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Pyrénées centrales

Le centre de la région pyrénéenne est constitué par les départements de la Haute-Garonne et de l'Ariège.

Les origines de la sculpture toulousaine ou languedocienne, favorisée par la proximité des carrières de marbre de Saint-Béat,

sont illustrées par l’étonnante Vierge en Majesté du tympan de

église de Saint-Aventin près de Luchon. On ne peut s'empêcher d’être frappé par la ressemblance de cette idole barbare aux formes lourdes et presque obèses avec le Christ en Majesté, encastré dans

que nous avons reproduit dans L’Art religieux du Moyen âge (PI. 16). Outre la bouffissure du visage et l’écartement des genoux, on

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remarquera l'identité de la technique : taille en cuvette, plis en bourrelets.

Il est hors de doute que la Madone ou plutôt la matrone adipeuse de Saint-Aventin procède du même style byzantin abâtardi et probablement du même atelier que les bas-reliefs du déambulatoire de Saint-Sernin. Mais elle a quelque chose de plus rustique. Il ne faut pas s’attendre à trouver dans une église de village isolé dans la montagne les mêmes raffinements qu’à la Cour des comtes de Toulouse.

Dans cette sculpture campagnarde, la tératologie romane devient de la fératomanie. La Vierge, tenant l'Enfant bénissant sur son genou droit, est littéralement cernée de monstres qui dardent de tous côtés leurs gueules menaçantes. L’arcade sous laquelle elle est assise, les montants de son trône se terminent par des têtes de dragons et ses pieds foulent des mufles de bêtes accostés d’aigles aux becs crochus.

Au pied de la butte que couronne si fièrement l’abbaye pyrénéenne de Saint-Bertrand de Comminges se dresse, au milieu d’un bosquet de cyprès qui évoque les divins paysages de la Toscane et de l’'Ombrie, une haute tour carrée dominant la plaine : c’est Péglise Saint-Just de Valcabrère.

Le portail nord de cette église languedocienne placée sous le vocable d’un martyr espagnol est un des monuments les plus remarquables de la sculpture romane du Midi. Il a conservé intacts son tympan sculpté et les quatre statues-colonnes de ses

ébrasements.

Au centre du tympan trône dans sa mandorle le Christ bénissant entre deux anges qui l’encensent et les quatre animaux du Tétramorphe, symboles des Evangélistes.

Aux piédroits se dressent de chaque côté deux statues-colonnes debout sur des animaux accroupis.

Les proportions massives, les plis lourds des vêtements trahissent l’imitation de modèles romains ou gallo-romains : ce qui n’a rien de surprenant dans le voisinage immédiat des ruines de la ville romaine de Lugdunum Convenarum appelée aussi Convenicum : d’où le nom de Comminges. Toutefois le type même des

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statues-colonnes et le type des chapiteaux historiés supposent la connaissance du Portail Royal de Chartres. 2

Ces statues doivent donc être datées, malgré leur archaïsme, de la fin du xn® siècle.

Les archéologues seraient fort embarrassés, faute d’attributs suffisamment caractéristiques, pour les identifier si l’acte de consécration daté de 1200 ne portait l’indication des reliques des saints enchâssées dans l’autel : ce qui nous donne la clef de l’iconographie du portail. Au surplus les scènes de martyres sculptées sur les chapiteaux, au-dessus de chaque statue, corroborent les indications de ce document.

Il en résulte, sans contestation possible, que les trois statues viriles représentent le protomartyr saint Etienne et les jeunes martyrs espagnols Just et Pasteur, écoliers d’Alcala de Henarès, âgés respectivement de 8 et de 13 ans, qui furent battus de verges par ordre de l’empereur Dioclétien et décapités en 304. |

La plus belle est assurément celle du diacre saint Etienne présentant des deux mains le livre ouvert des Evangiles qu’il tient appliqué sur sa poitrine comme un bouclier. Sa tête énergique au front bas, au menton carré, est taillée par larges plans. C’est une œuvre digne d’être comparée à l’admirable saint Etienne du trumeau du portail de la cathédrale de Sens qui date de quelques années plus tard, au début du xxrre siècle.

Quant à la statue féminine qui décore l’ébrasement de droite, c’est très probablement sainte Hélène portant la vraie Croix, dont l’église de Valcabrère se flattait de posséder une parcelle.

Si l’on veut mesurer le niveau auquel a pu s’élever la sculpture du Midi à la période gothique, rien n’égale un fragment, malheureusement mutilé, de la pierre tombale d’un abbé du monastère carolingien de Lagrasse (Aude), qui mériterait d’être célèbre, car c’est un morceau d’anthologie. |

Devant cette tête de moine énergique et presque farouche,

reposant sur un coussin brodé, on se prend à songer à ces portraits

de pharaons égyptiens, taillés à larges plans dans le porphyre ou le diorite de la vallée du Nil. Ces yeux caves, ce nez écrasé d’un

coup de marteau, ces lèvres minces comme un trait de scie et … closes pour toujours composent un masque inoubliable.

; À défaut d’une vue d’ensemble de Valcabrère, la photogra- \ phie du clocher-mur de l’église de Sabarat dans l'Ariège, encadré . par les sombres cyprès du cimetière comme par des torches funé- » raires, pourra donner quelque idée du charme poétique des paysages languedociens.

7” Saint-Lizier, ancienne cité épiscopale du Couserans, située à deux kilomètres de Saint-Girons qui l’asupplantée, a été jadis la métropole - religieuse de l'Ariège. Elle a conservé un cloître, attenant à la cathé- * drale, dont nous reproduisons un beau chapiteau treillissé à décor de - vannerie, qui révèle, comme à Moissac, des influences musulmanes.

: 3. — Pyrénées- Orientales.

4 La région dans laquelle la Révolution a découpé les départe- “ ments actuels des Pyrénées-Orientales (ancien Roussillon) et de - J’Aude (ancienne Narbonnaise) est un prolongement de la Cata- À logne. C’est seulement sous Louis XIV que le Roussillon a été “ incorporé au royaume de France. |

L Le centre religieux le plus important de cette Catalogne “ française était l’abbaye carolingienne de Cuxa qui, après avoir “ été consacrée primitivement à saint Germain d'Auxerre, fut dédiée - plus tard à l’archange saint Michel. Elle entretenait d’étroits ; rapports avec l’abbaye de Saint-Victor de Marseille.

- 5 C’est au x° et au xi® siècle que ce monastère pyrénéen, fondé À en 883 sous le règne de Charles le Chauve, atteint son apogée. L- Deux grands abbés ont principalement contribué à sa gloire : -

Pabbé Guarin et l’abbé Oliva, qui était en même temps abbé de

Ripoll et évêque de Vich en Catalogne : c’est lui qui institua la

Trêve de Dieu dont on a fait honneur à tort à saint Odilon de Cluny.

La réputation de Saint-Michel de Cuxa était si grande à cette

époque que c’est là que vinrent se retirer le doge de Venise saint

Pierre Orseolo, bâtisseur de Saint Marc, et saint Romuald, fondateur de l’Ordre des Camadules.

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Le beau clocher roman, dont la masse puissante, couronnée d’un crénelage, se détache sur la montagne toute proche du

. Canigou, est percé de fenêtres simples ou jumelées qui présentent

des tracés en fer à cheval comme les arcades séparant la nef de ses bas-côtés : preuve évidente d’influence arabe ou plutôt mozarabe.

On a dit avec raison que le clocher de Cuxa était le plus bel exemple d’art mozarabe au nord des Pyrénées.

Le cloître a malheureusement été dépecé par un sculpteur américain atteint d’ « elginisme » qui l’a démonté pièce à pièce, embarqué et finalement remonté sur les bords de l’'Hudson au Musée des cloîtres, annexe du Musée métropolitain de New-York. Quelques débris ont été recueillis à Prades. Ce sont de magnifiques chapiteaux non historiés, décorés de feuillages ou d’animaux : lions de Bestiaires posant la patte sur les reins d’un autre fauve, aigles aux ailes déployées dont les serres étreignent le tore de l’astragale. ,

Cette subordination de la figure humaine à l’ornement est un trait d'influence islamique, non moins spécifique que.le tracé des arcs en fer à cheval.

Les mêmes caractères se retrouvent dans les linteaux de Saint- Genis des Fontaines et de Saint-André de Sorède qui comptent parmi les « incunables » les plus célèbres de la sculpture romane. La précocité de ces œuvres s’explique par la proximité de carrières de marbre où la technique de la taille s'était transmise de génération en génération.

Daté avec certitude de 1020, le Zinteau de Saint-Genis des Fontaines est le plus ancien monument de sculpture romane qui subsiste en France. De là son intérêt archéologique de premier ordre.

Autour du Christ de Majesté assis sur un arc-en-ciel entre PAlpha et l’'Oméga, dans une auréole cerclée d’un cordon de perles que supportent deux anges agenouillés, sont nichés dans des arcatures en fer à cheval de petits personnages alternativement imberbes et barbus qui représentent les Apôtres. Le dessin est rudimentaire et enfantin, les proportions sont trop courtes; les têtes démesurées remplissent les arcatures qu’on pourrait prendre pour des nimbes. C’est l’imitation grossière en pierre d’un

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travail d’orfèvrerie, d’un antependium d’autel que le lapicide

d inexpert a pris pour modèle.

| Le linteau de Saint-André de Sorède, autre église bénédictine, est ” évidemment d’une date postérieure : car le dessin du Christ en

Majesté, des Séraphins et des Apôtres disposés à ses côtés sous des arcades en fer à cheval, au-dessous du chrisme du tympan, paraît déjà moins maladroit.

C’est dans la Collégiale de Serrabone, dépendant de la commune de Boule d’Amont, qu’il faut aller chercher les créations les plus géniales de la sculpture romane en Roussillon. L'église du prieuré, qui dépendait de l’abbaye de Cuxa, a conservé d’admirables sculptures taillées dans un marbre au grain fin, d’un ton chaud … veiné de rouge qui donne l’impression d’une chair vivante. La technique, encore archaïque, est caractérisée par l’emploi du trépan et l’insertion de plomb dans les prunelles.

On est frappé par le caractère monumental des chapiteaux où nichent des aigles ou des lions à la gueule énorme, à la puissante Ç crinière, tantôt affrontés tantôt adossés.

ca - Les sculptures du cloître de l’ancienne cathédrale d’Elne, beau- Ÿ coup plus célèbres parce que plus accessibles, sont d’une qualité très inférieure. La décoration monotone manque d’originalité créa- . trice. Les chapiteaux se répètent : ce qui est un cas exceptionnel dans la sculpture du Moyen âge : ce sont des pastiches de modèles romans du xre siècle, exécutés au xiv® siècle après le sac de la … ville d’Elne en 1285 par Philippe le Hardi, fils de saint Louis.

f Néanmoins le cloître d’Elne, l’antique Illiberis qui reçut son “ nom actuel de la mère de Constantin, sainte Hélène (Castrum — Helena), et qui fut jusqu’en 1602 le siège d’un évêché, est le plus - beau du Roussillon. Il avait autrefois deux étages comme le cloître de Ripoll en Catalogne. Il forme un quadrilatère irrégulier avec | alternance de piles massives et de colonnettes jumelées. Les parties

romanes datent du temps de l’évêque Guillaume Jorda (1171-1186). #. L'église austère de Corneilla de Conflent, dont le seul ornement * consiste dans une frise de petites arcatures aveugles, les chapiteaux “ frustes de Saint-Martin du Canigou ne sont que la menue monnaie — de Saint-Michel de Cuxa, de Serrabone et d’Elne.

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En raison de la disparition des peintures murales de l’abbaye de Cuxa, les fresques romanes qui tapissent l’humble église rurale de Saint-Martin de Fenouillat (en catalan Fenollar) acquièrent un intérêt exceptionnel. Elles nous conservent, comme les fresques de Berzé-la-Ville en Mâconnais depuis la démolition de Cluny, un reflet des chefs-d’œuvre disparus.

Dans l’abside se déroule autour du Christ Pantocrator la procession des vingt-quatre Vieillards de l’Apocalypse coiffés de couronnes en forme de mitre.

Cet art se rattache étroitement aux fresques catalanes du sud des Pyrénées, transférées au Musée de Barcelone. Une expression d’ardeur sauvage illumine ces visages osseux, au regard de visionnaires.

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