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Le danger que couraient les navires pendant | soixante et dix lieues de parcours depuis le cap Hon-
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aisait ’était , que e tra-
point duras fut si grand, qu'on fit des vœux en se disposant que, à la mort; encore n’arrivait-on que le’14 septembre | 5 qu’à au cap, auquel l'amiral donnait le nom de la Grâce |
emps de Dieu, qu'il porte encore aujourd’hui. ue je La mer était devenue clémente et la brise favo- | rabie ; les navires longeaient la côte de Mosquitos; ll
La première Messe au Nouveau-Monde.
176 CHRISTOPHE COLOME
mais ils avaient besoin de réparations après tant d'épreuves, et Colomb envoya les canots à la recherche d'un port.
Les messagers ayant rencontré une rivière y firent provision d’eau, et revenaient vers l'Amiral lorsqu'un coup de mer enleva les deux canots ; celui de la Biscaïenne disparut avec ses hommes et Colomb, plein de douleur pour la perte de ses compagnons, nomma le cours d’eau le fleuve du Désastre.
Les équipages déjà épuisés ne trouvaient plus la force de réaction nécessaire ; les matelots étaient arrivés entre l’île Quiribi et la terre ferme, dans un port naturel excellent pour s'y arrêter; ils demandèrent à rester à bord dans les hamacs, plutôt que de prendre même la peine de s'établir sur le rivage.
Les Indiens, accourus en grand nombre, se disposaient à couper le chemin aux Espagnols; comme ceux-ci ne bougeaient pas, les indigènes avec des signes d'amitié, et montrant les objets d'échanges, abordèrent les navires à la nage. Colomb leur distribua tous les petits cadeaux en usage, sans rien garder de leurs présents; mais les sauvages retournés à terre et ayant délibéré, laissèrent sans y toucher les verroteries, les grelots et les sonnettes des étrangers qui avaient méprisé leurs dons.
L'Amiral se dirigea vers le Sud et entra dans un golfe délicieux nommé depuis baie de l’Amiral; il était à la hauteur de cette partie de l’isthme à laquelle ses riches mines d'or ont fait donner le nom de Zosta-Ricca (la Côte-Riche).
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Vingt canots étaient amarrés près de là, les insulaires portaient au cou de riches ornements d’or, ils ne concevaient ni crainte ni joie de la rencontre des étrangers, mais se prêtaient volontiers aux échanges.
Pius loin, au contraire, les Indiens couverts de plumes d'oiseaüx et de plaques d'or refusaient de s’en dessaisir. Ils assuraient qu’à Veragua, à vingtcinq lieues de distance, les Espagnols trouveraient de l'or en abondance; mais Colomb cherchait le détroit et rien ne pouvait le distraire de son application.
I1 était alors près de Chagres, de l’autre côté de Panama.
Chose merveilleuse ! le lieu même où l’Amiral s'était promis de rencontrer le détroit pour accomplir le tour du monde et passer de l'Atlantique dans l'Océan Pacifique, était ce point fixe et précis où le travail des hommes le veut établir, et où le réclament les rapports commerciaux entre les plus grands peuples. Le génie de Colomb l'avait indiqué, dans la région de Panama encore inconnue.
N'ayant point trouvé le passage, l'Amiral se dirigea vers l'Est et longea, sans le savoir, l’isthme presque entière ; il entrait dans toutes les anses, faisait remonter, pour les reconnaître, les plus petits cours d’eau, malgré les bourrasques et le vent contraire.
Les indigènes apportèrent des vivres et de l'or; ils témoignèrent la plus grande confiance; mais les matelots parvinrent à tromper la vigilance de l’Amiral : il: spéculèrent sur les richesses des naturels et
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1 ne respectèrent ni les biens ni les personnes : de sorte que tout à coup les caravelles furent entourées | d'Indiens armés de flèches et de massues. L’'Amiral, il obligé quoique à regret de se défendre, tira d'abord | le canon à poudre et n’intimida pas les insulaires ; | mais un second coup porta les ravages dans leurs rangs, et ils s’enfuirent dans les bois.
La tempête durait sans interruption depuis quatre mois ; l'équipage était découragé ; les caravelles, en- |] | dommagées par le mauvais temps, aväient encore | été criblées par les tarets (1); les Espagnols récla- 1 maient à grands cris d’atterrir vers la Côte-Riche pour recueillir les quantités d’or qu’on y avait vues.
Colomb, jugeant que le manque de provisions em- | pêcherait d'avancer encore, prit le 2 décembre 1502 la route de Veragua pour y exploiter les mines dont 4) il avait reconnu l'existence et dont les indigènes
lui vantaient la richesse.
Cependant la mer était si mauvaise qu'on ne pouvait gouverner les navires ; pour comble de malheur, RAS | - l'Amiral tomba gravement malade; la blessure reçue L' | dans sa jeunesse se rouvrit, il demeura neuf jours entre la vie et la mort, et pourtant jamais sa présence n’avait été si nécessaire.
on | (x) Tarets : Insectes de la classe des mollusques qui percent le î : se : . , .
| bois et s’introduisent dans la coque des navires au moyen d'un irstrument dont ils sont œunis et semblable à une farière.
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« On ne vit jamais, écrit-il, la mer aussi haute, aussi horrible, aussi couverte d’écume... Le vent me retenait dans cette mer, qui semblait être du sang, et paraissait bouillonner comme une chaudière sur un grand feu.
&« Jamais on n'avait vu le ciel avec un aspect si « effrayant ; il brûla un jour et une nuit comme une « fournaise, et il lançait des rayons tellement en- « flammés, qu'à chaque instant, je regardais si mes « mâts et mes voiles n’étaient pas emportés...….
« Pendant tout ce temps, l’eau ne cessa de tom- « ber du ciel; on ne peut appeler cela pleuvoir, « c'était comme un autre déluge... Les navires « avaient déjà perdu deux fois leurs chaloupes, « leurs ancres, leurs cordages; ils étaient ouverts « et sans voiles. »
Le P. Alexandre mourut dans cette tourmente, épuisé qu'il était déjà par cette longue traversée.
Le premier aumônier de navire qui aït payé de sa vie les travaux apostoliques au Nouveau-Monde, fut un religieux franciscain.
Une des caravelles, séparée des autres, voulut jeter l'ancre : inutiles efforts, elle fut ballottée trois jours et trois nuits avant de rejoindre l’Amiral ; les marins ne pensaient pas qu'il fût possible de voir pareille commotion ; mais on ne savait pas jusqu'où peut aller la fureur des éléments dans ces parages encore inexplorés |!
Au huitième jour, et lorsque l'équipage exténué