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Vieilles choses et vieux mots lyonnais

Dans le tarif des mêmes droits, du 4 décembre 1358, mentionné par M. E. Philipon dans sa très savante étude sur la Phonétique lyonnaise au XIVe siècle (2), on lit, art. 20 :

« Item ambessi de furnilli de Ve fes lambessi, paiera a l’entra j gros. »

On lit encore aux Arch. municip. BB, 376, f° 23, V° :

1381. « Reçu de Michel le pannetier pour une ambaisse de furnillie, que fut taillée au brotel devant Ruanne pour mettre en la peyssière du portail viel... »

(1) Cartulaire municipal, publié par M. M.-C. Guigue, p. 420.

(2) Romania, T. XIII, page 574.

CC, 376 (cote 3) : 1380. « Payé pour 426 fais qui ont été employés à l’œuvre de la Torrete pour la défense du Ron (Rhône) achetés de Floret au prix de 6 gros Yambaise, 3 1. 2 g... id. pour 10 hommes qui cuchiront la surmillie (1) en l’aigue, puis les paux... pour 5 hommes qui lancèrent l’araine sur la surmillie... pour une sapine de charneus mise dessus la furmillie... 18 sapines du dit cbarneuo que furent mises sur la dite furnillie au prix de 6 gros par sapine. » (2)

Nous voyons par le texte précédent comment nos pères lyonnais s y prenaient pour construire ces digues, barrages, etc., dont il est si souvent question dans nos annales sous le nom de plaissières, peyssières. On plantait d’abord des paux (pals, pieux), puis on y entremêlait la furnillie ou les fournilles (bois propre à chauffer le four), c’est-à-dire des fascines (Jais ) retenues entre elles par des liens d’osier. Là-dessus on couchait ( cuchiront ) de la terre ( araine ) pour former chaussée. Puis on y enfonçait des pieux minces ou des échalas (1 charneus ), soit pour clôture, soit pour achever de lier le tout. La sapine est une sorte de bateau encore en usage.

Enfin, dans le procès-verbal du mardi VIe de février (3) 1419 :

« Ils ont concluz que ce Nisies Greysieu vuelt bailler 5 f. de Yambesse de laleigne (4) du brotel (5) de la ville, que Audry Nantuas les lui baille et délivre. »

Vambaissi était donc une mesure pour les fagots. Il paraît y avoir eu plusieurs sortes d’ambaisses, puisque l’on désignait de laquelle il

(1) Surmillie doit être h furnillie, fournille.

(2) Textes communiqués par M. Vermorel.

(3) Registres consulaires, publiés par M. M.-C. Guigue, p. 225.

(4) Bois : lignum.

(5) Brotel, brotteaux, lieux fréquemment inondés et où poussent les saules, 0siers, etc. De brustellum, dér. de brustum.

s’agissait. La plus commune semble avoir été celle de 500 fascines (écrit Ve). L’orthographe primitive était certainement ambaissi, transformé en ambesse par synonymie de son entre ê et ai, et par l’influence d’oïl qui a substitué la finale en e muet à la finale i. M. Gras fait mention d’un acte forézien de la fin du xm0 siècle, où l’on retrouve la finale i :

« Une ambaissi de furnillie, de 500 faix Y ambaissi. »

Je n’ai rencontré le mot, en ce sens dans aucun autre dialecte.

A quelle époque ce mode de mesurer a-t-il cessé d’être en usage ? Il y a certainement plusieurs siècles.

Ambaissi paraît venir du bas latin ambacsia, commission, charge. De là, ambaissi, charge d’une ou plusieurs voitures, par une dérivation de sens inverse à celle qui de charge, onus (de carricarè), a fait charge, vecligal, impôt, redevance.

Ambaxia donne régulièrement ambaissi en dialecte lyonnais par a-\- c — ai : (cp. fada =faita, faite ; acinum =jaisne, marc de raisin ; fagina — faina, fouine), et par changement de ia post-tonique en i (cp. ecclesia— glyisi, feria—jeiri, gracia — graci, dans Marguerite d’Oyngt).

LE BOCHET I. On lit aux Arch. mun., CC, 295 :

1346. « Item, au dit mur, embouches (1) pour porter les machicos, 54 bochez, compte 8 hochez pour 1 franc, monte 6 f. 4 g... » CC, 295, f° 4 : 1346 « 6 bochez de pierre pour porter machicos de la ire chiffe à la 2e chiffe... »

Id. id. « En la tour viel, il y a au second etaige une barbequane en laquelle a six bochez de pierre qui la portent... » (2).

(1) le crois qu’il faut lire embouché, participe. 12) Textes communiqués par M. Vermorel.

Ces textes montrent que le bcchet était une pierre formant corbeau, dans toute l’épaisseur du mur, pour porter en bascule soit des mâchicoulis, soit une barbacane, c’est-à-dire un ouvrage en encorbellement, percé d’archères.

De bosca, qui a donné le fr. busche, bûche, avec suffi dim. et. Primitivement les hourds des fortifications étaient en bois, et par conséquent les corbeaux étaient des pièces de bois en prise dans les murs et placées horizontalement. La technologie a conservé dans ce sens le mot blochet, morceau de bois employé dans la charpente et généralement encastré dans la maçonnerie. La corniche sur blochets est une corniche de bois supportée en bascule comme les anciens mâchicoulis, sur des blochets traversant le mur.

Littré tire blochet de bloc, mais il est probable que l’ancienne forme est bochet, dans laquelle l a été introduite sous l’influence du mot bloc.

IL On lit aux Arch. mun. CC, 446 : 1474. « A Lionnet, le maréchal, pour 18 cloz testus pour le pont-levis de la lanterne et 4 pales de fer appelez bochetz, et un fesseur à pionner et besoigner ès dits fossés. Pour le tout, 2 L, 5 s., 6 d. (1). »

Il est difficile de se rendre exactement compte de la manière dont étaient placés ces pals (pieux), mais il est à croire qu’ils rendaient le même service que les bochets en bois, c’est-à-dire qu’ils supportaient un encorbellement.

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