PRÉPONDÉRANCE SPIRITUELLE DE L'ÉGLISE
Cette universalité s’explique par la prépondérance spirituelle de l’Église : puissance internationale qui, par l’intermédiaire d’Ordres monastiques tentaculaires, exerce son autorité sur un immense domaine dont les limites coïncidaient à l’origine avec celles de l'Empire romain.
Il est vrai qu’au VII® siècle le Monde chrétien (Orbis christianus) dut céder aux Arabes musulmans non seulement la Palestine et la Syrie, berceau du christianisme, mais encore l'Égypte copte, berceau du monachisme, toute l'Afrique du Nord avec Hippone, siège épiscopal de saint- Augustin, l’Espagne et la Sicile, qui furent entièrement submergées par cette marée de Sémites, succédant aux invasions germaniques.
Le christianisme persista dans la péninsule des Balkans et aussi dans l’immense Russie qui l’avait reçu de Byzance; mais le schisme, devenu effectif à partir du X° siècle, arracha à l’obédience du pape de Rome toute cette Chrétienté orientale.
Malgré ces pertes sensibles, l’Empire spirituel de Ia Papauté comprenait encore au Moyen âge la majeure partie de l’'Orbis romanus : la France, l’Angleterre et l’ Allemagne, l'Espagne peu à peu reconquise sur les Arabes, l'Italie libérée de la domination byzantine. Son domaine englobait à l’est les Pays scandinaves et deux pays slaves restés fidèles au catholicisme : la Pologne et la Bohême.
Cette situation se prolongea jusqu’à un nouveau schisme : celui de la Réforme, qui ébranla au XVIe siècle les assises de la Papauté et lui arracha l’Angleterre, la Hollande, une grande partie de l’Allemagne et les Pays scandinaves.
Mais pendant la longue période de l’histoire de la civilisation qu’on appelle à tort le Moyen âge (1), comme si cette époque sacrifiée n’était qu’un intermède entre l’Antiquité et les Temps modernes, la domination de l’Église s’exerça, dans le vaste territoire qui lui restait acquis, avec une telle
(x) Le terme de Moyen âge est employé pour la première fois — en latin — par Jean de Bossi, évêque d’Aleria en Corse, dans son éloge funèbre du cardinal Nicolas de Cués, imprimé à Kome en 1461 : 1l loue ce théologien d’avoir connu aussi bien l'Antiquité que le Moyen âge (media tempestas).
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puissance que la meilleure définition qu’on en puisse donner est celle qu’a proposée Gustave Schnürer (1) : la période ecclésiastique de la civilisation.