‹ Vie illustrée de Christophe ColombChapitre 5 sur 24 · CHAPITRE V Le JV ouveau— ]>J[on<ie. — San— Salvador. — Cutoa · texte numérisé non relu

CHAPITRE V Le JV ouveau— ]>J[on<ie. — San— Salvador. — Cutoa

Au lever de l'aurore, Christophe Colomb contemplait pour la première fois le Nouveau-Monde. Il reconnut une île assez étendue, plate et sans aucune montagne, mais recouverte d'une luxuriante végétation et d'arbres magnifiques, dont les branches se reflétaient dans les eaux d'un lac d'une limpidité et d'une pureté diaphane. En même temps il remarquait des habitants qui, après avoir considéré les navires, se cachaient dans les bosquets.

Colomb descendit après avoir revêtu son riche manteau d'écarlate , tenant à la main l'étendard royal à la croix verte et aux initiales F et I surmontées d'une double couronne. A peine eût-il touché cette terre qu'il se prosterna, la baisant avec respect, rendant grâces au Dieu tout-puissant et versant des larmes de joie. Puis, élevant un Crucifix il prononça de cette voix majestueuse qui faisait vibrer les cœurs, la première prière c[}i\ s'éleva du Nouveau-Monde vers le Créateur, pour le bénir et lui rendre hommage :

« Dieu éternel, tout-puissant créateur du ciel, de « la terre et de la mer, que ton nom soit partout « glorifié.

« Qu'elle soit à jamais exaltée ta Majesté sainte, « qui a daigné permettre à ton indigne serviteur, « de porter dans une nouvelle partie du monde, la « connaissance de ton Nom ! »

Se levant alors, le Révélateur du globe déploya l'étendard où se peignait avec la Croix, l'image de Jésus-Christ Rédempteur; il tira l'épée, et prenant possession de la terre au nom des Rois de Castille et d'Aragon, il nomma cette île San-Salvador (Saint-Sauveur).

Dès lors, et par le fait même de sa merveilleuse découverte, Christophe Colomb devenait grand Amiral, Gouverneur et Vice-Roi. Les hommes des trois équipages l'acclamèrent et lui prodiguèrent les

Colomb prend possession de San-Salvador.

marques de respect et d'admiration d'autant plus enthousiastes qu'ils avaient plus de fautes à se faire pardonner.

La première action des matelots fut de couper les branches d'un bel arbre pour en former une Croix et planter, sur cette île inconnue, la première Croix du Nouveau-Monde, au chant du Vexilla Régis. Christophe Colomb, dit Las-Casas, plantait une Croix dans tous les lieux où il passait, îles, provinces ou villes; ses contemporains y voyaient le signe caractéristique de toutes ses découvertes, et sur toutes les cartes, les Indes Occidentales à cette époque, sont désignées en majuscules rouges sous le nom de Terre de la Sainte-Croix.

San-Salvador se nommait dans la langue du pays Guanahani, c'est une des Lucayes et du groupe de Bahama.

Cependant les naturels avaient contemplé derrière les buissons et dans une sorte de stupeur, la majestueuse arrivée des Espagnols sur les navires aux voiles déployées, et qu'ils prenaient pour des ailes gigantesques. Voyant des êtres à peau blanche, à la longue barbe, vêtus de costumes reluisants et de diverses couleurs, lesquels cependant ne cherchaient ni à les molester, ni même à les atteindre, ils commencèrent à sortir de leurs retraites.

Rassurés par l'autorité que Colomb semblait exercer, attirés par sa grande bonté et par la magnificence de son costume, ils en vinrent à s'approcher

des Espagnols, à toucher leurs mains, surtout leur barbe ; ils se prosternèrent devant l'Amiral, lui offrant des herbes odoriférantes, et recevant avec des transports de joie les bonnets de couleur, les grelots et les verroteries qu'ils échangeaient contre des pelotes de coton filé, des perroquets, du pain de cassave.

« Ainsi l'Ancien et le Nouveau-Monde inaugurèrent alors, bien que sur une petite échelle, par ces premiers échanges, les immenses opérations commerciales qui font aujourd'hui leur prospérité réciproque. »

Les Espagnols reconnurent bientôt que ces peuples étaient doux et inoffensifs, n'ayant pour armes que des bâtons durcis au feu, et munis à la pointe d'une arête de poisson ; l'usage du fer leur était inconnu, car ils saisirent par la lame une épée qu'on leur présenta.

Les indigènes, d'une taille assez grande et bien prise, à la démarche agile, aux mouvements gracieux, « avaient le visage peint de couleurs criardes, mais leurs traits ne manquaient ni de régularité, ni de finesse. Sans barbe, le front large, le crâne développé, les yeux bien fendus, les cheveux assez longs pour flotter sur leurs épaules, rien, pas même leur teint ni noir ni blanc mais cuivré n'accusait en eux la race Africaine. » On reconnut qu'ils appartenaient à la race Aryenne.

Colomb vit sur eux quelques traces d'anciennes blessures; ils firent entendre que des côtes voisines on venait les attaquer et qu'ils se défendaient;

il en inféra que la terre ferme était proche, et qu'on venait du continent s'approvisionner d'esclaves dans les îles ; cette pensée le confirma dans la persuasion qu'il avait atteint les parages orientaux de l'Inde ; il donna en conséquence aux naturels le nom générique à' Indiens, que l'usage a conservé.

Avant de quitter l'île, Colomb retint à bord sept indigènes qui consentaient volontiers à le suivre; son intention était de leur enseigner la langue Espagnole, de les instruire, de les baptiser et de les rendre ensuite à leur patrie. Le jour même, Colomb reprit la mer, impatient qu'il était de continuer sa découverte et d'arriver à la terre ferme.

Les indigènes lui indiquèrent que les îles de ces parages étaient riches et nombreuses, ils en nommèrent plus de cent. L'Amiral descendit à sept lieues environ de San-Salvador, dans une des plus grandes qu'il nomma Sainte-Marie de la Conception après y avoir arboré la Croix.

Une autre de ces îles fut baptisée la Fernandine\ les habitants étaient moins pauvres et plus industrieux, les femmes portaient quelques vêtements, les cases semblaient extrêmement propres ; ils couchaient dans des nattes ou filets de coton, qu'ils suspendaient le plus souvent devant la case et qu'ils nommaient hamacs, nom que l'on a retenu.

Les insulaires de la Fernandine avaient accueilli

les Espagnols avec transports, car peu avant le débarquement, Colomb avait reçu et traité à bord un Indien qui demandait à s'embarquer, lui et sa pirogue ; le sauvage avait été bien reçu, l'Amiral lui avait donné un bonnet de couleur, des grains de verre enfilés pour bracelets, il lui avait mis des grelots aux oreilles, et lui avait servi du miel et du vin.

L'Amiral reconnut un port naturel, vaste et bien abrité pouvant contenir plus de cent vaisseaux et se promena quelques heures au milieu « d'arbres et de plantes différents des nôtres ; les fleurs et les arbustes embaumaient l'air de parfums inconnus. »

En sortant de la Fernandine, Colomb se dirigea vers Saometo que les indigènes lui dépeignaient comme grande et riche. En mettant le pied sur cette nouvelle terre, il la nomma Isabelle; elle était incomparablement plus belle encore que les autres. De grands lacs, de magnifiques forêts dans lesquelles se jouaient des nuées de perroquets et d'oiseaux resplendissants inconnus en Europe, rendaient l'aspect de cette île vraiment enchanteur, et Colomb avoue qu'il ne serait pas étonnant d'être invinciblement enchaîné dans un si délicieux séjour. Sur les bords d'un lac il rencontra un monstre inconnu, un iguane (lézard amphibie d'Amérique), et le poursuivit dans l'eau à coups de lance ; sa peau avait sept pieds de long.

Mais, nous l'avons dit, Christophe Colomb cherchait la terre de l'or ; et, écrit-il dans la confiance de sa foi : « Je demande à Dieu Notre-Seigneur de me

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« la faire rencontrer, et je ne puis manquer de « le trouver là où il naît. » Il reprend donc sa course au travers des îles, évitant les écueils et les bas-fonds qui auraient pu endommager les caravelles. Le 27 octobre, vers le soir, Cuba, la reine des Antilles, se dessinait à l'horison.

Le premier aspect de Cuba, surnommée la perle des mers, transporta Colomb. L'éiendue illimitée des plages, les cîmes roses ou d'azur des montagnes, la dentelure des anses et des caps, la végétation non moins vigoureuse mais plus variée et plus éclatante que celle des autres îles, l'embouchure d'un fleuve majestueux, tout cet ensemble persuadait à l'Amiral qu'il abordait au continent. 11 nomma cette île Juana en souvenir de l'Infant héritier de la couronne, mais le nom de Cuba a prévalu. Les hauts palmiers et les haies gigantesques se mêlaient aux cocotiers, au quamoclite laiteux [ou arbre à lait)^ à l'agave et au raisinier. Les fougères arborescentes, l'oxalie, l'oseille géante abritaient des milliers d'espèces inconnues d'insectes et de papillons de feu ; de jolis oiseaux, au brillant plamage voltigeaient sur les arbres, chargés en même temps de fleurs et de fruits. Alors qu'il commence à peine ses découvertes, Colomb a le sentiment que « cette île est la plus belle qu'aient jamais vue les yeux de l'homme. » Aujourd'hui encore Cuba est sans rivale.

Mais dans son admiration le génie du grand Amiral n'oublie pas l'avenir : il examine les oiseaux, les plantes, les mers et les côtes; ayant remarqué que l'une des rives de Cuba se trouve préservée du

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courant équatorial et que certaines coquilles bivalves s'y développaient, il conçut le projet d'y cultiver les nacres à perle. Presqu'aussitôt il apprend que Cuba produit de l'or et des perles.

Des embarcations ayant été envoyées à terre, les Indigènes s'enfuirent dans les bois; la propreté, l'ameublement des cases construites de branches entrelacées, soutenues par les rameaux des grands arbres, affectaient la forme de tentes ; des oiseaux familiers, une espèce de chiens muets, des engins de pêche, indiquaient les mœurs paisibles des indigènes. Colomb avait sévèrement défendu de rien prendre et même de déranger un seul objet ; cette manière d'agir lui attirait partout la confiance des naturels.

Il crut de nouveau que cette vaste terre pouvait être le Continent Asiatique ; et pour s'en éclaircir il envoya des messagers avec quelques Indiens, à la recherche du grand roi (le grand Chan) et de la ville que les sauvages affirmaient être riche et bien bâtie.

Ils revinrent au bout de six jours, n'ayant trouvé qu'un misérable village de quelques huttes, et rapportant des morceaux de cannelle avec des observations curieuses sur cette excursion. Ils avaient été reçus dans les cases comme des messagers du ciel : hommes, femmes et entants, après les avoir contemplés dans un mystérieux silence, les avaient portés en triomphe et reconduits avec une foule de présents ; les messagers remarquèrent que les indigènes roulaient, en se jouant, des feuilles d'un certain

arbre, alors inconnu, et les brûlaient entre leurs lèvres, en aspirant la fumée ; ils appelaient ces petits rouleaux tabacos. Ainsi fut découvert le tabac, et telle est Torigine des cigares. Les envoyés avaient admiré Tabondance et la finesse du coton dont ils trouvèrent dans une seule case jusqu'à douze mille livres brut, filé ou tissé ; l'Amiral en conclut que cette précieuse plante croissait s^ns culture dans ces parages.

En l'absence des envoyés, Colomb avait réparé les navires, acheté des pelotes de coton, des hamacs, de la cannelle ; il avait remarqué des légumes différents des nôtres, des fruits semblables à la châtaigne, des gommes, des bois très propres à l'exploitation ; il avait surtout recueilli l'assurance qu'il trouverait à l'Est une contrée où les rivières roulaient en abondance des paillettes d'or que l'on façonnait en lingots, « Que Notre-Seigneur, écrit-il, entre les « mains de qui sont toutes les victoires, veuille « bien disposer de tout selon qu'il lui plaira... « Je me hâte, afin de partir au nom de Dieu et d'al- « 1er au Sud-Est à la recherche de l'or, des épices « et des terres à découvrir. »

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