‹ Vie illustrée de Christophe Colomb [microforme]Chapitre 9 sur 56 · AP W · texte numérisé non relu

AP W

Dr :

l’ordre des rois, en vinrent à proposer de jeter à la mer l'inflexible Colomb, s’il refusait de rentrer en Espagne. L’amiral n’ignorait aucune des intentions perfides des matelots; mais il gardait une sérénité de visage inaltérable, adoucissant les uns

Christophe Colomb apaise la révolte.

ee = ne mg ET En

par des paroles affables, stimulant les autres, et menaçant d'un châtiment exemplaire celui qui oserait parler d'interrompre le voyage. « Enfin, ajou- « tait-il, les murmures sont inutiles ; j'ai été envoyé « pour chercher les Indes et je suis déterminé à « poursuivre ma route jusqu'à ce que je rencontre « la terre, avec l'assistance de Notre Seigneur. » Cette assistance ne se fit pas attendre.

Le lendemain, outre les herbes vertes et nouvellement arrachées aux rivières, un roseau, puis une planche travaillée, enfin un rameau chargé de baies rougeâtres ayant été recueillis, la tristesse des mutins se changea en désir de recevoir la récompense promise à celui des matelots qui le premier signalerait la terre.

A la tombée de la nuit, après que, suivant l’usage, on eût chanté le Sa/ve Regina, Christophe Colomb adressa la parole à l'équipage en termes pleins de feu et d’une sainte émotion.

I1 rappela la miséricorde de Dieu qui les avait conduits par des vents toujours propices et sur des eaux tranquilles, ranimant leurs espérances par des signes d'autant plus nombreux que leurs terreurs étaient plus grandes, et les guidant ainsi vers la terre de promission.

Il renouvela les ordres donnés aux Canaries, de maintenir le cap pendant la nuit aussitôt qu'ils auraient franchi la distance de sept cents lieues. 1 leur promit enfin qu'ils verraient la terre au

lever du jour, ordonna de placer une sentinelle à la proue (l'avant du navire), et promit d'ajouter une veste de velours à la pension de maravedis fournie par les souverains, au matelot qui le premier découvrirait la terre.

Pendant la nuit les vagues se précipitaient en se brisant comme vers un rivage, et les navires avancèrent beaucoup à l'Occident. Tout à coup, vers les dix heures du soir, Colomb vit briller une lumière, Pedro Guttierez la vit également, puis elle disparut <tse montra à nouveau à plusieurs reprises.

Enfin, aux premières lueurs du petit jour, on distingua clairement la terre à la distance de deux lieues ; le canon retentit, et le cri Terre, terre! est bientôt suivi d’un chant enthousiaste du Gloria in excelsis et du Te Deum! Cette fois tous les hommes transportés de joie répondirent à la voix de leur chef.

En attendant le jour, le Commandant ordonna de ferler les voiles (c’est-à-dire de les plier entièrement) et de mettre en panne (suspendre tout mouvement du navire) jusqu’au lever du soleil.

I1 était deux heures du matin, et ce jour était le

Vendredi 12 Octobre 1492.

Page 1