‹ Vie publique et privée de Joachim Murat, composée d'après des matériaux authentiques, la plupart inconnus, et contenant des particularités inédites sur ses premières années. Par M****Chapitre 5 sur 6 · JOACHIM-NAPOLÉON · texte numérisé non relu

JOACHIM-NAPOLÉON

Et par le Roi ,• Le chef de V état-major.

Millet de Villeneuve.

Qui pourrait lire cette proclamation , sans reconnaître le comble du délire le plus impolitique ? Quoi ! c’est Murat , qui , pour remplir de grandes destinées, annonce la liberté , l’indépendance des Italiens, Murat enté , pour ainsi dire, sur un trône par les mains du despotisme le plus absolu ! L’insensé ! pouvait-il espérer qu’après vingt-cinq ans de révolutions , il soulèverait , il bouleverserait un pays tout fumant, du sang de leurs victimes ! Et pour qui ? pour un étranger, pour un aventurier mis à sa tête par un autre aventurier! Et dans quel temps? lorsque ni l’un ni l’autre

n’avaient ni troupes , ni finances , ni existence politique ! Lorsque l’un d’eux, repoussé par la terre et par les mers , était prisonnier dans une île inaccessible à quiconque voudrait essayer de rompre . ses chaînes , et l’autre n’avait qu’un nom proscrit, qu’un coup de canon pouvait ôter delà liste des rois et des vivans !

Sous ces rapports , celte proclamation tenait évidemment Üù déliie.

Elle était également marquée du sceau de l’espoir le plus impolitique.

Murat comptait sur la "bienveillance dù cabinet deSaint-James, et‘Ferdinand‘IV ■vivait encore; et ses crifans et ce prince, "liés par J des nœuds si puissans aux cou- Tonnes de France et de Sicile / vivaient encore'! Il comptait sur- la levée en masse des peuples d’Italie , de ces peuples 1 divisés- d’intérêts , id’bpinions èt par Cantiques ressentimens ineffaçables !‘Uu rappel ; h' tous' 'lés peuples d^Italîe pour ■marcher sous 1 la bannière defMur.it, qdï ne- craint pas d’emprunter celle du sou-

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verain Pontife , comme si le soldat-général qui voulait s'alTubler en Egypte du turban de Mabo^el ; qui venait de forcer le chef dç l'église romaine de quitter à son approche Je capitale d,e la chrétienté, pouvait inspirer la moindre confiance , ep profanant (laps ses plains teintes dp s?ng l’étendard du dieu de paix.

, Cette proclapiaiiou fut bien loin d’obtenir fe spccqs que Joachim en avait espéré. Les peuples ne s’arment .d’euxmêmes que. pour leurs -chefs légitimes, ou pourrir intérêt personnel. Lqs; ver* tus pacifiques de Ferdinand avaient laissé des traces trop profondes dans le cœur des Napolitains , pour qu’ils pussent lui préférer un ayenturler étranger, uniquement connu par son goût pour la guerre, ^uratpe \ it accomir ,sqqs ses drapeaux que cette fqpje de gens .sans aveu , qui n’oqt de patrie que dans des pays qif’ils déyaslen,t, qt de fortune que dans Ja bqurse de ceux qu’ils assassinent.

, C’est avec ce ramas (le corsaires de

terre, joints à ses troupes de ligne , que Murat continua son expédition. I{ avançait si rapidement, qu’il arriva le 3r mars à Forli, et de suite porta son quartier-général à Faeuza , et peu de jours après , il fit une entrée triomphante à Bologne. Au mot de liberté , les habitans de cette ville avaient tressailli d’enthousiasme ; les partisans de Joachim lui prodiguèrent les titres les plus flatteurs , le surnommèrent Joachim l’italique , le libérateur de l’Italie. Les poètes , toujours prêts à grossir les plus petits objets^ pour s’élever avec eux , ajoutèrent à ces surnoms, celui d e protecteur des lettres et des arts.

Ce n’était point des odes qu’il fallait alors à Murat ; c’était des hommes. A Bologne , presque tout le monde approuvait son entreprise -, personne ne se présentait pour la seconder, à l’exception de plusieurs étudians de l’Université , dont il fut très-aisé d’exalter la tête encore imbue des principes démagogiques

répandus dans les auteurs classiques.

Qu’il nous soit permis de placer ici une observation déjà consignée dans l’ouvrage intitulé : Selcctœ nostrat.es historiée , que nous avons publié l’année dernière. Rien de plus nuisible aux intérêts de la monarchi^, <Jue plusieurs passages des auteurs classiques qu’on fait ctudier à la jeunesse. Est -ce en citant avec emphase et prédilection les exemples des deux Brutus , des Scévola , des Caton d’Ctique, qu’on fera des amis, de vrais soutiens de la royauté ? Camilledes-Moulins convint, quelques momens avant son supplice, qu’il ne devait l’exaltation de ses idées qu’au républicanisme des auteurs classiques -, tant il serait important d’élaguer, par des extraits , de ces chefs-d’cpuvre de l’antiquité , tout ce qui peut nuire à la morale et à la politique des temps modernes !

L’université de Bologne avait aussi ses Camille-des-Moulins , dont la plupart ont dû périr dans cette lutte, mais d’une

manière plus obscure. Ces Jeunes gens éureht béait doriher l’exemple du dénouement ; il rie fut point suivi , puisqu ’aucùri des hâbitans dé Bologne ne voülàit faire partie de l’armement général , que chdctin d’eui conseillait hautement. Pour dédommager Murat de cètte prétendue défection , ils engagèrent les lnibitaris des autres villes d’Italie â s’ârrtier tous en sa faveür.

Brescia et Padoue se déclarèrent pour la prétendue indépendante. 11 n’èn fut pas de même de Florence. À l’approché des colonnes napolitaines qui marchaient vers cette ville , le grand duc ia quitta , et le comte Nugént, qui y commandait»

se retira siir Plstoia. Ces troupes entrèrent le 7 avril à Florence j ayant à leüt tête les généiahi Sivéron ét Pignatelli.

Le peuple les reçût avec une extrême froideur, polit ne pas dire avec une espèce d’aversiori. La Toscane rejeta les présens du libérateur dé l’Italie.

Jusqu’à ce moment , Joachim n’avait

troiïvé presque aucun- obstacle sur son passage. Le 4 avril seulement , il rencontre le général Bianchi, qui , n’ayant encore que peu de forces, était cependant parvenu à réunir un petit corps d’armée sur les bords duTanaro. Il l’attaque en personne , le défait dans un combat aussi long que sanglant, et entre à Modcne. Cette victoire, due en partie à la supériorité du nombre des troupes, lui coûta cher : il y perdit beaucoup de Napolitains, enlr’auiresson premier aidede-camp,le général Filangieri (i ) , jeune homme d’un grand mérite, notre ancien élève, non à une école militaire, comme on l’a dit dans une brochure sur la vie de Joachim, mais au Pry tance français, aujourd’hui, comme anciennement, collège de Louis-le-Grand , où il laissa d’honorables souvenirs qui ne s’eflaceront ja-

(l) C’c'tail le fils aîné' de Filangieri , si connu par ses ouvrages sur la science de la législation et sur le commerce des grains.

niais de la mémoire de ceux qui l’ont connu , heureux s’il n’eût point embrassé une si mauvaise cause , le seul reproche peut-être qu’on aurait à lui faire !

Modène étant au pouvoir de Joachim, Reggio lui ouvrit ses portes. On ne doutait ni en Italie , ni sur-tout en France, où les papiers publics exagéraient ses succès , qu’il ne marchât sur Milan. Le comte de Bellegarde lui - même , qui commandait pour les Autrichiens dans cette ville , s’empressa de la mettre en état de siège ; en jhême temps il publia la proclamation suivante:

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