CHAPITRE XLin
Bl^SULTATS.
Notre histoire touche à sa fin. Georges Shetby, dont le jeune cœur avait été vivement ému par l'inddent romanesque que nous venons de raconter, s'empressa de faire parvenir à Oassy l'acte de vente d'Eliia. La date et la signatiure de cet aete s* accordant parfaitement avec les faits qui lui étaient connus, Cassy se trouvait bien assurée de 3ridenthé dé sa fille, et il ne lui restait plus qu'à se mettre sur les tracée des jeunes époux réfugiés au Canada.
Unies par la singulière ressemblance de leur destinée, M"* de Thoux et Cassy partirent immédiatement pour cette terre de liberté. En visitant les diverses localités qui sont habituellement le premier as^e des esclaves fugitifs, elles rencontrèrent le missionnaire d'Amherstberg, ches lequel Georges et EHza avaient d'abord été reçus en franchiseant la frontière hospitalière. Ce digne homme leur apprit que la fàmiUe qu'ils cherchaient devait habiter Montréal.
Il y avait alors cinq ans que Georges et EHza vivaléiit libres. Georges avait trouvé du travail dans l'ateKer d'un respectable mécanicien, où, oohstamsnent employé, il gagnait de quoi suffire à l'entretien de sa famille, If^^ueQe s'était accrue d'une p(»tite fille dan» l'intervalle.
Le petit Harrv, devenu un charmant écoliet, faisait de rapides progrès clans ime bofi»e école du voisinage.
Après avoir entendu Iq juchant récit que loi nreal |{** ètt
Thoux et Cassy, le digne pasteur d'Amherstberg, cédant aux instances des deux dames, consentit à les accompagner à Montréal.
Voici maintenant une jolie pej;ite maison dans Tun des faubourgs de la ville. La nuit est venue ; un feu "b'rillauî, égaie le foyer, et la table à tbé, couverte d'une nappe bien blancbe, est servie pour le so»per. '
Dans l'un des coins de la chambre, on remarque une autre table couverte d'un drap vert et garnie d'un pupitre, de plumes, de papier et autres accessoires ; au-dessus, quelques rayons sont chargés de livres bien choisis ; c'est 1^ le cabinet de travail de Georges.
Le désir de s'instruire, qui l'avait conduit à dérober, pour ainsi dire, l'art si précieux de lire et d'écrire, au milieu des travauî^ et des soucis de sa vie d'esdLave, le portait encore & consacrer à la culture de son intelligence tout ce qui lui restait de loisirs.
Nous le voyons donc assis à son bureau, et terminant quelques extraits d'un livre dont il vient d'achever la lecture.
— Venez donc, Georges, lui dit en ce moment Eliza ; vous avez été dehors toute la journée. Laissez un peu ce livre, et causons, tandis que je prépare le thé.
£t la jeune enfant, venant en aide à sa maman, s'avance en chancelant pour repousser le gros livçe de sa petite main, et tâcher de prendre sa place sur les g^oax de son père.
— Ah ! voyez-vous la petite sorcière 1 dit George ©n cédant au désir de Tenfant et de la mère, comme l'eût fait tout autre père en pareille occasion,
— Voilà qui est bien, dit Ëllza tout en continuant de tailler le pain.
Eliza n'a plus l'air aussi jeune : elle a pils un peu d*embonpoint, et ses cheveux sont arrangés dans un goût plus s^évère ; mais tout annonce en elle autant de satisfaction et de bonheur que jamais épouse et mère ait désiré en avoir.
— Harry, mon enfant, comment vous êtes-vouâ tiré de vdtre addition aujourd'hui? demande Georges. en posant la main sur la tête de son jfils.
Harry a perdu ses longues boucles de cheveux, mais il conserve toujours ses beaux yeux, ses beaux cils et ce front intelligent qui s'illumine de fierté lorsque Tenfant s'empres&e de répondre : ,,
— Je l'ai faite tout entière et tout seul, père, et personne ne m'a aidé.
— Bien, dit Georges ; apprends à compter sur toi-même,
DE l'oncle tom. 437
mon enfant. Tu as des moyens de t'instmire que n'eut jamais ton pauvre père.
A ce moment, on frappe à la porte : Eliza va ouvrir ; mais, à cette exclamation' de bienvenue : — Quoi ! est-ce vous?. — son mari s'avance, et le bon pasteur d'Amhevstberg est cordialement introduit. Eliza offre des sièges aux deux dames qui sont entrées avec lui.
Ici, nous devons k la vérité de dire que le bon capteur avait élaboré un petit programme selon lequel l'action devait se développer, et que, chemin faisant, on s'était prudemment exhorté h l'observation ponctuelle du plan qui avait, été accepté. Jugez donc quelle dut être bientôt la consternation du digne homme !
Il venait de faire signe aux deux dames de s'asseoir, et, tirant un mouchoir de sa poche pour s'essuyer la bouche, il allait entamer un discours préliminaire en bonne forme, lorsque M"'" de Thoux, sautant brusquement par-dessus les transitions, s'élança au cou de Georges, en s' écriant :
— Georges î ne me reconnais-tu pas ? Je suis Emilie, ta sœur !
Cassy, plus calme, s'était assise, et elle eût sans doute joué plus convenablement son rôle, 'si la petite Eliza ne lui fût apparue en ce moment. L'â^e, la figure, les traits, les cheveux bouclés, tqut, dans l'enfant, lui rappelait si bien sa petite fille au jour où elle l'avait vue pour la dernière fois, que, tandis que le petit être la regardait d'un air étonné, Cassy, la saisissant dans ses bras, la pressa sur son cœur et s'écria, dans son illusion complète :
— Chérie, je suis ta mère !
Après cela, il devenait difficile de rentrer dans une maiche régulière. Pourtant, le digne pasteur finit par obtenir xm peu de calme et de silence ; et son discours d'ouverture, qu'il prononça tout au long, n'en produisit pas moina sur l'auditoire un tel effet de larmes et de sanglots, que le plus vaniteux orateur des temps anciens et modernes en eût probablement été satisfait.
Tous s'agenouillèrent, et l'excellent homme pria ; — car il est des émotions si vives et si tumuUueuses, qu'on ne peut s'en soulager qu'en les -versant dans le sein d'un Dieu d'amour. — Quand ils se relevèrent, les membres de cette famille si miraculeusement rassemblée se jetèrent dans les bras les uns des autres, pfeins d'une sainte confiance en Celui qui, à travers tant de périls et par des voies si mystérieuses, les avait enfin tous réunis.
H est tel journal d'un missionnaire parmi les fugitifs du Canada dans lequel vous pourriez lire des faits véritables
4m hâ,eÂÈÊ
plnd étomiaiit qtte d«8 ftetioné ; et eélft doit efsté^ tdiii ta système ,qai brise les familles et disperse leun memlTea comme lé vent disperse les femlles du m^e arbre abattues pat l'automne. Ces frontières hospitalières, semblables aux rivages étemels, voient souvent se réunir dans une joie commune de pauvres genft, qui, pendant bien des annîes, ont pleuré mutuellement leur perte. Rien de plus émouvant, surtout, que l'anxiété avec laquelle chaque nouveftu venu est accueilli par les autres ftigitifs ; car, de lui, chacun espère obtenir quelques nouvelles d'une mère, d'une sœur, d'une femme, a'un enfant, que les tristes ombres de l'esolavage dérobent encore à leur vue.
L^ s'acconiplissent des actes d'héroïsme tels qu'on u^en trouve pas dans les romans ; alors que, bravant la torture et défiant la mort elle même, des fugitifs ne craignant pas de retourner volontairement a sur la terre ténébreuse » et de e'y frayer un chemin mystérieux à travers mille terreoxs, pour en arracher leur femme, leur mère ou leur sœur.
Un missionnaire nous racontait qu'un jeune fîigitif, deux fois repris çt soumis à des châtimens honteux, était partenu à s'échapper .de nouveau ; <» brave jeune homme écrirait à ses amis qu'il allait faire une troi«ème tentative pour parvenir enfin à déliyrer sa sœur, — ^Comment l'appelleron^nous? un criminel ou uu héros? Voyons, mon bon monsieur, n'en feriejB-vous pas autant pour votre scBilr ? Ajess donc le courage de le blâmer.
Mais retournons vers nos amis que noui avonn lâlMéi s*68- Buyant les yeux et calmant par la prière les subîtes émotions d'une joie trop vive. Qs sont ^maintenant assis autour de la table, et paraissent décidément fort disposés à se plidre ensemble, si ce n'est que Cassy qui tient la petite Ëliza sur ses genoux, l'étreint par momens de telle soit^ que l'enfant la regarde avec quelque , étonnement ; en revanche, Cassy refuse obtinément de se laisser étouflbr par les gftteaux dont l'enfant veut lui remplir libéralement la bouche; Caesy prétend qu'elle a trouvé quelque chose de meilleur que des gâteaux, et cela étonne bien plus encore le petit être.
Après deux ou trois jours, il s'étaitfaitun tel changement en Cfassy, qu'il eût été presqu'impossible de la reconnaître. Au lieu de l'expression vagae du désespoir, un sentiment de douce confiance respirait dans ses traits ; tous les sentâmens de la famille semblaient s'être réveillés à la fois dans son cœur, et ses affections maternelles prenaient un essor d'autant plus vif qu'elles avaient été plus longtemps comprimées, n est vrai qu'elle se sentait plus naturellement portée à aimer la petite EHza que sa propre fille, car, dani$ renfWit, die
m j}qvcsm Ton, dut
r0troilT^i«atO« qu'alla av^ aimé, td«t i^ ^ 4i«b wHé
dans ses Bouv«niri, de calla qu'eUe avait aittrofois p«rd»e« Mais, ce petit être était comme un lien 4e ^SQxk 9ntra Ift mère et la fille, et ce fut par lui qu'elle» appr^e&t à M ••»• paître et h s'aimer. La ^été ferme et raisonoée d'HUsa» éclairée par la lecture assidue de la Parole sacréet ea faÎMÛt . un guide précieux pour l'esprit malade et fatigué de Mmàrs ; et Cassy, stf livrant mûntenant de toute son fima aa% mûu^ices salutaires, devint une chrétienne aussi tendn qii% dévouée.
M*** de Thoux ne tarda pas à mettre Georm aa faîfc 4* sa position personnelle. La mort de son mari Pavait laissée maîtresse d'une belle fortune qu'elle o£hrit généreusement dé partager avec sa famille. £t ^uand elle demanda à son hkeê ce qu'elle pourrait faire de mi^ux pour lui :
— Donnez-moi les moyens de m'instruire, Emilie t voilà ce que mon coeur a toujours désiré. Après oela je ma fiàKtgê du reste. ^
Pour mieux remplir le but de Oeorges, il ftU déeidé qna l'on irait passer quelques années en France) et la Mnilk en» tîère s'embarc[ua, sans oublier la jeune Ëminalinf.
Sur le navire, la charmante figure, l'air de déo0D«t H de modestie d'Ëmmeline lui conquirent l'aSeotioo d« pieoiiar contre-maître^ i^ui l'épousa peu de temps Varrivéa a^pori. . Oeorges suvit pendant quatre ans \èê cours de runivw« site dû Paris , et, grâce à uns yoloiEité porsévénmktt, fM^ult une instruction solids.
Les troubles politiques de U Franea déodèreiàl pk». tiirA la famille à revenir en Amérique.
Quant aux vues et aux sentimens de Geerfliib devfan im homme instruit, les voici mieux exprimés que nous poufricns le faire, dans la lettre suivante qu^il adresse à un «ml s
« Je ne suis point sans quelques doutes sur le eh^imin qua je dois suivre. Peut-être, ainsi que vous me le ditotf, nous reste-t-il asse^ peu de la oouleur africaine , à moi et aux miens, pour que notls puissions facilement nous mêler aux blancs de ce pays; et je le ferais sans doute; si j'y étais obligé. Mais, à vous parler franchement, je n'en éprouve t»ai la désir.
» Mes sympathies ne me portent pas vers la raœ 4e mon père. Pour mon père, j'ai pu âtre quelque chose «omme un beau chien ou un beau cheval, mais nen de plus; pour ma pauvre misérable mère, j^étais ton 6nfani\ et quoiq^a je na l'aie jamais revue depuis le jour où une vente cruâla noua sépara, je «u« qu'elle m'a aimé jusqu'à sa demiérd keore :
je lésais, parce que mon cœur me le dît. Ah! quand je pense à tout-'oe qu'elle" a souffert, à ce que j'ai souffert moi-même dans mes premières années ; quand je pense aux angoisses, aux luttes de mon héroïque femme, de ma sœur Vendue au marché de la Nouvelle-Orléans — Dieu me garde d'un sentiment anti-chrétien ! — Mais l'on me pardonnera de dire que je ne me sens nulle envie de me co]\fondre îTv'ec les Américains, et de passer pour un Américain moirmême.
•» Je veux rester avec cette race africpjne, opprimée^, enchaînée; c'est la race de ma mère, c'est le lot de mon choix. ; et, si je formais un désir, ce ne serait pas d'être plus blanc, mais plus nègre que je ne le suis.
y> TJne nationalité africaine peut seule répondre aux ardentes aspirations de mon âme. Il me faut une niition formée d'hommes de couleur qui ait une existence propre, bien tranchée, bien distincte. Où latrouverni-je? Ce n'est pns à Haïti; ils manquaient là de cette vigueur d'élan néccssnire à un ]ieuplè naissant. Un ruisseau ne peut pas s'élever nu dessus de sa source. La race qui forma le caractère des îlaïtiens était usée, efféminée, et il faudra des siècles à la race qui lui fat soumise pour parvenir à une certaine grandeur.
» De quel côté tourner les yeux ?
V Sûr les côtes de l'Afrique , j'aperçois une république — une république 'formée d'hommes choisis, qui, par leur énergie- naturelle et par la force de leur volonté, se sont, ♦m tten des points, élevés fort au dessiis de leur condition d'esclaves. Après avoir, traversé T^ne première période d'inévitable faiblesse, cette république est enfin devenue une natîoA sur la face de la terre —une nation reconnue par la France et parl'Anglct'jrre. C'est là que je veux aller ; c'est . là que je trouverai mil nation.
» Je sais bien que 'vous allez tous être contre m.oî ; mais, avant de frapper, écoutez-moi. Durant m on séjour en France, j'ai étudié avec le plus vif intérêt l'histoire de ma race en Amérique. J'ai suivi la lutte entre les abolitionnistes et les partisans des colons, et, spectateur éloigné, j'ai reçu des impressions qui ne m'auraient jamais frappé coniino acteur.
» Je sais que cette Libéria peut avoir servi à toutes ?ortes de desseins, et qu'elle a été dans les mains de nos oppresseurs une arme dont ils se sont servis contre nous. Sans doute ils s'en sont servis comme d'un moyen de retarder notre émancipation. Mais, pour moi, la question se réduit h ceci : K'y a-t-il pas un Dieu au-dessus de tous les desseins des hommes ? Ne peut-il faire servir leurs projets à fonder une nation h notre profit?
DB l'okclb tom. 441
» De notre temps lane nation naît en nn jour. Elle se trouve à sa naissance en possession de tous les grands principes de la vie républicaine et de la civilisation ; elle n'a point à découvrir, mais seulement à appliquer. Unissonsnous donc de toutes nos forces et voyons ce que nous pouvons faire de cette nouvelle entreprise et de ce splendide continent africain ouvert devant nous et nos enfans. Notre nation portera sur ses rives la civilisation et le christianisme ; elle fondera là de puissantes républiques qui, croissant avec la rapidité de la végétation tropicale, honoreront les siècles à venir.
» Direz- vous que j'abandonne mes frères dans la servitude ? Je ne le pense pas. Si je les oublie une heure, un seul moment de rfia vie, que Dieu m'oublie moi-même ! Mais que puis je faire ici pour eux? Puis-je briser leurs chaînes ? Individu isolé, js n'ai pas ce pouvoir. Mais laissez-moi aller faire partie d'une nation qui aura voix au conseil des peuples, et alors noas pourrons parler. Une nation a, peur arguer, faire des remontrances, solliciter en faveur de ses membres, des droits et une autorité que n'a pas un individu.
» Si jamais l'Europe forme un grand concile de nations libres, — et j'ai le ferme espoir que cela arrivera, — si le servage et toutes les oppressives inégalités sociales sont balayées, — si, comme l'ont fait déjà la France et l'Angleterre, les autres Etats nous reconnaissent, nous ferons appel alors à ce congrès et porterons devant lui la cause de notre race asservie et malheureuse. Il est impossible que l'Amérique libre et éclairée ne s'empresse d'effacer de son écusson cette barre sinistre qui la déshonore parmi les nations et qui lui est aussi fatale qu'à la race opprimée.
» Mais, me direz-vous, notre race a, pour se fondre dans la république américaine, autant de droits que les Irlandais, les Allemands, les Suédois. Je l'accorde. Nous devrions être libres de nous fondre, de nous élever par notre valeur individuelle, sans aucune considération de caste ni de couleur, et ceux qui nous dénient ce droit mentent aux principes d'équité humaine qu'ils professent. Nous devrions surtout avoir le droit de le faire ici. Nous avons plus que le droit commun à tout homme, nous avons le droit qu'a toute nation longtemps opprimée d'exiger une réparation. Mais je n'en veux pas. Je demande un pays, une nation à moi. Je crois que la race africaine a des qualités particulières qui se développeront par la civilisation et le christianisme, et qui, quoique d'un genre différent de celles des Anglo-Saxons, se montreront peut-être moralement supérieures.
» C'est à la race anglo-saxonne qu'ont été confiées les
destteM èà mtmès dtitatit U périoéte ^ liittëÉ et dêS oon- ÔîtSi Son caractèfe inflexible et énergique conVèiiftît parfaitement à cette mission. Mais, c<nnme c)irétienf je vois s^envrît nne nouvelle vie devant ncfus, et je crois que nous j touchons. Les agitations convulsives c[ui ébranlent les nations ne sont que les douleurs de l'enf^yntement d*tme époque de paix et de fraternité.
» J*ai le ferme espoir que le développement de? Afnqne sera essentiellement cbrétien. Si cette race n'a pas rinsmict dn commandement et de la domination, elle est au moins affectueuse, magnanime et clémente. Eprouvée dans la fournaise de rîujustice et de l'oppresçion, elle a besoin de s'attacher plus intimement à cette sublime doctrine d'amour et de pai^ don, avec laquelle seule elle pourra vaincre, ^ et qn'eUe a pour mission de répandre sur le continent africain.
« je le confesse, je ne suis pas à la hauteur de cette noble tâche — la moitié du sang qui coule dans mes.veineé est le sang brûlant et fougueux du Saxon. Maie j'ai à mes cétésun éloquent prédicateur de l'Evangile en la personne de ma charmante femme. Lorsque je m'égare, sa douceur me ramène dans la voie et me remet devant lés jeux la miesion chrétîfinne de notre race. Comme patriote chrétien, eomme apôtr€^ du christianisnie,.je retourne dans ma patrie, le pays de mon choix, ma glorieuse Afrique, à laquelle, duos mon cœur^ j'applique quelquefois ces magnifiques paroles du prophète : « Parce que tu as été abandonnée et haïe au point que nul homme ne te traversait, je te donnerai une supériorité étemelle, et tu feras la joie do nombreuses générations. »
• Vous m'appellerez enthousiaste, vous me dires qne je n'ai pas bien réfléchi àoe que j'entreprends. Mois j*ai réfiéehi et eaisiilé. Je patrs peur Libéria, non peur y 'tToarer un Elysée de roman^'^miiis un Champ de travcH'l. Je m'attends k travailler des deux madns, à travailler avec ardeur, à surmonter tefdtes sortes de difficultés et de découragemans, — k traTailler jusqu'à la mort. Voilà mon but, et je sais sûr de ne pas épnmver de désappointemens.
» Quoi que vous puissiez penser de ma détsriniiiatîen, ne me retire! pas votre eonfiuiee, et veuillez penssr que dam tout ce que je fkis j'agis avee un coeur entièrement déroué à mon peuple.
« Gbosgw Hasb». »
Quelques semaines après, Georges s^embarquapourTAfrique avec sa fepame, ses enfans, sa sœur et sa mère. Si nous ne nous trompons, le monde entendra parïer de lui.
1» VûÉCfLà «ox, tl8
^fxm h kHè ««iNé persoimttge9, t0éà h^tiit/dt iàn à
Ajouter, siée n'est quelques mots stir miss OpliélU et Tops^, et un chapitre d'ÏEidieux qtte nous consacrons à Georges Shelby.
Miss Ophélia emmena Topsjr arec elle dans le Verâumt, àlagrandesniprisedd ce grave corps délibérant qne Vht^ bitant de la NouTelle- Angleterre désigne pat les mots : « Nos gmt.» Kos gens» tout a* abords pensèrentque c'était une étrange et fort peu nécessaire addition à- un mèa&m ïùfi bien monté ; mais telle fut Tefficàdté des effints de miss OpbéUa pour remplir ses devoirs envers son élève, ^ue cette dernière ne tarda pas à être en faveur près delà famille et des voisins. Lorsqu'elle parvint à T adolescence, elle fut, à sa demande, baptisée, et devint membre de l'église chrétienne de l'endroit. Elle montra tant d'intelligence, de zède, d'activité et de désir de bien faire, qu'elle fut à la fin recommandée et approuvée comme missionnaire dans une des stations d'Afrique, et nous avons*appris qu'elle employait à instruire les eiff'ans de son propre pays l'activité et l'esprit ingénieux qui la distinguaient dans ses jeunes années.
P. S. -^-Kous dirons aussi, peur 1* sfttîsfaotioii de fuel*
2 ne* mères, que les démarehes faites p» K** de Tko^x ont té couronnées de socoès et ont réoemmaiit amené 1* déoon* verte du fils de Cassj. Ce jeune homme pl^ d'énetgia s'était évadé quelques-années avant sa more^ et i|V«H ét^ recueilli et élevé par les amis des opprimés dans U K<ird« D no tardera pas à sidvre sa famille en Africpe.
CHAHTEE XUT.
^LB IiIBSBATEX7B'«
Georges Shelby avait écrit k sa mère, mtoÈ «m qtiétqtiés lignes et seulement pour lui indiquer le jour probable de son arrivée. H ne s'était pas senti le courage de lui parler de la mort de son vieil ami; plusieurs fois il l'avait essayé ; mais, suffoqué par la douleur, il n'était, jamais parvenu qu'à déchirer le papier mouillé de ses larmes et à s'élancer an dehors pour échapper à ses souvenirs.
Or, la maison Shelby est toute rempHe d'un mouvement joyeux : c'est le jour où le jeune maître est attendu.
M"* Shelby se tient dans son élégant salon devant un bon feu qui combat gaîment le froid d'une soirée de fin d'automne. On met le couvert pour le souper ; l'argenterie^ les cristaux étinceUent, et notre TÎeille Mni« Chloé préiiat à leur rMigement sur la table.
4^4 .r X^^ CUâB ■
PAried'ime robe d'indienne toute neuvCi d'uji tablier d'une blancheur intacte et d'un liaut turban solidement empciiê, CUoé, dont la face noire *et luisante brille de satisfaction, exagère évidemment les détails de son service, afin de prolojiger l'occasion de causer avec sa maîtresse.
— Là! voilà! n'est-ce pas bien selon son goût? dit-elle; }'aî mis son couvert à la place qu'il préfère, — tout à coté du feu : Massa Georges a toujours aimé la place la plus chaude. Oh î là donc ! Pourquoi Sally n'a-t-elle pas mis la plus belle théière, la jolie neuve que raasfiaa ucli-^iôc pour madame à Noël? Je vais aller la chercher. >It inadamo a reçu une lettre de massa Georges ? conclut anxieusement Chloc.
— Oui, Chloé, répondit M'"^ Sholby^ mais un .simple mot ; il m'annonce qu'il espère être de retour ce tioir, et volià tout.
— Et il ne dit rien de mon vieil homme ? reprit Chloé, qui continuait de remuer les porcelaines.
— Rien, Chloé; il ne me parle absolument de^ien ; il me dit qu'il me racontera tout lui-même après son retour.
— Oui, je reconnais massa Georges ; toujours si terriblo pour vouloir dite les choses lui-même ! J'ai toujours renn arqué cela dans massa Georges. Ah ! dame, aussi, je ne comprends pas comment les blancs ont la patience d'écrire un tas de choses comme ils font en général ; — c'est si lent, si malaisé, l'écriture !
M*" Shelby souriait.
— J'ai dans l'idée, continua Chloé, que i^j^on vieil homme ne reconnaîtra plus les garçons ; et la petite ? Seigneur ! c'est une grande fille maintenant, et une bonne fille, et gen tille encore, ma PoUy î — Je l'ai laissée à la cuisine, où elle surveille les gâteaux, — juste les mêmes gâteaux que mou vieil homme aimait tw-ut, juste les mcMnes que ceux que je lui .avais servi» ie matin qu'on l'a emmené. — l>ieu nous bénisse tous ! Quo j'ai donc soui'ibrt ce jour-là !
M'-'*-" Sîiclby répondit à cette allusion par un soupir. D'ailleurs, elle u'.ivult jt;in;i,is été tniuquiilo depuis la lettre de son lils ; eild craiguait vagucm3nt un malheur dissimulé sous le laconisme du jeune honriuQ.
— Mad;nne a toujouvo ces hillel.'j? reprit Chloé avec une certiiiuc inquiétude. .
— Oui, Chloé.
, — Cent que je tiens à montrer à mon vieil homme cc> juGmes billets que le pâtissier m'a doimés. — Chloé, m'a-t-ii dit en me payant, je voudrais que vous puissiez rester encore. — Merci, massa, je le voudi-ais aussi ; mais mon vieil homiiie revient à la maison, et puis mn,diiiûe ne peut plus ao passer
j5b l'onole tom. 440
demoi -davantage. — ^Voilà juste ce que je lui ai répondu ; —
uii bien bon homme, ce massa Jones !
Cliloo avait vivement insiàtc pour que les billets de banque avec lesquels ses gages lui avaient été payés fussen-t conservés exactement, aiin qu'elle pût les montrer comme un guge do ses talens à son vieil horaniQ, et M™" Skélby s'était facilement prêtée à cette fantaisie.
' . — Il ne reconnaîtra pas FoUy, non, bien sûr. Las ! voilà cinq ans déjà qu'on nous l'a pris ! PoUy était encore si petite ; — tout un plus si elle pouvait se tenir sur ses picdjî. Je me somiens (piand clic toiiioait en s"e.isayant à marcher. Las! mon Di;ju! comme il a ait peur!
Le bruit d'une voiture se ilt eiiteadre en ce moment.
— Massa Georges! s'écria tante Chloé en se précipitant ver.s la fenotre.
M""-' Slielby s'élança vers la porte et tomba dans les bras de son fils. Mais Chloé interrogeait avidement l'obscurité au dohots. •
— pauvre tante Cidoé î dit Georges d'une voix attendrie-en s'arrotant pour prendre entre ses mains les mains durcies de la négresse, j'aurais donné toute ma fortune pom* pouvoir le ramener avec moi 5 — mais il est allé dans un monde meilleur.
A ces mots, M»*e Shelby poussa un cri de douleur ; mais tante Chloé ne dit rien.
On entra dans la sall-3 à manger. Les billets qui avaient fait l'orgiicil de Chloé étalent restés étalés sur la table.
Chloé les rassembla,, et, les présentant d'uije main tremblante à sa maîtresse :
— Oh! dit-elle; je ne veux plus les revoh* jamais, ni en ent^ndivi parler. — Ju.>:^i comme je m'y attendais! — Vendu et tué dans ces plaul irions damnéo.-W
Et Cliloé, se retouiMian':, mîu\ lia résolutnent vers la porte. M;iis m,'d:;ino Slnjl'jy, la sr/ivaiit doucenio.ui, la prit par la main et hi l'a; :':ir Li?seoir jirès d'elle sur un fauteuil :
— 21.1 .suivre '."liloé 1 lui dit-elle.
C];lii p2aclia ia U-tc bur ré;;auledc sa maîtresse, et se mit à sniiy^loter :
— O mad:ini3 î excusez-moi; mon cœiu,' est brisé ;—' voilà tout !
— Je le sais, dit M"'« Shelby, qui versait elle-même des Inrmes abouJantLS ; votre cœur est brisé, et je ne puis le guérir, iiuiis Jésus le peut : Il soulage les ceeurs brisés, il guérit toute.-', les 1/jessn.res.
11 y eut un moment de silence et de larmes. Enfin, Georges allant s'asseoir près de la veuve, et lui prenant de non-
44^ tskeiam
yeatt k«nftlBë, hii faoQBlia en tenues émjHm é9t(Éiéli«l|k triomphe de la mort de son mari, et Im répéta seê àsnûbrtiB paroles d'amour.
Un mois environ s'était écoidé : tons les esdaTes de la maison Shelby étaient rassemblés dans la grande galerie pour entendre nne communication de leur jeune maître.
Georges parut au milien d'eu^, une liasse de papiers à la main, et, à leur grande surprise, leur lut et leur remiit h chacun un acte d' affranchissement, au milieu de larmes, de sanglots et d'acclamations générales.
Beaucoup, cependant, se pressant autour de lui, le suppliaient de ne pas les renvoyer, et lu demandaient instamment de reprendre l'acte qui les affranchissait :
— Nous n'avons pas besoin d'être plus libres que nona ne le sommes, lui disaient-ils ; nous avons toujours en tout ce qu'il nous fallait. Nous ne voulons pas quitter la vieille msi-^ son, ni massa, ni madame, et tout le reste !
— Mes bons amis, leur dit Georges aussitôt qu'il pn4 ofbtenir un moment de silence, il n'est pas nécessaire que vcms. nous quittiez ; il faut toujours autant de monde pour cttltîver Tnabitation ; nons resterons donc comme nous étions auparavant. Seulement, hotimies et femmes, vous voilà libres 'y nous conviendrons des gages que je vous paierai pour votre travail, et vous aurez surtoot cet avantage que si je viens à m'endetter ou à mourir — choses qui» peuvent arriver, — vous ne craindrez plus d'être saisis et vendus. Pour moii j'ai l'intention de rester avec vous sur cette propriété et de vous enseigner ce que vous n'apprendrez sans doute pas en un jour, l'usage que vous devrez faire des droits dans lesquels vous venez d'entrer. J'espère que vous vous conduirez bien, que vous écouterez docilement mes leçons, et que, de mon côté. Dieu me ferala grâce d'être aussi fidèle à mes devoirs qu'exact à vous enseigner les vôtres. Maintenant, mes amis, tournez vos regards vers le ciel, et remerciez Dieu du bienfait de votre liberté.
Un vieux nègre aveugle, le patriarche de la plantation, s'avança, et dit en élevant ses mains tremblantes :
— fondons grâces au Seigneur !
Tous s'agenouillèrent à la fois. Et jamais TeDewn acooupagné des sons de l'orgue, des cloches et du canon ne monta plus joyeux et pluîf touchant vers TËterhel que la simple prière qui s'échappa des lèvres pieuses du vieil aveugle.
Après lui, un autre entonna un hymne méthodiste dont le refrain fut répété en chœur :
(Test l'an du jubilé, c'est le jour de la fol ! Viens, pécheur racheté, le ciel s'enivre pour tel.
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«* i^Éieofè «n «et, bim amîs, reprit (jfe<wges en îiiterrompsnt les congtatulfttions mutuelles ; vous n^avez certainement pas oublié notre bon vieil oncle Tom ?
Et, après un bref récit de la mort de Tom, terminé par les tendres adieux du martyr à ses anciens compagnons du Kentucky t
— C'est sur sa tombe, continua Georges, c'est là, mes amis, que j'ai pris l'engagement devant Dieu de ne plus jamais posséder un esclave, dès qu'il me serait possible de l'affranchir, et de ne plus faire courir ^ aucun le risque d'être séparé de sa famille et de ses amis, pour aller, comme le pauvre Tom, dans quelque plantation lointaine. Ainsi,^ en vous r^oùissant d'être libres, n'oubliez pas que c'est au vieux Tom que vous devez votre liberté, et montrez-vous, en retour, bons et affectueux pour sa femme et ses enfans. Pen- 862 à la cause de votre affranchissement chaque fois qu'il vous arrivera de regarder la case de l'oncle tom ; songez à l'exemple que cet honnête homme vous a laissé, et que Bon souvenir contribue à faire de vous des cœurs droits et des ehrétiens fidèlei.