A PARIS
Nous avons décrit Saint-Séverin, l'une des églises les plus curieuses de Paris, si riche en édifices religieux et en beaux monuments, et Saint-Élienne du Mont.
Parlons maintenant de la sainte Chapelle, véritable merveille archileclurale et la plus célèbre des fondations religieuses dues à Louis IX, que la France compte à juste titre au nombre de ses plus grands rois, et qui mérita par sa haute piété l'honneur d'être appelé saint Louis. La sainte Chapelle est un de ces monuments qui ajoutent à la splendeur des villes et caractérisent une époque. Mais avant d'entrer dans plus de détails sur ce bel édifice, disons à quelle occasion il fut construit.
Depuis plusieurs années l'empire latin de Constantinople était menacé par les Grecs, lorsque, vers 1238, Louis IX apprit que l'empereur Baudouin II, ayant besoin d'argent, s'était vu forcé d'engager aux Vénitiens, pour une somme importante, la sainte couronne d'épines que les Juifs avaient ironiquement enfoncée sur la tête du Christ. Le pieux monarque saisit avec empressement cette occasion d'acquérir la précieuse relique et de secourir Baudouin de troupes et d'argent. Il dégagea donc des mains des Vénitiens ce trésor sacré, que les Frères Prêcheurs furent chargés de lui apporter. Louis IX, suivi de toute sa cour et du clergé, alla au-devant d'eux jusqu'à cinq lieues au delà de Sens. A la vue de cette couronne qui avait louché la tête sacrée de Notre-Seigneur Jésus-Christ, il se mit à genoux et fondit en larmes; puis, à l'entrée de Sens il prit la châsse où elle était renfermée et la porta avec un de ses frères, marchant pieds nus, au milieu d'un peuple innombrable, jusqu'à l'église Saint-Etienne, cathédrale de la ville.
Deux ans après (1240), Baudouin II, de nouveau pressé d'argent, lit oITrir à saint Louis pour une forte somme d'autres reliques non moins précieuses :
une porlion considérable de la vraie croix, apportée sans doute autrefois par l'impératrice Hélène à Constantinople; le fer de lance qui ouvrit le côté de Jésus crucifié; un morceau de l'éponge qu'on lui présenta imbibée de vinaigre, lorsque, sur la croix, il s'écria : J'ai soif; l'un des clous qui avaient percé ses pieds sacrés; le roseau dont on lui fit un sceptre dérisoire; le manteau de pourpre dont on couvrit ses épaules; quelques gouttes coagulées de son sang précieux; une partie du suaire dans lequel il fut enseveli, et aussi les chefs de saint Biaise, de saint Clément et de saint Simon.
Le pieux roi, désireux d'ajouter ces saintes reliques, qu'il avait en profonde vénération, à la sainte couronne d'épines, s'empressa d'en faire l'acquisition, et, dès qu'il les eut en sa possession, les porta, le vendredi saint, en grande pompe, de Vincennes à Paris \
Arrivé au faubourg Saint-Antoine, près de l'église de ce nom, saint Louis monta sur un échafaud qu'on y avait construit. A ses côtés se placèrent sa mère, sa femme, ses frères et les principaux seigneurs et barons. Alors il éleva la croix vers le ciel, et à cette exclamation poussée par les évêques : « Voilà la croix du Seigneur! » on se mit en adoration. Ensuite le roi, qu'un jeune de trois jours avait purifié, porta la croix jusqu'à Notre-Dame II était nu-pieds, vêtu de laine, sans ceinture, la tête découverte. Plusieurs hommes de la noblesse lui soutenaient les bras pour qu'il ne tombât pas de fatigue. Sa mère, sa femme, ses frères, le suivaient à pied, portant la sainte couronne d'épines. Les cloches sonnaient, les prêtres chantaient des psaumes; le cortège s'en alla ainsi processionnellement au palais de la cité, et les saintes reliques furent déposées à Saint-Nicolas.
Or, à cette époque, dans l'enceinte du palais de la cité, bâti sous les Romains, puis agrandi ou restauré à diverses époques, et enfin à peu près entièrement reconstruit sous le roi Robert, existaient primitivement trois églises : celle que nous venons de nommer, et qui aurait été fondée par Louis le Gros, Saint-Barlhélemy et Saint-Michel.
Mais bientôt, comme Saint-Nicolas, d'une construction fort simple, ne paraissait pas au pieux monarque un édifice digne d'aussi précieuses richesses, il en fit bâtir un autre en leur honneur, dans son palais, par Pierre de Montereau ou Pierre de MontreuiP, le meilleur architecte du temps, à qui l'on
1. Est-ce à Sens, est-ce à Viacennes que Louis IX reçut ces saintes reliques? Les historiens ne sont pas d'accord sur ce point. Selon M. Arthur hhoné, c'est dans l'enceinte de la chapelle Saint- Germain en Lave, qu'en 1238, Baudouin II, empereur de Constantinople, céda solennellement à «aint Louis les reliques pour lesquelles on éleva la sainte Chapelle.