CHAPITRE XXII
Sainte moi»! <l<î Colosnl». — Son toiitilbea.li. — ï-Iomutaf^-ew l'eiicliis à sa iiiéisioire. — Letti'O eiioy elique die S. S. Léon :XI1I.
Chaque jour Christophe Colomb approchait du terme. Il avait conscience de la grandeur des entreprises accomplies déjà, de celles qu'il voulait achever encore ; il ressentait profondément l'injustice de Ferdinand. Le grand Amiral voyait que tout espoir humain était perdu, mais comme il n'avait mis qu'en Dieu sa suprême espérance, et que de Lui seul il attendait la véritable récompense, il se préparait à la mort en héros et en saint.
Dans la pauvre chambre d'auberge, il appelait un notaire pour relire son testament : puis un prêtre, pour recevoir une fois encore le Dieu qui l'avait soutenu et consolé.
Autour du grand Colomb, le Révélateur du globe, ses fils et quelques amis agenouillés écoutaient avec recueillement ses derniers avis.
Les chaînes qu'il avait reçues de Bobadilla, étaient suspendues aux murailles dénudées : c'était la seule
îécompense que les souverains de la terre lui eussent donnée, elles avaient été les instruments de son martyre et devenaient le titre le plus précieux à son éternel triomphe- Colomb, revêtu de l'habit de Saint-François tel qu'il l'avait souvent porté sous son costume d'Amiral, touchant les chaînes et les fers dont il avait été lié, recommanda de les placer dans son cercueil ; puis, se remettant avec confiance aux mains de Celui dont il avait porté le nom jusqu'aux extrémités de la terre, il rendit son âme avec paix.
C'était le 19 mai 1506, veille de l'Ascension de Notre-Seigneur.
Dès le lendemain, il suivait peut-être le glorieux cortège du divin Triomphateur !
Ses amisles Pères Franciscains, déposèrent le corps dans les caveaux du monastère à Valladolid, après que de modestes funérailles eurent été célébrées à la cathédrale.
Sept années plus tard, Ferdinand ordonna des honneurs exceptionnels pour la translation des restes de l'Amiral à Séville; et les Chartreux de Sainte- Marie des Grottes emportèrent les précieuses dépouilles de leur ami dans leur sainte retraite.
Dix ans après, le Révélateur du globe était transporté à Saint-Domingue et placé dans le cœur de la cathédrale.
Enfin, en 1795, Cuba, la plus importante des îles
découvertes par Colomb, recevait le corps du célèbre navigateur ; c'est là qu'il repose.
Longtemps oublié des hommes, le grand Amiral n'avait trouvé des historiens que parmi les étrangers et les protestants ; son nom était rarement prononcé,
Mort de Christophe Colomb.
il n'avait même pas été donné au continent découvert par son génie et sa persévérance ; lorsque le pieux et grand Pie IX, le premier Pape qui mit le pied sur le Nouveau-Monde, réveilla la mémoire de l'immortel Colomb et choisit, entre les écrivains catholiques, l'illustre comte Roselly de Lorgues pour en écrire l'histoire. On sait comment l'attente de Pie IX fut réalisée, surpassée même.
A la lumière éclatante jetée sur tant de science et de vertus, l'univers catholique s'est réjoui; l'éminent Cardinal Donnet, archevêque de Bordeaux, écrivit au Pape Pie IX, le 22 juillet 1866, une lettre demandant l'introduction de la cause de Christophe Colomb, et plus de sept cents évêques parmi les Pères réunis au Concile du Vatican (1870), ont signé depuis ce postulatum.
Les informations juridiques pour l'introduction des causes en Cour Romaine ressortissent de l'Evêque diocésain; Christophe Colomb ayant passé sa vie en mer, le Cardinal de Bordeaux, comme métropolitain des Possessions Françaises dans l'Océan, fit en langue française, contrairement aux usages romains, la demande instante de la Béatification du serviteur de Dieu.
De son côté, Mgr Charvaz, archevêque de Gênes, s'exprimait ainsi en 1867 dans une lettre adressée
au Pasteur suprême. Ce document résume toutes les raisons que l'on peut alléguer en faveur de la décision demandée :
« Très Saint-Père,
« Sachant qu'un prince de l'Eglise et quelques-uns de mes confrères dans l'épiscopat ont déjà manifesté à Votre Sainteté le désir de voir introduire devant la Congrégation des Rites la cause de la Béatification du religieux et illustre Christophe Colomb, à qui l'ancien monde est redevable de la gloire de la découverte du Nouveau, en ma qualité d'archevêque du diocèse où est né ce grand et fidèle serviteur de Dieu, je viens moi-même très-humblement, mais avec joie et confiance, vous exprimer le même vœu, tant en mon nom qu'au nom du clergé et des fidèles de mon diocèse.
« Après avoir lu l'histoire du célèbre navigateur Génois, écrite sous les auspices et par l'ordre de Votre Sainteté par le pieux et docte comte Roselly de Lorgues, on ne peut se dispenser d'y reconnaître une élection divine, une mission providentielle, un encouragement, un but éminemment élevé dans l'héroïsme, dans l'exercice des vertus chrétiennes ; et, dans la Découverte du Nouveau-Monde, qui a doublé le champ où travaillent les ouvriers évangéliques, une œuvre féconde pour l'accroissement du règne de Notre-Seigneur Jésus-Christ.
« La vie publique et privée de Christophe Colomb renferme un tel assemblage de merveilleux et de
surnaturel, elle renferme des caractères de sainteté si éclatants, que l'admiration pour ce grand homme se change en vénération pour le véritable disciple de l'Evangile, pour le fils grandement dévoué à l'Eglise.
« Néanmoins, Très Saint-Père, je ne me dissimule pas les difficultés que présente l'introduction de la cause de Christophe Colomb, qui fut successivement encouragé et béni par trois Papes, et dont Votre Sainteté a déjà loué dans un bref le cœur évangélique, le zèle infatigable et le caractère providentiel, à cause de la nécessité de se conformer aux règles établies par le Pape Benoît XIV ; mais Christophe Colomb ayant passé presque toute sa vie sur mer, sa grande œuvre étant exceptionnelle, et la Papauté l'ayant de son temps traité exceptionnellement, je supplie Votre Sainteté de vouloir bien user de sa suprême autorité pour introduire cette cause d'une manière exceptionnelle.
« Ce serait. Très Saint-Père, un accroissement de gloire pour Votre Sainteté, un heureux événement pour les fidèles de ce diocèse, et pour tous les marins qui gagneraient ainsi un glorieux patron et un admirable modèle dont ils sont encore dépourvus et dont ils sentent le besoin, si l'on pouvait un jour invoquer publiquement comme Bienheureux ce grand navigateur, ce chrétien héroïque, que l'on considère avec raison comme Tune des plus belles individualités de l'histoire du monde et comme le premier apôtre de l'Amérique. »
Enfin, les vœux des deux mondes semblent concevoir une nouvelle espérance après la lettre encyclique adressée par Sa Sainteté Léon XIII, à l'occasion du quatrième centenaire de la Découverte de l'Amérique; dans cette lettre on remarquera les titres glorieux donnés à Christophe Colomb par celui dont la parole doctrinale est infaillible lorsqu'elle juge les actes et les mérites des saints et Théroïcité de leurs vertus.