‹ Vieilles églises de France (volume 2)Chapitre 9 sur 45 · ÉGLISE SAINT-ÉTIRNNE DU MONT · texte numérisé non relu

ÉGLISE SAINT-ÉTIRNNE DU MONT

un événement qui, survenu pendant la déilicace, fui alors considéré comme miraculeux.

Le monde affluait dans la nef, dans les galeries, partout; tout à coup, pendant les cérémonies, des galeries du chœur tombent deux jeunes filles avec l'appui et deux balustres. Non seulement elles ne se font aucun mal, mais parmi les nombreux assistants personne n'est même atteint.

En 1565, déjà Pierre de Gondi, évêque de Paris avait fait une visite à Saint- Étienne du Mont. Quelques années avant cette visite, s'il faut en croire plu sieurs auteurs modernes, se serait passé dans cette église un événement des plus regrettables. Poussé par un fanatisme irréligieux, un jeune homme se serait précipité, dit-on, sur un prêtre pendant qu'il célébrait la messe, et aurait arraché de ses mains l'hostie sainte. Le malheureux fut condamné à mort; et, en expiation de son sacrilège, on fit une procession générale à laquelle assistèrent le roi et tous les seigneurs de sa cour, portant chacun un cierge de cire blanche à la main. Félibien, le savant historien de Paris, si exact et si précis en général, ne mentionne pas cet événement, mais il rappelle un fait semblable qui, au mois d'août 1.j03, affligea la sainte Chapelle du Palais; n'y aurait-il pas eu confusion?

Fermée à la Révolution comme les autres églises, celle de Saint-Élienne du Mont fut rendue au culte après le Concordat de 1802, et confiée aux soins de M. Amable de Voisins. Avant 1789, les curés de cette paroisse ont toujours été des Génovéfains, et Barthélémy, chapelain de Sainte-Geneviève, vers Tan 1180, sous Maurice de Sully, évêque de Paris, est le plus ancien dont on ait conservé le nom. Celui que Ton connaît après lui, Maurice, vivait enf'i202. On ignore le nom des curés qui ont administré cette église jusqu'au seizième siècle, où l'on trouve pour curé de Saint-Etienne du Mont en loOG frère Etienne Contesse, religieux de Sainte-Geneviève. Philippe Lobcl, élu abbé de ladite abbaye en 1534, et son successeur, fit bâtir en 1537 le chœur de l'église, comme le rappelaient ses armes sculptées autrefois aux clefs de voûte. IMiilippe Lebel élait encore curé en 1551, quand Eustache du Bellay, évêque de l*aris, visita Saint-Etienne du Mont. C'est sous Joseph Foulon, son successeur, et qui devint comme lui abbé de Sainte-Geneviève, qu'en 1505 eut également lieu la visite de Pierre de Gondi à cette église, comme on vient de lo lire à l'instant. Peut-être out-il pour successeur frère Bernard Bourguignon, chanoine de Sainte-Geneviève. Lorsque François de Gondi, premier archevêqr.e de Paris, fit la dédicace de Saint-Élicnne du MonI, Martin Cilolle, religie^ix génovéfain, en élait le curé (1628). Viennent rnsuile les curés : Paul Bour-

rior ^1G61), qui bénit la chapelle de la Sainte-Vierge, construite par la fabrique ; Ménétrier, Gardeau (1687), Dantecourt, Blondel, Bouettin, Ancel etPel-

vern, curé en 1789.

Amable de Voisins, nommé, comme on vient de le voir, curé de Saint- Étienne lors du rétablissement du culte, répara les ruines de cette église, réédifia le maitre-autel, si justement admiré, transporta dans son église le tombeau et le culte de sainte Geneviève, et mourut, le 14 février 1809, évêque nommé de Saint-Flour*. Après lui ont administré successivement Saint- Étienne du Mont MM. Leclerc-Dubradin, Charles-Jules Bizet, Bernard-Philibert Bruyarre (1821), ancien curé de Saint-Nicolas du Chardonnet, promu cinq ans plus tard à l'évêché de Grenoble ; Marie-Georges-François Charpentier, Nicolas-Théodore Olivier (1828), qui de la cure de Saint-Étienne passa à celle de Saint-Roch et devint évêque d'Évreux, etc.

Les parties apparentes de l'antique chapelle de Saint-Jean du Mont ^ conservées lors de la construction de l'église, au seizième siècle, sont situées à l'ouest. Le chœur de l'église fut bâti en 1537 ; les nefs furent terminées peu après, et le jubé, dont il a été parlé déjà, fut construit en 1600. Le grand portail, restauré sous la direction de M. Baltard, et le petit portail furent élevés de 1610 à 1617. Le grand est orné de quatre colonnes d'ordre composite, soutenant un fronton triangulaire, avec bas-relief représentant la lapidation de saint Etienne, exécuté par Thomas.

Au-dessus, une rose à compartiments s'inscrit sous un fronton demi-circulaire, avec bas-relief de la Résurrection, par Debay. Il est surmonté d'un pignon aigu, percé aussi d'une rose terminant la façade ; ce portail est décoré de plusieurs statues modernes. Au nord du portail, le clocher, tour élégante llanquée d'une tourelle à l'ouest, se termine par une lanterne. Il remonte au quinzième siècle et fut exhaussé vers 1625. La lanterne renferme la grosse cloche de l'horloge et une bonne sonnerie; mais on ne peut la sonner en branle, à cause de la faiblesse de la tour et de la charpenterie.

L'intérieur de Saint-Etienne du Mont comprend une nef, avec bas côtés et chapelles latérales. La nef et les bas côtés sont remarquables par la hardiesse des voûtes ogivales. L'architecte a remplacé les piliers massifs qui supportent les voûtes dans le style gothique, par des colonnes qui paraîtraient grêles si elles n'étaient enveloppées vers le milieu par la belle galerie qui règne autour

1. Son cœur a été déposé derrière le maître-autel, vis-à-vis la chapelle de la Saiute-Vierge.

2. Lieu consacré aux réunions des fidèles qu'évangélisait un simple chapelain; il leur administrait les sacrements.

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le Fédifice. Du sommet des colonnes naissent en faisceaux les arêtes de la mute. Au milieu du transept, ces arêtes forment une clef pendante ou fleuron le trois mètres de saillie, citée comme un des travaux remarquables de ce ^enre par la hardiesse de la pose et Texécution de ses sculptures. L'alignement de la nef n'est pas le même que celui du chœur, ce qui fait paraître ['église un peu tortue; mais, dans cette disposition particulière de l'ensemble le l'église, et sans trop croire d'ailleurs au symbolisme du moyen ûge, ne faut-il pas voir plutôt le souvenir mystique de l'inclinaison de la tête de Jésus- Christ sur la croix, qu'un effet de l'imprévoyance, du hasard ou de l'inhabileté? Cette disposition se retrouve d'ailleurs dans d'autres églises telles que, par exemple, Notre-Dame et Saint-Germain des Prés.

Mais ce qui attire surtout l'attention dans cette église, c'est sonmagnilique jubé. Le défaut de la voûte, trop surbaissée, qui soutient la galerie, est largement racheté par la hardiesse étonnante des deux escaliers qui, de chaque côté, s'enroulant avec grâce autour d'un fort pilier, ne paraissent soutenus [jue par la faible colonne extérieure, d'un pied de diamètre. Les ornements des rampes de ces escaliers et toute la façade de la galerie sont aussi d'un beau travail. Autrefois, un crucifix, attribué à Jean Goujon, décorait le jubé, et sur le mur du chœur on voyait trois bas-reliefs de Germain Pilon.

Le plus remarquable était vis-à-vis la chapelle de la Sainte-Vierge et représentait Jésus-Christ au jardin des Olives, pendant que ses apôtres se reposent endormis. Les deux autres bas-reliefs étaient consacrés à saint Pierre et à saint Paul. On avait aussi orné le pourtour du chœur des figures des douze apôtres, et sculpté un christ porté au tombeau par Nicodème et Joseph, suivi des trois Marie. Ce groupe était placé sous la voiile qui communiquait de Saint-Etienne à Sainte-Geneviève, aujourd'hui devenue la chapelle du Tombeau. On ne sait ce que ce groupe est devenu; celui qu'on voit aujourd'hui dans la chapelle provient de l'église Saint-Denoit.

Dans la chapelle de Sainte-Geneviève (style gothique flamboyant), où se trouve son tombeau, sont appendus de nombreux ex-voto. A côté, sur la porte de la petite sacristie, on voit le christ placé autrefois à rentrée du cimetière de la paroisse. Aux deux côtés sont les épilaphes de Racine et de Pascal. On s'accorde à regarder les orgues de Saint-Etionnc (dix-septième siècle) comme des plus belles et des meilleures de Paris. La chaire, on bois sculpté, est un véritable chef-d'œuvre. Ce Samson /a porte bien, dit Sauvai' ;

1. Historienne à Paris (1620), dont on a l'ouvrage intitulé : llisloirg et recherches sur les anti^uUés de Paris.

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en effet, quoique fortement adhérente à l'une des colonnes de la nef, elle semble reposer sur les épaules de Samson, qui, de ses mains, paraît la soutenir en équilibre. Le pourtour est .orné des statues symboliques de différentes vertus, séparées par d'excellents bas-reliefs sculptés sur les panneaux. Peut-être peut-on trouver que le dais, surmonté d'un ange environné de différents génies, est trop chargé d'ornements; mais c'est le seul reproche que la critique puisse faire à ce beau travail. L'autel, entièrement formé de marbres choisis et d'une grande richesse, fut consacré le 27 mars 1806. Audessus de l'autel et de la Gloire qui le surmonte est une grande châsse peu ancienne, qui renferme diverses reliques.

Avant la Révolution, toutes les fenêtres de l'église Saint-Etienne étaient garnies de très beaux vitraux, ainsi que les charniers attenant à l'église et contournant le petit cimetière; quelques-uns de ces vitraux étaient même d'un mérite supérieur. Les débris de ces vitraux ont été placés en 1834 dans les chapelles des bas côtés; les fragments les plus considérables se trouvent dans celle de Sainte-Geneviève. L'un de ces vitraux représente le sacrilège qui fut commis en 1290 ou 1291, et amena la fondation du couvent, nommé depuis des Carmes des Billettes. En voici l'histoire, d'après un chroniqueur religieux :

« Une femme, se trouvant dans la gêne, avait emprunté à un juif nommé Jonathas quelque argent , et lui avait laissé en gage quelques-uns de ses vêtements. Lorsque arriva la semaine sainte, la femme pria le juif de lui rendre ses vêtements, pour qu'elle pût les mettre le jour de Pâques, l'assurant qu'elle les lui rapporterait le lendemain. Jonathas promit de les lui donner sans argent, si elle lui apportait une hostie consacrée, et la femme eut la faiblesse d'y consentir. Quant, dit la légende, le Juif l'eût par devers soy , si mit la dite hostie en pleiiie chaudière de yaue (eau) chaude le jour du vendredi aoiiré {le vendredi saint), et quant la dite hostie fut enVyaue bouillante, il la commença à poindre de son coustel, et lors devint Vyaue ainsi comme toute vermeille. L'hostie cependant demeura intacte; mais loin de se rendre à l'évidence de ce miracle , Jonathas n'en devint que plus acharné après l'hostie, qu'il retira de l'eau et frappa de verges, comme les Juifs avaient autrefois frappé Jésus-Christ; la perça d'un clou et la jeta dans les flammes; mais l'hostie voltigea intacte au-dessus du foyer. Jonathas, continuant ses sacrilèges expériences, prit un couteau et fit d'inutiles efforts pour la mettre en pièces en présence même de Bécatine, sa femme, de son fils et de sa fille. Enfin, pour n'oublier aucun des tourments qu'on avait fait endurer au Christ,

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il attacha l'hostie et la perça d'uQ coup de lance, qui lit encore couler le sang ;

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Vue du r<\to <\i' l.i ruo île I;i Monlagne-Sainte-GcnerlèTe.

puis enfin il la rejeta dans la chaudière d'eau houiUanle. Sur ces entrefaites son fils sortit, alors que les cloches appelaient les fidèles à la grand'messe; en route, il rencontra plusieurs enfants de sa connaissance et leur dit que

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c'était bien inutilement qu'ils allaient à l'église, parce que son père avait tellement mutilé leur Dieu qu'il l'avait fait mourir. Ce propos fut entendu dune femme qui passait. Voulant s'assurer du fait, elle prit une jatte de bois et entra dans la maison du juif, puis s'approcha de l'âtre, comme pour y prendre du feu, et l'hostie, qui voltigeait au-dessus de la chaudière, vint se reposer dans le petit vase que la femme tenait à la main. Celle-ci, ainsi mise en possession de la sainte hostie, la porta au curé de Saint-Jean. en Grève, sa paroisse. Jonathas fut arrêté, jeté en prison et brûlé sur un bûcher; Philippe le Bel ordonna la confiscation de ses biens et donna une partie de sa maison à ReinierFlaming, qui y fit bâtir, en 1294, la chapelle des Miracles. Bécatine, qui avait été touchée des prodiges dont elle avait été témoin, et qui avait reproché à son mari sa conduite, fut baptisée avec ses deux enfants. Sa fille fut accueillie dans le couvent des Filles-Dieu de Paris.

Quelques vitraux du chœur sont attribués à Philippe de Champagne ; dans le collatéral de droite, la Lapidation de saint Etienne est due au pinceau d'Etienne Coypel ; des peintures des seizième et dix-septième siècles ornent la chapelle de Saint-Joseph, et des peintures modernes, en particulier d'Abel de Puiol et de Largillière, ornent les autres chapelles. Un groupe en terre cuite (seizième siècle), représentant le Christ au tombeau, est dans une des chapelles de gauche.

Les réparations faites à Saint-Étienne du Mont, tant à l'intérieur qu'à l'extérieur, ont été considérables : à l'intérieur elles consistent en un regrattage du haut en bas et dans une ornementation sévère, sans prodigalité de peintures et d'or. Par suite, quelques beautés auparavant inaperçues ont été mises en vue, notamment les guipures du jubé. Les réparations de l'extérieur ont été accomplies avec goût et talent. Un charnier, bâti en forme de cloître, avec pilastres doriques, arcades cintrées et voûtes en berceau, embrasse l'église au nord; la chapelle des Catéchismes a été construite dans le même style, en 1856.

La paroisse que nous venons de décrire avait autrefois deux cimetières : l'un, le plus grand, situé devant l'église, sur la place du Carré-Sainte-Geneviève ; l'autre, plus petit, était derrière la chapelle de la Vierge. Ces cimetières, h) charnier et l'église renfermaient les tombes de plusieurs personnages célèbres à différents titres : de Racine, de Pascal, d'Eustache Lesueur, qui mérita, comme on sait, d'être appelé le Raphaël français; des frères Perrault, de RoUin, de Lemaistre de Sacy, auteur d'une célèbre traduction de la Bible; d'Antoine Lemaistre, son frère, avocat distingué; de Biaise Vigenère,

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