LE BECHE - LE BOCHE
On lit dans l'Inventaire de la comptabilité de la ville, 1380-88 : « Item, à Michel Borno, pescheur, pour n carpes et 11 beches que maistre Jean de Bourdes donna à Monsieur le chancelier... » 1403 : « A Jean Carteron, poissonnier de Mâcon, vint et deux livres et dix soûls tourn. pour neuf beches et une carpe achetez et pris de lui. » Le 31 janvier suivant, don au duc d’Orléans de : « 22 carpes, 6 anguilles et 15 beches . » 1478 : « Paiement fait pour une carpe et un boche et deux peins de bores et deux symezes de vin doux donnés par le commandement de messeigneurs les conseilliers à frere Jehan Borjois qui doit fere le sermon du pon du Rone. »
Il n’est pas douteux que le bcche ne soit le brochet. On trouve en vieux français bequin , bequet, bechet , et en wallon bechet, même sens. Ces mots, comme le nôtre, viennent du vieux haut allem. beche, brochet.
Je crois que le nom de boche a été donné par confusion avec beche. On trouve bien, en latin du Moyen Age, boca qui, d’après Du Cange, signifiait un poisson de mer du genre anchois; et en Provence existe le bogue ( sparus boops de Linné), qui vient du lat. bocas , grec nommé dans Pline. Le bogue est un poisson délicat, mais de petite dimension (om30 cent, environ). Il ne semble pas que le cadeau en eût valu la peine, et le voisinage de la carpe paraît indiquer un poisson de même provenance que celle-ci. Enfin une raison est dominante : le bogue n’étant pas un poisson « autochtone », le nom provençal eût été simplement reproduit. J’incline donc à croire qu’il y a inadvertance du scribe ou confusion de sa part, et qu’il faut lire beche.
Il ne faudrait pas conclure de ce qu’on vient de lire, que vers cette époque le poisson de mer fut complètement inconnu à Lyon. Dès avant 1507, un nommé Rollet Auber, du Mans, allait chercher delà marée fraîche delà Méditerranée, et en 1507, le Consulat lui octroya une avance de 27 livres tournois pour lui faciliter son commerce, à condition que l’approvisionnement aurait lieu chaque semaine. Le Consulat considéra que « quant ladite marée fresche se trouvera toutes les sepmaines en ceste dite ville, ce sera honneur de ceste dite ville... » On faisait aussi remarquer que plusieurs grands princes et seigneurs passaient et séjournaient souvent à Lyon; il fallait leur procurer chère lie. Enfin, on faisait encore valoir la considération économique que les arrivages de marée tendraient à faire baisser le prix du poisson du pays.
C’est égal, à une époque où l’on mettait huit jours pour venir de Marseille à Lyon, et où l’on ne connaissait pas l’emploi de la glace, on frémit à la pensée de l’état dans lequel devait arriver la marée de Rollet Auber ! ! !