‹ Vie illustrée de Christophe Colomb [microforme]Chapitre 37 sur 56 · TEST TARGET (MT · texte numérisé non relu

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rizon; l'air est étouffant comme s’il venait de passer sur la bouche de quelque grande fournaise.

Le cyclône qui tournoie déjà dans les régions supérieures, se rapproche graduellement de la surface du sol ou des eaux... La colonne de iercure s’agite affolée dans le baromètre et baisse rapidenent; les oiseaux se réunissent en cercle comme pour se concerter, puis s’envolent à tire-d’aile afin d'échapper au météore qui les poursuit.

Bientôt une masse obscure se montre dans la partie menaçante du ciel; cette masse grandit, s'étale peu à peu et recouvre l’azur d’un voile affreux de ténèbres ou d’un reflet sanglant. C’est le cyclône qui s'abat et qui prend possession de son empire en tordant ses immenses spirales autour de l'horizon. Au silence terrible succède le hurlement de la mer et des cieux.

L'Amiral savait que les commoticas de la nature, souvent laissées par Dieu à la puissance diabolique, ne peuvent alors être apaisées que par l'ordre de Celui qui tient en ses mains les ouragans de la mer. Le P. Alexandre était mort, c'était donc sur la flottille le commandant, l’Amiral, qui représentait l'autorité; de plus, le pieux Colomb rappelant à Dieu par un cri du cœur, que la propag ‘ion de la Foi et la glorification de son nom avaient été le premier et principal motif des expéditions, eut reccurs à la prière même de l'Eglise.

Debout sur le pont, l'Amirel revêtit le costume du tertiaire franciscain, il fit allumer des cierges bénits dans tous les fanaux, prit entre ses mains les saints

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Evangiles, puis, au pied de l’étendard royal à l'image du Christ, il lut à haute voix l'Evangile de saint Jean: « Au commencement était le Verbe, » versets sublimes consacrés par la sainte Eglise aux exorcismes et adjurations solennelles contre l'esprit du mal.

Lorsqu'il eut terminé le texte sacré et prononcé en fléchissant le genou que le Verbe fait chair a habité parmi nous, \ Amiral tirant son épée du fourreau traça dansles airs un grand signe de croix, dont les extrémités embrassaient en quelque sorte le monstrueux tourbillon, suppliant le Très-Haut de sauver ceux qui, « an nom de la Sainte Trinité, » travaillaient à porter la Croix aux confins du monde créé.

A l'instant, le cyclône poussé comme par un souffle invisible, changeait sa direction, se glissait entr: les navires et se perdait à l'horizon dans les abîmes.

Dieu permit enfin que l'équipage pôût se reposerun peu pendant les jours de calme. Mais le trouble de l'atmosphère et des flots continua par intervalles jusqu’au 6 janvier. Ce jour-là seulement, après avoir navigué un mois pour faire trente lieues de chemin, on jeta l'ancre dans le petit port de Bethléem, qui a gardé par abréviation le nom de Belen; et Colomb nomma cette partie du continent la Côte des Contrartétés. « La cause de ces contrariétés est si épouvantable, dit Herrera, qu'il semble que jamais homme naviguant n’en a vu de semblables. »

« J'arrivai, dit Colomb, à Veragua n’en pouvant plus. Là Notre-Seigneur me fit trouver un fleuve et un bon port, quoiqu'il n'y eût pas à l'entrée plus de dix palmes de fond; j'y pénétrai avec peine, et le jour suivant la tempête recommença. Si je m'étais trouvé dehors, je n'aurais pu entrer à cause de la barre. » Les eaux de la petite rivière enflèrent tout-à-coup et se précipitèrent comme un torrent sur les navires. « Jamais nous n’avions couru ce danger plus imminent. Notre Seigneur, ajoute l'Amniral, y apporta remède comme il a toujours fait. »

A l'approche des navires, les indigènes au lieu de s'enfuir, s'étaient réunis en armes pour s'opposer au débarquement; les verroteries et les clochetteseurent bientôt calmé leur colère; et dès le 12 janvier 1503 Colomb se rendit dans l’intérieur des terres pour visiter le chef de la tribu.

Le Quibian (c'était un titre analogue à celui de Cacique), reçut de petits présents et se fit une gloire de rendre visite à l'Amiral sur sa caravelle; on se quitta bons amis, et lorsque la pluie qui ne cessa de tombér pendant neuf jours, l’eut enfin permis, l'Adelantado acquit de nouveau la preuve que les mines les plus abondantes et de l'or le plus pur, étaient celles de Veragua.

En conséquence, l'Amiral résolut de laisser une centaine d’Espagnols sous le commandement de son frère, pour établir un poste près de la montagne aurifère. Des maisons en bois, un magasin pour les provisions, les armes et les objets d'échange, furent

promptement construites et la caravelle le Galicien restait au port pour le service et la pêche.

L'Adelantado avait pour le seconder le brave Diégo Mendez; c'était un admirateur et fidèle serviteur de Colomb, fort intelligent, et qui avait depuis la première traversée donné à l’Amiral des preuves d’un dévouement aussi désintéressé que constant.

Diégo Mendez s’aperçut bientôt que le Quibian tramait en secret un complot contre l'établissement; ilen prévint l'Amiral, qui apprit encore grâce à Diégo le rassemblement, à quelques pas des Espagnols, d'un millier d’indigènes habilement dissimulés par la montagne et les anfractuosités de la côte.

Mendez poussa la témérité jusqu’à pénétrer dans le camp et sous la tente du Quibian, se donnant pour médecin et proposant de panser ses blessures.

Arrêté au milieu même de ses guerriers et sans combat, le Quibian fut garrotté à bord d’un canot; mais profitant d’un moment où son gardien regardait au loin, il se jeta d’un bond dans les eaux, et plongeant comme un poisson atteignit le rivage dans l'obscurité; il ne perdit pas, comme on le pense bien, un temps précieux pour lui et réunit le plus grand nombre possible de guerriers contre l’Adelantado.

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