RARES
miral, il avait dénaturé et faussé tous les actes de son administration ; et comme Christophe Colomb lui-même demandait un juge pour remédier aux abus qu’il déplorait, on en conclut que la situation des Espagnols était compromise et l’on prit la résolution d'informer contre les rebelles.
Les envieux de Colomb répandirent à dessein les bruits les plus absurdes sur le prétendu commerce d'esclaves auquel il se livrait, au besoin on fournissait des preuves de tous les crimes dont on le déclarait coupable, mais nul n’osa jamais attaquer la pureté de ses mœurs.
Les Rois nommèrent François de Bobadilla pour se rendre au Nouveau-Monde, et cependant ils autorisaient d’autres expéditions dans les Indes, en violation des promesses écrites donnees à Colomb, pendant qu'ils lui refusaient toutes ses demandes.
L'Amiral était à la Conception, consolidant les
fortifications et donnant à tous les travaux une
puissante impulsion, lorsque, le 23 août 1500, Bobadilla cescendait à Saint-Domingue ; les insurgés furent saisis de crainte, les gens paisibles et le commandant don Diégo devaient se réjouir! C'est le contraire qui arriva.
Bobadilla ouvrit les prisons, s'empara de la forteresse par un assaut simulé ; puis, osant pénétrer en l'absence de Colomb, Vice-Roi des Indes et grand Amiral, jusque dans sa demeure particulière, « il s'empara sans témoins, sans vérification, « sans invsataire, de sa vaisselle, de son linge, de
Los el
« ses chevaux, de ses armes, de ses vêtements, « de ses perles, de ses pierreries ; il prit tout le « numéraïire, l'argent en gangue et en lingots, fit « disparaître des pépites d’or précieuses, des échan- « tillons rares que l’Amiral voulait montrer aux « Rois... les souvenirs religieux qui lui avaient « été donnés. .. les remarques et les notes de Co- « lomb..... ses cartes, ses dessins; les plus intimes « confidences de ce cœur sublime furent souillées « par le regard de cet ignorant... Enfin, il sup- « prima des dossiers administratifs toutes les pièces « qui eussent confondu les accusateurs de l’Ami- « ral(1). »
Colomb informé par Diégo de l’arrivée de Bobadilla, se mit en route pour le joindre après lui avoir écrit pouf le complimenter; l'Arniral était sûr de son innocence, il ne pouvait craindre le juge. Mais le juge avait agi en corsaire et redoutait intérieurement l'influence de Colomb sur les Caciques et sur toute la colonie.
Pour éviter toute tentative de résistance, Boba-
dilla envoyait un Franciscain prévenir l'Amiral de sa disgrâce et lui transmettre l’ordre singulièrement laconique par lequel les Rois lui « ordonnaient « d'obéir à Bobadilla et d'ajouter foi à tout ce qu’il « lui dirait. »
(x) Roselly de Lorgues.
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