Violct-le-Duc, Dictionnaire d'architecture
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devait aussi la chapelle de Vincennes, le réfectoire de Saint-Martin, la salle capitulaire et la chapelle de Notre-Dame, à Saint-Gormain des Prés.
Cet édifice religieux, considéré comme la merveille de l'art gothique au quatorzième siècle, est le seul monument du grand architecte Pierre de Montereau qui soit resté à peu près intact. Il employa à le constniire trois ans environ (1342-1345), et dépensa quarante mille livres tournois (790,000 francs), et même, au dire du chanoine Jérôme Morand, plus de huit cent mille francs. Les reliques et les châsses avaient coûté cent mille livres tournois ou un million neuf cent soixante-quinze mille francs environ; donc, somme totale pour châsses et chapelle, deux millions six cent soixante-quinze mille francs, somme considérable pour le temps.
Ce vaisseau merveilleux, que la piété des peuples a surnommé la sainte Chapelle, se compose de deux chapelles superposées et d*une sacristie qui se trouvait accolée à la façade du nord ; dans l'étage supérieur de cette sacristie était le Trésor des chartes. La chapelle haute n'avait de communication avec le palais que par une large galerie; elle servait uniquement de chapei... royale. La chapelle basse était consacrée aux domestiques du palais. En 1783, les constructions faites en remplacement des bâtiments détruits par l'incendie de 1776, occasionnèrent la démolition de cette sacristie, où se trouvait réuni tout ce que saint Louis avai fait copier de livres pieux.
Le trésor de la sainte Chapelle contenait, renfermées dans des châsses ornées d'argent, d'or et de pierreries, les saintes reliques. Le clergé de la sainte Chapelle se composa de cinq chapelains et de deux marguilliers, diacres ou sous-diacres. Le roi leur assigna des revenus considérables, qu'il augmenta plusieurs fois. Le premier ecclésiastique de cette église fut d'abord appelé mahre chapelain, puis maître gouveimeur, ensuite archichapelain , enfin, sous François I", ce dignitaire prit le titre àepape de la sainte Chapelle,
Cet édifice, avons-nous dit, se compose de deux chapelles superposées ; la chapelle inférieure, à cause de son peu de hauteur, a des collatéraux très étroits; un double rang de fenêtres, contre lesquelles s'élèvent des contreforts qui portent tout le poids des voûtes, éclaire les deux étages ; au-dessus des fenêtres supérieures, que couronnent des pignons sculptés, une élégante balustrade fait le tour de l'édifice. La charpente des combles servait de base à uno flèche qui, selon M. Viollet-le-Duc, ne remontait pas plus Imut que le règne de Charles VL Brûlée dans le grand incendie de Ui30, elle fut remplacée, sous Louis XIII, par une autre qui fut détruite à la Révolution. Les statues
des douze apôtres et celles de huit anges porteurs des instruments de la Passion, servaient d'ornement à cette flèche ; à la pointe de l'abside se voyait un ange portant une croix.
Le portail est formé de deux porches superposés ; les vantaux de chaque porte sont séparés par un trumeau qu'ornaient aussi des statues. Au-dessus de la plate-forme supérieure s'ouvre une grande rose à meneaux, reconstruite sous le règne de Charles YIII et surmontée d'un pignon entre deux clochetons à jour. La chapelle inférieure se compose d'une nef avec bas côtés étroits ; quarante colonnes monostyles soutiennent les voûtes, dont les clefs, en bois de chêne sculpté, sont très remarquables. C'est dans cette chapelle qu'a été inhumé Boileau. De chaque côté du portail un escalier en pierre conduit à la plate-forme du porche supérieur, qui donne entrée dans la chapelle par une double porte ogivale.
Un peu en arrière de l'autel, l'abside est traversée par une arcature à jour, dont l'arcade médiane porte un plate-forme oti s'élève à une grande hauteur un baldaquin ogival en bois sculpté. On monte à cette plate-forme par deux escaliers en bois renfermés dans des tourelles à claire- voie. Celui de gauche date du règne de saint Louis. C'est de là qu'aux jours de fête, le roi montrait au peuple les reliques de la Passion. Les dimensions, hors d'œuvre, de la sainte Chapelle sont : longueur, trente-six mètres ; largeur, dix-sept mètres ; hauteur, depuis le sol de la chapelle basse jusqu'à la pointe du pignon delà façade, quarante-sept mètres cinquante ; ce qui donne à cet édifice une élévation d'un effet imposant.
Malheureusement, depuis la Révolution la sainte Chapelle, production la plus admirable et la plus pure de l'art, était fermée au culte et ne servait plus qu'au dépôt des archives judiciaires. Elle avait subi des dégradations nombreuses et regrettables; mais, en 1837, le gouvernement de Louis-Philippe en décida la restauration. Trois ans après, les travaux commencèrent et furent successivement dirigés avec soin et intelligence par MM. Duban, Lassus et Yiollet-le-Duc.
A l'intérieur, il fallut restituer le dallage, l'autel, reproduction exacte de celui qu'avait détruit la Révolution ; la décoration peinte, dorée et émaillée, qui fait de la sainte Chapelle le plus éblouissant des reliquaires; les magnifiques vitraux, dont toute la partie inférieure, dans une hauteur de deux mètres environ, avait été supprimée et vendue à vil prix, pour faire place aux casiers des archives. A chaque pilier étaient jadis adossées les statues des douze apôtres, avec leurs dais et leurs culs-de-lampe : toutes avaient été dis-
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persées ou mutilées; à force de recherches, elles furent relrouvées sur divers points de Paris et des environs, les unes dans un état parfait de conservation, les autres à l'état de tronçons presque informes; celles-ci, habilement restaurées et toutes remises en leur place, sont, avec les vitraux des quinze fenêtres, ce qu'on admire le plus au milieu des richesses de cette chapelle toute ruisselante de dorures et d'enluminures. On retrouva aussi dans le chantier des travaux de l'église Saint-Denis et à l'école des Beaux-Arts des fragments de l'estrade des reliques placée au fond de l'abside, ainsi que l'un des deux élégants escaliers qui y conduisaient.
A l'extérieur, les travaux ont été plus importants encore : il a fallu refaire à neuf presque toute la partie supérieure de l'édifice, et, sans parler des réparations considérables exigées par le mauvais état des soubassements et des contreforts, restituer la flèche, brûlée, comme on l'a vu plus haut, dans le grand incendie de 1630, et remplacée, sous Louis XIII, par une autre, détruite elle-même à la Révolution. Celle qu'a élevée M. Lassus est dans le style fleuri du commencement du quinzième siècle, et, par un heureux artifice, on en a rapporté le poids sur l'édifice entier, au lieu de le faire porter seulement sur la voûte, qui n'a que dix-sept centimètres d'épaisseur. La charpente a été exécutée en chêne de Bourgogne et recouverte de feuilles de plomb dont les arêtes sont dorées, ainsi que la crête dentelée du toit et toutes les parties saillantes de la flèche. Les douze statues qui décorent la base de celle-ci, et les huit anges porteurs des instruments de la Passion, sont l'œuvre de M. Geoffroy Dechaume; c'est également à lui qu'on doit l'ange en plomb qui tourne sur son axe à l'extrémité de l'abside, de manière à montrer successivement à tous les points de l'horizon la croix qu'il tient entre ses bras.
Grâce à cette restauration, qui est presque une seconde création, et au percement du boulevard Sébastopol, qui a si heureusement dégagé l'édifice, ce joyau de l'art du treizième siècle est devenu l'un des plus précieux ornements de Paris.