‹ Vie, Poesies et penseesChapitre 2 sur 7 · POÉSIES · texte numérisé non relu

POÉSIES

5>&3S223£ &52©3ïa;

Un autre plus heureux v.i unir son sort à celui de mon amie. Mais quoiqu'elle trompe ainsi mes plus chère»

rsprr.inc'"-, dois-je la moins aimer?

Makeysie, V Homme sensibl'.

Printemps, que me veux-tu ? pourquoi ce doux sourire, Ces fleurs dans tes cheveux et ces boulons naissants ? Pourquoi dans les bosquets cette voix qui soupire , Et du soleil d'avril ces rayons caressants ?

Printemps si beau, ta vue attriste ma jeunesse; De biens évanouis tu parles à mon cœur ; Et d'un bonheur prochain ta riante promesse M'apporte un long regret de mon premier bonheur.

Un seul être pour moi remplissait la nature; En ses yeux je puisais la vie et l'avertir;

Au souffle harmonieux de sa voix calme et pure, Vers un plus frais matin je croyais rajeunir.

Oh combien je l'aimais ! et c'était en silence !

De son front virginal arrosé de pudeur,

De sa bouche où nageait tant d'heureuse indolence ,

Mon souffle aurait terni l'éclatante candeur.

Par instants j'espérais. Bonne autant qu'ingénue. Elle me consolait du sort trop inhumain ; Je l'avais vue un jour rougir à ma venue, Et sa main par hasard avait touché ma main.

Que de fois, étalant une robe nouvelle, Naïve, elle appela mon regard enivré ; Et sembla s'applaudir de l'espoir d'être belle, Préférant le ruban que j'avais préféré !

Ou bien, si d'un pinceau la légère finesse

Sur l'ovale d'ivoire avait peint ses attraits,

Le velours de la joue, et sa fleur de jeunesse,

Et ses grands sourcils noirs couronnant tousses [traits ,

Ah ^qu'elle aimait encor, sur le portrait fidèle Que ses doigts Jblancs et longs me tenaient approché, Interroger mon goût, le front vers moi penché, Et ni'cntendre à loisir parler d'elle près d'elle !

Un soir, je lui trouvai de moins vives couleurs : Assise, elle rêvait : sa paupière abaissée Sous ses plis transparents dérobait quelques pleurs ; Son souris trahissait une triste pensée.

Bientôt elle chanta ; c'était un chant d'adieux. Oh ! comme, en soupirant la plaintive romance, Sa voix se fondait toute en pleurs mélodieux, Qui, tombés en mon cœur, éteignaient l'espérance !

Le lendemain un autre avait reçu sa foi. Par le vœu de ta mère à l'autel emmenée, Fille tendre et pieuse, épouse résignée, Sois heureuse par lui, sois heureuse sans moi !

Mais que je puisse au moins me rappeler tes charmes- Que de ton souvenir l'éclat mystérieux Descende quelquefois au milieu de mes larmes, Comme un rayon de lune, un bel ange des cieux !

Qu'en silence adorant ta mémoire si chère, Je l'invoque en mes jours de faiblesse et d'ennui ; Tel en sa sœur aînée un frère cherche appui, Tel un fils orphelin appelle encor sa mère.

Rime, qui donnes leurs sons

Aux chansons , Rime, l'unique harmonie Du vers qui , sans tes accents

Frémissants, Serait muet au génie ;

Rime , écho qui prends la voix

Du hautbois Ou l'éclat de la trompette ,

* C'est de celte pièce que date la conversion de Joseph à uue facture plus se'vèrc. Cette pièce a déjà été publiée ailleurs , comme l'ouvrage d'un ami qui s'est prête en cela au caprice et à la modestie do poète , mais qui se croit aujourd'hui oLlige' de faire restitution sur si tombe.

Dernier adieu d'un ami

Qu'à demi L'autre ami de loin répète ;

Rime , tranchant aviron ,

Éperon Qui fends la vague écumante; Frein d'or , aiguillon d'acier

Du coursier A la crinière fumante ;

Agrafe, autour des seins nus

De Vénus , Pressant l'écharpe divine , Ou serrant le baudrier

Du guerrier Contre sa forte poitrine ;

Col étroit , par où saillit

Et jaillit La source au ciel élancée , Qui , brisant l'éclat vermeil

Du soleil , Tombe en gerbe nuancée ;

Anneau pur de diament

Ou d'aimant , Qui , jour et nuit , dans l'enceinte Suspends la lampe , ou le soir

L'encensoir Aux mains de la Vierge sainte ;

Clef, qui , loin de l'oeil mortel ,

Sur l'autel Ouvres l'arche du miracle ; Ou tiens le vase embaumé

Renfermé Dans le cèdre au tabernacle 5

Ou plutôt , fée au léger

Voltiger , Habile , agile courrière , Qui mènes le char des vers

Dans les airs Par deux sillons de lumière ;

0 Rime ! qui que tu sois ,

Je reçois Ton joug ; et longtemps rebelle , Corrigé , je te promets

Désormais Une oreille plus fidèle.

Mais aussi devant mes pas

Ne fuis pas ; Quand la Muse me dévore , Donne , donne par égard

Un regard Au poète qui t'implore !

Dans un vers tout défleuri ,

Qu'a flétri L'aspect d'une règle austère ,

Ne laisse point murmurer ,

Soupirer, La syllabe solitaire.

Sur ma lyre , l'autre fois ,

Dans un bois , Ma main préludait à peine ; Une colombe descend ,

En passant , Blancbe sur le luth d'ébènc,

Mais au lieu d'accords touchants ,

De doux chants , La colombe gémissante Me demande par pitié

Sa moitié , Sa moitié loin d'elle absente.

Ah ! plutôt , oiseaux charmants ,

Vrais amants , Mariez vos voix jumelles ; Que ma lyre et ses concerts

Soient couverts De vos baisers, de vos ailes ;

Ou bien , attelés d'un crin

Pour tout frein Au plus léger des nuages , Traînez-moi , coursiers chéris

De Cypris, Au fond des sacrés bocages.

Loisir, où donc es-tu ! le matin je t'implore 5

Le jour, ton charme absent me trouble et me dévoie ;

Le soir vient, tu n'es pas venu ; La nuit, j'espère enfin veiller à ta lumière ; Mais déjà le sommeil a fermé ma paupière,

Avant que mes yeux t'aient connu.

Loisir, es-tu couché sur quelque aimable rive ,

Au bord d'un antre frais, près d'une onde plaintive .'

Te montres-tu sous le soleil ?

Ou de jour, abusant Psyché qui se lamente , Ne descends-tu jamais aux bras de ton amante

Que sur les ailes du Sommeil ?

Sylphe léger, ton vol effleure-t-il la terre A l'heure de silence où Phébé solitaire

Visite un berger dans les bois ?

As-tu fui pour toujours par delà les nuages ? Et dans les cœurs épris de tes vagues images

N'es-tu qu'un rêve d'autrefois ?

Loisir, entends mes vœux ; sur le lac de la vie Errant depuis un jour, et déjà poursuivie

Des flos et des vents courroucés, Au milieu des écueils, sans timon, sans étoiles, Ma nef m'emporte et fuit ; j'entends crier mes voiles,

Et mes jeunes bras sont lassés.

Mais, si tes yeux d'en haut s'abaissaient sur ma tête A ton regard serein céderait la tempête,

Et je verrais le ciel s'ouvrir j Les vents m'apporteraient une fraîcheur nouvelle, Et la vague apaisée, autour de ma nacelle,

En la berçant viendrait mourir.

Moi, le front appuyé sur la rame immobile, J'aimerais savourer la volupté tranquille

D'un éternel balancement ; Ou j'aimerais, la tête en arrière étendue, L'œil entr'ouvert, mêler mon âme répandue

Aux flots d'azur du firmament.

Et puis, je chanterais le Loisir et ses charmes, Ses souris nonchalents, la douceur de ses larmes . Larmes sans cause et sans douleurs ;

Ses accents qu'accompagne une lyre d'ivoire 5 Sur son front le plaisir couronné par la gloire, Et le laurier parmi des fleurs.

Mais le Loisir a fui tandis que je l'appelle, Comme au cri du chassseur l'alouette rebelle,

Comme une onde qu'on veut saisir ; Le Temps s'est réveillé ; ma tâche recommence Adieu besoins du cœur, solitude, silence,

Adieu Loisir, adieu Loisir !

3<DS?E?3l?;

To labour doom' d destin' d to be pool . Pesbose.

Quand l'avenir pour moi n'a pas une espérance, Quand pour moi le passé n'a pas un souvenir, Où puisse, dans son vol qu'elle a peine à finir , Un instant se poser mon âme en défaillance ;

Quand un jour pur jamais n'a lui sur son enfanc Et qu'à vingt ans ont fui , pour ne plus revenir, L'Amour aux aîles d'or, que je croyais tenir, Et la Gloire emportant les hy mnes de la France ;

Quand la Pauvreté seule, au sortir du berceau, M'a pour toujours marqué de son terrible sceau , Qu'elle a brisé mes vœux, enchaîné ma jeunesse ,

Pourquoi ne pas mourir? De ce monde trompeur Pourquoi ne pas sortir sans colère et sans peur, Comme on laisse un ami qui tient mal sa promesse !

3<D33ïî3t?;

Pauvre enfant, qu'as-tu fait ? qu'avais-tu pour mourir ? Te fallait-il de l'or pour te plaire à la vie ? Quoi ! d'un pareil regret ton âme poursuivie Sous la pourpre et la soie espérait moins souffrir !

— Non ; la pourpre et la soie auraient pu me couvrir, Sans prendre à leur réseau ma vanité ravie; Par de meilleurs zéphyrs ma jeunesse servie, Loin d'un soleil pompeux aurait aimé fleurir.

Il ne m'aurait fallu, sur un coin de la terre, Qu'un loisir innocent, un chaume solitaire • Les trésors de l'étude à côté d'un ami 5

Et, vers l'heure où le jour fuit sous l'ombre naissante , Une main pour répondre à ma main frémissante, Un sein où me pencher, les yeux clos à demi.

% mon ami t). $

Il est soir; la lune s'élance Sur son trône mystérieux \ Les astres roulent en silence ; Comme un lac immobile, immense, Mon âme réfléchit les cieux.

Dans les ondes de la pensée, Dans ce beau lac aux sables d'or, La voûte des cieux balancée A mes yeux se peint, nuancée De couleurs plus molles encor.

Amoureux de la grande image, D'abord j'en jouis à loisir; Bientôt désirant davantage, Poète avide, enfant peu sage, J'étends la main pour la saisir.

Adieu soudain voûte étoilée, Blanche lumière, éclat si pur !

Au sein de mon âme ébranlée, Phébé tremblante s'est voilée ; L'image a perdu son azur.

Phébé, ne voile plus ta face !

Je renonce à mon fol espoir.

Lors, par degrés, le flot s'efface , L'âme s'apaise, et sa surface Des cieux redevient le miroir.

Irai-je , pour saisir l'image , De l'onde encor troubler le cours ?

Non ; mais penché sur le rivage, Puisque la nuit est sans nuage , Je veux rêver, rêver toujours.

Quand Platon autrefois , saisi d'une ardeur sainte, Du haut du Sunium , et par delà l'enceinte

De l'immense horizon , Aux disciples , en cercle assemblés pour l'entendre , Montrait du doigt ce monde où notre âme doit tendre

Et que voit la Raison ,

L'un d'eux , tout enivré des paroles du maître , Désormais ne pouvant du terrible petit-être

Porter l'anxiété, Pour finir un tourment que chaque instant prolonge , Monte sur un rocher , s'en précipite , et plonge

Dans l'immortalité.

Par un désir moins pur , par un moins beau délire , Désenchanté de vivre , et fatigué de lire

Au livre d'ici-bas , Charles , sans espérer là-haut un meilleur monde , Gravissait , pour mourir , un roc , que l'air et l'onde

Minent de leurs combats.

Sous mille traits charmants il s'était peint la vie Aux jours où la jeunesse en songes est ravie ;

Mais ces jours sont passés ; Mais il comprend enfui , il raille sa chimère , Et , prêt à la briser , il tient la coupe amère ,

En disant : C'est assez.

Sa main , du bien , du mal , n'a point pesé la somme : L'œil bon de l'Eternel , veillant d'en haut sur l'homme

Comme sur un enfant , N'est pour lui qu'un œil morne , une éteinte prunelle Où jamais n'a brillé de l'âme paternelle

Un rayon échauffant.

Il n'a point de son être entendu le mystère; Et dès lors en son cœur une voix solitaire,

Implacable remord , Sphynx caché qui punit une erreur comme Un crime, Pour un sens mal compris le condamne à l'abîme

Et le pousse à la mort.

Il y va; mais du roc près d'atteindre la crête, Il se tourne pour voir , monte encorj, puis s'arrête, Jette encor un regard :

En ces lieux tant maudits un charme se révèle, Us ont pris à ses yeux une teinte nouvelle A l'heure du départ.

Derrière un voyageur , s'arrondit et s'incline

Par un penchant plus doux , et se change en colline

Un aride coteau ; Après qu'on l'a franchi , l'âpre sentier s'efface , Et le sol en fuyaut semble voiler sa face

Sous un plus vert manteau.

L'aspect du mal souffert repose l'âme usée ; La sueur du midi nous retombe en rosée ;

Quand le jour va finir ; Le passé s'adoucit aux yeux de la souffrance, Autant qu'aux jeunes yeux où reluit l'espérance

S'embellit l'avenir.

Un ciel plus pur déjà s'est entr' ouvert pour Charle ; Sur son chemin de mort tout s'anime et lui parle

De bonheur et d'amour 5 L'autan fougueux n'est plus qu'un zéphyr qui caresse ; Le roc à peine fend la vague qui le presse

Et qui meurt alentour.

Un Génie a passé sur ce désert sauvage ; Des bouquets d'orangers aux sables du rivage Mêlent leurs rameaux verts ,•

L'Océan au soleil se dore d'étincelles , Et d'écume il blanchit sous les mille nacelles Dont ses bords sont couverts.

Mais Charles toujours monte et s'avance à l'abîme ; Il y touche ; devant ce spectacle sublime ,

La mer , les cieux, les bois, Il hésite un moment ; puis , s'asseyant au faîte , Avant de s'en aller , il veut voir une fête

Pour la dernière fois.

Ce n'est pas un regret, un espoir qui l'enchaîne ; C'est pur désir de voir , curiosité vaine ,

Qui le retarde encore.

Le cygne va partir ; son aile se déploie ; Rien qu'un frêle ruban , un léger fil de soie ,

Ne retient son essor.

La brise , recueillant les trésors de la plage , Lui porte des parfums confondus en nuage

Avec des bruits charmants j Et devant lui , pareils à des ombres chéries , Glissent sur des flots d'or , en des barques fleuries ,

D'heureux couples d'amants.

Plus d'un, près du rocher , tout en passant l'appelle , Et , d'en bas lui lançant une gaîté cruelle ,

Le convie au bonheur...

Jouissez du bonheur , vous que le ciel protège, Qu'il aime, et dont jamais un rêve sacrilège

N'a traversé le cœur !

Il est pour les humains d'effroyables pensées ,• Les âmes qu'en tombant ces flèches ont blessées

Ne sauraient en guérir ; La vie en est gâtée , et chaque heure trop lente Y laisse en s'écoulant une trace sanglante ;

On n'a plus qu'à mourir.

Charles sourit d'en haut à la folie humaine; Ineffable sourire ! oh ! qu'il est pur de haine ,

Qu'il est plein de douceur !

Telle une sœur mourante , à l'agonie en proie, Sourit au jeux naïfs , à l'innocente joie

De sa plus jeune sœur.

Cependant, à la fin , quelque vapeur légère, Quelque nuage errant d'une ombre passagère

Couvrira le tableau ; Le soleil un instant voilera son visage , Et sans la rallumer laissera son image

S'éteindre au fond de l'eau.

Ce sera l'heure alors... Et quand d'un flot docile Mollement ramenés vers un refour facile,

Et poussés par le flux, Les joyeux promeneurs regagneront la terre , Celui que le matin ils virent solitaire ,

Ils ne le verront plus.

&3 Q®SÏ<a3,

Quand autrefois dans cette arène Où tout mortel suit son chemin, En coureur que la gloire entraîne , Je m'élançais, l'âme sereine, Un flambeau brillant à la main ;

Des Muses belliqueux élève, Quand je rêvais nobles assauts , Couronne et laurier, lyre et glaive, Etendards poudreux qu'on enlève, Baisers cueillis sous des berceaux;

Partout vainqueur, amant, poète , Pensais-je, hélas! que mon flambeau ,

Au lieu de triomphe et de fête,

N'éclairerait que ma défaite

Et mes ennuis jusqu'au tombeau !

La destinée à ma jeunesse Semblait sourire avec amour j J'aimais la vie avec ivresse, Ainsi qu'on aime une maîtresse Avant la fin du premier jour.

Il a fui, mon rêve éphémère

Tel , d'un sexe encore incertain , Un bel enfant près de sa mère Poursuit la flatteuse chimère De son doux rêve du matin.

Tout s*éveille, et lui dort encore; Déjà pourtant il n'est plus nuit; L'aube blanchit devant l'Aurore; Sous l'oeil du dieu qui la dévore, L'Aurore rougit et s'enfuit.

Il dort son sommeil d'inocence ; Avec l'aube son front blanchit, Puis par degrés il se nuance Avec l'aurore qui s'avance Et qui bientôt s'y réfléchit.

Un voile couvre sa prunelle t cache le ciel à ses yeux ;

Mais un songe le lui révèle :

En songe, son âme étincelle Des rayons qui peignent les cieux.

0 coule , coule, onde nouvelle, Suis mollement ton cours vermeil !

Peux-tu jamais couler plus belle Que sous la grotte maternelle Aux premiers rayons du soleil ?

Que j'aime ce front sans nuage , Qu'arrose un plus frais coloris!

Bel enfant , quel charmant présage Parmi les fleurs de ton visage Fait soudain éclore un souris?

Dans la vie encore ignorée As-tu cru voir un bonheur pur ?

Un ange te l'a— t— il montrée Brillante , sereine, azurée A travers ses ailes d'azur ?

Ou quelque bonne fée Urgèle , Promettant palais et trésor Au filleul mis sous sa tutèle , Pour te promener t'aurait-elle Ravi sur son nuage d'or ?

Mais le soleil suit sa carrière, Et voilà qu'un rayon lancé De l'enfant perce la paupière ; Ses yeux s'ouvrent à la lumière ; 11 pleure... le songe est passé!

as aaasraïâa ^Gâ^(

Vous le savex , j"ai le malheur de ne pouvoir être jeune.

Sbsa*cocr , Oberman.

Vierge longtemps rêvée , amante , épouse , amie, Charmant fantôme , à qui mon enfance endormie

Dut son premier réveil ; Qui bien des fois mêlas , jeune et vive Inconnue , A nos jeux innocents la caresse ingénue

De ton baiser vermeil ;

Qui depuis , moins folâtre et plus belle avec l'âge, De loin me souriais dans l'onde de la plage ,

Dans la nuage errant , Dont j'entendais la voix , de nuit , quand tout repose , Et dont je respirais sur le sein de la rose

Le soupir odorant ;

Etoile fugitive et toujours poursuivie, Ange mystérieux qui marchais dans ma vie ,

Me montrant le chemin , Et qui , d'en haut , penchant ton cou frai de rosée , Un doigt vers l'avenir, à mon âme épuisée

Semblais dire : demain;

Demain n'est pas venu j je n'ose plus l'attendre. Mais si pourtant encor , fantôme doux et tendre ,

Demain pouvait venir; Si je pouvais atteindre ici-bas ton image , D'un cœur rempli de toi mettre à tes pieds l'hommage .

0 vierge, et t'obtenir !...

Ah ! ne l'espère point ;... ne crains point que je veuille Entre des doigts fleuris sécher la verte feuille

Du bouton que tu tiens ; Verser un souffle froid sur tes destins rapides , Un poison dans ton miel, et dans tes jours limpides

L'amertume des miens.

Un mal longtemps souffert me consume et me tue ; Le chêne , dont toujours l'enfance fut battue

Par d'affreux ouragans , Le tronc nu, les rameaux tout noircis, n'est pas digne D'enclacer en ses bras et d'épouser la vigne

Aux festons élégants.

Non ; c'en est fait, jamais ! ni son regard timide , Où de l'astre d'amour tremble un rayon humide , Ni son chaste entrelien ,

Propos doux comme une onde, ardents comme une flamme, Serments , soupirs , baisers , son beau corps , sa belle âme. Non , rien , je ne veux rien '.

Rien , excepté l'aimer , l'adorer en silence ;

Le soir ; quand le zéphir plus mollement balance

Les rameaux dans les bois , Suivre de loin sespas sur l'herbe défleuvie Epier les détours où fuit sa rêverie,

L'entrevoir quelquefois 5

Et puis la saluer , lui sourire au passage, Et par elle chargé d'un frivole message

Obéir en volant ; Dans un mouchoir perdu retrouver son haleine, Baiser son gant si fin ou l'amoureuse laine

Qui toucha son cou blanc ;

Mais surtout , cher objet d'une plainte éternelle, Autour de toi veiller, te couvrir de mon aîle,

Prier pour ton bonheur , Comme, auprès du berceau d'une fille chérie, Une veuve à genoux veille dans l'ombre et prie

La mère du Seigneur.

Ce sont là tous mes vœux , et j'en fais un encore 5 Qu'un jeune homme , à l'œil noir, dont le front se décore D'une mâle beauté ;

Qui rougit en parlant , au cœur noble et fidèle , Le même que souvent j'ai vu s'asseoir près d'elle Et lire à son côté ;

Qu'un soir il la rencontre au détour d'une allée , Surprise , et cachant mal l'émotion voilée

De son sein palpitant ; Qu'alors un regard vienne au regard se confondre , Echo parti d'une âme et pressé de répondre

A l'âme qui l'attend !

Aimez-vous, couple heureux , et profitez de l'heure ; Pour plus d'un affligé qui souffre seul et pleure

Ce soir semblera long ; Allez ; l'ombre épaissie a voilé la charmille , Et les sons de l'archet appellent la famille

Aux danses du salon.

Confiez vos soupirs aux forêts murmurantes,

Et, la main dans la main , avec des voix mourantes

Parlez longtemps d'amour !

Que d'ineffables mots , mille ardeurs empressées, Mille refus charmants gravent dans nos pensées

L'aveu du premier jour !

Et moi , qui la verrai revenir solitaire , Passer près de sa mère , et rougir , et se taire,

Et n'oser regarder ; Qui verrai son beau sein nager dans les délices , Et de ses yeux brillants les humides calices

Tout prêts à déborder ;

Comme un vieillard , témoin des plaisirs d'un autre âge , Qui sourit en pleurant et ressent moins l'outrage

De la caducité, Me laissant , un instant , ravir à son ivresse , J'adoucirai ma peine et noierai ma tristesse

En sa félicité.

^as^s & && s>03saaa

Rivage où ma frêle carène

Avait fui pour ne plus sortir ,

Au large le flot me rentraîne;

Mon penchant sur tes bords m'enchaîne

Faut-il rester? faut-il partir?

Un soir, à peine , ô doux rivage , Deux printemps sont depuis passés , Tu me recueillis du naufrage, Errant sans voile , et sous l'orage Ramant avec des bras lassés.

O qu'alors défaillait mon âme !

Combien de fois en ces moments

Je souhaitai laisser la rame , Et, roulant au gré d'une lame, Rendre ma vie aux éléments !

Mais l'Espérance aux vœux timides Me tendit la main près du bord; Je baisais les sables humides, J'embrassais les rochers arides , Heureux de vivre et d'être au port.

Moins doux est à la jeune épouse Le lit où vont couler ses pleurs ; Moins douce est la verte pelouse Qui , loin de la foule jalouse , Cache deux amants sous les fleurs.

Pourtant ce n'est pas une plage Où croît le myrte , l'oranger ; Ce n'est pas l'onde avec l'ombrage , Des colombes dans le feuillage, Des alcyons qu'on voit nager ;

Ni l'aspect gracieux de l'anse Qui prête son charmant abri A la nacelle où se balance, De longues heures , en silence, Baïa, ton poêle chéri.

Mais , au lieu d'une tiède brise, Des vents l'orageuse rumeur

Bat des rochers à tête grise, Et de la vague qui se brise Gémit l'éternelle clameur.

Sur une grève désolée,

Pour tromper mes ennuis amers,

Tout le jour ma lyre exilée

Répétait sa plainte mêlée

Au bruit monotone des mers.

Si parfois, après la tempête, Un rayon perçant le brouillard Donnait au jour un air de fête, Et tombéM'en haut sur ma tête Me réchauffait comme un vieillard-

Ma bouche alors aimait redire Un reste de songe amoureux ; Sur ma lèvre errait un sourire ; Un chant s'échappait de ma lyre , Comme un écho des temps heureux.

Lieux de repos et de tristesse

Où j'espérais bientôt mourir,

De vous laisser qui donc me presse ?

Quelle voix me parle sans cesse

Et de lutter et de souffrir ?

C'est qu'on n'a pas pour tout partage De soupirer et de rêver ;

Que sur l'Océan sans rivage Il faut poursuivre son voyage, Dût-on ne jamais arriver.

Qu'importe que pour ma nacelle Ne batte aucun cœur virginal ?

Q'aucune main chère et fidèle Au haut du phare qui m'appelle N'attache en tremblant le fanal ?

Q'un soir, où ma voile attendue N'aura point blanchi sur les flots , Jamais une amante éperdue, Près de mon cadavre étendue Ne le soulève avec sanglots ;

Et puis de sa tête baissée Tirant son long voile de deuil N'en couvre ma tête glacée , Et longtemps baisée et pressée Ne la pose dans le cercueil 5

Qu'importe ? il faut rompre le cable ; Il faut voguer, voguer toujours , Ramer d'un bras infatigable, Comme vers un port secourable , Vers le gouffre où tombent nos jours ;

Où s'abîment tristesse et joie, Amer et riant souvenir ;

Où, paré de crêpe et de soie, Notre mât s'agite, tournoie Et s'engloutit sans revenir.

Adieu donc , ô grève chérie ; Un instant encore , et je pars ; Adieu plage toujours meurtrie Des flots et des vents en furie , Désert si doux à mes regards !

Adieu douleur longue et profonde ; Adieu tant de jours écoulés A contempler l'écume et l'onde , A méditer le vent qui gronde , A pleurer les biens envolés !

Souvent , quand la brume abaissée Obscurcira le ciel couvert , Tu brilleras à ma pensée , Étoile dans ma nuit placée , 0 souvenir du mal souffert ;

Et durant sa course nouvelle } 3Ion âme , prête à s'épuiser , Vers le passé tournant son aile , Comme une colombe fidèle , Sur toi viendra se reposer.

& sa®sj &S22 s?* m*

Entends-tu ce long bruit doux comme une harmonie , Ce cri qu'à l'univers arrache le génie

Trop longtemps combattu, Cri tout d'un coup sorti de la foule muette , Et qui porte à la gloire un nom de grand poète ,

Noble ami , l'entends-tu ?

A l'étroit en ce monde où rampent les fils d'Eve , Tandis que , l'œil au ciel , tu montes où t'enlève

Ton essor souverain , Que ton aile se joue aux flancs des noirs nuages , Lutte avec les éclairs , ou qu'à plaisir tu nages

Dans un éther serein ;

Poussant ton vol sublime , et planant , solitaire , Entre les voix d'en haut et l'écho de la terre,

Dis-moi , jeune vainqueur, Dis-moi , nous entends-tu? La clameur solennelle Va-t-elle dans la nue enfler d'orgueil ton aile

Et remuer ton cœur ?

Ou bien, sans rien sentir de ce vain bruit qui passe , Plein des accords divins , le regard dans l'espace

Fixé sur un soleil , Plonges-tu , pour l'atteindre , en des flots de lumière Et bientôt t'y posant, laisses-tu ta paupière

S'y fermer au sommeil ?

Oh! moi , je l'entends bien ce monde qui t'admire. Cri puissant ! qu'il m'enivre , ami , qu'il me déchire ,

Qu'il m'est cher et cruel !

Pour moi , pauvre déchu , réveillé d'un doux songe , L'aigle sainte n'est pour moi qu'un vautour qui me ronge

Sans m'emporter au ciel !

Comme , un matin d'automne , on voit les hirondelles Accourir en volant au rendez-vous fidèles ,

Et sonner le départ j Aux champs , sur un vieux mur, près de quelque chapelle, On s'assemble , et la voix des premières appelle

Celles qui viennent tard.

Mais si non loin de là , quelque jeune imprudente, Qui va rasant le sol de son aile pendante, S'est prise dans la glu ,

Captive , elle entend tout : en bruyante assemblée On parle du voyage , et la marche est réglée Et le départ conclu

On s'envole ; ô douleur ! adieu plage fleurie , Adieu printemps naissant de cette autre patrie

Si belle en notre hiver !

Il faut rester , subir la saison de détresse , Et l'enfant sans pitié qui frappe et qui caresse,

Et la cage de fer.

C'est mon emblème , ami ;.. mais si, comme un bon frère , Du sein de ta splendeur à mon destin contraire

Tu veux bien compatir j Si tu lis en mon cœur ce que je n'y puis lire, Et si ton amitié devine sur ma lyre

Ce qui n'en peut sortir 5

C'est assez, c'est assez , jusqu'à l'heure où mon âme , Secouant son limon et rallumant sa flamme

A la nuit des tombeaux , Je viendrai , le dernier et l'un des plus indignes , Te rejoindre, au milieu des aigles et des cygnes ,

O toi l'un des plus beaux !

3©5ï8iïï3ttf<

infant , je m'étais dit et souvent répété : i Jamais , jamais d'amour; c'est assez de la gloire ; In des siècles sans nombre étendons ma mémoire , It semons ici-bas pour l'immortalité. n

Plus tard je me disais : « Amour et volupté , (Mlez, et gloire aussi ! que m'importe l'histoire J Fantôme au laurier d'or , vierges au cou d'ivoire , Je vous fuis pour l'étude et pour l'obscurité. »

Ainsi, jeune orgueilleux , ainsi longtemps disai-je; Mais comme après l'hiver , en nos plaines , la neige

Sous le soleil de mars fond au premier beau jour ; Je te vis , Monde Hélène , et dans ce cœur farouche , Aux rayons de tes yeux , au souffle de ta bouche ? Aux soupirs de ta voix , tout fondit en amour.

sas'a^sa & && skd2S23<

En vain j'ai fui la plage oisive , En vain ma rame avec effort Fatigue la vague plaintive; Toujours ma nacelle dérive, Et je reviens toujours au bord.

Pourtant je m'étais dit : « Courage !

Osons vivre, sachons souffrir; Soyons homme, et si vient l'orage, Tant mieux, luttons , dût sous sa rage L'esquif en éclats s'entr'ouviir. »

Projet d'enfant! sagesse antique!

J'ai beau , dans ma simplicité , Jurer Mentor et le Portique ; Sans cesse une ombre fantastique Me rend ce bord que j'ai quitté.

De nuit , ô Phébé , quand tu n'oses Éclairer qu'à demi les flots , Comme une corbeille de roses Au berceau d'Aphrodite écloses , Je crois voir nager ma Délos.

Ces mêmes plages mensongères Reviennent encor voltigeant, Phébé , dans ces vapeurs légères , Qui parfois semblent des bergères Dansant à ton autel d'argent.

Parmi les rougeurs de l'aurore Chaque matin je crois les voir; Le soleil me les montre encore Dans ces nuages que lui dore Au couchant la pourpre du soir.

A ma vision point de trêve !

Jusque sous des cieux obscurcis , A travers la brume, je rêve Au lieu de bosquets quelque grève Triste, bruyante, aux flancs noircis.

Ile sauvage ou fortunée, Toujours la même , ô lieu charmant , Vers toi ma boussole est tournée !

Vers toi ma proue est ramenée Par un secret enchantement !

Toujours j'y reviens , soit que l'onde Grondant sous moi , pauvre nocher , Du sein d'une lame profonde Me jette comme une algue immonde Sur quelque débris de rocher ;

Soit que plus molle sans secousse , N'enflant ma voile qu'à demi , Elle me berce, elle me pousse Et me dépose dans la mousse Comme un alcyon endormi.

Restons-y donc : un dieu l'ordonne ; Écoutons la plage gémir , Le flot qui bat, le ciel qui tonne , Et sous la brise monotone Écoutons mon âme frémir.

Trop longtemps incomplet génie , Distrait jusqu'au pied de l'autel , J'ai senti comme une agonie La lutte entre mon harmonie Et les bruits d'un monde mortel.

L'âme ressemble au lac immense De rocs sublimes entouré; Dessus, autour, ombre et silence; Mais que le prêtre vienne et lance Un regard sur le flot sacré ,

Que d'éclat derrière cette ombre.

Et quel beau firmament reluit !

Plus l'œil plonge sous le flot sombre , Plus il voit d'étoiles sans nombre Dans ce qui lui semblait la nuit.

On emporte de ce rivage Un saint effroi mêlé d'amour.

Pour l'œil tout plein de cette image Le soleil n'est plus que nuage , Et pâle est la lueur du jour.

Souvent à des festins de joie , Convive malgré moi venu .

Assis sur de coussins de soie, La coupe en main , je suis en proie Au souci d'un mal inconnu.

Si le contagieux délire Effleure mon front moins obscur , Soudain au milieu d'un sourire , Pareil à ce Roi , je crois lire Des mots étranges sur un mur.

Les roses tombent de ma tête , De ma main les gâteaux de miel ; Adieu le festin et la fête !

Je vais consulter le pophète :

0 Daniel! ô Daniel!

Ineffaçable caractère

Que je trouve écrit en tout lieu !

Cruel et sublime mystère

Qui corrompt les dons de la terre

Etcacbe l'énigme de Dieu !

La foule riante et sereine

Ne voit rien ou regarde ailleurs ;

L'élu que le génie entraîne

Est toujours , sans qu'on le comprenne ,

En butte aux profanes railleurs.

De nuit , sur une tour obscure , Et sous la bise qui sifflait , Lorsqu'un fantôme à lourde armure , Poussant un lugubre murmure, Fit trois fois signe au jeune Hamlet ;

D'abord Hamlet , hors de lui-même , Recule , puis , le glaive en main, Revient et suit , hagard et blême , Ce spectre qu'il craint et qu'il aime , Et qui lui montre son chemin ;

Il le suit le long des murailles, Entre avec lui dans la forêt , Arrive au champ des funérailles , Et là s'émurent ses entrailles En entendant l'affreux secret.

Le matin , sa face pâlie

Marquait un sinistre tourment ;

Chacun déplora sa folie,

Et la désolée Ophélie

Ne reconnut plus son amant.

Tel est le destin du poète ; Errer ici-bas égaré ; Invoquer le grand interprète,* Ecouter la harpe secrète , Et se mirer au lac sacré !

83S?£fïBl?;

Sur un front de quinze ans les cheveux blonds d'Aline, Débordant le bandeau qui les voile à nos yeux, Baignent des deux côtés ses sourcils gracieux, Comme un double ruisseau descend de la colline.

Et sa main , soutenant ce beau front qui s'incline, Aime à jouer autour , et dans les flots soyeux A noyer un doigt blanc , et l'ongle curieux Rase en glissant les bords où leur cours se dessine.

Mais , au sommet du front , où le flot séparé Découle en deux ruisseaux et montre un lit nacré, Là , je crois voir Amour voltiger sur la rive ;

Nager la Volupté sur deux vagues d'azur; Ou sur un gazon , sur un sable d'or pur, La Rêverie assise, aux yeux bleus et pensive.

Lorsqu'un peu de loisir me rend à la campagne , Etqu'unbeau soir d'automme^ travers champs, je gagne

Les grandsboisjaunissants; Que le bruit de mes pas sur les feuilles sécbées , Réveillant mille voix en mon âme cachées ,

Berce et calme mes sens 5

Que je songe au bonheur , à ce flottant nuage Qu'uu rayon du soleil de loin dore au passage

Et qu'emporte le vent; Que je songe à la vie , à ces jeunes années Si fraîches d'espérance et si vite fanées ;

Souvent , alors , souvent ,

Las de m'être égaré de clairière en clairière , Et d'avoir du long bois côtoyé la lisière ,

Si soudain au détour J'aperçois , sur le seuil d'une cabane blanche , A table , un vigneron , joyeux comme au dimanche ,

Et ses fils à l'entour ,

Je me dis : ô bonheur ! pourtant j'en étais digne ! A l'ombre d'un pommier , au pied de cette vigne ,

Et sous ce petit mur , Quelques amis , l'étude , à mon âme calmée Suffisaient ; oui , c'est là près d'une épouse aimée

Qu'il fallait vivre obscur.

Je dis , et tout marchant je caresse mon rêve :

Ma femme est jeune et belle , et son amour m'élève

Des fils qui me sont chers ; Ma maison au hameau , parmi toutes , est celle Où vous voyez un toit dont l'ardoise étincelle,

Et des contrevents verts.

Les matins de printemps, quand la rosée enivre Le gazon embeaumé , je sors avec un livre

Par la porte du bois ; Le soirs d'hiver , autour du foyer qui pétille , A haute voix je lis à ma jeune famille

Les récits d'autrefois.

Les champs , l'obscurité , des enfants, une femme , Nul regret du passé , nul désir en mon âme... Ainsi je vais rêvant...

ais j'ai vu du faubourg fumer les cheminées ; ai regardé la ville aux nuits illuminées Et le pavé mouvant.

dieu l'illusion ! qu'elle était vaine et folle ! e souffle matinal , ce parfum qui s'envole ,

Ce gazon du chemin , ette main à baiser , à presser dans la mienne , out cela pour un jour c'est enivrant; mais vienne ,

Vienne le lendemain !

'amour passe , et la fleur où d'abord l'œil se pose , âlit sous le regard et n'est plus une rose ;

Le calice a jauni.

It puis, quand l'homme est seul, loin du bruit et du monde lu profond de son cœur plus haut s'élève et gronde '

La voix de l'infini.

'arle , que nous veux-tu , voix puissante et bizarre ? rantôt c'est un soupir , tantôt une fanfare,

Un chant, un cri de nuit, rantôt j'entends des chars emportés par des fées , Et tantôt c'est la Gloire agitant des trophées ,

Qui passe et qui s'enfuit.

L'enclos qu'on aimait tant devient triste j on dessine Un palais fantastique , et , comme aux jours d'Alcine , Des lieux d'enchantement ;

Et bientôt, pour saisir la proie insaisissable, En idée on franchit monts et plaines de sable Sur un coursier fumant.

On s'élance , on retombe , on brûle sous l'ombrage ; Le cœur saigne et gémit ; en lui-même est l'orage

Dont les coups l'ont blessé.

La nuit, point de sommeil ; et l'épouse inquiète , Passant sa douce main sur le front du poëte,

Lui dit : t'ai-je offensé ?

Parfois en un vallon où règne le silence , Où l'ardeur qu'à midi d'aplomb le soleil lance

Meurt sur un vert rideau , L'on voit du sein d'un roc , qui s'ouvre en grotte obscure , Parmi la mousse et l'herbe , avec un long murmure

Jaillir un courant d'eau.

Pourtant jamais aux bords de l'onde murmurante , Malgré le poids du jour et la soif dévorante,

Ne boit le voyageur ; Jamais un front de vierge , incliné sur la rive, N'y mire en se lavant sa parure naïve

Et sa chaste rougeur.

Car , qu'importe la mousse et l'ombre , et le silence, Et qu'en effleurant l'onde un souffle frais balance

Les rameaux sur son cours !

Cette onde dans sa source est comme du bitume j Elle brûle et dévore , et toujours elle écume

Et bouillonne toujours.

3<DSÏ2î3^

% JHaïranu

La fine del mio amore fu già il saluto di questa donna, ed in qnello dimorava la beatitudine del fine di tutti i miei desiderj.

Da5t«, Vitanuova.

Oh! laissez-vous aimer !... Ce n'est pas un retour, Ce n'est pas un aveu que mon ardeur réclame; Ce n'est pas de verser mon âme dans votre âme , Ni de vous enivrer des langueurs de l'amour;

Ce n'est pas d'enlacer en mes bras le contour

De ces bras , de ce sein ; d'embraser de ma flamme

Ces lèvres de corail si fraîches 5 non madame ; Mon feu pour vous est pur, aussi pur que le jour.

Mais seulement ; le soir , vous parler à la fête ,

Et tout bas , bien longtemps , vers vous penchant la tête

Murmurer de ces riens qui vous savent charmer ;

Voir vos yeux indulgents plus mollement reluire ; Puis prendre votre main , et, courant , vous conduire A la danse légère Oh ! laissez-vous aimer!

8®S3£ïî2^c

% Jîlaïrame

Madame, il est donc vrai, vous n'avez pas voulu, Vous n'avez pas voulu comprendre mon doux rêve ; Votre voix m'a glacé d'une parole brève ; Et vos regards distraits dans mes yeux ont mal lu.

Madame, il m'est cruel de vous avoir déplu ; Tout mon espoir s'éteint et mon malheur s'achève ; Mais vous, qu'en votre cœur nul regret ne s'élève; Ne dites pas; « Peut-être il aurait mieux valu... »

Croyez avoir bien fait; et si pour quelque peine Vous pleurez , que ce soit pour un peigne d'ébène, Pour un bouquet perdu, pour un ruban gâté !

Ne connaissez jamais de peine plus amère ; Que votre enfant vermeil joue à votre côté, Et pleure seulement de voir pleurer sa mère !

a Jïtaîrame **\

Et je tous ai revue , et d'espérance avide

J'ai rougi ; près de vous un fauteuil était vide,

Et votre œil sans courroux sur moi s'est reposé,

Et je me suis assis , et nous avons causé :

« — Que le bal est brillant, et qu'une beauté blonde}

Nonchalamment bercée au tournant d'une ronde,

Me plaît ! sa tête penche, elle traîne ses pas.

— Vous , madame , ce soir , vous ne dansez donc pas?

— Oui , j'aime qu'en valsant une tête s'incline; J'aime sur un cou blanc la rouge cornaline,

Des boutons d'oranger dans des cheveux tout noirs, Les airs napolitains qu'on danse ici les soirs ; Surtout j'aime ces deux dernières barcaroles; Hier on me les chantait , et j'en sais les paroles.

— Qu'un enfant de quatre ans , n'est-ce pas? dans un bal Est charmant , quand tout fier , et d'un pas inégal

II suit une beauté qui par la main le guide, Et qui le baise après , rayonnant et timide.

— Au milieu de ce bruit , comme votre enfant dort, Madame ! ses cheveux sont , au soir^ d'un blond d'or. Il sourit 5 en rêvant, lui passe une chimère ;

Il entr'ouvre un œil bleu ; c'est bien l'œil de sa mère ! »

— Et mille autres propos. Mais qu'avez-vous déjà ? J'ai cru revoir l'air froid qui souvent m'affligea. Avons-nous donc fait mal? d'une voix qui soupire Ai-je effrayé ce cœur, ou d'un trop long sourire? Ai-je parlé trop bas ? ai-je d'un pied mutin Agacé sous la robe un soulier de satin ?

Saisi trop vivement un éventail qui glisse?

Serré la main qui fuit, au bord de la pelisse ?

Ai-je dit un seul mot de regrets et d'amours ?...

Mais qu'au moins nous causions et longtemps et toujours.

Quand vous serez plusieurs réunis en mon nom, je serai avec vous.

En ces jours de martyre et de gloire, où la hache Effaçait dans le sang l'impur crachat du lâche

Sur les plus nobles fronts ; Où les rhéteurs d'Athène et les sages de Rome Raillaient superbement les fils du Dieu fait homme

Qu'égorgeaient les Nérons ;

Quelques disciples saints , les soirs , dans le cénacle Se rassemblaient, et là parlaient du grand miracle, A genoux , peu nombreux ,

Mais unis, mais croyants , mais forts d'une foi d'ange ; Car des langues de feu voltigeaient , chose étrange! Et se posaient sur eux.

Moins mauvais sont nos jours. Pourtant on y blasphème , Et des railleurs encor lancent leur anathème

Au Dieu qu'on ne voit pas.

Si le poëte saint , apôtre du mystère , Descend , portant du ciel quelque chose à la terre :

« Où court-il de ce pas ?

« Que nous veut ce chanteur dans sa fougue insensée ? » Et voilà qu'un mépris fait rentrer la pensée

Au cœur qui la cachait , Comme au penchant des monts l'hiver qui recommence Suspend l'onde lancée et la cascade immense

Qui déjà s'épanchait.

Que faire alors ? se taire?... Oh! non pas, mais poursuivre, Mais chanter , plein d'espoir en celui qui délivre ,

Et marcher son chemin ; Puis les soirs quelquefois , loin des moqueurs barbares , Entre soi converser , compter les voix trop rares

Et se donner la main ;

Et là, le fort qui croit , le faible qui chancelle ,

Le cœur qu'un feu nourrit , le cœur qu'une étincelle

Traverse par instants ; L'âme qu'un rayon trouble et qu'une goutte enivre, Et l'œil de chérubin qui lit comme en un livre

Aux soleils éclatants ;

Tous réunis , s'entendre , et s'aimer , et se dire : Ne désespérons point , poètes , de la lyre ;

Car le siècle est à nous.

Il est à vous ; chantez , ô voix harmonieuses , Et des humains bientôt les foules envieuses

Tomberont à genoux.

Parmi vous un génie a grandi sous l'orage , Jeune et fort ; sur son front s'est imprimé l'outrage

En éclairs radieux ; Mais il dépose ici son sceptre et le repousse , Sa gloire sans rayons se fait aimable et douce

Et rit à tous les yeux.

Oh ! qu'il chante longtemps ! car son luth nous entraîne, Nous rallie et nous guide , et nous tiendrons l'arène

Tant qu'il retentira 5 Deux ou trois tours encore , aux sons de sa trompette , Aux éclats de sa voix que tout un chœur répète,

Jéricho tombera !

Et toi , frappé d'abord d'un affront trop insigne , Chantre des saints amours , divin et chaste cygne ,

Qu'on osait rejeter , Oh ! ne dérobe plus ton cou blanc sous ton aile j Reprends ton vol et plane à la voûte éternelle

Sans qu'on t'ait vu monter.

Un jour plus pur va luire , et déjà c'est l'aurore ; Poètes , à vos luths !... Pourquoi tarder encore , 0 vous , le plus charmant !

Sous quels doigts merveilleux la mélodie a-t-elle Ou tissus plus soyeux , ou plus riche dentelle , Ou plus fin diamant ?

Fuyez des longs loisirs la molle enchanteresse • La gloire est là (partez !) qui du regard vous presse

Et vous convie au jour.

Hâtez-vous j quelle voix plus tendrement soupire, Et mêle dans nos yeux plus de pleurs au sourire

Quand vous chantez l'amour?

Mais un jeune homme écoute, à la tête pensive, Au regard triste et doux , silencieux convive ,

Debout en ces festins ; II est poëte aussi ; de sa palette ardente Vont renaître en nos temps Michel-Ange avec Dante

Et les vieux Florentins.

Fraternité des arts ! union fortunée !

Soirs , dont le souvenir même après mainte année

Charmera le vieillard l Lorsqu'enfin tariront ces délices ravies , Que le sort s'attaquant à de si chères vies ,

(Oh que ce soit bien tard !)

Aura mis à son rang le grand homme qui tombe, Et fait, comme toujours, un autel de sa tombe ; Alors , si l'un de nous ,

Le dernier, le plus humble en ces banquets sublimes (Car le sort trop souvent aux plus nobles victimes Garde les premiers coups) ,

S'il survit, seul assis parmi ces places vides, Lisant des jeunes gens les questions avides

Dans leurs yeux ingénus, Et des siens essuyant une larme qui nage , Il dira, tout ému des pensers du jeune âge :

« Je les ai bien connus ;

Ils étaient grands et bons. L'amère jalousie Jamais chez eux n'arma le miel de poésie

De son grêle aiguillon , Et jamais dans son cours leur gloire éblouissante Ne brûla d'un dédain l'humble fleur pâlissante,

Le bluet du sillon. »

Est-il besoin de faire remarquer que dans son Cénacle , Joseph n'a introduit que quelques poètes et un jeune et grand peintre, réellement unis entre eux et avec lui par des rapports intimes d'amitié et de voisinage. Il n'a pu pre'tendre exclure d'un Cénacle ide'al plus vaste et plus complet tant d'autres artistes qu'il ne nomme pis.

{Soie de l' 'Éditeur).

La veille de la publication d'un premier ouvrage.

C'est demain , c'est demain qu'on lance, Qu'on lance mon navire aux flots; L'onde en l'appelant se balance Devant la proue ; amis , silence!

Ne chantez pas , gais matelots !

Demain je quitte le rivage Où dormit longtemps mon radeau ; Là-bas m'attend plus d'un orage, Plus d'un combat , quelque naufrage Sur un banc de sable à fleur d'eau.

Oui , le naufrage! on touche, onsombre ; L'ouragan seul entend vos cris; Puis le matin vient chasser l'ombre ; Sur le ciel bleu pas un point sombre, Sur l'abîme pas un débris.

Ne chantez pas ! quand même encore, Sur mainte mer, sous maint climat, Aux feux du soleil qui le dore, Battu de la brise sonore, Mon pavillon , au haut du mât

Déployant sa flamme azurée Et ses immortelles couleurs.

Recevrait de chaque contrée, En passant , la perle nacrée, L'ivoire, l'encens ou des fleurs;

Quand, ma voile au loin reconnue, On verrait la foule à grands pas S'agiter sur la grève nue, Les forts saluer ma venue, 0 mes amis , ne chantez pas !

Cela vaut-il ce que je laisse , Tant de silence et tant d'oubli ; Et ce gazon où la tristesse , De mon âme éternelle hôtesse , Inclinait un front recueilli ;

Alors que mon mât de misaine , De la hache ignorant les coups , Dans les grands bois était un chêne , Et qu'au bruit de l'onde prochaine Tout le jour je rêvais dessous ?

Oh ! j'y versai plus d'une larme ; Mais les larmes ont leur douceur ; Mais la tristesse à bien son charme :

Son front à la fin se désarme , Et c'est pour nous comme une soeur.

Point de crainte alors ; sous la branche Point d'oeil profane , et si parfois D'un lac frais la surface blanche , Où d'en haut la lune se penche , M'arrachait au gazon des bois ;

Si dans une barque d'écorce , Ou de glaïeul, ou de roseau , Ou de laine trois fois torse , A ramer j'essayais ma force Comme dans l'air un jeune oiseau ;

Nul bruit curieux sur la rive Ne troublait mon timide essor , Sinon quelque nymphe furtive 5 Mon âme n'était plus oisive , Et c'était du repos encor.

Mais , depuis , l'orgueil en délire A pris mon cœur comme un tyran ; Je ne sais plus à quoi j'aspire j Ma nacelle est un grand navire , Et me voilà sur l'Océan.

C'est demain , c'est demain qu'on lance ? Qu'on lance mon navire aux flots j L'onde en l'appelant se balance Devant la proue ; amis , silence !

Ne chantez pas , gais matelots !

% Honsart,

Page 1