‹ Vieilles églises de France (volume 2)Chapitre 6 sur 45 · ÉGLISE SAINT-SÉVERIN · texte numérisé non relu

ÉGLISE SAINT-SÉVERIN

et, avant d'entreprendre un voyage, marchands, bourgeois et chevaliers venaient se recommander à saint Martin, protecteur des voyageurs et l'un des patrons les plus vénérés de cette église. C'est encore à Saint-Séverin que prit naissance l'usage poétique de donner, le jour de la Pentecôte, la volée à une nuée d'oiseaux de différentes espèces. En même temps, pour exprimer la joie de ces habitants des airs rendus à la liberté, les enfants de chœur entonnaient en musique de gracieux couplets où ces divers oiseaux prenaient la parole; l'aigle, par exemple, disait :

De tous les oyseaux, sui le roy.

Voler je puis en si haut lieu, Que le soleil de près je voy :

Heureux sont ceux qui verront Dieul

Et le rossignol répondait:

Quand ce vient le beau temps de may,

Je suis joly et amoureux;

Je n'ay soucy ni aymoy; Qui craint Dieu est bien heureux *.

Les cérémonies de Saint-Séverin étaient peut-être les plus brillantes et les plus courues de la capitale: aux processions des Rogations, longtemps s'est conservé un usage singulier: c'était, musique en tête et bannières déployées, de promener en grande pompe la figure d'un gigantesque dragon d'osier; dans sa gueule énorme et toute grande ouverte les fidèles jetaient des gâteaux, des fruits, des bonbons et même des pièces de monnaie. Il y a tout lieu de croire que ce dragon figurait celui dont saint Marcel, évêque de Paris, délivra cette ville. Quoi qu'il en soit, cette coutume était une bonne aubaine pour les pauvres du quartier, car, le soir même, après vêpres, ces diverses ollVande? leur étaient distribuées.

En 1737 eut lieu dans Saint-Séverin, entre un marchand et une vieille femme, une bataille comique et scandaleuse qui tourna à l'avantage de celte paroisse, assez pauvre. C'était le jour de Pâques; l'autel, garni de lleurs et richement illuminé, attirait les regards. Le marchand, grand et solide gaillard aux larges épaules, placé devant la petite bonne vieille, lui cachait complètement la vue de l'autel. En vain elle prie le marchand de se mettre un peu de côté pour la laisser voir: le gros marchand fait la sourde oreille et ne bouge pas plus qu'une statue; alors, furieuse, la petite vieille, d'un coup de sa que-

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