CURE
çait terrible. Ovando refusa brutalement l'échange du navire et défendit à Colomb « de descendre à terre et même d'entrer au port. »
Cependant trente-quatre navires et deux caravelles se disposaient à repartir pour l'Espagne, pendant que le Vice-Roi des Indes, gouverneur perpétuel, « était repoussé des terres que par la volonté de « Dieu il avait gagnées à l'Espagne, au risque de sa « vie, au prix de son sang! »
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Par un sublime effort de vertuchrétienne, Colomb fit retourner une seconde fois vers Ovando, pour lui dire que la tempête était imminente, qu'elle serait effroyable, qu'il agirait sagement en retardant le départ des navires, parce que l'ouragan étendrait au loin ses ravages.
Aucune des perturbations qui précèdent les orages et les trombes ne s'étaient encore montrées, le ciel était pur, la brise égale et les flots calmes à l’horizon; on traita l'Amiral de « prophète de malheur » et l’on mit à la voile, pendant que Christophe Colomb abritait ses caravelles loin du port de Saint- Domingue, dans une petite baie de la côte.
Bobadilla et Roldan, appelés à la Cour pour rendre compte de leur conduite, et tous les mécontents avec les ambitieux dont la fortune était faite aux dépens de la prospérité de la colonie, entrèrent sur les navires, emportant malgré les vives réclamations
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CHRISTOPHE COLOMB 169 (l
, « le plus énorme morceau d'or natif dont il ait ‘} , « jamais été parlé dans l'histoire » et du poids de Li trois mille six cents pesants d’or. Ce qui n’empêcha h pas qu'ils prirent encore les autres richesses, tant en ji
L or qu’en autres denrées, entassées pendant l'absence |
de l’Amiral. HA
. « Quelest celui, disait Colomb, qui, sans excepter De
| « Job, ne serait pas mort de désespoir en voyant LL « que, quoiqu'il s’agît de mon salut, de celui de 1} « mon fils, de mon frère et de tout l'équipage, on LL « m'interdît dans le danger, la terre et les ports que Le « par la volonté de Dieu j'ai gagnés à l'Espagne. » | k
Mais ce Dieu, son protecteur, prenait en main la | ) défense du juste, et se préparait à frapper un de ces | : coups terribles qui font courber la tête aux plus
incrédules sous l’arrêt de la divine justice. |
À peine le convoi avait-il parcouru huit lieues en | mer, que la sombre nuit succédait en plein jour à la lumière éclatante d’un ciel sans nuages; pas un souffle dans l'atmosphère, la mer semblait une masse inerte de plomb fondu, une calotte de feu couvrait les navires, qui ne pouvaient ni avancer ni reculer vers le port.
« Un vaste balancement rompit la plaine unie des eaux. Les vagues se gonflèrent tout à coup, et leurs cimes bouillonnantes se couvrirent 'écume; le
| souffle strident de latempête grinça üans les mâtures, | ; ballottant comme un jouet cette superbe flotte. Le fond de l'abîime sembla se soulever. Les vergues LE des navires frappaient l’eau; l'avant et l'arrière | plongeaient tour à tour sous les lames... La fureur
des vagues fit s'entrechoquer plusieurs caravelles; quelques-unes s’ouvrirent et sombrèrent à l'instart.…
« On ne se voyait pas; on entendait à peine les commandements inutiles et les cris désespérés des victimes (1). »
Des trente-quatre navires qui étaient sortis, vingtsix disparurent dans l’abîme sur le lieu même du sinistre; des autres, emportés à l'horizon dans le brouillard et l'obscurité, on neretrouva ni un homme ni un trésor.
Les calomniateurs, les rebelles, Roldan et Bobadilla, les ambitieux et tous ceux qui, au mépris des ordres de Colomb, avaient tyrannisé les Indiens, le cacique Guarionex, traître à sa parole; en un mot plus de cinq cents hommes, les richesses injustement amassées et leurs iniques possesseurs, tout fut anéanti pendant que l’Amiral priait et se confiait en la Providence dans le « port caché » puerto escondido où il s'était blotti.
Un seul navire, qui portait tout le bien de Christophe Colomb et se nommaïit l’Aiguille, comme le plus petit de tous, put arriver en Europe sans avarie; les deux ou trois caravelles hoïrriblement maltraitées qui rentraient pour se refaire à Hispaniola, n'étaient montées que par des gens honnêtes et obscurs, conduits par le seul hidalgo fidèle à Colomb, Rodrigue de Bastidas. |
Cet effroyable sinistre fut aussitôt regardé par les ennemis même de l’Amiral comme un châtiment
(1) Roselly de Lorgues.
venu de Dieu; seulement le salut presque miraculeux de sa fortune et la préservation des caravelles dans le « port caché », fut attribué « à la magie et aux puissances infernales » par ceux qui préféraient croire à l'intervention du démon plutôt qu’à celle de la Providence.
Oviedo revient à trois reprises différentes dans son Histoire des Indes Occidentales sur le récit de cette tempête et la perte de la flotte, engloutie avec ses trésors et ses équipages pour avoir négligé les avertissements de Colomb.
« Là, dit-il, prit fin François de Bobadilla, celui qui avait envoyé l’Amiral et ses frères, les fers aux pieds, sans l’accuser ni lui donner lieu de 5e défendre.
« Là prit fin aussi le rebelle François Roldan et quantité de ses complices qui s'étaient soulevés contre les Rois, contre l’Amiral, dont ils avaient mangé le pain, et qui avaient tyrannisé les Indiens.
« Là périt aussi le cacique Guarionex, qui avait opiniâtrement refusé l'Évangile ; les deux cent mille pesos furent submergés avec ce pain d’or, de grandeur prodigieuse.
« Tout fut perdu, la mer engloutit à la fois avec ces richesses iniques leurs iniques possesseurs. »
« Le caractère vraiment surnaturel de cet évènement, dit Roselly de Lorgues, impressionna profondément l'Espagne. L'étrangeté de ces circonstances, l'immensité de la perte, le deuil de plus de cinq cents familles, donnèrent aux détai's de ce fait une authenticité lugubre et mémorable. »