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L'histoire de Paris est assez connue, elle a été écrite assez savamment et minutieusement par des écrivains de talent, pour que nous nous abstenions d'en rien dire ici. Nous nous bornerons donc à décrire Noire-Dame, église métropolitaine de cette illustre et splendide capitale, dont elle est, au point de vue architectural, la plus ancienne gloire et l'un des plus beaux ornements. Sans doute les monuments religieux sont en grand nombre à Paris, mais au premier rang doit être placée Notre-Dame.
L'origine de ce précieux monument, d'architecture ogivale, est enveloppée d'obscurité. On sait qu'au temps de l'occupation romaine, dès le règne de Tibère, des autels dédiés aux divinisés païennes île la Gaule et de J^ome s'élevaient à la pointe orientale de l'île de la Cité, mais il est impossible de déterminer le moment précis où, sur leurs débris, fut érigée une église chrétienne. Cependant quelques auteurs attribuent à saint Denis, que l'Eglise de Paris reconnaît pour son premier pasteur, la fondation du premier sanctuaire chrétien, quoiqu'il n'en reste d'ailleurs aucune preuve authenticiue. Ne seraiton donc pas plus près de la vérité en entendant ici par église une assemblée chrétienne qui se rendait secrètement, avec son premier pasteur, dans des lieux retirés pour y célébrer les saints mystères, et non une église dans le sens matériel du mot? Dans les premiers temps du christianisme, on désignait en effet sous le nom d'Église les assemblées des fidèles.
Des documents beaucoup plus certains établissent que, vers 375, dans la Cité, sur le bord de la Seine, à la pointe orientale de l'ile, sous l'épiscopat
de saint Marcel, s'élevait une église, et que, placée sous le vocable de saint Etienne, premier martyr, cette église fut la première église de Paris.
Quoi qu'il en soit, il paraît hors de doute que, vers la fin du sixième siècle, cette cathédrale se composait de deux édifices très voisins l'un de l'autre, mais très distincts cependant : l'un, Saint-Étienne, situé vers la ^artie méridionale de l'église actuelle et le plus important; l'autre, placé sous l'invocation de sainte Marie, un peu plus à l'orient et vers le nord. En 555, sur le conseil de saint Germain, évêque de Paris, Childebert P', l'un des fils de Glovis, fit reconstruire sur de plus vastes proportions cette église, qui dé€ormais fut incontestablement reconnue pour la cathédrale. Toutefois un acte de 1331, conservé dans les archives de l'Église de Paris, démontre que l'église consacrée sous le vocable de Saint-Étienne était la plus ancienne et le premier siège de Uévêque. Sans doute, avant cette époque, la dévotion à la sainte Vierge avait été recommandée aux fidèles et même pratiquée par les premiers chrétiens; mais des temples ne furent érigés sous son invocation que depuis le concile général tenu à Éphèse en 431, lequel défendit avec autant de force que de succès la glorieuse qualité de mère de Dieu que Nestorius avait osé disputer à Marie.
Childebert P' commença donc le nouvel édifice sur les ruines de l'ancien, bâti par les premiers chrétiens à la pointe orientale de l'île, ou plutôt sur celles d'un temple dédié à Jupiter, dont les débris furent employés dans les fondements de la nouvelle cathédrale. En effet, en 554, ce prince avait pubKé un édit par lequel il ordonnait la destructio;i des idoles et des temples érigés aux dieux des Romains. Ce nouvel édifice devait être déjà très remarquable, puisque Fortunat, évêque de Poitiers et poète contemporain, décrit la magnificence de ce temple, qu'il compare à celui de Salomon pour la délicatesse de l'art et la richesse des ornements. Pour soutenir, dit-il, et embellir cet édifice, on employa des colonnes de marbre dont te nombre, qu'il fixe à trente, fait juger de l'étendue de l'édifice. Il constate aussi que les vitres répandaient au dedans une grande clarté et produisaient un effet admirable sur les murs et sous les voûtes au lever de l'aurore ; or, comme cet effet ne peut s'entendre que du verre de couleur, il en faut conclure que déjà l'usage en était introduit dans nos temples.
Saint Germain transféra de Saint-Étienne dans Notre-Dame le service divin. Pour lui donner plus d'éclat, Childebert dota d'amples revenus cette église, qui devint dès lors la cathédrale de Paris. « Mais, dit l'abbé Lebeuf, il no paraît pas que cette église ait subsisté au delà de trois siècles, car en 857
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NOTRi:-DAME DE PARIS
les Normands y mirent le feu et n'éparg-nèrent que celle de Saint- Etienne*. » En 907, Anschéric, cinquantième évêque de Paris, obtint de Charles le Simple le revenu de l'abbaye de Rebais pour la réparation de l'église cathédrale, ruinée de fond en comble. Louis VI, dit le Gros, par une charte de 1123, accorda à Dernier, doyen de l'église de Paris, une somme annuelle de dix livres pour être employée à couvrir l'église de Notre-Dame, à condition que les poutres, les bois et autres matériaux seraient fournis par l'évoque; et c'est bien de l'église bâtie par Childebert en 55o, ruinée par les Normands en 8î)7 et rétablie par Anschéric, évêque de Paris en 907, qu'il s'agit, et non pas d'une autre, comme l'a prétendu l'avocat Charpentier^
Il est dit aussi dans VEloge de Suger, que ce célèbre abbé de Saint-Denis, mort en 1152, avait fait présent à l'église de Notre-Dame d'un vitrage d'une grande beauté. On appelait, il est vrai, vers 1110, cette basilique Nova Ecclesia, mais c'était pour la distinguer de celle de Saint-Étienne, que l'on avait surnommé le Vieux.
Depuis que les rois de France avaient fait de Paris le siège de la monarchie, la population s'en était considérablement accrue ; aussi Maurice de Sully, qui occupait alors le siège épiscopal de cette ville, entreprit-il de faire rebâtir siir un nouveau plan et dans de plus vastes proportions l'église de Notre-Dame, devenue trop petite. Ce préla,t, d'abord pauvre écolier, ré de parents obscurs, à Sully, dans l'Orléanais, s'était progressivement élevé à cette dignité par sa science et sa vertu. 11 voulut doter sa ville épiscopale d'un monument qui surpassât celui de Childebert, qu'il s'agissait de remplacer, et, secondé par la générosité des fidèles, il fit commencer en 1161 les travaux de ce beau temple. Des historiens rapportent que le pape Alexandre IIÏ, en ce temps-là réfugié en France, en posa la première pierre.
Fausse est donc l'opinion qui attribue à Robert le Pieux, fils de Hugues- Capet, le commencement de cet édifice, continué par ses successeurs jusqu'à Philippe-Auguste, sous le règne duquel Maurice de Sully aurait eu la gloire de l'achever.
Outre que l'architecture de cette église n'oUre rien qui puisse la faire rapporter aux siècles antérieurs à cet évêque, plusieurs témoignages prouvent formellement que ce fut Maurice de Sully qui la fit commencer. Eu tout cas, il est incontestable qu'il l'avança beaucoup; il m.ourut le 11 septembre 1190, laissant cent livres pour la continuer. Son successeur, Eudes de Sully, parent
1. L'abbé Lebeuf, Histoire du diocèse de Paris, t^nie l•'^ p. ^.
2. Description historique et chronologi(jue de L'ejUse métropoUtaiue de Paris.
de Pbilippe-Augusle, roi de Franco, et de Henri II, roi d'Angleterre, fit pousser activement les travaux jusqu'à sa mort, arrivée en 1208. On l'inhuma au milieu du chœur, et sur sa tombe, en cuivre, fut représentée son effigie. Pierre de Nemours et les évêques ses successeurs achevèrent, depuis, ce grand t bel édifice, auquel pendant plus d'un siècle , sous la direction gratuite d'ouvriers habiles qu'à notre époque on appellerait artistes, de nombreux travailleurs organisés donnèrent leur temps et leurs soins. On leur donnait le nqm de frœics-maçons à cause des exemptions et privilèges dont ils jouissaient. Ainsi s'éleva la vaste église qui toujours a été l'amour et l'ofgueil des Parisiens.
La nef, bâtie vers le commencement du treizième siècle, est postérieure à la construction du chœur, et l'on croit que la façade principale fut achevée sous Philippe-Auguste, c'est-à-dire, au plus tard, en 1223, ce que prouvent d'ailleurs l'architecture et la sculpture ainsi que l'effigie de ce roi, la dernière des vingt-huit que Ton voyait, avant 1793, dans la galerie dite des Rois, et qui, rétablies depuis, la décorent encore aujourd'hui.
Pour dégager ce beau monument, on abattit, en 1218, la vieille église de Saint-Étienne, et ce fut le 12 février 1257, sous le règne de Louis IX, que Régnault de Corbeil, évêque de Paris, fit commencer le portail méridional. Cinquante aiis après, vers 1312, Philippe le Bel employa à la construction du portail septentrional une partie du produit de la confiscation des biens des Temphers, dont il venait de supprimer l'ordre. Les bas côtés de l'église ne furent construits qu'à la fin du treizième siècle ; quant aux chapelles qui entourent le chœur, elles datent pour la plupart du quatorzième.
La porte Rouge, ainsi appelée de la couleur dont originairement elle était, et dont encore aujourd'hui elle est peinte, d'une construction fort élégante et située du côté du cloître, fut bâtie, suivant le docteur Grancolas, par Jean sans Peur, duc de Bourgogne, entre 1414 et 1419. Elle est surmontée d'un pignon à jour accompagné de deux obélisques délicieusement travaillés. Du rapprochement de ces différentes époques de la construction de Notre-Dame résulte, à n'en pouvoir douter, que cette basilique, revêtue de ses ornements, a été l'ouvrage de plus de deux cents ans de persévérance et de soins. Il restait même encore, paraît-il, quelques parties de l'édifice à terminer sous le règne agité de Charles YII, car ce prince, en 1447, donna, pour le bâtiment de l'église, le revenu de la régale durant la vacance du siège épiscopal de Denys du Moulin.
C'est sur le parvis' de Notre-Dame que, le 11 mars 1314, les cardinaux
1. Mot sans doute dérivé du latin paradisus, paradis, parce qu'il désignait jadis l'aiVc ou place qui
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Etienne et Bérenger, commissaires députés par le pape Clément V pour instruire le procès des chevaliers du Temple, firent dresser un échafaud. « Jacques de Molay, grand maître de Tordre; Guy, commandeur de Normandie, frère du dauphin d'Auvergne; Hugues de Péralde, grand visiteur de France, et un quatrième chevalier dont on ignore le nom, y montèrent pour entendre lire la sentence qui commuait leur peine en une prison perpétuelle. Mais un des commissaires, pour ne laisser aucun doute aux spectateurs sur la légitimité de la condamnation, ayant sommé le grand maître de renouveler publiquement la confession qu'il avait faite à Poitiers, cet infortuné vieillard, chargé de chaînes, s'avance alors sur le bord de l'échafaud, prend Dieu à témoin des calomnies imputées à son ordre, proteste de son innocence, se rétracte publiquement de tout ce qu'il a dit, à la sollicitation du pape et du roi, pour suspendre les horribles tortures qu'on lui faisait souffrir, et se résigne à endurer tous les tourments qu'on lui apprête pour expier l'offense faite à ses frères, à la vérité et à la religion. Guy, commandeur de Normandie, se rétracte également, et le légat, déconcerté de cette double rétractation faite avec fermeté, fait reconduire en prison le grand maître et le commandeur. Le soir même, ils furent tous deux brûlés vifs à la pointe de l'île de la Cité, où est aujourd'hui la statue de Henri IV. Leur fermeté ne se démentit pas; et pendant ce supplice cruel, ils invoquaient Jésus-Christ, en le priant de soutenir leur courage'. »
Le peuple, consterné et fondant en larmes, se jeta sur leurs cendres et les emporta comme de précieuses reliques.
L'évêque de Paris avait dans le parvis une échelle patibulaire, marque distinctive de la haute justice qu'il exerçait dans le ressort de sa juridiction. Le chapitre en avait une aussi, mais elle était placée au port Saint-Landry et fut détruite en 1410. Celle de l'évoque ne fut supprimée qu'au commencement du dix-septième siècle. Elle était surmontée d'un plateau carré, sur lequel le patient était agenouillé. Il portait sur le dos un écriteau désignant son délit*. A ces échelles patibulaires on substitua,, en 1767, un carcan iixé à un poteau triangulaire aux armes du chapitre, et placé vis-à-vis l'un des contreforts de la tour septentrionale ; c'était de ce poteau, détruit en 17^0, que partaien les distances itinéraires des routes de France par mille toises.
était (levant les basiliques. On considérait ces places comme le symbole du paradis terresirt, par lequel il faut passer pour arriver au paradis céleste, figuré par l'église. De paradisus on a fait paravisus eiparvisus, par coutruction, d'où parvis.
1. A.-P.-M. Gilbert, Description historique de la basilique mélropolitaim de Paris,