‹ Vieilles églises de FranceChapitre 3 sur 98 · ILE-DE-FRANCE · texte numérisé non relu

ILE-DE-FRANCE

Si nous associons la Champagne à l’Ile-de-France, berceau de la dynastie capétienne, c’est qu’il existe entre ces deux provinces voisines de multiples affinités et comme une parenté d’esprit et de goût particulièrement étroite. Sobriété, mesure, malice souriante, aversion naturelle pour la redondance et l’emphase : tels sont bien les caractères distinctifs de l’art champenois comme de l’art parisien. :

Ajoutons qu’au point de vue de l’évolution historique, ces provinces, moins précoces que la Bourgogne et le Languedoc, ont peu contribué à la genèse de l’art roman et que leur apogée artistique se place au x siècle dans la période « classique » du gothique.

Nous ne nous astreindrons pas dans cette introduction succincte à énumérer et à analyser tous les monuments reproduits dans ce recueil : le lecteur en trouvera la nomenclature complète et la description précise dans les notices reportées après les planches en guise de table des matières. Notre dessein est simplement de dégager, à l’aide de quelques exemples choisis, les particularités de chaque Ecole provinciale, de façon à en faire mieux sentir l'originalité et le charme.

À ce point de vue les humbles églises rurales sont souvent plus révélatrices que les orgueilleuses cathédrales. Elles ont un indéfinissable accent de terroir qui résulte de l’harmonie des pierres avec le paysage dont elles sont pour ainsi dire l’émanation.

Nos villages ne seraient souvent que de banales termitières sans

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mieux dire une voix et une âme.

A côté d’églises modestes comme celles d’Angy, de Cormeilles-

* le clocher de l’église qui leur donne une personnalité ou pour … en-Vexin, on ne serait pas embarrassé pour citer dans le Parisis et le

: Beauvaisis nombre d’édifices plus ambitieux qui ne dépareraient pas - unegrandecitéet qu’on s’étonne de rencontrer dansunsimple village. É Cette anomalie s’explique la plupart du temps par le culte 74 des reliques et l’afflux des pèlerins. C’est le cas de Saint-Leu d’Es- 1 serent près de Pontoise et aussi d’une admirable église trop peu

connue des environs de Paris : Saint-Sulpice de Favières que saint Louis considérait comme la plus belle villageoïise de son royaume. 4 Le saint roi l’avait fait édifier entre Arpajon et Dourdan en Phonneur de saint Sulpice, dit le Bon ou le Pieux, qui fut évêque de Bourges au vue siècle et qui a donné aussi son nom à l’église Saint-Sulpice de Paris. Seule la vogue d’un pèlerinage a pu fournir les ressources nécessaires à la construction d’un aussi vaste édifice dont les dimensions paraissent aujourd’hui hors de proportion avec le petit nombre des paroissiens.

… La sculpture parisienne du temps de saint Louis est évoquée par la Vierge à l’Enfant de Taverny (Seine-et-Oise). La dévotion à la Mère de Dieu, popularisée par saint Bernard de Clairvaux qui s'était proclamé son chevalier, provoque l’éclosion d’une multitude de statues de Madones qui suffiraient à elles seules pour illustrer l’évolution de la sculpture française du xuIe au xve® siècle.

La Vierge gothique de Taverny conserve encore la tradition des « Majestés » hiératiques de l’époque romane : c’est une Vierge assise qui tient l’Enfant Jésus non dans ses bras, maïs sur ses genoux. Toutefois l’assouplissement de la formule archaïque est déjà sensible : l'Enfant n’est plus présenté de face, dans une attitude rigoureusement frontale; il est assis de côté sur le genou gauche de sa mère, qui n’est plus seulement le trône de Salomon, la Sedes Sapientiae, mais qui s'offre, en même temps que son divin Fils, à l’adoration des fidèles. Le front ceint d’une couronne fleurdelysée posée sur son voile, elle apparaît déjà comme la Reine du ciel.

Le xrve siècle préférera, comme nous le verrons, le type de la Vierge debout portant l'Enfant sur son bras gauche.

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