Fortuuat le3 appelle /uven^*, pueri, infantes
VIIOILIES ÉGLISES DE KRANCE
En 16-^2 le roi Louis XIII obtint du pape Grégoire XV que Pans, longtemps «ulTraçant de Sens, fût enfin érigé en archevêché. Depuis ce moment jusqu'à nosVurs on compte dix-huil archevêques, dont sept cardinaux, qui sont- Jean-François-Paul de Gondy, cardinal de Retz; Louis- Antoine de Noailles, Jean -Baptiste de Belloy, Alexandre -Angélique de Talleyrand- Péri-ord, François-Nicolas-Madeleine Morlot, Hippolyte Guiberl et Joseph Rich'ard.'qui occupe actuellement le siège archiépiscopal de la capitale de la France. i
ÉGLISE SAIXÏ-SÉVERIN
A PAllIS
Parmi les nombreuses églises dont Paris s'honore, Saint-Séverin est incontestablement l'une des plus anciennes et des plus curieuses, mais plusieurs opinions sont émises sur son origine. Selon les uns, les empereurs chrétiens auraient fait construire autrefois dans le palais des Thermes un petit oratoire consacré à saint Clément ; mais au sixième siècle, sous le règne de Childebert, fut enterré dans cette chapelle un pieux solitaire du nom de Séverin. Il y opéra de nombreux miracles, et dès lors telle fut sa réputation de sainteté, que cette môme chapelle, où reposait son corps, fut placée sous son invocation. Plusieurs saints personnages, paraît-il, portaient à cette époque le nom de Séverin; mais celui dont il s'agit était, sans aucun doute, celui qui eut saipt Cloud pour disciple.
Est-ce sur l'emplacement mcme de cette antique chapelle ou près cfe la porte méridionale de Paris, ville où notre saint solitaire naquit et mourut vers 555, que, sur sa réputation de sainteté et sous son invocation, fut élevé un nouvel oratoire? Ne donna-t-on pas plutôt son nom à une chapelle que lui-même aurait fondée? La queskon est encore indécise, malgré les recherches qu'ont faites pour la résoudre, Corrozet, Piganiol de la Force et tous ceux qui s'en sont occupés Seul, l'abbé Lebeuf fait de la chapelle de Saint-Séverin, mais sans en fournir la preuve, un oratoire dépendant de la basilique do S.iint- Julien-le-Pauvre.
Quoi qu'il en soit, cette chapelle consacrée à Saint-Séverin est l'origine probable de l'église que nous admirons aujourd'hui, et dont l'histoire se lio essentiellement à celle de Paris. Dans une de leurs incursions les Normands l'incendièrent; on entreprit, en 1050, de la reconstruire; mais elle ne fut achevée que quatre cents ans plus tard. Agrandie à plusieurs reprises, cette église
VIEILLES l^.GLISES DE FRANCE
desservait, dès le douzième siècle, une immense paroisse qui comprenait presque toute la région méridionale de Paris. Dans son état actuel, Saint- Séverin ne présente aucun fragment antérieur à la fin du douzième siècle ; c'est, dans son ensemble, un édifice gothique très délicat et admirablement proportionné. Plusieurs parties en ont été reconstruites en 1347 et en 1489 ; Saint-Séverin appartient donc aux quatorzième et quinzième siècles ; certains détails ne datent même que du seizième siècle. Cette église, sans transept, a la forme d un parallélogramme terminé par une abside demi-circulaire. A gauche s'élève une tour carrée des treizième et quatorzième siècles, percée de deux larges baies ogivales ; ce ne fut que deux siècles plus tard que ces baies reçurent pour couronnement un toit aigu et un lanternon. Au pied de la tour, du côté du nord, s'ouvre un petit porche voûté, à gauche duquel Tano-le du mur porte, dans une niche élégante, une statue de Saint-Séverin. Ce porche a, jusqu'à nos jours, servi d'entrée principale à l'église. Autrefois, de chaque côté du portail étaient scellés dans la muraille deux lions de pierre en demi-relief, symboles de la force et de la puissance de la foi. On croit qu'ils soutenaient le siège du juge ecclésiastique, ce qui explique cette formule des sentences de Saint-Séverin : Datum inter duos leones.
Ce n'était pas seulement le juge ecclésiastique qui rendait ses sentences sous le porche principal de cette église; les grands dignitaires de Paris y venaient aussi rendre la justice. Comme autrefois saint Louis au pied du chêne de Yincennes, plusieurs fois Charles VIII lui-même tint son lit de justice sous le porche de cette petite église. « Ce roi, dit Philippe de Comines, avait une audience publique où il écoutait tout le monde, surtout les pauvres. »
La façade occidentale n'offrait pour entrée qu'une simple baie ogivale sans aucun ornement, lorsque, en 1837, on eut l'heureuse idée de la décorer du joli portail de Saint-Pierre aux Bœufs, qui date du treizième siècle, et qu'on transporta pierre à pierre. Ce portail est sans doute d'un très bon effet, mais pourtant on voit facilement qu'il n'a pas été fait pour l'église qu'il décore aujourd'hui. Les parties supérieures de la façade, galeries à jour, grande rose flamboyante et balustrades, appartiennent au seizième siècle ; une statue moderne de la Vierge se dresse au sommet du pignon. Les chapelles qui entourent l'église sont surmontées de frontons ; des contreforts ornés de clochetons soutiennent les voûtes; les eaux des toitures sont rejetées par des gargouilles façonnées en animaux fantastiques.
L'intérieur de Saint-Séverin est remarquable par la belle ordonnance de l'abside, éclairée par un double rang de croisées que décorent de magnifiques
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ÉGLISE SAINT-SEVi::i{IN 33
vitraux. Les chapiteaux, les nervures des voûtes, à leur point de jonction et d'arrêt, sont surchargés de culs-de-lampe et de sculptures de toute espèce. Les colonnes de la galerie inférieure du chœur se distinguent par le fini et la légèreté de leur exécution. En 4684, le chœur reçut une décoration moderne dont M"*" do Montpensier fit les frais. L'ancien maître-autel fit place à une composition dans le goût du temps ; il est surmonté d'un baldaquin dont la coupole est supportée par huit colonnes de marbre et d'ordre composite ; mais le tout est disparate avec le reste de l'édifice.
La nef est flanquée de doubles bas côtés, faisant le tour du chœur, et de chapelles latérales. Dans les premières travées de la nef, qui datent du treizième siècle, les piliers, lourds et trapus, ne sont pas en rapport avec rélévation de la maîtresse voûte, ornée de clefs et de pendentifs élégamment sculptés ; mais les travées de l'abside ont été défigurées au dix-septième siècle. Les parois des chapelles latérales de Saint-Séverin ont été décorées de peintures murales, achevées seulement depuis quelques années. Les plus remarquables sont dues à Hippolyte et à Paul Flandrin, à Jérôme, à liesse, à Leloir, etc. En général, ces peintures représentent des épisodes de la légende des saints auxquels elles sont consacrées. Un beau groupe de Notre-Dame des Sept-Douleurs orne la chapelle du môme nom.
Dans Saint-Séverin, au sud-est, presque indépendante de l'église, est la chapelle de Notre-Dame d'Espérance, siège d'une confrérie très ancienne ; on y remarque les statues de la Vierge et de l'Enfant-Jésus. Des vitraux, les uns de la. fin du quinzième siècle, les autres du seizième, mais restaurés maladroitement, il y a quelques années, ornent leâ fenêtres de la nef. On remarque surtout un arbre de Jessé, qui développe ses rameaux dans les compartiments de la rose occidentale. Le double rang de vitrages, l'un sur l'autre, est d'un effet original et gracieux ; les vitrages supérieurs du chœur sont très beaux et passent pour les plus anciens de Paris ; on y remarque des armoiries de famille.
Pendant le moyen âge on voyait auprès de Saint-Séverin une de ces cellules auxquelles on donnait le nom de réclusoir, et dans lesquelles s'enfermaient des pénitentes qui se condamnaient aux plus dures austérités. Du côté du midi se trouvait un charnier, dont quehiues arcades subsistent encore, o l'ancien cimetière paroissial, attenant à l'église, a été transformé en jardin pour le curé. On assure que c'est dans ce cimetière que fut tentée pour la première fois, parle frère Côme, sous Louis XI, l'opération de la pierre. Mais les chroniques de Louis XI donnent de la première opération de taille qui se
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lit en France, toujours d'ailleurs dans le cimetière de Saint-Severin, une
autre version :
(( Au mois de janvier 1474, les médecins et chirurgiens de Paris représentèrent au roi que plusieurs personnes étaient travaillées de la pierre colique, passion et mal de côté ; qu'on ne pourrait mieux s'éclaicir qu en opérant sur un homme vivant, et qu'ainsi ils demandaient qu'on leur livrât un francarcher qui venait d'être condamné à être pendu pour vol, et qui avait été fort souvent molesté desdits maux. » La permission fut accordée, et le pauvre patient travaillé eut rémission de ses crimes sans dépens.
On pouvait lire encore, à la fin du dix-huitième siècle, sur la porte de ce même cimetière le facétieux quatrain suivant, attribué à Petit-Louis de Lyon, ami do Corneille :
Passant, penses-tu donc passer par ce passage
Où, passant, j'ai passé?
Si tu n'y penses pas, passant, tu n'es pas sage, Car, en n'y pensant pas, tu te verras passé.
Avant la Révolution, ce cimetière renfermait le tombeau d'un certain Ennon de Linda, seigneur étranger, mort à Paris, où il était venu faire ses études à l'Université et, un peu plus loin, le tombeau d'un homme qui, dit-on, fut enterré vivant. On y voyait aussi un tableau placé en ce lieu pour attiser le feu de la Ligue, xi représentait les exécutions barbares exercées par Elisabeth, reine d'Angleterre, sur les catholiques. Il avait été exécuté d'après les ordres de Prévôt, l'un des coryphées intraitables de la Ligue et curé de Saint-Séverin.
' Dans cette église furent aussi enterrés quelques personnages remarquables, entre autres : Etienne Pasquier, auteur de savantes recherches sur notre histoire nationale; André Duchesne, auteur de nombreux ouvrages précieux pour notre histoire; les frères Scévole de Sainte-Marthe, conseillers et historiographes du roi, auteurs de Y Histoire généalogique de France, etc. ; ils entreprirent aussi le grand recueil du Gallia christiana; et le savant docteur en Sorbonne Ellies Dupin, auteur de plusieurs ouvrages importants, et qui consacra la plus grande partie de sa vie à rédiger la Bibliothèque universelle des auteurs ecclésiastiques.
On distribuait autrefois tous les ans à Saint-Séverin, objet d'une vénération toute particulière, un prix de vertu aux cinq filles les plus méritantes de la paroisse; les femmes récemment accouchées venaient y faire leurs relevailles;