CHAMPAGNE
Les églises gothiques champenoises ne se distinguent de leurs sœurs rustiques de l’Ile-de-France que par des détails.
On notera le couronnement de l’élégant clocher carré de Dormans (Marne), dont les triples lancettes sont surmontées sur chaque face d’un pignon triangulaire, qui sans avoir l’élan d’une flèche, donne une impression de verticalisme.
Vignory et Montier-en-Der (Haute-Marne) comptent, après la cathédrale de Reims, parmi les églises les plus remarquables de la Champagne. Le chœur à quatre étages de Montier-en-Der s’apparente à la première travée de Saint-Remi de Reims par l’emploi de colonnes accouplées qui supportent les grandes arcades.
La Champagne n’est pas particulièrement riche en style gothique flamboyant. Toutefois on peut rattacher à la célèbre église de pèlerinage de Notre-Dame de l’Epine près de Châlonssur-Marne un édifice du même type : Wotre-Dame d’Avioth (Meuse), situé aux confins de la Lorraine jusqu'où pénètrent, comme le prouve nettement la cathédrale de Metz, les influences champenoises.
A l’église est accolé un charmant édicule du début du xv® siècle qu’on appelle la Recevresse. C’est une sorte de cage de pierre hexagonale, éclairée par des fenêtres à deux lancettes, qui se dresse sur quatre colonnes rondes à chapiteaux feuillagés. Ce petit bijou d'architecture, couronné par une gracieuse pyramide ajourée, est d’une rare élégance.
Les archéologues ont discuté à perte de vue et proposé les hypothèses les plus diverses sur la destination de ce monument énigmatique : chapelle funéraire du fondateur, chapelle de cimetière, lanterne des morts selon les uns, tabernacle eucharistique pour les autres. En réalité, c'était, comme l’indiquent les actes de la paroisse, une sorte de tronc monumental, destiné à recevoir les
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dons en espèces ou en nature offerts par les pèlerins qui venaient s’agenouiller devant une image miraculeuse de la Vierge, dite pour cette raison la Recevresse.
Pour résumer l’évolution de la sculpture champenoise du xXu* au xvi® siècle, nous avons choisi trois documents significatifs : les statues-colonnes de Saint-Loup de Naud, l’Ange au sourire du Louvre et le Saint-Sépulcre de Chaource.
Saint-Loup de Naud était un prieuré bénédictin dépendant de Pabbaye Saint-Pierre le Vif de Sens. L'église, échappant grâce à son isolement au double danger des révolutions et des restaurations, a conservé intact un portail à statues-colonnes conçu d’après le modèle du Portail Royal de Chartres. Les statues des piédroits, qui se font pendant de chaque côté des ébrasements, représentent respectivement Salomon et la reine de Saba, symboles du Christ et de l’Eglise, les prophètes Isaïe et Jérémie et enfin les Princes des Apôtres, saint Pierre et saint Paul.
Mais ce qui est nouveau dans cette ordonnance iconographique, c’est que la place réservée habituellement au trumeau à la statue du Christ est usurpée ici par le saint patron de l’église : saint Loup ou Leu, archevêque de Sens. Il en est de même à la cathédrale de Sens où cette place d’honneur est occupée par saint Etienne : preuve évidente des progrès du culte des saints dès la fin du x siècle.
Les statues rustiques de Saint-Loup de Naud ne valent certes pas les statues-colonnes, plus élégantes et plus raffinées, de Chartres ou de Corbeil : les têtes sont mal proportionnées, trop grosses ou trop petites, les bras gauchement collés au corps, les plis raides. Mais leur excellent état de conservation les rend pour nous très précieuses. | L'Ange souriant du Louvre, qui appartient à la plus belle période du xx siècle, est la réplique en bois des Anges de pierre qui égaient de leur sourire malicieux les portails de la cathédrale de Reims. A la fin du Moyen âge, la sculpture religieuse subit une transformation profonde. Un art pathétique et douloureux, parfois grimaçant et convulsé, qui remue la sensibilité des foules, se substitue à l’idéalisme plein de noblesse et de sérénité dont s’inspirait
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l’art du temps de saint Louis. Le Christ de Pitié remplace le « Beau Dieu », enseignant et triomphant à la fois, de nos cathédrales du XIIIe siècle.
Un des thèmes de prédilection de la sculpture de cette époque est la Mise au tombeau ou Saint-Sépulcre dont la popularité s’explique par la multitude des Confréries et les tableaux vivants du théâtre des Mystères.
Nous reproduisons ici quelques détails à grande échelle du Sépulcre de Chaource (Aube), qui est daté de 1515 et prouve la persistance de ce sujet, émouvant entre tous, en plein xvI® siècle.
Sept pleurants sont groupés comme d’habitude autour du Christ mort descendu de la croix. Joseph d’Arimathie et Nicodème, qui l’ont décloué, portent le cadavre étendu sur un linceul. La Vierge assistée par saint Jean, son fils adoptif, la Madeleine et deux Saintes Femmes complètent le groupe funèbre.
On sent déjà poindre l’influence de la Renaissance italienne qui s’accusera plus tard dans le Sépulcre de Ligier Richier à Saint- Mihiel. Mais l’expression de la douleur n’a rien de théâtral et de déclamatoire, comme il arrive souvent dans l’art italien. Par cette réserve pleine de tact et de mesure, le Sépulcre champenois de Chaource reste bien dans la tradition française.
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