PROCLAMATION
« L’Europe commençait à peine à cicatriser ses plaies , et les puissances réunies au congrès de Vienne s’occupaient avec une union extraordinaire d’établir les bases d’une longue paix , lorsqu’un évènement imprévu appelle de nouveau toutes les nations, déjà instruites par
l’expérience de l’ambition d’un seul homme, à prendre les armes. Au milieu de ce désordre momentané , l’Italie pouvait espérer d’ctre tranquille , et , pour sa seule défense , de nombreuses troupes étaient déjà venues de l’Allemagne. Mais le roi de Naples, jetant à la fin le masque qui l’a sauvé dans les raoraens les plus dangereux , sans déclaration de guerre , pour laquelle il n’aurait pu alléguer aucun juste motif , contre la foi de ses traités avec 1* Autriche , auxquels seuls il doit son existence politique , menace de nouveau avec scs armées la tranquillité de la belle Italie; et, non content d’apporter avec lui les fléaux de la guerre , il lente encore de rallumer par - tout , sous l’apparence de l’indépendance de l’Italie , le feu dévastateur de la révolution, qui autrefois lui a applani le chemin pour passer de l’obscurité d’une classe particulière à l’éclat du trône.
« Lui qui est aussi étranger à l’Italie qu’il est nouveau dans la cathégorie des
rois, il affecte avec les Italiens un langage que pourraienlà peine tenir avec eux un Alexandre Farnèse, un André Doria, un Magne Trrulzo ; et , de lui-même , il se proclame le chef de la nation italienne , qui a dans son propre sein des dynasties régnantes depuis des siècles, etqui a vu naître dans ses belles contrées cette auguste famille qui régit tant de nations sous un gouvernement paternel.
Lui , roi de l’extrême partie de l’Italie , il voudrait, avec des idées spécieuses de limites naturelles , présenter à tous les Italiens le fantôme d’un royaume, dont on ne saurait pas même fixer la capitale , justement parce que la nature a fixé avec des limites particulières des gouvernemens particuliers aux diverses parties de l’Italie , eta montré que ce n’est pas l’étendue du territoire , le nombre de la population , ni la force des armes, mais les bonnes lois , la conservation des habitudes et une administration économique, qui font le bonheur des peuples ; et c’est pour-
quoi , eft Lombardie et en Toscane, on se rappelle encore avec des Sentimens d’admiration et de reconnaissance les noms immortels de Marie -Thérèse , de Joseph et de Léopold.
a Le roi de Naples , non content de tromper la multitude du rêve de l’indépendance , veut encore induire en errent les Italiens les moins prudens , en lent persuadant que ces mêmes puissances, qui renouvellent déjà* avec une promptitude admirable, les arméniens les phts formidables sur terre et sur mer, et qui dans peu de jours donneront au monde entier une nouvelle preuve de leur tiniori indissoluble dans les mêmes principes, font une disposition sécrète à seconder ses projets, comme si l’Italie , gouvernée par lui , pouvait se dire indépendante , et qtte les puissances ne savaient pas, aujourd’hui mieux que jamais, qu’il ne peutÿ avoir dé paix, de trèvé avec qui ne respecte pas les promesses faites, ej n’est pas Sensible atix traités des vainqueurs généreux.
• Lesbien faitsqu’a répandus l’empereur François I er dans toute l’armée italienne, dont aucun de ceux de ses sujets qui la composent n’est resté sans moyens honorables d’existence , et qui se sont également étendus à la nombreuse classe des employés; les soins paternels avec lesquels, sans egard aux opinions politiques ou à la conduite passée , le gouvernement autrichien n’a cessé, dans sa réintégration en Italie, de réunir tous les partis à un seul , et de les considérer tous comme ses enlans , suivant le même sentiment paternel , même envers le petit nombre de ceux qui s’étaient égarés, et qui l’ont contraint à la rigueur; tous ces faits sont si notoires , qu’ils détruisent d’eux-mêmes et sans autre appui les calomnies qui sont répandues avec tant d’emphase dans la proclamation du roi de JNaples.
• Lombards ! le gouvernement autrichien , sincère de sa nature et véridique par système , vous a promis la tranquil-
lité , bon ordre , administration paternelle; il tiendra tout ce qu’il a promis.’ Rappelez -vous les temps heureux antérieurs à 1796, les institutions de Marie- Thérèse , de Joseph II , de Léopold , et comparez ce système de gouvernement avec celui qu’on vous a imposé ensuite, et que, basé sur les mêmes principes , annoncé avec les mêmes faussetés , on vous présente aujourd’hui comme un objet d’espérance et un motif de nouveaux efforts. Votre trop de crédulité aüx promesses de la démocratie française a déjà une fois causé votre ruine :
soyez aujourd’hui plus prudens , d’autant que votre faute serait plus grave avec l’expérience du passé; et coopérez dans toute circonstance , avec la docilité de votre caractère , avec ia réflexion , fruits de vos lumières et l’attachement à Votre souverain, si digne de Votre cœur, à là conSërV'ation de Tordre et à la défense de ! la patrie et' dû trône. ! »
MHan, lefftyril . k
.Cett,e proclamation , semblable en quelque sor.te à l’eau bienfaisante qui éteint un incendie prêt à faire de grand?
javages , arrêta le volcan iré.volutionnaire que voulait allumer Joachim, et tranquillisa la masse des Italiens , si avides de ,vepos après tant <fe convulsions politiques. ,U,n observateur profond aurait pu la, regarder comme l’arrêt de monde lpsurpateur. Il n’appartenait qu’à rat.de ipe pas soupçanpçr le l’alteindait » 5ur - tout lorsqu’il ,cut yu échouer Je plan de sa jqnption avçp méè ,de bu.onaparte ; pe dernier, avait pro jeté d« se réunir à son beau-frèrepar fe^InUf-Qenis , le Simplon,, Je V-ar , ,4® faire insurger ifintje l’Jt a Ue > pendant qu ihse, porterait par .IqSjA^peS'dttHPPnfiS dans le J'y roi, laCariiuliie, çt topt ; Jp midi i.4e l’^ljemagne ; mais ,les sowM imprévus des .troupes, autrichiennes ?<to firent renoncer .à ; ce y aste projet , , qu’il, ne pouvait .jl’aillçupçs , exécuter , itantquil avait à craindre les Anglais 3 %t, ( le&ifous-
siens , dont la Belgique était inondée.
Murat , livré à ses propres forces qui diminuaient tous les jours, sans espoir d’aucun secours, Murat, déjà baltu par l’ennemi en diverses occasions , loin de chercher à conquérir , s’aperçut , mais trop tard, qu’il était réduit à défendre sa couronne. Ce qui ne lui permit plus de douter du danger de sa position , ce fut la déclaration de guerre que lui fit le io avril la Grande-Bretagne , réunie aux troupes du roi de Sicile. Il fit tôut-àcoup un mouvement rétrograde , ‘laissant les Autrichiens prendre l’offensive qu’ils ne quittèrent plus depuis ce moment, et qui tourna toujours 'à : Jeur avantage. Joachim , effrayé de leurs progrès, demanda un armistice qu’on lui refusa. Légèrement blessé à Gambia , il se jeta précipitamment sur la routé d’Ancône.
Cependant le générât Bianchi envoyait des détachemens dans toutes les directions, pour couper à l’armée enne-
tnîe la route de Naples. Murat , complètement défait à Gubbio , chassé de Florence , de Bologne , de Rome et de toutesles^utres villes dont il s’était emparé, ne songeait plus qu’à éviter une bataille , et n’opposait de résistance, qu’autant qu’il en fallait pour assurer, sa retraite; mais atteint à Tolentino par le général Bianchi , il fut obligé d’en venir à une bataille dont la perte compléta la ruine de son armée ; caisse militaire , bagage , artillerie , tout devint la proie de l’ennemi, qui, deux jours après, dans un combat livré à Caprano , s’ouvrit les portes du royaume de Naples, en les fermant pour toujours à Joachim. Celuici voyant tout espoir anéanti, ne songea, plus qu’à sauver sa personne.
Il monte à cheval , et suivi seulement de quatre lanciers, il entre dans Naples la nuit du 19 au 20; il pénètre , à la faveur de l’obscurité , jusqu’au palais , sans être reconnu; là , il apparaît comme un spectre aux regards de son épouse :
* Madame , lui dit- il d’une voix sépulcrale , tout est perdu , si ce n’est la vie , - que je n’ai pu perdre. » 11 ne resta qu’un moment dans le palais , se retira chez un affidé, prépara son déguisement, fit couper ses cheveux , prit un faux passeport , et , revêtu d’un frac de drap gris , il sortit de Naples le ai mai, seul, à cheval; il alla s’embarquer vis-à-vis l’ile de Nisida, sur un petit bâtiment qui le transporta à Cannes , comme s’il eût voulu essayer, en débarquant sur ce port , d’y renouveler la scène révolutionnaire de Buonaparte , exécutée deux mois auparavant. Joachim parut
à Cannes, et reStà seul 11 paraît
certain qu’il voulait voir Buonaparfe ; mais celui-ci rejeta sa demande avec autant de mépris que de courroux ; il n’en seconda pas moins son beaufrère, en entretenant à Naples et en Italie une correspondance non interrompue et constamment dirigée vers une nouvelle révolution; mais le renverse-
ment de son maître et le bon esprit des provençaux l’obligèrent bientôt à quitter la France , où il ne trouvait plus d’asile; car où se cacher quand l’Éternel nous poursuit ?
Cependant, tel est l’aveuglement des hommes, qui long-temps ont pu mettre à profit des crimes heureux , qu’ils osent toujours , même dans les plus grands malheurs , compter sur leur réconciliation avec la fortune. Murat alla chercher en Corse un endroit digne de lui servir de centre pour de nouvelles tentatives. Pendant son séjour à Vescovato, il réunit autour de lui autant d’officiers
qu’il put , et il parvint à en avoir audelà de quatre cents; il leur fit d’amples promesses de grades militaires , de dignités civiles , de dotations et de biensfonds ; il désigna les propriétés des partisans de Ferdinand pour les récompenses de ceux qui devaient , sous ses ordres , organiser la guerre civile. Il fréta et acheta des bâtimens, et ne se
bornant pas à ces marques ostensibles d’agression , il renoua ses correspondances.
Ferdinand fut instruit de ses correspondances et du nom de ses complices ; loin de les châtier, il aima mieux laisser Joachim venir de lui-même se laisser prendre dans ses propres filets , s’il était assez téméraire pour essayer d’exécuter ses desseins.
Cependant, le gouvernement napolitain prit toutes les mesures nécessaires pour les déjouer; on sut que Murat se disposait à faire sa descente en Calabre, qu’il se proposait d’y proclamer une nouvelle république , dont il devait être nommé premier consul.
. Vers la fin de septembre, on apprit que l’empereur d’Autriche avait ofl’ert à Joachim un asile dans ses Etats , que , dans la vue de l’y attirer , elle avait expédié en Corse un nommé Maceroni , homme de confiance , qu’il avait luimême employé à diverses négociations.
Maceroni arrive en Corse le 28, fait part de sa mission à Murat, qui lui répond fièrement qu’il n’avait pas besoin d’asile , qu’il était roi , qu’il voulait mourir roi (1); et dans la nuit du 28 au 29, il partit d’Ajaccio et mit à la voile avec six bâtimens plats, armés, et avec àpeu-près deux cents hommes , tant officiers que bas- officiers. Deux jours auparavant, il avait fait une promotion mili- « taire, créant le colonel d’artillerie Natali , maréchal-de-camp ; le lieutenant
(1) On raconte différemment la négociation qui , dit-on , eut fieu , relativement à la re'sidence
de Murat. Le colonel D engagea Fouché à
demander au prince de Metternich , qu’il fit en sorte d’obtenir pour* Murat un etablissement à Trieste. Cette demande fut favorablement ac-* cueillie. Le colonel partit aussitôt pour la Corse, et communiqua cet arrangement à Joachim , qui d’abord le reçut très - froidement , et demanda jusqu’au lendemain pour y donner son ultimatum; mais il partit dans la nuit , suivant les conseils insense’s des aventuriers dont il e’tait entoure.
Viaggiani , capitaine , et le sous-lieutenant Paschali , lieutenant ; chargeant ses ministres de la guerre et des finances de l’exécution de ces décrets, qui furent remis en original au ministre de la police générale de Naples.
Le 9 octobre, le télégraphe annonça le débarquement de Murat, à Pizzo , suivi de trente officiers, s’écriant sur la place publique : « Je suis Joachim ; répétez tous : V ive Joachim Murat ! Le peuple fut pour quelques instans frappé d’une stupeur imprévue ; bientôt, revenu à lui-même, il court aux armes, en criant : Vive Ferdinand! poursuit Joachim, qui cherchait par la force à s’ouvrir un passage; enfin, il est arrêté par un capitainedc gendarmerie, nommé Trentacapelli ; il s’enfuyait au travers des montagnes, tenant un pistolet à la main ; cet officier le poursuivit avec d’autant plus d’acharnement, que Joachim avait fait périr son frère. Traduit devant une commission militaire , il ne put nier
qu’il avait été pris les armes à la main.
On trouva sur lui un décret dans les formes usitées et signé de sa main, par lequel il nommait un vice-roi investi d’un pouvoir illimité. L’arrêt fut prononcé à l’unanimité, mais Ferdinand refusa long-temps de le signer : les Bourbons ont tant de peine à faire couler le sang ! mais ses ministres l’y déterminèrent enfin , en lui représentant sans doute qu’il devait cet acte de justice à la sûreté de son peuple et à l’outrage fait à sa couronne.
A la lecture de son jugement , Murat resta un moment consterné, mais il reprit bientôt sa fermeté ordinaire : il avait, si souvent vu la mort de si près ! Il demanda un prêtre et se confessa ; il né voulut pas quon lui bandât les yeux, et refusa de s’asseoir sur une espèce de sellette qu’on lui avait préparée , se rappelant vraisemblablement ces mots d’un empereur mourant : Decet imperatorem stantem mori.
Lors de l'exécution , qui eut lieu dans le fort de Pizzo , et qui dura une demiheure, on n’eut égard ni au rang ni au grade des vingt-neuf condamnés : on les appela par ordre alphabétique , et Murat fut fusillé le septième. . *
Il avait dans son porte-leuille un grand nombre de proclamations, dont la plus curieuse était celle qui contenait l’appel suivant :
Joachim Napoléon , roi des Deuæ- Sicilesj à ses fidèles sujets.
Braves Napolitains ,
« Votre Joachim vous est rendu. Depuis le moment où il se retrouve au milieu de vous , ses peines et les vôtres cessent. Lorsque votre roi vous annonce son retour, il n’est pas néanmoins question de pardon et d’amnistie. Vous ne vous êtes jamais rendus coupables envers lui ; c’est pourquoi il vous renouvelle aujourd’hui, comme à ses enfans , le ser-
ment qu’il vous a déjà prêté antérieurement, celui de vouloir vous rendre heureux. Vous n’avez point de parjure à craindre de sa part. Les sentimens de son cœur, qui vous sont connus, et votre fidélité à toifte épreuve , sont pour vous des garans de la certitude de ce qu’il avance, et que son intention n’est point, • comme celle de Ferdinand, de ne dif-
férer que provisoirement sa vengeance.
J’avais choisi, lors de ma retraite, un asile tranquille, que je suis toujours assuré de retrouver au milieu d’un peuple vertueux , et de là je pouvais regarder avec mépris les poignards des cannibales Marseillais qui , pendant tout le cours de la révolution française , se sont baignés dans le sang de leurs compatriotes. J’avais l’intention de vivre ainsi dans la retraite , jusqu’à ce que l’ardeur de la lièvre , par laquelle la France se débarrasse des restes de la révolution , fût passée j alors j’aurais paru pour reconquérir mes Etats , et chercher dans vos cœurs
un refuge contre le malheur qui me poursuit d’une manière si incroyable et si inouie. Mais lorsque la lettre de Ferdinand au général Bianchi me tomba sous les yeux , mon aine se souleva , et je ne pus me contenir plus long-temps. Car je ne puis ni ne dois souffrir qu’un prince qui se nomme le roi et le père des braves Napolitains , flétrisse publiquement et solennellement cette nation. Je ne puis souffrir, et je ne souffrirai jamais, que l’armée, composée de la fleur de toutes les classes du peuple, que cette brave armée dont j’ai été le créateur et le chef, et qui a donné des preuves si multipliées de valeur -, qui a procuré au peuple napolitain un rang parmi les autres nations , et dont les revers n’ont été causés que par les proclamations des puissances alliées et le bruit de ma mort faussement répandue, que cette armée, enfin, soit qualifiée à la face du monde de horde ennemie.
« Enflammé de colère par cet affront ,
je rassemblai tout mon courage ; je me jetai dans une mauvaise barque de pêcheur, et j’abordai en Corse , où je trouvai un accueil hospitalier, et je reçus des b rayes qui avaient combattu dans les rangs de l’armée napolitaine l’assurance de leurs secours.
« Pouvant compter sur l’amour de mes peuples , et sûr de vivre dans leur souvenir, je résolus alors de reconquérir mes Etats et de venger l’outrage fait à la nation.
«Soldats et citoyens! vous tous qui avez un cœur noble et des sentimens patriotiques , joignez-vous à votre roi ; que notre vengeance soit commune. Un prince capable de donner aux soldats napolitains la dénomination déshonorante de horde ennemie y insulte la nation entière j il a perdu ses droits au trône , et déjà même il y a renoncé par la lettre qu’il a adressée au baron Bianchi.
«Oui, chers et braves Napolitains, nous sommes offensés , et l’offense tombe
sur nous tous sans exceptions. En consé* quence , vous devez , de concert avec votre roi , chasser du pays un prince qui s’est déjà montré plusieurs fois parjure , qui a promis plusieurs fois amnistie , et qui a néanmoins laissé un libre cours à sa vengeance.
« Qu’il soit abattu, le château de Casa* Lanza , dont Ferdinand veut faire un monument de l’affront qu’il a fait à la nation. Qu’il soit rasé jusqu’aux fondcmens , et qu’à la même place s’élève une colonne, dont l’inscription annonce aux contemporains et à la postérité, que, dans ce même endroit, l’armée napolitaine, après avoir remporté des victoires signalées , n’a pu résister au nombre de ses ennemis ; que cependant elle n’a conclu qu’une paix honorable, qu’elle a déclaré Ferdinand indigne de gouverner et déchu pour toujours du trône , pour avoir fait de ce château un fief de la couronne, et un monument de son déshonneur, et nommé l’armée une horde ennemie .
Oui , tonie la nation est outragée ! Qui voudrait maintenant être encore appelé Napolitain à la face de l’Europe? Levezvous donc , courez aux armes , et levezvous en masse. Que tout véritable Napolitain qui attache du prix à l’honneur, accoure dans mon camp ! Que les milices provinciales se rassemblent par-tout , et que tout ce qui a fait partie de l’armée se range de nouveau sous les drapeaux !
Que la garde nationale , aussi brave que fidèle, de Naples , sauve une seconde fois cette capitale^ et prenne sous sa défense mes châteaux, et sous sa protection tous les liabitans et leurs propriétés. Vous, braves et lidèles Calabrois ! habitans de la Basilicate et des provinces de Salerne et d’Avellino, et vous valeureux Samnites, peuple de la Pouille et de la Terre de Labour, qui avez montré si souvent un dévouement à toute épreuve , rassemblez-vous autour de votre roi et de votre général. Expulsez du milieu de vous Ferdinand , qui vous a traités d’une
manière si déshonorante ! qu’il retourne en Sicile. Sous la double bannière de la croix et de la liberté , nous marcherons sur la capitale , pour assurer de nouveau et à jamais le bonheur et l’indépendance de la nation. Ne craignez pas, courageux et fidèles Napolitains , ne craignez pas que les puissances alliées tournent leurs armes contre votre roi ! Votre Joachim n’a jamais renoncé au trône. Des chances malheureuses à la guerre ne peuvent lui enlever son droit à la couronne de Naples.
« En voulant reprendre possession de ma couronne , je ne lais que ce que font aussi de leur côté les monarques alliés.
La reine et mes enfans nous seront rendus , et loin que votre roi doive donner des inquiétudes à ses voisins, il sera reconnu au contraire pour leur plus sûr ami. L’empereur d’Autriche reconnaîtra en quoi consiste la véritable politique de Naples ; revenu de l’erreur qu’il doit me combattre comme un partisan de Buo-
naparte , au lieu d’être mon adversaire , il deviendra sûrement mon allié. Votre attachement pour votre roi ne peut vous exposer à aucun danger, puisqu’on ne peut plus le soupçonner de vouloir s’agrandir aux dépens de l’état romain ou de tout autre état d’Italie ; ainsi les puissances de l’Europe n’ont plus de motif pour se réunir contre lui.
« Il faudrait douter de la droiture et de la sagesse du gouvernement britannique, pour ne pas être persuade qu il aura à cœur de réparer le dommage qu’il s’est lui-même attiré en nous faisant précipitamment la guerre, tandis que , d’après les traités existans , les hostilités ne devaient commencer que trois mois après une déclaration préalable. Nous déclarons ici solennellement à la face de toute l’Europe , que les malheurs de la guerre ne nous ont atteints que pour avoir persisté invariablement dans le système :
Point de guerre avec l’Angleterre.
Nous ne commençâmes notre retraite
avec notre armée qu’après que lord Bentinck nous eut écrit de Gênes , que puisque nous étions en guerre avec l’Autriche , il serait obligé d’agir contre nous avec toutes les forces anglaises de terre et de mer, dès qu’il en serait requis par le général autrichien. Je répondis que , ne voulant pas rompre avec l’Angleterre, je suspendrais sur le champ les hostilités contre l’Autriche , et que j’avais donné ordre à mon armée de rétrograder sur Naples ; je priai en même temps le général anglais de faire part de ma résolution au commandant autrichien , et de déterminer, par son entremise , le feldmaréckal Bellegarde à consentir à l’armistice que j’allais lui proposer.
«Démon côté, je commençai aussitôt ma retraite sur mes Etats ; mais l’armistice que j’avais offert ne fut point accepté, et je puis avancer, sans craindre qu'on me réfute , que tous les revers qu’ont éprouves mes armes sont provenus uniquement de ma retraite volontaire. Car,
sans aucun doute , les Autrichiens ne nous auraient point attaqués dans la position que nous occupions ; et le cabinet de Vienne, s’il s’était convaincu que nous n’avions pris cette position que pour faire cause commune avec son armée , aurait infailliblement adopté l’armistice, et aurait conservé son alliance avec nous, parce que Naples et l’Autriche sont des alliés naturels l’un de l’autre.
« Redoublez de confiance ; un heureux avenir vous attend! Dans le calme d’une profonde paix, votre roi exécutera les plans qu’il a formés au milieu des orages de la guerre pour assurer votre bonheur.
La construction des édifices publics maintenant suspendue sera reprise avec une nouvelle activité , et tout ce qui est en stagnation reprendra son cours ordinaire avec une nouvellevigueur. L’armée recevra sa solde et les autorités civiles l arriéré de leur traitement.
« Les fonctionnaires publics destitués depuis le 21 mai , prendront leurs em-
pîois, et tous ceux qui ont été spoliés de quelqu’avantage , en recevront la jouissance.
« Toutes les nominations faites depuis la même époque par Ferdinand sont déclarées non avenues et annulées par les présentes. Tout rentrera dans l’ancien ordre et sera remis sur le même pied Où il était à l’époque de mon éloignement de mon royaume. »
Donné le octobre i8i5.
( La date était en blanc. )
Joachim Napoléoh.
Il parait que Murat s’était proposé de répandre cette pièce , immédiatement après son débarquement, qu’il espérait effectuer d’une manière bien différente.
A ces proclamations étaient jointes 'plusieurs lettres qu’on apporta au Roi , et que ce bon prince déchira sans vouloir les lire j tant il craignait de trouver
des coupables et d’avoir des châtimens à infliger! : ■ *• n '■ ' • '•
S’il faut en croire un bruit public , outre cet appel, on découvrit dans les papiers de Murat des preuves d’une correspondance intime avec l’Italie et l’Aile^ magne,‘ et le ministre de la police du royaume de Naples communiqua à ce sujet plusieurs pièces Originale^ à ! Pam- ,; bassadeur de S: M. l’empereur d’Autii-' che près le roi des Deui - Sicilës. Aù nombre de ces pièces se trouvait une lettre curieuse de madame Murat à son mari , datée de l’asile que l’Autriche avait bien voulu lui accorder. D’après ces indices , on mit le scellé sur les papiers d’une Comtesse liée très-intimement' avec madame Morat. Le bruit a coiiru '
aussi; qu’on avait ’ infoie scellé sur' les papiers de cette dernièréV^ui a 'sollicité, dit -on, la permission de se retirées
Prague, i ' ' /
Oi fît transporter à Naples Tuniforme de maréchal , décoré d’brdrës et dédia- ' Jj
s * i-- Z. . «- ■ , 1 ci ^ i l) J ( î, A il fî'J i T . •
htans que portait Murat , et les sommes d’argeüt qu’on trouva sur les felouques qui l’avaient amené.
Ainsi périt cet aventurier qui, né dans une chaumière , osa monter sur un trône, dicter des lois dans l’Escurial ,
! r. . o . r ^ ^ . i : } • ÇJ‘.
daris le Vatican même, devint l’allié de
l’une des maisons les plus puissantes de l’Europe , et crut un instant qu’il était assez puissant lui-même pour lui faire la guerre, envahir ses Etats, et menacer sa capitale. JoachimMurat osa tout dans un temps où des soldats heureux pou- < valent tout espérer.
D’après ce que nous venons d’écrire , il est aisé de le dépeindre. Son caractère était vif, pétulant , ambitieux , téméraire : il fut excellent soldat, bon capi- . ; - , 1, 1», - ‘»f •} >< * - U
laine , general médiocre ; sa conduite
fut toujours subordonnée aux circons-
iwr j -i -* ; , ' , . ; '• ' :i ' )tJ
tances et a ses interets; révolutionnaire ardent et complice plus ardent d’un ty-
ran: ennemi des nobles, et lui-meme eni-
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vre de sa nouvelle noblesse, ses véritables
sentimens seraient un problème , s’il n’avait point paru tout entier dans les derniers mois de sa vie , plus propre à exécuter un coup d’état qu a l’imaginer.
Il fut l’instrument le plus actif dont Buonaparte se servit pour arriver à ses fins; aimable dans la société, chéri dans les camps , intrigant sur le trône , il eut, en apparence , quelques vertus d’un homme ; mais en réalité , il avait conservé tous les vices d’un démagogue.
On ne peut disconvenir qu’il ne fut le plus poli , le plus élégant de tous les favoris du sultan des Tuileries. Cepen-.
dant, comment accorder ces qualités avec la cruauté qu’il montra dans tant de circonstances ? Toujours actif à en^ censer jusqu’à la barbarie de son maître»
il sourit avec complaisance à l’empoisonnement secret que ce prétendu père de nos armées , ordonna des six cents soldajg français malades dans les hôpitaux de Jaffa. Les maisons, les rue?, les places publiques , les temples de
Madrid ne fument -ils pas encore des flots du sang innbcent qu’il y fit répan- • dre?Faut-il le représenter, enfonçant le premier, par son langage atroce, le poignard dans le sein du duc d’Enghien, à l’instant où cet infortuné prince demandait à ses assassins le service d’abréger sa vie ? Qui ne sait avec quel acharnement féroce il poussa jusqu’au pied de l’échafaud Moreau , que la crainte seule d’un mouvement populaire l’empêcha d’y précipiter ? Hélas! tout couvert du sang du dernier des Condé , il était encore altéré de celui de notre second Turenne! Parcourez la Valteline, vous y trouverez encore les traces des cruautés qu’il exerça sur les prêtres , les moines , les préfets et les personnes les plus estimables du pays. A qui donc donnera -t -on le surnom de cruel , si l’on prostitue celui d’aimable , d’honnête au protée qui se conduit de cette manière ?
Je sais que, pour faire absoudre cette
conduite, quelques écrivains ont préi conisé son dévouement suç les, champs
de bataille* son intrépidité, ses exploits.
|ü -■ il , : <V' !: • ' • •
en un mot ces lauriers qu il moissonna
. : . - . . > i -tTirr? . ir~oT
à la tête de la cavalerie française. .Mais pour qui tous ces prétendus actes de bravoure, tous ces lauriers accumulés sur sa tête et sur celle de nos guerriers ? pour *îa France^ non : elle était alors partout
et n était nulle part; pour le, bonheur de
la société ? moins encore: la société n’est
rien pour ,des ambitieux , dont la gloire consiste à la détruire, afin de s’élever
* i t ; .1 »* S. i: I / i» * * f * xi'... T
eux-mêmes sur ces débris; pour la liberté des peuples? mot insidieux et perlj4 e i dont on n’a que trop abusé pour amener des nations égarées au plus affreux despotisme. Avant même le traité de Campo-
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Formio , un partisan de Buonapar^e avait dit tout haut dans un des premiers cafés de Paris, que ce général scytl poqvai,t sauver la ^France ; que seul il méritait la couronne , à laquelle il avait tant de motifs d’aspirer, et il ajouta tout bas ce
que nous entendîmes nous-mêmes , que ce conquérant de l’Italie ne larderait pas à substituer au bonnet rouge le diadème de Charlemagne : on rit de sa, prédiction -, les deux mondes ont appris comment l’avenir l’a justifiée.
Il n’était point difficile de prévoir la fortune et le but secret de Buonaparte , du moment qu’il eut dicté des lois à l’Autriche et au directoire de France ; tout concourait au succès de son ambition, l’armée, le peuple, et le gouvernement lui-même, qui parut cimenter son autorité par la journée du 18 fructidor, et ne fit qu’accroître la puissance et l’espoir du nouveau Cromwell. On ignore, et, seuls;peut-être, nous savons que son aide-de-camp Lavalette vint à cette époque à Paris, chargé de la mission secrète d’épier tous les mouvemens de la lutte entre le directoire et le corps législatif; que, si ce dernier eût triomphé, Buonaparte eut volé , suivant ses expressions , comme un éclair, et eût avancé
de quelques années le 1 8 brumaire , c’està-dire le moment où , sous le faux nom de consulat, il usurpa l’autorité souveraine en France. Nous devons cependant cette justice à Lavalette, qu’il improuva hautement l’issue de cette journée ; qu’il plaignit Picliegru et quelques autres victimes de cette journée : sensibilité louable qui s’accordait parfaitement avec l’attachementà la famille des Bourbons , dont il nous avait donné tant de preuves dans les premières années de la révolution.
Que ne peut l’ambition ? son cœur échangea par la suite pour un tyran le meilleur des Rois !
Il n’en était pas ainsi de Murat ; l’homme qui avait demandé le nom de Marat ne pouvait être que l’ennemi de tout pouvoir légitime: il l’a prouvé pendant toute sa carrière politique, et sur- tout aux deux époques où il fut chassé du service et par les amis du Roi et par les révolutionnaires , pour ses principes ultra- démagogiques. Arrêtons! il n’est plus; à
ses derniers momens, il a reconnu ses crimes; il s’esi jeté dans les bras duDieu qui ne punit qu’une fois et se montre toujours précédé du pardon; Joachim, indigne de vivre , a paru du moins digne de mourir, bien différent du plus coupable de ces aventuriers qui vit encore.
Il vit ! il dort tranquille ! il joue ! Il joue! quand ses serviteurs malheureusement trop fidèles, quand ses meilleurs amis tombent sous le glaive de la loi, ou vont errans sur la terre et les mers qui les repoussent ! Il joue! quand la France, l’Italie, l’Allemagne, la Hollande, l’Espague, la Russie lui redemandent des milliers de victimes sacrifiées à son ambition ! Il joue! quand des mères encore tremblantes pour leurs fils, et cachant leurs berceaux, supplient l’Etemel de faire enfin cesser leurs craintes en purgeant la terre de cet antropophage !
L’Eternel serait -il embarrassé ‘dans le choix du supplice pour un si grand coupable ?
Nous finirons cet ouvage par un rapprochement qui n'échappera point sans doute à l’historien de notre révolution , c’est que Cahors donna jadis la naissance i\ un prêtre obscur * qui , par ses talens + sut parvenir à la papauté et se. concilier la plus grande influence sur les affairés de l’Europe; c’était pourtanten ces temps, que nous osons surnommer gothiques, pour ne pas dire grossiers , et dans un siècle appelé celui des lumières , que cette même ville ou ses environs ont produit quatre généraux plus ou moins fameux, Murat, Bessières, les deux Ramel, qui tous, élevés aussi du sein d’une fortune médiocre , ont péri misérablement", si l’on excepte le maréchal Bessières; 'mort sur un champ de bataille, dont le nom est à: peine connu. Tant il est vrai qu’on ne sert jamais impunément , sous les drapeaux d’un usurpateur, une éâuse désavouée dn ciel et de la tetré t