire toutes les cruautés et les horreurs?
L'auteur n*a donné qu'une esquisse vague et imparfaiie des angoisses auxquelles sont en proie en ce moment des milliers de cœurs, des milliers de familles, et qui poussent une race abandonnée, dont cependant l'affection fait le fo?id du caractère, dans un abîme de frénésie et de désespoir. Plusieurs témoins pourraient attester que des mères ont été poussées au meurtre de leurs enfans par ce misérable trafic et ont cherehé ensuite dans la mort un refuge contre des malheurs plus horribles que la mort elle-même. Il est impossible d'écrire, de dire, de concevoir un drame plus effrayant que les scènes qui se passent jouniellement'sur nos côtes, à l'ombre de la loi américaine et de la croix du Christ.
Et maintenant, hommes et femmes d'Amérique, est-ce là une chose qu'il soit permis de traiter légèrement, de justifier ou même de passer sous silence? Fermiers du Massachussot», du New-Uampshire, du Vermont, du Conneoticut, qui lisez ce livre au coin de votre feu, dans les longues soirées d'hiver,: — ^hardis matelots et armateurs du Maine,, est-ce là un état de choses que vous deviez maintenir et encourager? Hommes* braves et généreux de New- York, fermiers du riche et riant Ohio, et vous, habitans' des immenses prairies, répondes : Est-ce là un état de choses que vous deviez maintenir et encourager? Et vous, mères américaines, qui avez appris, à côté du berceau de vos enfans, à aimer le genre humain ; par l'amour dont vous environnez ces enfalis, par la joie que vous cause leur enfance pure et heureuse, par la soUidtude et la tendresse maternelles avec lesquelles vous guidez leurs premiers pas dans la vie, par l'anxiété que vous font éprouver les soins de leur éducation, par les prières que vous oflBrez sans cesse pour eux à l'E terne!, — je vous conjure : ayez pitié de la mère qui a les mêmes affections que vous, et qm n'a aucun droit légal pour protéger, guider et élever l'enfant de ses entrailles. Par les souffrances de votre enfant malade, par ces regards mourans quç vous ne pouvez oi^bHer, par ces derniers cris qui vous brisaient le cœur loEBque voUB ne pouviez plus ni le sauver itii le soulager, par
la désolation dans laquelle vous plonge la vue de ce berceau vide, de cette chambre de nourrice déserte, je vous en supplie : ayez pitié de ces mères. auxquelles la traite américaine ravit chaque jour leurs enfans. Dites-moi, mères américaines, est-ce là un système que l'on puisse défendre, tolérer, ou même passer sous silence ? ,
Me direz-vous que les habitans des Etats libres n'ont rien à faire avec ce système, ne peuvent rien pour le détruire V Plût à Dieu que cela fût vrai ! Mais il n'en est point ainsi. Les habitans des Etats libres ont défendu l'esclavage, ils l'ont encouragé et y ont pris part. Ils sont même en cela plus coupables devant Dieu que ceux du Sud, car ils n'ont pas l'excuse de leur éducation ou de l'habitude.
Si les mères, dans les Etats libres, avaient eu jadis les sentimens qu'elles auraient dû avoir, leurs fils n'eussent jamais été possesseurs d'esclaves, et leurs maîtres les plus cruels. Les enfans des Etats libres n'eussent pas contribué à l'extension de l'esclavage dans notre patrie ; les enfans des Etats libres n'eussent pas, dans leurs transactions commerciales, accepté les âmes et les corps comme moimaie courante. Des multitudes d'esclaves sont possédés temporairement par des habitans du Nord et ' revendus ensuite par des marchands dans les cités du Sud. La honte' et l'opprobre de cet ignoble trafic doit-elle donc retomber entièrement sur les hommes du Sud?
Les hommes du Nord, les mères du Nord, les chrétiens du Nord ont autre chose à faire que de dénoncer leurs frères du Sud; ils ont à s'occi^per du mal qui se fait sous leurs • yeux.
Mais, me dira-t-on, que peut faire un individu ? Chacun en peut être juge. Il y a*ine chose que peut faire toute personne, c'est d'avoir de bons sentimens. Une atmosphère d' in fluence sympatliique existe autour ^e tout être humain, et l'homme ou la femme qui sent vivement, sainement et avec justice en ce qui touche aux grands intérêts de'l'humanité, est le perpétuel bienfaiteur de la race humaine. Quelles sont donc vos sympathies au sqjet de l'esclavage ? Sont-elles en harmonie avec celles du Christ, ou sont-elles perverties et corrompues par les sophismes de la politique mondaine?
Chrétiens et chré tiques du Nord, vous avez encore un autre pouvoir : vous pouvez prier. Croyez-vous à l'efficacité de la prière ? Vous priez pour les païens du dehors ; priez aussi pour les païens qui vivent au milieu de vous. Prîez pour ces malheureux chrétiens dont toute chance d'amélioration religieuse dépend- d'un achat ou d'une vente^ — et pour lesquels la fidélité aux préceptes de la morale chrétienne est presque
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toujours impossible, à moins qu'ils n'aient reçu d'en haut le courage et la grâce du martyre.
Mais il y a plus. Sur les côtes de nos Etats libres se réfu-
fient chaque jour des restes de pauvres familles éparses et ispersées, des hommes et 'des femmes échappés aux vagues de l'esclavage ; faibles, ignorans, avilis par un système qui confond et renverse tous les principes religieux et moraux, ils viennent chercher un refuge parmi vous ; ils viennent chercher l'éducation et une instruction chrétienne.
Que devez-vous à ces pauvres infortunés, ô chrétiens ? Tout chrétien américain ne doit-il pas à la race africaine quelque réparation pour les maux que la nation américaine lui a fait souffrir ? Les portes de nos églises et de nos écoles leur seront-elles fermées V Les Etats continueront-ils à les chasser? L'Eglise du Christ entendra- t-elle en silence les sarcasmes dont on les accable ? Rcp^usscra-t-ellc la main suppliante qu'ils étendent vers elle, et, par son silence, encouragera-t elle la cruauté qui les voudrait rejeter hors de nos frontières? S'il en doit être ainsi, la nation a raison xîe trembler, en pensant que la destinée des nations est entre les mains de Celui qui est miséricordieux et plein de tendre compassion. »
Me répondrez vous : Nous n'en avons pas besoin ici ; qu'ils aillent en Afrique?
Que la providence de Dieu leur ait procuré un refuge en 'Af:tique, c'est là un fait aussi grand que remarquable. Mais ce n'est pas une raison pour que l'Eglise du Christ refuse à cette classe malheureuse une protection dgnt ses doctrines lui font un devoir.
Peupler Libéria d'une race ignorante, inexpérimentée, à demi-barbare et récemment échappée aux chaînes de l'esclavage, serait prolonger pendant une longue période les luttes et les conflits qui marquent les débuts de toute entreprise nouvelle. Que l'église du Xord reçoive ces pauvres martyrs avec l'esprit du Christ ; qu'elle les fasse participer aux avantagés d'ifno éducation chrétienne, dans une société et des écoles républicaines, jusqu'à ce qu'ils soient parvenus à une maturité morale et intellectuelle, et qu'elle les aide ensuite à passer sur ces ri\%ges, où ils pourront mettre en pratique les leçons qu'ils auront reçues en Amérique.
Quelques habitans du Kord, en petit nombre, il est vrai, ont agi ainsi ; et il en est résulté que notre pays a pu voir déjà l'exemple dliommes, précédemment esclaves, s'élever rapidement a la propriété, à la réputation, à l'éducation, et leur talent se développer d'une manière fott remarquable. Par des traits de moralité, de probité, de bienveillant et afl-
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feotueux dévouement, par les héroïques e£Port« et Tabaëgatien dotit ils ont fait preuve pour rachetfflr leurs firères et leurs amis encore en esclavage, ces esciayes d'hier ont étonné ceux qui les en croyaient incapables, à raison du milietâ dans lequel ils étaient nés et avaient été élevés.
L'auteur a vécu pendant de nombreuses tmaé&ê sur la ligne frontière des Etats à esclaves ; elle a eu de nombreuses occasions d'ohserver les noirs autrefois esdaves. Quelquesuns ont servi comme domestiques dans sa famille, et, à àéfaut d'autre école, elle les a plusieurs fois admis à recevoir l'instruction dans la famille avec ses propres enfans. Elle a aussi reçu de missionnaires qui habitent parmi les fugitifs au Canada des témoignages qui coïncident parfaitement avec ses propres observations, et ses déductions, quant aux aptitudes de la race noire, sont enoourageantos au plus haut
En général, le premier désir que manifeste PeeckiTe émancipé est de recevon: de l'éducation. Il n'est rien-qu^la ne fissent, il n'y a pas de sacrifices auxquels ils ne te soumettent pour faire instruire leurs enfans ; et, autant qtifr l'auteur a pu elle-même l'observer, et d'après le témoignage des personnes chargées de les instruire', ils sont doués d'une vive intelligence et apprennent très-vite. Ced est parfahement prouvé par les résultats obtenus dans les écoles fondées à Cincinnati par de bienveillans citoyens, pour l'éducation des noirs.
L'auteur croit devoir donner les détails suivaus, d'après l'autorité du professeur CE. Stowe, du séminaire de Lane, sur les esclaves émancipés résidant actuellem«it à Cîncînnati, pour montrer l'aptitude de la race noire, alors même que l'assistance et* les encouragemens ne leur sont pas particulièrement prodigués.
Nous ne donnons que les initiales des noms. Tons-iésident à Cincinnati. ^
B. . . ., fabricant de meubles, depuis vingt ans dans cette ville, possède une fortune de dix mille dollars, acquise par lui-mêi^iei II est baptiste.
C . . : . , noir complet, enlevé sur les côtes d'Afrique, vendu à la Nouvelle-Orléans, libre depuis quinze ans, s'est radieté pour six cents dollars ; cultivateur; possède plusieurs fermes dans rindiana; presbytérien; riche d'environ quinse à vingt mille dollars gagnés par lui.
E. . • . , j^r complet ; négociant en immeubles ; ndbe à trente mpe dollars ; âgé d'environ quarante «se ; fibre de- "puis six ans; a payé ^X'^ku^ceotftdfidiUrapQiir Mknilk; '
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in6ml)]rô de l'églige baptiste ; a reçu de son maître un legs qu'il a parfaitement exploité et accru. ^
G. . . ., noir complet; marchand de charbon, âgé d'envî> ron trente ans ; riche à dix-huit mille dollars ; a ps^é'deux fois sa rançon, ayant été trompé la première fois d'une somme de seize cents dollars ; s'était procuré cet argent par ses seuls efforts, et la plus grande partie pendant qu'il était encore esclave, en louant son temps à son maître et en tra« vaillant pour son compte. Bel homme, manières distinguées.
W. . - . , aux trois quarts noir ; barbier et garçon de café, du Kentucky ; libre depuis dix-neuf ans ; S''est racheté lui et sa famille pour trois mille dollars ; riche à vingt mille dollars gagnés par \m. U est diacre de l'église baptiste.
G«.>* P., «M &i^ trois quarts noir; blanchisseur; du Eentucky ; libre depuis neuf ans ; a payé quinze cents dollars pour lui et sa famille; mort récemment à l'âge de soixante ans et possédant six mîUe doUars.
Le proiesseur Stowe ajoute : A l'exception de G. • . ., j'ai connu personnellement tous les autres, et c'est sur cette ooitnaiesance personnelle que mon opiinon s'est formée.
L'auteur se souvient parfaitement d'une femme de couleur, âgée, employée dans la famille de son père comme blanchisseuse. La allé de cette femme épousa un esclave. C'était une jeune femme fort intelligente et d*une activité remarqua- . ble ; par son mdustrie, son économie, et en s'imposant d'incessantes privations, elle amassa la somme de neuf cents dollars qu'elle déposait à mesure entre les maina de son maître, pour le rachat de son mari ; il ne lui manquait plus que cent doUars, lorsc[ue malheureusement son 'maître mourut. Ella ne put jamais recouvrer cet argent. '
Ce ne sontl& que quelques faits pris parmi une multitude d'autres que l'on pourrait citer pour démontrer l'abnégation, l'énergie, la patience et la probité qu'ont montrées les nègres à l'état de Uberté.
Et que l'on n'oublié pas que c'est en surmontant toutes sortes de désavantages et de découragemens que ces individus se sont ainsi courageusement acquis la fortune et ime position sociale. L'homme de couleur , d'après la "^i de l'Ohio, n'a pas le droit de voter, et^ il y a peu d'années, on lui iQBfVisait encore le droit de témoigner en justice contre un blanc* £t-<;es choses ne >se passent pas seulement dans rOhio. Dans tous les Etats de l'Union, nous voyons des . hommes qui, sortis* hier seulement dès chaînes de la servitu- ' de, ont fait d'eux-mêmes leur éducation avec im courage que l'on ne peut trop admirer et se sont élevés" aux premiers - taags die la «xâété. Pennîngton dans le clergé, Douglas et
Ward parmi les éditeurs, tous trois de race africaine, sont des exemples bien connus de nos concitoyens.
Si cette rncvî f)ersécutée, avant contre elle tons les désavantuges et livrée au découragement^ est arrivée a de tels résultats, à quoi n' arriverait elle pas si l'Eglise chrétienne agissait envers elle avec l'esprit de cliarité du Christ ? ' En ce moment les nations tremblent -et éprouvent dé< convulsions ; ime inllueuc^ puissante agite et soulève le monde comme ébranlé parmi tremblement déterre. L'Ame rique est-elle en sûreté ? Toute nation qui porte en son sein une aussi grando, une aussi criante injustice, a aussi en elle les élémens de sa convulsion dernière.
ï^ovirquoi cette influence puissante goulève-t-elle ainsi chez toutes les nations et dans toutes les langues ces protestations on faveur de la liberté^t de l'égalité?
Eglise du Christ, lis les signes du temps ! N'est-ce pas l'influence de l'esprit de celui dont le royaume est encore à venir, et dont la volonté sera faite sur la terre comme dans le ciel.
Mais qui pourra soutenir le jour de sa venne?a Car ce jour brûlera comme une fournaise et s'élèvera comme un témoin contre ceux qui frustrent le travailleur de son salaire, qui oppriment la veuve et l'orphelin, et qui privent l'étranger de son droit : et il mettra en pièces l'oppresseuT. »
Ne sont-ce pas là des paroles terribles pour une tiation qui porte dans ses entrailles une aussi éclatante injustice V Chrétiens, lorsque vous priez pour que le règne du Christ arrive, pouvez-vj3us oublier que les prophéties associent^ par un rapprochement terrible, le jour de la vengemice avec l'année de la rédemption ?
Un jour de grâce nous est encore offert. Les Etats du Nord et du Sud se sont rendus coupables devant Dieu, et l'Eglise cln-étienne aura un terrible compte à-' rendre. Ce n'est pas en se concertant pour protéger Tinjustice et la cruauté et rendre le péché commun à tous que cette Union peut être sauvée, mais bien par le repentir, par la justice et la miséricorde ; car cette éternelle loi par laqùeile uuc meule tombe au fond de l'Océan n'est pas plus sûre que cette autre loi- plus fort«j d'après laquelle l'injustice et la cruauté attirent inévitablement sur les nations la colèrç du Dieu tout-puissant.